Le calvaire de Vincent Lacroix

C’est reparti pour un autre tour de manège. À chaque fois, c’est la même recette médiatique: un bandit, une libération, et les victimes qui s’indignent et déplorent qu’un juge « n’ait pas mis ses culottes ». On présente M. Untel comme étant un « investisseur floué » et on l’écoute longuement discourir sur le pourquoi du comment Vincent Lacroix aurait du rester incarcéré jusqu’à ce que le Soleil se désintègre en petite boule de ouate.

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Pourtant, ça changerait quoi, dites-moi, s’il demeurait en prison? Croyez-vous sérieusement, chers « investisseurs floués », que cela dissuaderait davantage un individu de commettre à nouveau un tel crime? Récupérerez-vous votre argent parce que Lacroix a passé cent cinquante ans en prison?

En fait, un criminel ne viole pas la loi en se disant qu’il purgerait un tel nombre d’années de détention, se croyant davantage libre d’agir si la peine n’est pas trop longue. Imagine-t-on sérieusement qu’une telle personne, avant de commettre un délit, calcule méthodiquement le nombre d’années qu’elle risque de purger derrière les barreaux? Non. Elle calcule les probabilités qu’elle se fasse pincer, voilà tout. La durée d’une sentence et sa sévérité n’ont que peu d’influence à l’avance sur les gestes du criminel, en autant qu’il y ait au minimum une conséquence grave. Et dans le cas de Lacroix, la prison, le discrédit, la ruine financière, voilà une sentence tout ce qu’il y a de dissuasive. Qu’on ajoute dix ans, vingt ans ou mille ans ne découragerait pas un autre criminel de suivre la même voie: il espérerait ne pas se faire prendre, voilà tout. Pourquoi dépenser de larges sommes d’argent pour garder quelqu’un en-dedans si cela n’a pas d’effet dissuasif?

De la même façon, on garde un individu derrière les barreaux s’il présente un danger pour la société et comporte un haut risque de récidive. Croyez-vous sérieusement que c’est le cas avec Lacroix? Pensez-vous qu’il s’en retournera, peinard, chez lui compter ses millions et se relancer en affaires? Personne ne lui fait plus confiance. Sa fortune? Disparue, ou presque. Sa prison, elle se trouve dans la rue, dans le regard méprisant des passants, dans le harcèlement des caméras de télévision, dans ce téléphone qui sonnera à toute heure du jour et dans la peur, qui ne le quittera plus jamais, qu’une des personnes qu’il a ruinées ne décide de se venger elle-même. Si ça se trouve, c’est la société qui sera dangereuse pour lui.

Alors, qu’on le libère. Il a violé la loi; il a été puni. Un autre procès l’attend cet automne. Qu’il profite un peu d’une relative et brève liberté tout en affichant à la face du monde sa disgrâce. Dix ans, vingt ans, cent ans de prison ne changeraient plus rien, ni pour nous, ni pour lui, ni pour la société. Son calvaire, il le porte autant en-dehors qu’en-dedans des murs. Il est maintenant en lui et le poursuivra jusqu’à sa fin.

À moins, bien sûr, que la justice ait ouvert un oeil derrière son bandeau et décidé que la vengeance gratuite devait remplacer le bien commun. Dans quelle sorte de société vivrions-nous si on écoutait tous les fanatiques de la répression qui pullulent dans les lignes ouvertes?

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14 Réponses

  1. J’aime bien la justice intelligente qui transpire de ce texte.

    De toute façon, faudrait cesser de focaliser sur les Lacroix et Madoff de ce monde et réfléchir aux structures étatiques qui faussent le libre marché et permettent aux penchants mauvais de l’humain de « s’épanouir » si facilement.

    Mais pour ça, faut comprendre le fonctionnement de notre système monétaire. Pourquoi si peu de gens qui se disent de gauche ou progressiste ne font pas cet effort de compréhension ?

    Concernant le dernier paragraphe, j’ai une nuance à faire:

    C’est par le respect des droits des individus (*droits universellement reconnus), que le bien commun est respecté. Le bien commun n’est pas un humain, n’est pas une entité qui existe en soi, etc.

  2. Lacroix, à moins d’être un idiot fini, a caché des sommes d’argent importantes quelque part. En le remettant en liberté, même conditionnelle, on lui donne la chance de récupérer ces sommes et de les confier à ses complices, sa famille, etc…
    Les policiers devraient le surveiller très étroitement durant cette période de «congé» afin de pouvoir récupérer une partie de ces sommes, qui pourraient ensuite être retournées aux investisseurs floués (et épais… on ne place pas tous ses œufs dans le même panier, que diantre !).
    Le procès au criminel va le renvoyer en prison pour un bon bout de temps, me semble… à moins qu’il réussisse à disparaitre !

  3. Le garder en dedans couterait plus cher à la société que de le laisser sortir.

    Personnellement, je condamnerais ce genre de type à 20 ans (vu les sommes disparues ca vaut bien ca) de travaux communautaires dans la société avec interdiction de quitter le territoire pour le reste de ses jours (juste au cas où du fric l’attendrait à l’etranger). Il pourrait en planquer autant qu’il veut du pognon, ca lui serait dur de l’utiliser. Mais bon, on va me parler de la chartre des droits et libertés et de la diginité humaine… chose qu’il n’avait pas quand il volait ses investisseurs. Libre au Quebec, ca me suffirait comme peine.

  4. Le problème est la compensation des victimes bien davantage que de le garder en dedans – sauf que de le garder en dedans longtemps frapperait l’imagination. Le grand problème de la justice canadienne ce sont les libérations conditionnelles, pourquoi donner une peine de 8 ans et en purger seulement le sixième? Comme il sera vraisemblablement libéré, j’abonde dans le sens de Reblochon, c’est le genre de type qu’on devrait à condamner à travailler pour le reste de la société sans liberté de sortir du pays.

  5. Après vous avoir lu, je comprends le gros bon sens de vos propos. Il est vrai que cet homme est prisonnier de sa disgrâce. Autre disgrâce, il doit quémander à son père 50 000 $. Cet homme est mort, condamné et sait pertinemment qu’il ne pourra jamais réparé les torts qu’il a faits. Il ne pourra jamais se plaindre de son sort, sachant que personne ne l’écoutera et personne n’aura une once de sympathie à son égard. Il a la malchance d’être libéré ici au Québec, dans une société latine où les émotions sont à fleur de peau, du moins, plus que nos concitoyens anglophones.

    On lui dira tout simplement, tu t’en tires déjà à bon compte, «&% »)». Personne ne croira à aucune plaidoirie de regrets le concernant. Justement, parce qu’il demande de sortir de sa prison.

  6. Personnellement dans ce genre de trucs je vois deux positions possibles, celle ou l’on s’identifie à la victime et celle ou l’on s’identifie à l’agresseur.
    À la victime on trouve que ce n’est pas assez, à l’agresseur on oublie les victimes pour parler du sort de l’agresseur. La plupart des gens n’arrivent pas à sortir de ce clivage.

    Votre billet semble se promener d’un pole à l’autre. Dans le pole victime, plus que la prison, je verrais bien l’obligation de réparer, une portion de ses revenus futurs sur une période déterminée servirait à rembourser ceux qu’il a floués. Un truc du genre.

    On dit parfois que les crimes économiques sont moins punis que ceux avec violence. Ce n’est pas nécessairement le cas. Un voie de fait grave peut parfois n’entrainer que quelques jours de prison.

  7. Monsieur je vous trouve bien prétentieux de prétendre faire réfléchir les gens, pour qui vous prenez-vous?

  8. @Sébas: Je crois que le « libre marché » est une entité faussée et inefficace dès le départ. Ce n’est pas l’État qui permet à des Madoff et Lacroix de prospérer, mais plutôt le manque d’État qui fait qu’on n’a pas les outils nécessaires pour les empêcher. Avec davantage de contrôle, on aurait peut-être pu évite ce drame.

    @Garamond: Perspective intéressante. Les policiers pourraient le suivre en le relâchant et chercher à le pister, lui et son argent… si argent il lui reste. Je suis certain moi aussi qu’il n’est pas à la rue complètement, mais je ne crois pas qu’il lui en reste tant que ça.

    @Reblochon: Excellente idée! Au lieu d’isoler longtemps en prison ce type de criminels à cravate, pourquoi ne pas les faire travailler au vu et au su de tout le monde, afin qu’ils subissent un minimum le dur labeur que d’autres devront subir à cause de lui? Ceci dit, je ne le ferais pas par vengeance, mais plutôt par éducation pour lui et pour les autres. Une réhabilitation, quoi.

    @Léonard Langlois: Je pense que le système est bien fait. Si on garde tous les détenus emprisonnés jusqu’au bout de leur peine, on perd le contrôle sur ceux-ci quand ils sortent. En les libérant progressivement, on peut assister leur réintégration dans la société.

    @ungars: Je crois qu’il est important de ne pas s’identifier soit à l’un soit à l’autre comme tu le dis. Il faut être capable de voir la situation objectivement et dans l’intérêt de l’ensemble de la société, puisque n’est-ce pas là le but?

    @Nathalie Ouellet: Je me prends pour un individu qui aime réfléchir et qui lance des sujets de discussion faisant réfléchir les autres. Cela ne signifie pas que je détiens la plus stricte vérité, mais j’aime en discuter. Si vous n’aimez pas mon blogue, il y en a des centaines d’autres un peu partout sur la toile.

    Merci pour vos commentaires!

  9. Pour qui il se prend? Je ne le sais pas. Mais pour ce qui est de faire réfléchir les gens, je trouve qu’il le fait vraiment très bien.

    Bien sûr, il ne peut pas faire réfléchir tout le monde. Il y a des personnes qui en sont incapables. Mais pour les autres, il y a ici matière à réflexion.

    Louis écrit toujours des textes d’opinion. Ses opinions sont souvent tranchées et toujours très bien défendues. J’aimerais avoir autant de talent avec les mots.

    On peut être d’accord ou en désaccord, cela importe peut. Si vous avez lu 5 de ses textes sans avoir été un peu bousculée dans vos idées, alors je vous comprends de le trouver prétentieux. Mais pour ma part, je trouve ici des idées très intéressantes qui m’invitent à nuancer mes opinions. Je dis nuancer car je suis souvent d’opinion différente…

  10. @ Louis

    Le terme libre marché a été démonisé et avec raison. Nous ne vivons plus dans un libre marché depuis des centaines d’années. Depuis que l’argent inventé à partir de rien existe.

    Réalisez-vous ce que cela implique.

    Bon revenons à la base:

    Je fais pousser des trucs dans mon jardin et j’aimerais bien échanger une tomate juteuse contre vos talents de correcteurs.

    Comment appelez-vous ça?
    Et oui, c’est ça un libre marché pur

    Mettez ensuite de la fausse monnaie -inventé à partir de rien- et vous avez un marché ‘distortionné’ et contrôlé par ceux qui possèdent ce pouvoir d’invention(de l’argent/richesse), i.e. état et banques à charte (dans le cas du Canada).

    Ensuite, -fast foward- ceux qui gravitent autour de ces faux monnayeurs légaux, vont pouvoir monopoliser tous les moyens de production et je ne pourrai plus m’acheter une terre et vous serez au service d’une multinationale…

    Commencez-vous à comprendre?

  11. Oh mon dieu, donner l’occasion à quelqu’un de relechir au Québec … ca meriterait bien 8 ans ferme ca !

    Dites, vous avez bien reflechi avant d’ecrire votre commentaire non ?

  12. Vincent Lacroix et al, les boucs émissaires de ceux qui ont le véritable pouvoir ?

    Si vous êtes des banquiers privés qui voulaient imposer un système monétaire frauduleux, que feriez-vous ?

    Vous ne pouvez pas passer des lois, vous ne pouvez pas forcer les gens à utiliser vos papiers, vous ne pouvez pas imposer un système fractionnaire frauduleux, alors vous devez utiliser le gouvernement pour le faire.

    Le problème c’est que le gouvernement a l’aura de légitimité. Sauf que c’est les banques qui possèdent le gouvernement. Pourquoi est-ce que j’accepterais que des banques privées veulent me gouverner sans mon consentement?

    Le système monétaire est basé sur de la fraude et la violence. S’il était offert sur une base volontaire, le monde en voudraient pas. Si vous essayez de créer un nouveau système monétaire parallèle, basé sur de la vraie valeur plutôt que des dettes, ils vont vous rentrer dedans avec tout ce qu’ils ont.

    Moi ce qui m’écoeure c’est du monde qui utilisent la violence pour atteindre leurs buts. Et la violence est le seul outil que le gouvernement a.

    Un fraudeur peut scraper la vie de quelques personnes, mais ça prend un gouvernement pour scraper la vie de millions de personnes en même temps.

  13. J’ai trouvé le précédent message ici :

    http://martineau.blogue.canoe.ca/2009/07/06/la_fin_des_machos#c423695
    (2009-07-13 – 16:02:49 )

    et j’ai modifié le début…

    p.s.
    Je n’ai pas l’habitude de faire ça, mais là, son message était trop beau…

    🙂

  14. M. P.,

    Votre affection pour Vincent Lacroix me semble assez évidente et votre commentaire à son endroit m’apparaît d’une grande complaisance et totalement dénué d’objectivité. De ce fait je considère votre sympathie à sa cause, comme irrespectueuse envers ces 9,000 personnes dont la vie a été détruites par ce truand parasitique.

    Je vous cite: « Son calvaire, il le porte autant en-dehors qu’en-dedans des murs. Il est maintenant en lui et le poursuivra jusqu’à sa fin. »

    Vous ne ferez pleurer personne avec sa désolation contrainte et factice. Les seuls remords qui le rongent sont ceux d’un homme qui a été débusqué et qui ne pleurniche que sur son opulence perdue ainsi que sur sa désormais notoriété de malfrat.

    Vincent Lacroix a miné la vie, la confiance, le porte-monnaie et la santé de milliers de personnes. Si vous voulez mon avis, son trauma est insignifiant en comparaison. Tout comme sa peine ridicule qui prouve bien que la justice au Québec n’en porte que le nom. Qui a obtenu autant de clémence après avoir perpétré des milliers de vols aussi froidement, délibérément et tout à fait consciemment.

    Comme il a l’air assez bien protégé, j’imagine facilement son avenir dans un endroit paradisiaque sous le couvert d’une nouvelle identité et d’un nouveau faciès. Et lui de rire, telle une hyène, de tous ceux qu’il a dépossédé.

    Son propre calvaire n’est rien comparativement à ce qu’il a fait subir à ses semblables. Si vous pensez qu’un tel homme mérite la tranquillité de l’esprit et la clémence publique, permettez- moi de douter de votre système de valeurs Monsieur P..

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