Le bantoustan palestinien: semer la haine

Israël est un drôle de pays. Il s’affiche en tant qu’éternelle victime aux yeux du monde alors que le pays jouit du travail d’un des plus puissants lobbies aux États-Unis pour le défendre. Il se dit menacé de toutes parts, mais il possède la bombe atomique. Il se dit pacifiste, mais il est constamment en guerre contre ses voisins. Il se dit ouvert et démocratique, mais il doit payer des gens pour le défendre anonymement sur internet. Et il se dit pour la paix, mais construit des colonies juives en plein milieu de ce qui doit constituer la capitale d’un éventuel État palestinien. Drôle de pays, ou politiques concertées de ses autorités pour gagner du temps pendant qu’on transforme la Palestine en bantoustan?

bantoustan-israel-palestine

Source de l’image

À l’époque, dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, le bantoustan constituait une enclave où on entassait la population noire en lui concédant une certaine forme d’autonomie. Le premier gouvernement bantou a été instauré en 1949 au Transkei et ses membres, tous noirs, remplaçaient les blancs. Au même moment, on a fait disparaître la représentation des Africains au Parlement, où leur voix ne pouvait plus se faire entendre que par l’intermédiaire de quelques sénateurs et députés, tous blancs. Le principe, d’une grande simplicité, a merveilleusement été exprimé par M. Verwoerd, premier ministre fédéral de l’époque: « [Mieux vaut] un petit État où l’homme blanc pourrait gouverner son territoire et serait maître de sa destinée plutôt qu’un grand Etat qui finirait par devenir non-blanc ». ((Le Monde, Analyses, lundi, 1 juin 2009, p. 2, EDITORIAL & ANALYSES, Il y a 50 ans dans le Monde, Le premier bantoustan d’Afrique du Sud )) À défaut d’être respectueuse des droits humains, cette politique était honnête: il s’agissait de confiner les noirs dans de petits enclos dépourvus de tout pouvoir et où leur grande fertilité n’augmenterait pas leur pouvoir dans le pays. N’est-ce pas là un simple copier-coller de ce qui se passe actuellement en Israël?

En effet, le taux de natalité en Israël est de 2,7 enfants par femme, contre 3,7 en Cisjordanie et 5,5 à Gaza. (( Le Temps, no. 3185
International, mardi, 3 juin 2008, De nouvelles colonies à Jérusalem torpillent le processus de paix, PROCHE-ORIENT. Bien que l’arrêt des implantations juives soit une condition essentielle aux négociations entre Israéliens et Palestiniens, la Cisjordanie ne cesse d’être morcelée., Caroline Stevan )) En ce moment, il y a 5,8 millions de Juifs dans le Grand Israël contre 5 millions de Palestiniens. Si rien n’est fait, les Palestiniens seront majoritaires à long terme. Voilà pourquoi il convenait de les isoler en morcelant leur territoire et en leur offrant, éventuellement, un État démilitarisé, sans pouvoir réel, tellement rabougri et misérable derrière son long mur de la honte qu’il ne représenterait plus rien politiquement.

Par ailleurs, le taux de natalité des ultra-orthodoxes – ces colons juifs qui prennent possession des terres et habitations palestiniennes – est sensiblement plus élevé. Leur population augmente de plus de 6% par année. Israël utilise donc ces extrémistes comme fer de lance pour pénétrer le territoire palestinien et empêcher toute forme d’État viable de voir le jour.
Semer la haine

Ce genre de politique, où on veut désormais coloniser le sanctuaire sacré de Jérusalem-Est, peut-elle conduire à autre chose qu’à la haine et toujours davantage de haine? Les Israéliens auront beau construire des murs, des murailles, installer des points de contrôle, bombarder sporadiquement la population, dans un scénario orwellien, pour la garder sur le qui-vive, qu’aura-t-on gagné, au bout du compte? De la haine, toujours davantage de haine.

L’histoire récente d’Israël est pavée d’une litanie de charmants discours ayant éclaté comme de fragiles bulles à la lumière d’un soleil révélateur de son racisme et de sa cruauté à l’égard des Palestiniens. Le pays jouirait peut-être d’un peu plus de soutien de la part de la communauté internationale s’il cessait de dépecer ce qui doit constituer le futur État palestinien et se décidait enfin à considérer ses voisins non pas comme des barbares devant être contrôlés, mais comme des êtres humains ayant eux aussi le droit de s’affirmer et de vivre dans un pays leur ressemblant.

Comme un mauvais film qui n’en finit plus, il serait peut-être temps de sauter au générique et de bâtir le futur.  Un futur où les Palestiniens auront le droit d’exister.

Publicités

9 Réponses

  1. Comme ils disent dans facebook : « J’aime » Bon texte.

    Pas d’autre commentaire.

  2. Très bon texte en effet. On vient d’apprendre qu’un peu plus tôt cette semaine des colons israéliens extrémistes et fascistes ont attaqué, pour la énième fois, des récoltes de fermiers palestiniens, pour se venger du fait que l’armée israélienne aurait procédé au démantèlement d’une colonie « sauvage », c’est-à-dire illégale selon la loi israélienne.

  3. Je me joins aux autres pour souligner la qualité de votre travail de recherche.
    Vous concluez avec …le droit d’exister…
    C’est là une intention bien noble mais la vie ce n’est pas ça.
    Je comprend mal ces attentes d’une vie qui se déroulerait sans luttes.
    Il est difficile de traduire les conflits si on ne cherche pas à les saisir pour y plaquer une morale à la place.
    Les juifs ne sont pas plus monstrueux que les palestiniens, ils le sont autant, et si dans un relativement court moment de l’histoire, ils le sont plus, ça s’explique et c’est très ponctuel. 50 ans c’est rien. J’ai entendu l’autre fois un scientifique dire qu’un insecte qui ne vit qu’une semaine ne peut saisir ce que sont les saisons, encore moins le concept d’année.
    Si vous faites appel aux bons sentiments vous ne pouvez saisir vraiment les enjeux.
    Amour et paix, je veux bien, mais vous ne pourrai jamais rendre compte de phénomènes sociaux en l’abordant sous cet angle…impossible.
    La morale donne des leçons, elle n’informe pas, elle désinforme même.

    Ne laissez pas la morale teinter vos travaux de recherche trop rapidement, fouillez un peu plus avant.

  4. Ca me fait penser aux paroles d’un curé de chez nous. Un type bien qui a les deux pieds sur terre.

    En parlant de ce coin du monde l’air penseur, il nous expliquait comment la guerre, la cruauté, l’intolerance pouvait etre pesante à la longue. Sortant de sa reverie il nous declara qu’il ne voulait pas dire par là qu’il ne devrait plus y avoir de guerre, qu’il y en aura toujours… mais si seulement ca pouvait changer d’endroit quelque temps pour laisser le temps à ces gens et surtout aux enfants de respirer un peu.

    Y a des personnes plus vieilles que moi qui n’ont connu que cela depuis leur naissance… comment voulez-vous avoir une autre vision de la vie apres ?

    De toute facon, l’histoire est ecrite par les vainqueurs, ca a toujours ete comme ca. Alors bien entendu, y a toujours un camp plus ignoble que l’autre… dans l’histoire. Mais en realité, comme « un gars » le dit, on sait tres bien que si les roles etaient inversés ca ne changerait pas grand chose au probleme.

  5. Bon billet Louis.

  6. @Reblochon: Merci!

    @internationaliste: Tant qu’Israël défendra ses fanatiques qui violent les lois internationales et s’en prennent aux Palestiniens, ce pays a peu de chance de s’attirer quelque sympathie que ce soit…

    @un gars: Il existe une morale fondamentale et c’est le droit d’exister. Ce droit est à peiner respecté en Palestine et je crois qu’il n’y a pas le moindre problème à faire appel aux bons sentiments pour espérer régler cette situation, bien que ce ne soit pas là une garantie de succès.

    @AntiPollution: Merci!

  7. Tant que le pétrole sera une énérgie poliquement utlisable, le conflit ne se terminera jamais.

  8. Je me joins aussi aux autres pour souligner l’excellent travail de réflexion et de recherche de Louis!

    Pour « un gars dit » qui nous dit qu’untel est aussi monstrueux que les Palestiniens hé bien là franchement je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de monstrueux à tenter de résister et de survivre à des élans génocidaires on ne peut plus concrets venant d’un voisin doté d’une si redoutable force de frappe.

    Je me dis qu’il faut vraiment être assis très confortablement dans son fauteuil et surtout être très loin de ce conflit pour tenir de tels propos et relativiser ainsi ce calvaire qu’a infligé israel aux populations Palestiniennes durant « rien que cinquante ans » mais si l’on veut absolument avoir recours à ce genre de raisonnements je ne vois donc pas en quoi ceux qui critiquent la sauvagerie qu’exerce l’état d’israel depuis cinquante ans devraient passer pour d’éternels critiqueux du peuple juif puisqu’ils ne critiquent l’état d’israel que ponctuellement ce qui me semble parfaitement justifié et incontournable dès que l’on a un minimum de conscience sociale et aucun parti pris au préalable…

    Pour le reste je ne peux qu’être en total désaccord avec cette recommandation de ne pas laisser la morale « aveugler » le jugement,non mais quoi vous préféreriez que l’on porte un regard froid et inhumain sur ces drames?Le nazisme ne devrait plus être au goût du jour!

  9. […] […]

Comments are closed.