Ville la mieux gérée: un exercice idéologique?

Longueuil constituerait la ville la mieux gérée au Québec. C’est du moins ce qu’avance une étude publiée dans le Macleans, un magazine de droite très populaire au Canada anglais, la version anglophone de L’Actualité. Longueuil?! Mais attendez avant de lui donner trop de crédibilité.

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En effet, l’étude publiée par le Macleans a été conduite par le Atlantic Institute for Market Studies (AIMS), un think-tank de droite basé à Halifax. Cet institut a un but bien précis: promouvoir la diminution du pouvoir de l’État au sein de la société et favoriser les réformes libéralisant l’économie. Quelques-unes de leurs positions:

  • L’AIMS reproche à la ville de Québec son « trop grand » nombre de conseillers municipaux.  (juillet 2009);
  • L’AIMS, par la plume de son président, félicite les baisses d’impôts et la réduction de la dette opérées par Ralph Klein.  (avril 2006); (( La Presse, Forum, dimanche, 9 avril 2006, p. A14, D’un Canada à l’autre, Contradictoire? Excellent premier ministre pour éliminer la dette et baisser les impôts, Ralph Klein n’a pas su se montrer efficace pour gérer la richesse croissante de l’Alberta, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS donne un « C » à Monique Jérôme-Forget pour son budget 2007-2008, car les impôts n’avaient pas été assez baissés (avril 2008); (( Le Soleil, Actualités, lundi, 7 avril 2008, p. 16, Budget, Un C pour Jérôme-Forget, La Presse Canadienne ))
  • Brian Lee Crowley, président de l’AIMS, dénonce l’appui de Jack Layton a un système de santé public et universel (décembre 2005); (( La Presse, Forum, vendredi, 23 décembre 2005, p. A23, D’un Canada à l’autre, Un « programme secret »?, La position de M. Layton n’a rien à voir avec la protection de la qualité des soins de santé que reçoivent les Canadiens ))
  • L’AIMS et son président demandent à ce que l’eau soit facturée (0ctobre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 30 octobre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Eaux troubles, Nous avons permis que la politique pollue les prises de décision en matière d’eau ))
  • L’AIMS exige des baisses d’impôts de la part du Québec (novembre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 27 novembre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Politiques défensives, Ottawa a du mal à reconnaître le fait qu’une grande partie de ses politiques est inspirée par la crainte du Québec ))
  • L’AIMS et son président attaquent les soins de santé publics et le taux d’imposition (décembre 2004); (( La Presse Affaires, lundi, 13 décembre 2004, p. LA PRESSE AFFAIRES, A-t-on les moyens de continuer?, Le niveau de vie des Québécois est inférieur à celui de l’Ontario, qui lui-même traîne derrière la plupart des États américains, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS plaide en faveur de la valorisation de l’utilisation de la voiture en ville (janvier 2005); ((La Presse, Forum, dimanche, 30 janvier 2005, p. A16, D’un Canada à l’autre, Cool, Montréal?, Une maison plus grande et une cour privée sont généralement synonymes de niveau de vie plus élevé ))

On le constate, il ne s’agit pas d’un simple « groupe de réflexion sur la politique publique » comme il se présente lui-même. Il s’agit d’un outil de combat contre nos services publics et chacune de leurs prises de position ou de leurs études vise ce seul but.

Or, est-ce surprenant? Comme le note Donald Gutstein, du site web SpinWatch, un organisme qui dénonce la manipulation des think-tanks, l’AIMS est notamment financée par la Donner Canadian Foundation, une organisation de droite cherchant à influer sur l’idéologie dominante du Canada:

Donner a une valeur de 200$ millions et donne 2$ millions par année à des causes de droite. Au milieu des années 90, elle a établi trois nouveaux think-tanks libertariens, le Atlantic Institute for Market Studies de Halifax, le Frontier Centre for Public Policy à Winnipeg et l’Institut économique de Montréal. (Ma traduction)

Faut-il se surprendre, alors, que l’AIMS cherche à déifier tout ce qui est privé et démoniser tout ce qui est public?

Longueuil. Soyons sérieux. J’ai habité Longueuil, et – n’en déplaise à mes amis qui habitent cette ville et l’aiment bien – c’est un trou. Réellement, un trou. Stagnation de matières en putréfaction en son centre, rempart de chaque côté pour s’en sortir et malaise lorsqu’on la traverse.

Évidemment, l’étude se défend de parler de qualité de vie, question de ne pas trop se discréditer. Mais dans les faits, une ville bien gérée ne signifie-t-elle pas de meilleurs services pour les citoyens et davantage de ressources pour leur permettre de jouir un peu de leur existence? On le ne dit pas directement, mais c’est de cela qu’il est question. Quand une ville dépense correctement l’argent de ses citoyens, elle peut se permettre de leur offrir une meilleure qualité de vie.

Or, de quelle genre de qualité de vie jouissent les Longueuillois? Oh, si vous habitez près du golf, près du parc, ou dans les nouveaux quartiers isolés avec des ronds-points et des cul-de-sac empêchant tous les gueux de venir polluer votre environnement visuel, vous aimez Longueuil. Vous appréciez Longueuil comme le riche Américain isolé dans sa villa affirme adorer son pays mais n’ose pas sortir de chez lui pour fêter le 4 juillet avec les autres.

Dans les faits, je connais Longueuil. J’ai habité sur la rue Bord-de-l’eau, qui dans les faits aurait du s’appeler « Bord de l’autoroute » car c’est ce qu’on a dans le visage, une belle grosse 132 de six voies gobant ce qui aurait pu être un « bord de l’eau » dans une ville ayant à coeur l’accès de ses citoyens au fleuve. J’ai habité sur la rue Briggs, à un endroit tellement pauvre qu’on se demandait comment les gens arrivaient à payer leurs petites maisons à moitié délabrées. J’ai habité près de Roland-Therrien, un gros boulevard style Saint-Joseph mais sans le cachet. J’ai aussi vécu sur Joliette, entre Curé-Poirier et Nobert, dans des blocs immenses et sans humanité ou tu avais davantage de services de la part du vendeur de drogue du coin que de la police. Je connais Longueuil.

Et c’est un trou, laissez-moi vous le dire. Services médiocres, peu de parcs ou équipement désuet, transport en commun trop cher et inefficace, peu de pistes cyclables, des voitures partout. Le paradis de l’AIMS, quoi.

Réduire les taxes, faire plus avec moins, s’attaquer à la dette et faire appel au privé, ce n’est pas synonyme de qualité de vie. C’est une décision idéologique entraînant peut-être une embellie des chiffres, mais n’aidant en rien à améliorer la qualité de vie des gens. Et, surtout, ne permettant pas de réduire la pauvreté, cette ressource primaire quasi-inépuisable dont regorge Longueuil.

Au lieu de s’abreuver à des études idéologiquement orientées et faisant abstraction de la qualité de vie réelle des citoyens, si on leur demandait, directement, ce qui leur plait ou non dans leur ville? Je suis certain que le classement serait bien différent… Charlottetown, une ville magnifique, ne serait probablement plus dernière et Longueuil retrouverait bien rapidement sa place au fond du classement.

À quand une étude honnête au lieu d’un pitoyable exercice idéologique?

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13 Réponses

  1.  » Or, de quelle genre de qualité de vie jouissent les Longueuillois? Oh, si vous habitez près du golf, près du parc, ou dans les nouveaux quartiers isolés avec des ronds-points et des cul-de-sac empêchant tous les gueux de venir polluer votre environnement visuel, vous aimez Longueuil. Vous appréciez Longueuil comme le riche Américain isolé dans sa villa affirme adorer son pays mais n’ose pas sortir de chez lui pour fêter le 4 juillet avec les autres. »

    Ha ha ha! En gros, est-ce que bonne gestion = bonne qualite de vie? Mais tu sais bien que ce genre d’etudes, ca se sacre toujours des pauvres.

  2. Mais c’est bien connu qu’au Québec et au Canada, les libertariens et les conservateurs sont largement majoritaire alors que les étatistes, les syndicalistes et les socialistes sont une voix minoritaire qui n’a presque pas de pouvoir. L’état perd de sa taille et le contrôle de celui-ci se rétrécie.

  3. @ Kevin : Au Québec, tu dois être diablement sarcastique!

  4. «Réduire les taxes, faire plus avec moins, s’attaquer à la dette et faire appel au privé»

    Euh? C’est de droite, ça? C’est drôle, mais je croyais que c’était le bon sens, du moins, pour quiconque ayant une parcelle de connaissances en économie et en management. Même les sociaux-libéraux appliquent cette recette!

    Tu ne veux pas t’attaquer à la dette? Tu veux refiler la facture de notre sacro-saint modèle socialiste qui est sur le point d’imploser aux générations futures comme l’ont fait les baby-boomers pour leur party à lequel je n’ai pas été invité?

    Faire plus avec moins? On va être de plus en plus obligé de suivre ce credo! Presque toutes les entreprises sérieuses, évoluées et branchées sur leur temps l’ont fait ou sont en train de le faire, mondialisation de l’économie oblige. C’est ce qu’on appelle la réingénierie des processus d’affaires, chose que Charest n’a pas eu les couilles d’appliquer au Québec. Au lieu de ça, il a nationalisé nos corps, ce qui est 1000 fois pire.

    Réduire les taxes? Sérieusement, à moins de s’appeler Louis P., qui est contre ça?

    Faire appel au privé? Tu es contre la concurrence? C’est vrai que tu es protectionniste, alors.

    «C’est une décision idéologique»

    Regardez qui parle! 😦

  5. C’est vrai que beaucoup de relatif dans cette discussion mais j’aimerais quand même demander, Louis tu es contre une facture de l’eau??????? (ou comme des gauchistes que je connais qui sont pour une facture de l’eau pour les riches mais l’eau doit être gratuite pour les pauvres…)

    Et pour les taxes et impôts j’ai déjà donné mon point de vu mais moins d’impôts et plus de taxe est préférable à mon point de vue.

  6. @Leonard Langlois: Entièrement d’accord avec toi. Et on prend bien soin de dire dans l’étude que ce n’est pas le cas, mais on laisse sous-entendre le contraire par la suite. Car, soyons logique, si une ville était véritablement bien administrée, on aurait davantage de ressources pour offrir des services et s’intéresser à l’esthétisme et à toutes ces petites choses qui font la qualité de vie.

    @Kevin: Les Libertariens et Conservateurs ont de riches fondations de droite qui les financent; ce sont des poux qui vivent au crochet des plus fortunés et qui reprochent aux autres de vivre aux dépens de l’État. Évidemment, pour que leurs idées passent, ils doivent faire dos rond et chercher à passer l’image qu’ils sont des victimes…

    @Leonard Langlois: Il est sarcastique, mais ça fait partie du schéma libertarien: de se croire minoritaire et faible alors que dans les faits ils sont largement financés par les plus fortunés. L’IEDM reçoit des dizaines de milliers de dollars de fondation de droite comme la Donner Foundation et ce n’est pas le seul organisme de ce genre.

    @Jean-Luc Proulx: Je ne sais pas à quelle société tu parles quand tu parles de socialisme. Réduire la dette municipale n’est pas toujours la solution et cela dépend de quelle façon c’est fait. Contrairement à ce que tu sembles affirmer, une municipalité n’est PAS une entreprise; une entreprise peut foutre à la porte ses employés alors qu’une ville doit tenir compte de tous ses citoyens. Bon, pour le reste je ne suis pas certain de te suivre car tu abordes 10 sujets en même temps. Ce que je peux te dire, c’est que l’étude vient de l’AIMS et cet organisme est un think-tank de droite financé par de richissimes fondations et que son étude démontre que les villes ayant une « bonne gestion » selon les crédos de la droite n’ont pas nécessairement une bonne qualité de vie.

    @André: Oui, je suis à 100% contre une facture de l’eau. L’eau, comme la santé, est un bien essentiel et il faut être complètement insensible pour même envisager de la facturer. La prochaine étape, c’est quoi: facturer l’air? Pour le reste, je suis pour des taxes plus élevées à ceux qui ont de meilleurs moyens financiers afin de permettre une meilleure redistribution de la richesse et de meilleurs programmes municipaux. Une idée serait peut-être d’avoir deux ou trois taux de taxation et d’imposer une légère surtaxe sur les propriétés ayant une valeur supérieure à X$ (résidences les plus cossues)

  7. Bon billet Louis, je suis entièrement d’accord avec tes conclusions. Cette étude est complètement inutile et ne prouve absolument rien. Longueuil une ville bien gérée? Laissez-moi rire. L’administration actuelle et celle d’avant se sont fait pincer pour conflits d’intérêts à quelques reprises. Et l’histoire d’horreur autour le l’agglomération? Et le déversement d’eau polluée dans le fleuve? Balivernes.

  8. Concernant la facturation de l’eau:

    Ne nous cachons pas la vérité, l’eau nous est actuellement facturée. Bien sûr, la facture est cachée, noyée dans nos taxes municipales. On ne la voit pas, donc elle ne fait pas mal. Tout le monde paie le même montant. Propriétaire de piscine ou non, laveur d’asphalte et arroseur de pelouse invétéré ou non. Pourquoi économiser l’eau, on n’économise pas une cenne!

    L’installation de compteur déplace la facture. On l’enlève de la taxe municipale (tout le monde paie moins), puis on fait payer les gens selon l’utilisation. Les riches qui ont une piscine et deux voitures neuves à laver chaque semaine paient alors plus que les autres. Ceux qui ne réparent pas leur robinet qui fuit ne peuvent plus refiler la facture à l’ensemble de la société.

    Pour moi, une ville qui possède des compteurs d’eau est mieux gérée (toutes choses étant égales par ailleurs) qu’une qui n’en a pas.

  9. Concernant la taille de l’état: il y a eu une augmentation du nombre d’employés du secteur public de 15 % en 7 ans. Évidemment, je ne sais pas si ce sont des employés à temps partiel…

    Source: http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/090529/t090529b1-fra.htm

    C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles la ville de Québec ne subit pas l’effet de la récession: pendant que les entreprises privées licencient, les gouvernement engagent.

  10. @ Louis.

    «Je ne sais pas à quelle société tu parles quand tu parles de socialisme.»

    Du Québec, peut-être?

    «Réduire la dette municipale n’est pas toujours la solution»

    La dette est actuellement refilée aux générations futures. Nos enfants et nos petits-enfants vont être obligés de passer leur vie à la payer. Le Québec est en train de vivre sur une marge de crédit et opère avec l’argent de nos enfants et de nos petits-enfants. On n’a pas le droit de faire ça, c’est illégal du point de vue de l’équité intergénérationnelle.

    «cela dépend de quelle façon c’est fait.»

    En coupant dans le gras et en opérant une refonte majeure de notre sacro-saint modèle socialiste qui est sur le point d’imploser.

    «une municipalité n’est PAS une entreprise»

    Une municipalité a des employés (pompiers, policiers, cols blancs, cols bleus) au même titre qu’une entreprise.

    «une entreprise peut foutre à la porte ses employés»

    Premièrement, rares sont les entreprises dont les employés jouissent de conventions collectives blindées comme c’est le cas chez les employés de plusieurs villes, dont Québec, parce que c’est l’exemple que je connais le plus pour vivre dans cette ville. Le maire Labeaume devait régler le problème, mais il a choké.

    Deuxièmement, le secteur des ressources humaines, tu connais? Toutes les entreprises, même les non-syndiquées, en ont un.

    Troisièmement, une ville ne peut pas congédier arbitrairement plusieurs de ses employés sans entraver les services de proximité et une entreprise non plus, sinon, elle entrave sa production et risque de perdre de l’argent, en plus d’agir de façon contraire à toutes notions de management et de GRH. Avant d’en arriver là, on s’arrange pour régler le différent et le congédiement, c’est en dernier recours, ça ne se fait pas sur un coup de tête de la part du patron, sinon, l’employé a une très belle cause à présenter et à défendre à la Commission des droits de la personne.

    «une ville doit tenir compte de tous ses citoyens.»

    Si tu parles des services d’une ville, soit les services de proximité (vidanges, aqueduc, déneigement, asphaltage des rues, etc.), je suis d’accord avec toi.

    «l’étude vient de l’AIMS et cet organisme est un think-tank de droite financé par de richissimes fondations»

    Ce n’est parce que l’étude vient d’un think-tank de droite financé par de riches fondations (depuis quand la gauche est-elle contre les fondations, au fait?) que nous devons jeter la dite étude à la poubelle. Au contraire, on se doit de lire toutes les études, peu importe d’où elles viennent. Ça t’ouvrirait peut-être un peu l’esprit.

    P.S.: Depuis quand la gauche est-elle contre la bonne gestion?

    Pour ta réponse à André, je retiens ce p’tit bout: «Une idée serait peut-être d’avoir deux ou trois taux de taxation».

    Mauvaise idée! Lire mon prochain billet qui sera publié sur mon blogue plus tard dans la journée! Il va, justement, parler de l’impôt à taux marginaux progressifs versus l’impôt à taux unique (la flat tax).

  11. J’ai jamais compris la réticence des gens à passer au système de compteurs d’eau. J’habite dans l’arrondissement St-Laurent, et du temps que c’était une ville indépendante les compteurs d’eau étaient installés, au delà d’un certain nombre de mètres cubes (prix de base), il fallait payer des suppléments selon le nombre de mètres cubes supplémentaires utilisés (par l’arrosage, la piscine, etc.)

  12. @Louis

    La qualité de vie est un fait extrêmement relatif. Tu peux ne pas aimer les autos, il reste que pour plusieurs, ce mode de transport reste hautement plus pratique, et tirer sur le messager (l’AIMS) n’est pas une façon valide d’attaquer le message!

    En fait, l’étude de l’AIMS évaluait la qualité des services publics et de la vie en général par des indicateurs tels que la taxation, le rapport qualité/prix des transports publics, le taux de criminalité, etc… Il n’y avait pas de critères « choisis » ni de tri destiné à faire valoir une opinion plus qu’une autre, rien que des critères généraux tout à fait valide pour étudier une ville. Il n’y a rien dans ce que tu as dit qui enlève à Longueuil son droit d’être une ville où les gens ont une qualité de services.

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