Le déclin démagogique

Pas de déclin démographique! Les derniers chiffres de l’Institut de la Statistique du Québec (ISQ) sont formels: la population du Québec continuera de croître au cours des prochaines décennies, augmentant de 8 millions en 2012 jusqu’à 9,2 millions d’habitants en 2056. Pour André Pratte, c’est l’occasion de se réjouir de l’augmentation de l’immigration tout en adoptant des mesures urgentes pour faire face au vieillissement de la population. Il a tort sur les deux points.

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En effet, l’éditorialiste de La Presse soutient que cette croissance est principalement tributaire de l’immigration.  Est-ce vrai?  En 2003, année des dernières statistiques désastreuses de l’ISQ entrevoyant un déclin démographique, le nombre d’immigrants accueillis était de 44 555. En 2007, il montait à 46 055, une augmentation de 3,4%. (( Statistique Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Comparons maintenant ces chiffres aux naissances, tributaires du programme des Centres de la petite enfance (CPE) fonctionnant à plein régime et des nouveaux congés parentaux inaugurés en 2006: 74 364 naissances en 2003 et 85 900 en 2007. Une augmentation de 15,5%! Il ne fait aucun doute que l’immigration joue un rôle important, mais est-ce le principal facteur?

Or, l’accroissement du nombre d’immigrants comporte des coûts sociaux. La commission Bouchard-Taylor en est un, les émeutes de Montréal-Nord en sont un autre. Une étude d’un groupe d’économistes réunis sous la bannière de l’Institut de géopolitique des populations, en France, a calculé que les coûts de l’immigration pour l’État français, en 2005, s’élevaient à plus de 24 milliards d’Euros (37,7 milliards $C). De ce chiffre, pas loin de 4,4 milliards d’Euros (6,9 milliards $C) étaient affectés à la justice et au maintien de l’ordre. (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))

Le manque de cohésion sociale coûte cher à la société. Cela ne signifie pas qu’il faudrait éliminer entièrement l’immigration, mais ne vaudrait-il pas mieux miser sur une augmentation du taux de fécondité des Québécoises plutôt que de paqueter des dizaines de milliers d’immigrants dans des ghettos et ensuite en avoir pour des décennies avant de les intégrer?

Par ailleurs, M. Pratte, homme de droite et ancien signataire du très controversé Manifeste pour un Québec lucide, s’épanche longuement sur le fait que la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait doubler entre 2006 et 2056, passant de 14% à 28%. Selon lui, cette charge supplémentaire pour la population active est inquiétante et devrait nous inciter à adopter des réformes (de droite, sous-entendu).

Dans les faits, comme je le soulignais ici, il est important de tenir compte du facteur « productivité ». On ne peut pas dire simplement qu’il y aura deux fois plus de personnes inactives à soutenir par deux fois moins de personnes actives et conclure que nous serions deux fois plus pauvres. C’est tout simplement faux. Au Moyen-Âge, les personnes âgées étaient plutôt rares; est-ce qu’on vivait mieux qu’aujourd’hui?

Ce qui compte, c’est la productivité et la façon dont celle-ci profite à l’ensemble de la société. Entre 1961 (première année de ces statistiques) et 2007, l’indice de productivité est passé de 41,2 à 105,4, une augmentation de plus de plus de 155%! (( Statistique Canada, Tableau 383-00211
Productivité multifactorielle, valeur ajoutée, facteur capital et facteur travail dans le secteur agrégé des entreprises et ses principaux sous-secteurs, selon le Systéme de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), annuel (indice, 2002=100) )) Concrètement, en 2007, un travailleur québécois crée 2,5 fois plus de richesse que 46 ans plus tôt. Qu’est-ce qui nous empêche de croire que la hausse de productivité ne se prolongera pas d’ici 50 ans, elle qui continue d’exploser sous l’impulsion des nouvelles technologies?

Le problème, c’est la redistribution de la richesse créée par cette hausse de la productivité. André Pratte, pour des raisons idéologiques, ne peut pas concevoir une plus grande redistribution de celle-ci, notamment par des hausses d’impôts aux entreprises et aux individus les plus favorisés, des tarifs douaniers pour les empêcher de fuir ces hausses, ou d’autres mesures imaginatives s’assurant que tous puissent profiter de ces gains. Il constate simplement que notre portion de la tarte diminue, que nous serons plus nombreux à la manger, mais il ne veut pas augmenter notre part.

Plus que jamais, André Pratte a tout faux. Ce n’est pas l’immigration qui va nous sauver, mais une hausse des naissances et une meilleure redistribution de la richesse.

Et si, au fait, une société avec davantage de cohésion sociale et plus d’égalité donnait davantage le goût à certains de faire des enfants? On pourrait peut-être ainsi ensuite célébrer le déclin… démagogique!

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8 Réponses

  1. Louis, je m’excuse tout d’abord de ne pas avoir souligné ceci plus tôt: j’adore le fait que tu donnes des sources crédibles pour appuyer tes éditoriaux.

    Tes textes sont des textes d’opinion. Tu pourrais (et tu l’as fait à plusieurs reprises) te contenter de dire ce que tu penses et on ne pourrait pas t’en vouloir. Mais simplement donner quelques statistiques crédibles et vérifiables ajoute considérablement à ta crédibilité (du moins selon mon point de vue).

    Pour moi, considérant les caractéristiques d’internet, c’est la voie de l’avenir.

    Encore une fois, bravo. un peu tard, mais sincère.

  2. Il y a combien de personnes âgées de 65 ans et plus qui sont parfaitement autonomes du point de vue «finances» ? Même question pour les 18 à 30 ans….
    On pense souvent, à tort, que les vieux sont tous un fardeau pour la Société, c’est faux !
    En passant, il y a longtemps que je ne lis plus André Pratte….

  3. Je consulte tranquilement les références que tu nous a fournies et je constate que tu choisis bien tes années.

    Pourrais-tu nous indiquer la variation, en pourcentage, du nombre de naissances prévues entre 2009 (cette année) et 2029 (dans 20 ans)?

    Et le pourcentage de variation de l’immigration pour la même période?

    D’autre part, l’augmentation de la population ne dépend pas que des naissances et de l’immigration. Le nombre de décès importe aussi.

    Pourrais-tu nous indiquer la variation du nombre de (naissance – décès) entre 2009 et 2029? Ça donnerait une idée de ce qui se passerait sans immigration.

  4. @ Garamond:

    La vieillesse a un coût pour la société même si les personnes sont autonomes financièrement. En effet, les vieux coûtent plus cher en soins de santé que les jeunes. Et cela représentera un coût pour la société tant que le système de santé ne sera pas entièrement privatisé.

    Attention: je ne dis pas que je le souhaite. Au contraire, je ne le souhaite absolument pas. Mais le fait est que si le gouvernement se dégageait entièrement des soins de santé et de la régie des rentes, alors le vieillissement de la population ne représenterait presque plus un problème pour la société.

    Je répète: je suis contre une privatisation complète des soins de la santé.

    PS: excusez-moi pour les fautes de français de mes deux messages précédents.

  5. Le privé ne fait pas disparaitre les problèmes, il les déplace. Dans un système entièrement privé, le « vieux » ne coute effectivement moins cher a l’État, mais il coute quand même très cher a la société en général, plus cher en fait que dans un système public. Il ne faut pas faire l’erreur de confondre société et gouvernement, ce que je crois que tu fais Steph.

  6. Bon Louis, je suis pas d’accord!

    L’immigration est perçue comme un problème, un fardeau un coût social important, alors que dans les faits, l’immigration, est une grande richesse, souvent le moteur des société en pleine effervescence.

    D’abord, il convient de se demander pourquoi un immigrant immigre. La raison est simple. Dans 99% des cas, c’est toujours la même : améliorer son sort. Et pour améliorer son sort, l’immigrant a déjà laissé sa patrie, sa famille, ses amis, bref, il a tout abandonné et a une volonté de réussir dans sa nouvelle vie qui n’a aucune mesure avec celle des gens du pays hôte.

    Cet immigrant, on se permet même de le choisir, donc on le prend généralement éduqué, donc qui arrive dans la population active, prêt a fonctionner rapidement, sans coûter un sou (ou presque, surtout depuis que les libéraux ont sabré dans les mesures de francisation, une catastrophe a mon avis) en éducation à l’État. Bref, quelqu’un qui rapporte des impôts sans avoir été soigné, éduqué, etc. par l’État. C’est une aubaine.

    Je disais qu’ils étaient très motivés. En effet, ils sont prêt à prendre n’importe quel boulot, même le plus minable, celui que même le québécois le plus pauvre ne veut pas faire, ils ramassent leur argent, et sont beaucoup moins frileux que le québécois moyen à se partir en affaires. L’immigration crée des jobs!

    Maintenant on va prendre des exemples historiques. Quels pays-civilisation a été détruit par l’immigration dans l’histoire de l’humanité? (Il n’est pas question ici d’invasion sanguinaires, mais bien d’immigration) À ma connaissance, et je suis quand même historien de formation, aucune(hmmm à y repenser… peut-être la Palestine, mais encore c’est très discutable). Combien de société ont profité de l’immigration comme d’un levier extraordinaire au niveau économique et social? Je pourrais dire le Canada, mais y’a un exemple plus percutant juste au Sud de notre Frontière, les USA. Historiquement, plus l’accès a l’immigration a été facile, plus le pays a prospéré, et plus l’accès s’est réduit, plus la progression s’est ralentie.

    Le tableau n’est pas tout rose pour autant, l’immigration amène plusieurs heurts. La méfiance qu’on voit aujourd’hui envers les arabes, les Haitiens, les pakis et autres ethnies, n’a rien a voir avec la haine franche envers les italiens, les polonais et les irlandais à une autre époque. Bien sûr, on ne peut pas penser à l’immigration italienne sans penser à la mafia, mais sérieusement, quand on sort un peu des clichés pour mieux se coller sur la réalité, les italiens nous ont-ils amener plus de choses positives que négatives au final? Moi je dis certainement! Et je crois que les heurts actuels a Montréal-Nord par exemple, sont un coût social fort modeste par rapport à ce que les immigrants de ce coin de la ville amènent de positif à notre ville, à notre pays.

    Sur le reste de la problématique du vieillissement de la population, tout ce que j’ai à dire sur les mesures natalistes, c’est qu’elles arrivent un peu tard. Dans les prochaines années, les coûts en santé vont exploser(ils ont déjà commencer à le faire), doit-on faire exploser aussi les coûts de ses politiques natalistes, et de leurs conséquences, c’est-à-dire le coût de l’éducation de tout ces nouveaux-nés? Les politiques natalistes auraient eu avantage à être mises en place il y a vingt ans afin d’être efficaces pour contrer les effets néfastes du vieillissement de la population.

    Ceci dit, sur la productivité, je suis très d’accord, c’est toujours les mêmes qui travaillent plus, c’est toujours les même qui empochent plus, et c’est pas des mesures de droites qui vont équilibrer les choses, loin de là.

  7. @Steph: Merci beaucoup! J’essaie de varier mes textes. En fait, ce n’est même pas intentionnel. Parfois j’ai le goût de faire du journalisme, parfois de l’opinion journalistique, parfois de l’opinion, parfois des textes personnels, etc. Content que tu apprécies mes derniers textes!

    Concernant tes questions, ce sont, à mon avis, des choses qui importent peu. On ne peut pas simplement dire « éliminons l’immigration » sans faire rien en retour. C’est un ensemble de facteurs qui sont en cause.

    @Garamond: Tu as entièrement raison. Ce qu’on veut généralement dire quand on parle des personnes âgées, c’est cette triste vérité: un individu coûte plus cher à l’État en soins de santé dans ses cinq dernières années de vie que dans toute sa vie au complet. Ceci dit, ce n’est pas une raison pour se désolidariser de nos aînés, tout à fait d’accord!

    @Kraman: Je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas l’immigration qui constitue un levier économique et social, mais plutôt l’accroissement de la population et le développement d’un nouveau marché intérieur. Oui, les États-Unis se sont enrichis grâce à l’immigration, mais ils ont payé un lourd tribut en coûts sociaux et humains.

    Je ne dis pas qu’il faudrait éliminer complètement l’immigration, loin de là. Si nous sommes en mesures d’intégrer rapidement les immigrants, et donc de réduire les coûts sociaux attribués à l’intégration de ceux-ci (comme le montre l’étude française), il n’y a pas de problème. Sauf qu’actuellement, nous recevons trop d’immigrants pour notre capacité d’intégration et les frictions que cela crée sont très coûteuses, économiquement mais aussi et surtout au niveau de notre culture et de notre identité.

    Il faudrait un meilleur ratio naissances/immigrants. Actuellement, on frôle le 2 pour 1. On devrait peut-être viser du 7 pour 1 ou du 8 pour 1. Un enfant né ici est une richesse pour la nation dans la mesure où son intégration est beaucoup plus complète et facile que celui qui vient d’ailleurs ou même de deuxième génération ici. Sérieusement, voit-on beaucoup de Tremblay et de Gagnon dans les gangs de rue?

    Je crois que si nous avions des politiques natalistes plus vigoureuses encore et que nous accueillions moins d’immigrants – mettant l’emphase sur l’intégration de ceux qui sont déjà ici – nous serions en mesure d’obtenir une meilleure cohésions sociale nous permettant de nous épanouir économiquement, mais également aux niveaux identitaire et social.

  8. […] jour, êtes-vous fou?  Qu’importe si les Centres de la petite enfance (CPE) ont contribué à la hausse du taux de natalité.  Non, non, payez mes amis.  Oubliez ça, 35$ par semaine pour faire garder vos enfants; pensez […]

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