Archive for août 2009

PLQ: Cynisme 1, Éthique 0.
31 août 2009

Les révélations de Radio-Canada selon lesquelles la compagnie ABC Rive-Nord, dont est actionnaire le ministre David Whissel, a reçu plusieurs importants contrats sans appel d’offres de la part du ministère des Transports ne constitue pas une exception. Cette violation des règles établies par le Conseil du Trésor constitue un énième signe du peu d’intérêt porté par le gouvernement libéral pour les questions éthiques. On a beaucoup parlé des fortes apparences de corruption de l’administration Tremblay à Montréal; il ne faudrait pas oublier les méthodes douteuses de plusieurs ministres du gouvernement Charest.

plq-ethique

Source de l’image

Voici quelques exemples patents de cette « flexibilité » de l’éthique:

  • Sam Hamad.  En 2003, Danielle Dussault, sa femme, était propriétaire de quatre services de traiteurs obtenant de juteux contrats de la part du gouvernement.  Dans sa déclaration d’intérêts suivant son assermentation comme ministre, M. Hamad a pourtant écrit que ni lui ni des membres de sa famille immédiate ne possédaient d’entreprises « qui sont susceptibles de faire des marchés avec l’État ». Suite à l’analyse du jurisconsulte Claude Bisson, la relation entre l’entreprise Nourcy et le gouvernement a été démontrée, ce qui n’a pas empêché le gouvernement Charest de tolérer ces pratiques. (( Le Soleil, Le Québec et le Canada, jeudi, 11 septembre 2003, p. A6, La conjointe d’Hamad doit réduire ses services au gouvernement, La déclaration d’intérêts du ministre soulève des questions, Paquet, Stéphane ))
  • David Whissell. Plusieurs hommes politiques doivent choisir entre leurs intérêts privés et ceux de la nation.  Pas David Whissell.  En 2007, le gouvernement Charest a modifié la loi afin de permettre au ministre de conserver ses intérêts dans ABC Rive-Nord, une compagnie obtenant des contrats du ministère des Transports et dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2006 et 2008. Par la suite, le ministère n’a pas hésité à violé la convention collective d’employés gouvernementaux pour favoriser cette même entreprise pour l’entretien d’une partie de l’autoroute 50, dans le comté de M. Whissell.  Au lieu de vérifier si le service ne serait pas moins coûteux avec le public, comme c’est la norme, il a fallu « déplacer des ouvriers du ministère vers un autre centre de service et retirer un contrat à un autre sous-traitant, tout ça pour permettre à la firme appartenant à un ministre d’obtenir un contrat avec le gouvernement », explique Éric Lévesque du SFPQ.  Comme quoi l’idéologie du tout-privé et les intérêts personnels des ministres ne sont jamais loin.
  • Philippe Couillard. M. Couillard a négocié pendant des mois son passage au privé chez Persistence Capital Partners (PCP), alors même qu’il était toujours ministre de la santé. Cinq semaines avant sa démission de ce poste important, il a même signé un « protocole d’entente concrétisant l’accord des parties et fixant les conditions de rémunération et d’autres considérations matérielles » avec PCP. Avec les deniers publics, sur un temps qui aurait dû servir à travailler sur les enjeux pour lesquels les électeurs l’avaient choisi, il a préféré se préparer un joli parachute doré en prévision de sa sortie. Et Charest, lui, a-t-il condamné ce manque flagrant d’éthique? Non, évidemment.
  • Jean D’Amour. En 2007, il a démissionné de son poste de maire de Rivière-du-Loup pour s’opposer à Mario Dumont lors des élections provinciales.  Un mois après sa défaite et quelques mois après avoir plaidé coupable de conduite avec facultés affaiblies, il est devenu directeur du développement des affaires pour la firme de génie-conseil BPR, en contravention directe avec les règles d’après-mandat pour un maire qui imposent un moratoire de deux ans sur les activités de lobbyisme auprès de « toute institution parlementaire, gouvernementale ou municipale » (( Source )). De la même manière, M. D’Amour n’était pas sur le registre des lobbyistes alors qu’il faisait du lobbyisme… au moment-même où il devenait président du Parti Libéral du Québec (PLQ) en mars 2008!

On le constate, le PLQ ne donne pas sa place en matière d’apparence de conflits d’intérêts, voire de corruption. Ce qui surprend, par contre, c’est la candeur avec laquelle on explique de quelle manière les lois ne sont pas faites pour être respectées par les députés, mais plutôt modifiées pour satisfaire chaque individu. « La directive, elle est ajustée à toutes les fois qu’un ministre remplit une déclaration d’intérêt, pour tenir compte des situations particulières des ministres », expliquait Hugo D’Amours, attaché de presse de Jean Charest, le printemps dernier. « Ça veut dire s’assurer que la règle puisse circonscrire chacune des situations. » En bon français, ça veut simplement dire que le gouvernement Charest se réserve le droit de modifier les lois selon son bon vouloir pour satisfaire ses intérêts politiques. Plus arrogant que ça, tu meurs électrocuté sur des pylônes électriques.

Encore une fois, la véritable victime de ces magouilles est la démocratie et l’institution parlementaire elle-même. Que voit le citoyen lambda, lorsqu’il ouvre sa télévision? Il voit une belle bande d’opportunistes faisant passer leurs intérêts personnels avant ceux de la population. Peut-on lui dire qu’il a tort?

Au moment-même où on s’arrache les cheveux en public sur le faible taux de participation aux élections, il serait peut-être bon de se rappeler que c’est souvent par cynisme que certains font le choix de rester chez eux. Ou par intérêt personnel, se disant que ça n’en vaut pas la peine. Maintenant, va-t-on leur reprocher cet égoïsme pendant que leurs élus contournent allègrement les règles pour s’en mettre plein les poches?

Ce n’est pas seulement la politique municipale qui a besoin d’un bon coup de balai.

La schizophrénie linguistique
30 août 2009

J’habite dans un quartier à 87% francophone et je dois me taper un Publi-Sac rempli de publicités bilingues. Maxi, Super C, Loblaws, Walmart, IGA, Canadian Tire: on s’adresse à moi en anglais comme en français. Parfois, le français est prédominant, mais la plupart du temps l’anglais jouit d’une place égale à celui-ci. Dans le circulaire Canadian Tire, c’est même l’anglais qui semble être en priorité, avec un titre « Back to School » bien centré. Seul Bureau en Gros, raison sociale francophone de l’entreprise américaine Staples, semble encore considérer que la langue commune au Québec est le français.

schizophrenie-linguistique

A priori, ce ne sont que des circulaires. Mais pensons-y un peu: ceux-ci ne constituent-ils pas souvent le principal lien que le nouvel immigrant entretient avec sa société d’accueil? Avant de se trouver un travail, avant de se faire des amis, avant de réellement intégrer notre société, le nouvel arrivant doit manger et se procurer divers produits essentiels. Il sort de chez lui au premier matin, ouvre sa boîte aux lettres, et feuillette des circulaires s’adressant à lui en anglais. Le message qu’il reçoit est le suivant: le français n’est PAS la langue commune au Québec et on peut y vivre en anglais. Pas besoin d’ajouter qu’en se rendant aux commerces en question, il y trouvera toujours un petit Québécois tellement fier d’oublier sa mission culturelle et linguistique et tellement pressé de « pratiquer son anglais » comme d’autres pratiquent un tour de magie. « Oyez, oyez, regardez-moi, je vais faire disparaître sept millions de Québécois. Et hop, where are they now? »

La schizophrénie linguistique

Écrire une circulaire en deux langues constitue une véritable tare, tant pour le commerce que pour le lecteur. Le premier doit utiliser deux fois plus d’espace pour écrire la même chose et le deuxième doit endurer une langue qui n’est pas la sienne. Ce phénomène du bilinguisme imposé ne constitue qu’un début, une étape vers la véritable finalité: la schizophrénie linguistique complète, telle qu’on la voit en ligne.

En effet, si on se rend sur le site web d’un des commerces en question, on n’a plus à subir « l’autre » langue. Les sites les plus à jour se servent de la version de votre navigateur pour déterminer votre langue, et les autres vous demandent simplement de cliquer « English » ou « Français ». Et après, c’en est fini de l’autre. Il n’existe plus. Comme ces cités privées aux États-Unis où il est possible de vivre, emmuré, avec tous les services, sans jamais rencontrer de pauvres ou d’autres avatars de la société moderne, on peut ENFIN vivre replié sur soi, dans une société virtuelle séparée de la réalité de son voisin.

Or, si aujourd’hui on doit subir le bilinguisme, les nouveaux arrivants doivent au moins reconnaître qu’il y a « quelque chose » qui s’appelle le français sur ces circulaires. Qu’en sera-t-il dans le futur, alors que se développeront davantage le commerce et le publicité en ligne? On peut déjà imaginer une personne habitant au Québec, navigant sur le web entièrement en anglais, consultant des circulaires virtuelles en anglais, achetant en ligne en anglais, et dont les seules relations avec le monde extérieur seront un emploi (en anglais) et la visite de certains commerces de première nécessité où, évidemment, on s’adresserait à elle en anglais. Cette personne, ce sera votre voisin. Mais n’allez surtout pas lui emprunter du sucre, sugar.

Comment, dans ce contexte, espère-t-on assurer une cohésion sociale et la survie du français en tant que langue commune des Québécois?

Et si, à défaut de pouvoir franciser les nouveaux arrivants jusque dans leurs foyers, on décidait à tout le moins de les servir en français, de communiquer avec eux en français et de leur enlever systématiquement toute fausse perception qu’ils pourraient entretenir à propos de la légitimité de l’anglais comme langue d’usage au Québec? Et si on refusait d’encourager ceux qui contribuent à notre anglicisation avec leurs circulaires ou leurs sites web anglicisés?

Ce ne sont peut-être que des circulaires, mais existe-t-il vraiment des armes ne devant pas être utilisées dans une guerre totale où notre survie collective est en jeu?

Jacques Demers, sénateur ou homme de paille?
28 août 2009

Renversant. Je n’ai pas d’autres mots en tête pour qualifier la nouvelle de la nomination de Jacques Demers comme sénateur. Stephen Harper rit-il de nous?

Qu’on se comprenne bien: Jacques Demers est un individu d’une ténacité exceptionnelle, ayant atteint les plus hauts échelons du sport professionnel tout en étant analphabète. C’est également un homme très sympathique, que j’ai eu l’occasion de rencontrer en personne il y a quelques années et qui n’a pas hésité à me faire la conversation, moi qui n’était qu’un adolescent à cet âge. Un homme de coeur, un bon vivant, un exemple de persévérance. Un homme que j’admire.

jacques-demers-senateur

Source de l’image

Or, être sénateur, il me semble, c’est bien plus que cela. Les sénateurs doivent approuver toutes les lois – et donc les lire. Ils améliorent ou amendent les projets de lois votés par les députés. Ils peuvent présenter des projets de lois. Ils peuvent organiser des enquêtes. Malgré le fait que leur rôle a été grandement amputé au fil des ans, celui-ci demeure bien réel et tangible: un sénateur, c’est bien autre chose qu’un vieil homme assis à ne rien faire sur un salaire de 135 000$ par année.

La question doit donc se poser de la manière la plus honnête possible: Jacques Demers peut-il être un bon sénateur s’il a de la difficulté à lire les manchettes du journal? Cruel questionnement, d’accord, mais tout à fait nécessaire. Et malgré les qualités de coeur de l’homme, la réponse saute tout de même aux yeux.

Par ailleurs, Stephen Harper ne manque pas de front avec cette nomination. Lui, qui en 2006 jurait qu’il allait rendre les sénateurs redevables devant les citoyens, n’a cessé de faire marche arrière depuis. À la veille de Noël, l’an dernier, il a nommé dix-huit nouveaux sénateurs. Dix-huit sénateurs redevables à Stephen Harper. Dix-huit individus ayant décroché le gros lot grâce à Stephen Harper. Tout comme Jacques Demers. Croyez-vous vraiment que ce dernier va dénoncer les Conservateurs si ceux-ci refont des coupures dans l’alphabétisation, comme en 2006? Il affirme vouloir défendre les plus démunis. Parions que cela se fera dans un cadre bien précis où il refusera de mordre la main de celui qui l’a nourri.

En fait, la véritable question devrait être la suivante: à quel jeu Harper joue-t-il? Essaie-t-il de démontrer par l’absurde l’inutilité du sénat, ou bien espère-t-il maladroitement de s’attirer les faveurs du petit peuple québécois à l’approche des élections en nommant un véritable homme de paille qui lui sera redevable? Une seule certitude: cette nomination dévalorise la fonction de sénateur et ridiculise un peu plus nos institutions. Elle nous rappelle également à quel point il est facile pour un politicien de renier ses promesses lorsque ses intérêts personnels sont en jeu.

Une éclatante victoire pour Jacques Demers, mais une défaite pour la légitimité de notre système démocratique. Ce n’est pas un nouveau sénateur avec des dents qui se présente aujourd’hui à la population, mais un sympathique homme de paille trop heureux de sa nouvelle situation et insuffisamment articulé pour s’opposer au gouvernement. Un homme admirable et près du peuple, peut-être, mais qui ne lui est aucunement redevable, merci à Stephen Harper.

Danger cyclable
25 août 2009

La récente croisade des chauffeurs d’autobus contre la « piste cyclable » rue Saint-Urbain, qu’ils ont à traverser à chaque arrêt, nous rappelle encore une fois à quel point le réseau cycliste est mal développé à Montréal. Deux aberrations: ces lignes blanches sur la chaussée qu’on qualifie de piste cyclable et celles qui se terminent abruptement dans un endroit dangereux.

danger-cyclable

Source de l’image

D’abord, comment ose-t-on qualifier les lignes sur l’asphalte entre les voitures stationnées et les voitures roulantes de piste cyclable, rue Saint-Urbain? Montréal se targue de développer son réseau cycliste, mais quelle sécurité offre-t-on aux amateurs de bicyclettes du dimanche, devant constamment être aux aguets à cause d’une portière qui pourrait s’ouvrir dans leur visage, ou d’un virage sans angle mort pouvant les happer? Ou pire, d’un piéton passant entre deux camions stationnés et apparaissant soudainement au milieu de cette « piste »? Ce ne sont pas des pistes cyclables, ces lignes qui sont traversées par les autobus à chaque arrêt; ce sont des incitatifs à aller se foutre le vélo dans le trafic et à prier pour qu’un automobiliste, roi et maître, n’oublie pas votre existence.

Bien sûr, il existe des belles pistes cyclables bien aménagées. Tiens, on en construit justement une près de chez moi. Elle passe le long de Hochelaga, traverse la bretelle d’accès de l’autoroute 25 vers Souligny ouest, puis se termine coin Honoré-Beaugrand et Souligny. Le problème, comme je l’expliquais dans ce texte, est que l’intersection en question est probablement une des plus dangereuses à Montréal. D’un côté une fin d’autoroute, avec ses voitures arrivant à toute vitesse. De l’autre une voie ferrée, puis un boulevard à deux voies séparées, puis une autre rue de l’autre côté de la voie ferrée. Et pas de feux de signalisation. Un foutoir. On construit une jolie piste cyclable bien séparée de la route avec de la belle asphalte neuve et on la termine dans un derby démolition.

Je suis peut-être vieux jeu, je ne sais pas. Dans mon temps, une piste cyclable était un endroit permettant d’assurer la sécurité des cyclistes. On construisait de telles pistes précisément pour sortir les cyclistes de rues trop dangereuses. Ces pistes étaient séparées de la voie publique, et des flèches interdisant le virage des automobilistes pendant les premières dix secondes assuraient la sécurité des cyclistes. La piste cyclable Christophe-Colomb en constitue un exemple probant.

Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ne fait que construire des pistes cyclables pour construire des pistes cyclables. Il n’y a plus de concertation, plus de questionnement réel sur la sécurité des cyclistes. On bâtit des pistes cyclables comme on délimite des passages pour piétons: on sait que personne ne les respecte, mais on le fait quand même. Pour se donner bonne conscience. « Regardez, on a doublé notre superficie de pistes cyclables! » Et pendant ce temps, aucun respect pour les cyclistes qui les utilisent. Qu’ils se démerdent!

Si on veut vraiment faire de Montréal une ville favorisant les déplacements écologiques, il serait peut-être temps de respecter les cyclistes et de leur offrir des infrastructures leur permettant de se sentir en sécurité lorsqu’ils se déplacent dans la ville. Cela commence non seulement avec des pistes cyclables balisées séparées de le voie publique et ouvertes à l’année, mais également avec des feux de signalisation spécifiques aux cyclistes et coordonnés entre eux selon une vitesse moyenne à établir. Un cycliste roulant à 20 km./h, par exemple, devrait pouvoir rouler d’un bout à l’autre de la ville sans jamais avoir à s’arrêter.

Si on espère réellement désengorger la ville, il faut prendre des mesures concrètes. Les belles paroles et les beaux discours se terminent trop souvent comme les pistes cyclables: dans un cul-de-sac.

La marginalisation de l’ADQ
24 août 2009

Les positions extrémistes défendues par trois des quatre candidats à la succession de Mario Dumont sont en train de reléguer l’Action Démocratique du Québec (ADQ) au rang de parti marginal, voire pire, original. Quelque part entre la Loi Naturelle et le Bloc Pot. Lors du débat, Éric Caire, Gilles Taillon et cet hurluberlu libertarien qu’est Jean-François Plante s’obstinaient quant à savoir qui serait le plus à droite, qui dépècerait l’État au mieux, qui ferait payer les étudiants, qui privatiserait quoi. Qui aurait le courage de mettre le feu à la maison et d’appeler cela le progrès.

marginalisation-adq

Source de l’image

En fait, le seul candidat semblant posséder encore un minimum de bon sens était Christian Lévesque. Face aux appels délirants d’Éric Caire pour une hausse des tarifs en éducation (oui, vous avez bien lu, une hausse), Lévesque a été cinglant: « Tu as un salaire de député de 85 000 $, l’ensemble de la population a un salaire moyen, par couple, de 45 000 $. Quels choix [les parents] vont-ils faire? […] Si on veut une économie du savoir, chacun des citoyens doit participer à cet effort. » Lévesque a mis le doigt là où ça fait mal: l’ancien parti de Mario Dumont veut tellement se démarquer des autres qu’il devient peu à peu une parodie élitiste où on peut à la fois se targuer de vouloir implanter une « société du savoir » tout en rendant l’accès aux études supérieures plus difficile. Les mauvaises langues diraient qu’un individu sans éducation est plus susceptible de voter pour l’ADQ, mais je n’oserais atteindre ici un si haut niveau de cynisme.

Caire, que plusieurs médias ont nommé vainqueur de ce débat, s’est empressé d’appuyer les propositions absolument hallucinantes des jeunes adéquistes: abolition du Fonds des générations, disparition des cégeps, élimination de la Loi antibriseurs de grève, hausse massive des frais de scolarité, gel des prestations de la Régie des rentes du Québec, privatisation de la SAQ, privatisation partielle d’Hydro-Québec, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, réduction de la taille de l’État… Un peu plus et on annonçait le changement de nom de la province et la fécondation forcée de toutes les femmes en âge de procréer. On constate, en regardant les pays trônant au sommet de l’index des pays en détresse (Failed State Index) en 2009, que ce type de « solutions » où on réduit le pouvoir redistributeur et égalisateur de l’État pourrait nous mener loin. Québec, Somalie, même combat!

Or, alors que le monde entier subit une récession mondiale causée par les déréglementations et les privatisations, alors que le Québec, grâce à son haut taux de syndicalisme et à sa meilleure redistribution de la richesse, est l’endroit le moins durement frappé en Amérique du Nord, que proposent ces chers candidats? Davantage de ce qui a causé les problèmes actuels! Pendant que le monde entier réapprend à utiliser l’État et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse, l’ADQ fait fi de la réalité et s’enferme un peu plus profondément dans ses dogmes surannés.

Quand certains disent que l’ADQ vit dans le passé, n’y a-t-il pas meilleure preuve que ce discours faisant abstraction de toute la situation économique actuelle, pire crise depuis des décennies? C’est comme si toute l’économie était tombée d’une falaise et que Taillon, Caire et Plante cherchaient à trouver un nouveau précipice où nous enfouir.

La fin de l’ADQ?

Le 9 décembre dernier, j’écrivais que le départ de Mario Dumont allait tuer l’ADQ.

Je donnais quatre raisons:

  1. La position autonomiste de l’ADQ ne tient plus, car le PLQ est devenu autonomiste et le PQ a mis son projet souverainiste sur le glace;
  2. La forte mentalité anti-étatiste de l’ADQ ne peut survivre à l’examen des faits: la crise a touché durement les pays ayant appliqué les réformes néolibérales et a épargné ceux qi ont résisté;
  3. Aucun candidat potentiel n’a le charisme de Mario Dumont (Éric Caire me donne le goût d’ajuster les couleurs de la télévision quand je le vois.);
  4. Les six députés restant seront tentés de joindre un autre parti.

J’ai eu tort pour le quatrième point, ayant sur-estimé l’attrait des deux autres partis de centre-droit, mais je crois avoir eu raison pour le reste. L’ADQ ne peut plus jouer sa carte autonomiste face à un Jean Charest réclamant davantage de pouvoir d’Ottawa et une Pauline Marois semblant bien satisfaite sur son trône de l’opposition. Et puisque aucun candidat n’arrive à se démarquer grâce à sa personnalité, il ne reste qu’une option permettant de se différencier des autres: la formidable fuite en avant du capitalisme le plus extrémiste possible et de positions semblant issues tout droit de livres d’Ayn Rand ou autres fanatiques anti-étatistes. Le nouveau mantra adéquiste semblent être: « nous voulons être différents, nous voulons être différents, nous voulons être différents ». La différence, pour la différence, il ne reste plus leurs positions de la droite radicale pour les distinguer du Parti Québécois et du Parti Libéral.

Or, quel futur peut-il exister pour un parti qui se place volontairement à l’extrémité du spectre politique, sinon la lente et cruelle agonie de la marginalisation? Contrairement à Québec Solidaire, qui cherche constamment à occuper un centre-gauche délaissé par le Parti Québécois, l’ADQ – et surtout Caire, Taillon et Plante – semble se conforter dans une course à la chefferie ressemblant de plus en plus à un combat de coqs déterminant qui aura le privilège d’être le capitaine du bateau lorsqu’il coulera définitivement. Il y a des icebergs partout, mais on pousse les machines à fond et on se croise les doigts.

Qui aura le courage de répondre à cette question fondamentale: à quoi sert un parti comme l’ADQ en 2009?

Prolongement du métro: insuffisant?
21 août 2009

Le prolongement du métro vers le centre de Longueuil, vers Anjou et dans le secteur centre-ouest de Laval constitue une excellente idée. Enfin, on se donne les moyens de réellement réduire la circulation sur les routes et on s’occupe d’un réseau surchargé. Timidement, du moins…

prolongement-du-metro

Source de l’image

Trois lignes, trois améliorations.

Ligne jaune. Le terminus Longueuil a de plus en plus l’air d’un aéroport tellement l’achalandage y est élevé. « Attention, voyageurs en direction de Boucherville, vous êtes attendus à la porte d’embarquement! » Trois stations sur une ligne, c’est un peu anachronique, tout comme le fait qu’elle soit aussi loin des secteurs résidentiels.

Ligne bleue. S’arrêtant à Saint-Michel, bien loin des secteurs densément peuplés de Saint-Léonard et de Anjou, la ligne bleue donne l’impression d’un acte inachevé. Comme si on avait manqué de budget ou de béton vers la fin et qu’on avait tout laissé tomber. Sorte d’îlot Voyageur souterrain, il est plus que temps de terminer le projet et d’offrir une alternative à l’interminable ligne verte à tous ceux qui voyagent est-ouest. Un prolongement plus à l’est encore aurait été souhaitable, mais c’est un bon début.

Ligne orange. Vous habitez près du métro Montmorency et vous devez vous rendre à ville Saint-Laurent, station Côte-Vertu? Il faut faire le grand tour. Bien que ces stations ne soient séparées que par quelques kilomètres, actuellement on doit faire un bon 50 minutes de métro et voyager sous le centre-ville pour y arriver! Autant passer par Québec pour aller à Trois-Rivières. Le bouclage de la ligne permettra donc désengorger l’axe Berri-UQAM-Montmorency tout en offrant une alternative, encore une fois, aux voyageurs est-ouest.

De bons projets, il n’y a rien à redire. Mais est-ce suffisant?

Et le train, et les tramways?

En effet, est-ce que tous les transports doivent nécessairement passer par le métro? Quel choix offre-t-on aux Montréalais, actuellement? D’un côté le métro, pour les transports de moyenne ou longue distance (à l’échelle de la ville, évidemment), de l’autre l’autobus, qui dans la plupart des cas est excellent pour les petites distances mais absolument pathétique pour les plus longues. Le train? N’en parlons même pas: les banlieues y ont droit, mais pas la ville-centre. Le résultat? Tous ceux qui habitent le moindrement loin du métro sont désavantagés.

Ce n’est rien de nouveau, mais quand aura-t-on enfin l’audace d’implanter des tramways partout sur l’île, de l’avenue du parc à Pie-IX en passant par Mont-Royal et René-Lévesque? Et pourquoi pas des trains légers, qui pourraient traverser l’île d’est en ouest, sur Notre-Dame ou Henri-Bourassa? Et pourquoi pas un métro suspendu, comme ça se fait dans plusieurs villes? Et des téléphériques au-dessus du fleuve? On ne pourra tout de même pas construire une station de métro à tous les coins de rue de la ville!

Prolonger le métro, c’est faire un pas dans la bonne direction. Mais le pas est timide, chétif, sclérosé. À quand une réelle révolution des transports à Montréal donnant vraiment le goût – à moi ou à d’autres – de délaisser leur voiture pour leurs déplacements insulaires?

De l’enfant-roi au client-roi
18 août 2009

« Le client est roi ». Combien souvent entend-on ce cliché éculé? Ultime évolution du « je pense, donc je suis » de Descartes, notre société de consommation a instauré le « je paie, donc j’ai droit » en dogme absolu. Je paie, donc j’ai le droit de me plaindre. Je paie, donc je peux insulter. Je paie, mettez-vous à genoux et ouvrez-moi la braguette. Ce n’est plus une collectivité, mais un super baise-o-thon où chacun baise son prochain en fonction de son portefeuille. Plus souvent s’il est garni, à l’occasion si vous vivez dans la précarité.

enfant-roi

Source de l’image

Oui, je suis client, j’ai des droits. Je peux acheter ici ou ailleurs. J’exige un bon service, un sourire, de la politesse, de l’intérêt. Je veux que la caissière au Couche-Tard me dévore des yeux, qu’elle me suce du regard jusqu’à peut plus pour son 9$ de l’heure. Je suis client, je veux tout. Je désire qu’on me désire. Je veux qu’on se prostitue pour mon argent, qu’on me suive sur les talons, qu’on me dise « oui monsieur », qu’on accepte que la Terre est plate si je le formule, qu’on me dise merci si j’insulte. Je veux tout. Je suis un client-roi.

Or, qu’en est-il de la responsabilité? L’enfant-roi aussi, veut tout. Il pleure quand on se détourne de lui, donne des coups de pieds dans les murs pour attirer l’attention, fait des chichis pour un tout ou plusieurs riens. Le rôle du parent n’est-il pas de lui apprendre la responsabilité, c’est-à-dire de le forcer à comprendre que ses actions ont des conséquences et qu’il est responsable de celles-ci? L’enfant doit apprendre que le monde ne tourne pas autour de lui et que si ses parents sont tout à fait disponibles pour lui, cela ne signifie pas qu’il faille en abuser. Sinon, il risque de devenir un enfant-roi, qui, même en se contrôlant, risque de se muter en terrible client-roi terrorisant les commerces dans sa vie adulte.

On a souvent l’impression que le client retombe en enfance. C’est faux. Il n’a jamais quitté cet âge. La carte de crédit bien en main, il est toujours ce bout de chou exigeant d’être au centre de l’attention. Face à un employé aux petits soins avec lui, il perd rapidement sa réserve. Il se transforme en ce qu’il a toujours été: un enfant-roi, exigeant inutilement, médisant gratuitement, contrôlant avec plaisir, terrifiant les employés, insultant sans raison, écoeurant. Les règles non écrites mais souvent répétées stipulent qu’il faudrait servir chaque client comme s’il était cet enfant-roi n’ayant jamais atteint l’âge de la maturité. Je dis non.

En effet, quel service rend-t-on à la société en confortant de tels individus dans leurs fantasmes de tout pouvoir et de ne rien devoir? On contribue à favoriser un ordre des choses où l’argent peut tout, achète tout, et permet tout. On appuie implicitement la prostitution, cet achat de corps en vrac. On encourage la petite délinquance de familles assez riches pour se payer un bon avocat. On justifie ces cousus d’or qui se stationnent dans des endroits interdits et qui ont le luxe de se payer la contravention. On stimule la corruption, ultime fantaisie de l’enfant-roi. On se met une pancarte « à vendre » autour du cou, et on se penche en avant en attendant le coup de pied aux fesses.

Le client n’est pas roi. Il a le droit d’être bien servi, d’être traité avec agrément, d’être abordé avec politesse, d’être remercié de son achat. Il a tout le loisir d’être un être humain en relation avec un autre être humain cherchant à le servir au mieux de ses capacités. Mais il n’est pas un roi.

Quand un client exagère, dénigre les employés et insulte ceux qui essaient de le raisonner, n’est-ce pas le plus grand service qu’on peut rendre à la population de le foutre à la porte? Qu’il aille acheter ailleurs. Individuellement, le commerce y perd au change, mais collectivement, si tous, nous refusions de céder aux caprices de ces petits tyrans de la négoce, ne vivrions-nous pas dans une meilleure société?

Quand l’argent pourra tout acheter, ce ne sera plus un pays que nous aurons, mais un Wal-Mart géant.

Anesthésie, août changement?
17 août 2009

J’ai toujours considéré le mois d’août comme un étrange insecte. Mille-pattes aux milles activités filant à toute allure sur le mur de l’été, vers les interstices craquelés d’une autre saison à l’agonie, il louvoie entre chaleur oppressante et fraîcheur salvatrice. Jamais content. Trop chaud. Trop froid. Même en pleine canicule, les journées cireuses ne peuvent camoufler cette nuit qui dégèle et fond et couvre de ses longs doigts d’hiver cet été si fugitif. D’abord un effleurement, presque sensuel, quelques minutes de moins. Puis une demi-heure, une heure. Comme un train toujours en retard qui arrive à la gare sans crier gare la faucheuse d’été suit de près le temps chaud et annonce un automne aussi inévitable que fatal pour toutes les merveilles de l’été.

aout1

Source de l’image

Pour certains, l’école. Les résolutions: de bons résultats, de bons amis, une bonne vie. Des étoiles dans des cahiers ou l’achat d’un agenda qui finira, inutile, sous une pile de magazines. Des cours, une soif d’apprentissage qui se tarira après trois semaines de dur retour à l’esclavagisme estudiantin. Le retour à la vie pour ceux qui se sont abrutis dans un emploi d’été. La mort qui s’annonce pour les autres qui détestent ce dur banc de bois détruisant les assises de leur imagination. La conformité, l’embrigadement, la liberté. Ou simplement: un investissement temporel dans le but d’obtenir un diplôme, cet autre investissement temporel vers le travail, cet investissement temporel vers la retraite, puis vers la mort. On investit et plus on s’y investit c’est toujours la même jeunesse qu’on donne en pâté aux fossoyeurs d’avenir afin de se payer de grandiloquentes funérailles.

Pour d’autres, le retour au travail. Une semaine, deux semaines parfois trois et retiré! Toute une année à faire du neuf à cinq, à inhaler la circulation dans le monoxyde de carbone bloqué, à endurer les petits tracas en prévision de ces vacances. Puis, après une semaine, deux semaines parfois trois sur des plages bondées, dans des files d’attente interminables aux douanes, après des semaines de stress et de calculs pour tout organiser, c’est le retour au travail. Déjà. Une autre année. Encore. Et les meilleures années filent, inlassablement, et on espère avoir le temps d’en profiter « plus tard ». Plus tard. Travaillez maintenant, vivez plus tard. La retraite, c’est la vraie vie, il parait. Et les courses de fauteuils roulants, c’est un vrai sport, aussi.

Moi, en août, je travaille. Ouais. Je regarde mes archives et je remarque qu’autant juin et juillet sont des mois hyper-productifs, autant août est plus calme. Normal: je suis un travailleur précaire. C’est-à-dire qu’on considère que ma vie n’a d’utilité qu’en autant que je peux remplacer celui qui est malade, celui qui est en vacances, celui qui retourne à l’école, celui qui prend congé pour profiter du soleil ou celui qui a les deux doigts dans le nez en attendant un signal divin. Ma qualité de vie? Mais quelle vie, me demanderait-on? Je dois me dépêcher de faire un maximum d’heures pendant que les autres sont en vacances et manger mon pain noir en septembre. Quand j’ai commencé, quelqu’un m’avait dit: « Tu veux faire des heures? Trouve quelqu’un au-dessus de toi sur la liste d’assignation, et passe-lui dessus en voiture! » Était-ce vraiment une blague? So, so, solidarité. Le malheur des uns fait le bonheur des idiots qui attendent un coup de pouce du malin pour améliorer leur condition financière.

C’est ça, pour moi, le mois d’août. Transition mesquine. Le mois des espoirs perdus, des retours à la réalité, de la compréhension de la vacuité d’une vie qu’on repousse toujours à plus tard. Une marmelade gluante d’intérêts divergents qu’on enroule autour d’un bâton qu’on laisse fondre dans les derniers rayons de l’été. Novembre, en été. La vie est belle, la vie est fine, la vie est capable, mais c’est toujours la même vie que l’année d’avant, elle-même identique à la précédente. Le mois des récoltes, mais ce ne sont toujours que des légumes, jamais un meilleur soi-même qu’on moissonne. Sous le rose vernis d’août se cache une plate vérité: rien n’a changé pour soi pendant que tout autour appelle à la fin d’un été qui aurait pu être fécond en changements mais qui se retirera, vieux garçon, dans les langes automnaux. Août est un mois magnifique, mais sa beauté camoufle l’essentiel: le changement.

Or, le changement fait partie de la vie. Retourner à l’école, au travail, mettre un chandail de laine ou des bas chauds, s’agit-il du vrai changement? Et si on sautait directement de juillet à septembre, qu’on créait ce choc fondamental permettant la nécessaire prise de conscience de sa propre situation? Sans l’auguste anesthésie d’un mois aussi magnifique que trompeur, ne pourrait-on pas davantage prendre le temps de se questionner sur la précarité de la vie et la nécessité d’en profiter?

Le virage à droite du nouveau pédé
16 août 2009

L’imbroglio autour du changement de nom du Nouveau Parti Démocratique (NPD) en Parti Démocratique (PD), où les nouvelles initiales sonneraient comme le mot « pédé », constitue une pure perte de temps. Que les initiales du parti soient PD, BBQ, ou XYZ ne devrait pas nous détourner des enjeux majeurs que constituent la nouvelle plate-forme du parti.

npd

Source de l’image

En effet, qu’en a-t-on à faire que les initiales du parti donnent lieu à des quolibets au Québec, où les candidats pourraient se faire traiter de « pédés »? N’avons-nous pas dépassé cette période où on ridiculisait ainsi les homosexuels en les traitant des « pédés », de tapettes, ou autres insultes faciles? Si un parti s’empêche de changer de nom parce que quelques retardés au fond de leur rang s’en servent pour les insulter, c’est un signe que ce parti ne désire pas dépasser ce stade. Doit-on vraiment laisser le nom d’un parti nous détourner ainsi des réels enjeux?

Or, les enjeux sont de taille. Quarante-neuf ans après que la Cooperative Commonwealth Federation se soit transformée en NPD, le changement de nom ne se veut pas seulement pratique, mais idéologique. En changeant de nom pour « Parti Démocratique », le parti n’espère pas seulement appliquer une nouvelle couche de peinture sur sa structure, mais il profite de l’attention apportée à ce changement pour camoufler ses réelles intentions: opérer un virage à droite.

Le NPD n’a pas connu l’expérience du pouvoir. Plutôt que de reconnaître l’utilité de rejoindre une large partie des Canadiens d’allégeance sociale-démocrate et de travailler cette base, certains penseurs aimeraient s’inspirer des Démocrates américains, du Labour Party de Tony Blair, qui avait appliqué un programme de centre-droit en étant élu sur la base d’une tradition de centre-gauche et de Derrel Dexter, chef du NPD en Nouvelle-Écosse ayant été élu en proposant des mesures favorisant davantage le privé.

Maintenant que Ignatieff et son Parti Libéral se sont clairement réorientés vers la droite, le NPD espère profiter de l’espace laissé vacant pour offrir un programme un peu plus droitiste, notamment en éliminant l’impôt pour les PME jusqu’à un million de dollars. Il semble loin le temps où Jack Layton réclamait l’annulation de baisses d’impôts de cinquante milliards de dollars consenties aux plus grandes entreprises.

Dans les faits, à qui profiterait cette réorientation? Si le NPD délaisse son créneau de centre-gauche pour s’orienter vers la droite, qui représentera les Canadiens sociaux-démocrates? C’est là une question à laquelle le NPD devrait chercher à répondre au lieu de prendre le vote des progressistes pour acquis. Des allégeances, ça se modifie, surtout quand le véhicule de ses valeurs dérape et prend le champ.

Et si le NPD s’assumait pleinement comme un parti de centre-gauche et travaillait à rallier les Canadiens partageant ses valeurs au lieu de se dénaturer pour espérer gagner quelques votes au centre-droit de l’échiquier politique?

Francofolies: nées pour un petit pain
12 août 2009

Le déménagement des Francofolies en juin dès l’an prochain dépasse le traditionnel conflit Québec-Montréal. N’en déplaise au volubile maire Labeaume, c’est surtout la fête nationale et la célébration du français à Montréal qui seront pénalisées. On a beau reconnaître la problématique voulant qu’il soit plus difficile pour le Festival d’été de recevoir des artistes internationaux un mois après un événement comme les Francofolies, il demeure qu’il s’agit d’une problématique mineure en comparaison de la nuisance imposée aux activités de la Fête nationale et de l’affront fait aux francophones en reléguant cet événement au rang de fête de seconde classe.

franco

Source de l’image

La fête nationale. 24 juin. Quatre jours après la fin annoncée des Francofolies. Comme se demandait Mario Beaulieu, président du Comité de la Fête nationale du Québec à Montréal, dans une conférence de presse ce matin, en organisant un tel événement puisant dans le même bassin d’artistes et de spectateurs, comment s’assurera-t-on d’obtenir des commanditaires de qualité pour une seule journée, alors que les Francofolies dureront une dizaine de jours?

De même, comment inciter des artistes à se produire dans un spectacle gratuit le 24 juin alors qu’ils pourront se faire payer en salle quelques jours plus tôt? Et surtout: ne risque-t-on pas d’épuiser les gens en leur offrant dix jours de festivités francophones précédant la Saint-Jean-Baptiste? « La Fête nationale a toujours bénéficié d’une large couverture de presse qui contribuait à sa notoriété, son rayonnement et par conséquent, facilitait la sollicitation auprès des partenaires actuels et les démarches pour en trouver de nouveaux. La Fête sera dorénavant prise en sandwich entre les Francofolies, qui pourraient se terminer le 22 juin, et le Festival de jazz, qui débuterait dès le 25. Inévitablement, la couverture de la Fête n’aura plus la même envergure avec des conséquences qu’il est facile de prévoir », explique M. Beaulieu. Est-il surprenant que l’édition la moins populaire des dix dernières années de la Fête nationale ait eu lieu en 2006, alors que les Francofolies se sont exceptionnellement tenues en juin pour faire de la place pour les Outgames?

Équipe Spectra, l’entreprise privée organisant les Francofolies et le Festival international de Jazz, a publié un communiqué assez intéressant hier après-midi. On y lit notamment ceci: « [Les Francofolies visent ] en effet à soutenir la défense de la chanson francophone, de l’identité culturelle et de l’intégration des communautés dans une Montréal où plus de 50 % des ménages ne parlent pas le français à la maison. » Récapitulons. Montréal s’anglicise, le pourcentage de Montréalais parlant le français à la maison a chuté sous les 50%, et Équipe Spectra déplace unilatéralement les Francofolies pour les mettre en plein mois de juin, alors que les écoliers sont à l’école, les travailleurs au travail et les touristes ne sont pas encore venus faire leur valser leurs dollars. Ça va sûrement contribuer à revaloriser le français comme langue commune à Montréal…

En fait, les vraies raisons de ce déménagement unilatéral, on les connaît. Équipe Spectra espère sauver plus de 250 000$ en n’ayant pas à démonter ses scènes entre les Francofolies et Festival international de jazz. Et puis, les chambres d’hôtel sont moins chères en juin. Bravo. On prend un joyau et on le fout au grenier parce qu’il y demande moins d’entretien.

La petite misère québécoise

Or, une célébration, ça se paie. Si Équipe Spectra, qui a réussi à ruiner le Festival international de film de Montréal il y a quelques années, est incapable d’organiser une fête de la culture francophone en plein été, même avec les généreuses subventions gouvernementales, qu’elle passe le flambeau à quelqu’un d’autre. Bousculer tout le monde et organiser son projet à un moment où les travailleurs sont encore au travail, ça sent la petite misère québécoise.

Nés pour un petit pain, on peut avoir un « Just for Laughs » au coeur de l’été, un Festival international de jazz de Montréal, un Festiblues, un Osheaga, un Festival International Nuits d’Afrique, Festival du film fantastique Fantasia, Divers/Cité, la Coupe Rogers… Mais un événement qui célèbre notre culture, nos racines, notre langue? Ah non, ça on doit l’organiser dans un sous-sol d’église entre deux chaises pliantes. Tenez, même le nom sonne étranger: « Francofolies ». Aurait-on idée, à New York ou Washington, de célébrer le festival « Anglofolie »? On célèbre le français à Montréal comme s’il était une langue étrangère, bizarre, ethnique. « Un peu de français avec ton shish kebab? » On s’ethnicise.

Si vraiment on veut économiser de l’argent, on pourrait peut-être organiser l’événement en février, non? Les hôtels ne coûtent presque rien, et il suffirait d’entasser un peu de neige pour faire une scène extérieure. Ah, quoi? Ah oui, vous avez raison, il y a déjà le festival Montréal en Lumière en février…

Quand toute la poussière sera retombée, on aura le résultat suivant: une culture francophone dévalorisée et instituée au rang de folklore ne méritant même pas le coeur de l’été et une Saint-Jean-Baptiste diminuée, privée de commanditaires et au nombre réduit de participants. Équipe Spectra, elle, aura des centaines de milliers de dollars supplémentaires pour continuer sa gestion douteuse et sa stratégie unilatérale de développement plaçant tout le monde devant le fait accompli.

Labeaume a réagi. Y a-t-il un maire à Montréal?