Le chat

Nous adorons marcher le soir sur la promenade Bellerive. Seul espace de verdure longeant le fleuve entre le pont Jacques-Cartier et Montréal-Est, les lampadaires nous baignent dans un doux halo orange illuminant subtilement nos pas se posant sur un gravier juste assez fin pour être agréable. À notre droite, le fleuve s’étend, étendue noirâtre et intrigante où glissent lentement des paquebots anonymes. Le calme, le silence. On se croirait ailleurs. Dans une ville plus agréable, à un endroit où il fait bon vivre.

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Arrivés au bout du parc, nous décidons de revenir par les rues. Quelques pas. Un chat. « Ah, tiens, allons le flatter! Minou-minou-minou… » Le chat accoure. Tigré, avec de longues moustaches. On le flatte sur le dos, sur la tête, puis sur le ventre quand il se couche, puis encore sur le dos, puis c’est un bon chat, il est à qui ce bon chat-là, il est gentil le bon minou. Les chats sont toujours de bons chats quand ils se laissent flatter.

Puis on repart. Normalement, la suite logique des choses est la suivante: le couple d’humains s’en retourne à ses douces rêveries pendant que le chat se cherche quelque aventure nocturne pour occuper sa paisible existence de chat. Pas celui-là. Il nous suit. Il trottine gaiement derrière nous. On se retourne, on l’appelle, on le flatte encore. Sur le dos, sur la tête, sur le ventre, sur le dos encore, c’est un bon chat il est à qui ce bon chat-là il est gentil le bon minou. On se remet en route. Il nous suit encore.

Arrive un autre félin. « Minou-minou-minou ». Rien à faire. Notre chat tigré crache et montre les dents: « ce sont MES humains, va te trouver d’autres humains ». Notre protecteur. Notre sauveur. Nous avons presque pu flatter un autre minou.

Mine de rien, nous voici de retour au début du parc. Plus d’un kilomètre. Notre chat tigré nous suit toujours. Il gambade derrière nous, s’arrête à intervalles réguliers pour obtenir sa dose de câlins. Nous devons traverser Notre-Dame. Six voies. Du bruit, des camions, même la nuit. Dans l’est, on prend pour acquis que les citoyens sont trop pauvres et francophones pour dormir. On traverse. Le chat hésite. Il miaule. Puis il s’élance comme une fusée, traverse le boulevard comme s’il savait que celui-ci était dangereux, puis il revient à mes pieds, comme un bon petit chien. « Accepte-moi, je suis un bon chat, je suis le meilleur chat, je regarde avant de traverser et je marche à tes pieds » semble-t-il me dire.

Nous arrivons à la maison après deux kilomètres, toujours avec le chat tigré. Et voilà notre ami Carotteux, le chat couleur caramel que nous nourrissons parfois, ce mâle intrépide, qui accoure vers « notre » chat tigré. Notre chatte, il semble bien finalement. Ça clique immédiatement. Les deux se regardent et semblent s’aimer sur le champ. Pas de crachat, pas de dents montrées. Juste un intérêt l’un pour l’autre. Une femelle en chaleur ayant parcouru plusieurs kilomètres et un gros chat mâle paresseux. Le coup de foudre, quoi.

Depuis cette nuit-là, Trottineuse vit chez nous, et elle sort la nuit rejoindre son Carotteux. Je suis peut-être allergique aux chats, mais j’essaie d’avoir du coeur. Que celui qui a abandonné ce chat tout à fait fantastique et ayant un si grand besoin d’affection au parc Bellerive me lise: il faut avoir une pierre à la place du coeur pour faire une telle chose. Je n’ai rien à offrir sinon un mouchoir et des éternuements, mais même moi je peux faire mieux que celui qui a laissé tomber ce merveilleux animal.

Nous lui cherchons une nouvelle famille. Mais en attendant, je m’imagine que c’est le nôtre et je me mouche et j’éternue de bonheur.

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13 Réponses

  1. Hum… Cela me rappelle ma chatte qui me manque aujourd’hui. Elle était tigrée et ma foi, qu’elle était charmante. Quand je l’ai perdue, elle était en chaleur justement. Je la prendrais, si je pouvais. Il faudrait que j’aille la voir. Je compte déménager bientôt. Cela ne serait pas une mauvaise idée, avoir un animal de compagnie.

  2. Trop cute ! Les histoires de chat, ça fait toujours sourire. Bon, ça aide quand tu en as un et que tu aimes les chats en général. 😉 Et, malheureusement, ça prouve aussi qu’il y a ben du monde pour qui un chat, c’est une bébelle que tu peux abandonner quand ça ne fait pas ton affaire. On pourrait dire la même chose des chiens quelque part, mais pour les chats, y a l’aspect où on se dit: « Un chat, c’est indépendant, il peut se débrouiller seul. » Pas faux, mais ils ont été domestiqués donc, ils ont besoin de nous quand même.

  3. Tu leur coupes les pates et tu te fais des pantoufles avec. Bon, elles seront depareillées, mais que veux-tu, c’est la crise.

    C’etait un message du C.C.C. (Comité Contre les Chats)

  4. Une belle histoire puisqu’elle finit bien.
    Je craignais tellement que Trottineuse soit
    abandonnée à son sort.
    Encore une fois Monsieur
    P., je suis en accord avec vos
    réflexions. J’enverrais bien Reblochon
    se faire cuire un oeuf…
    Longue vie à l’Électron!

  5. On dirait le blogue d’une fille de campagne en mal d’affection !

  6. @Daniel Labonté: Si ça t’es arrivé, alors peut-être qu’elle n’était pas abandonnée… Normalement, je ne crois pas qu’un chat non-abandonné marche 2km. loin de chez lui comme ça, mais on ne sait jamais. Je vais aller faire un tour au cour des prochains jours voir s’il n’y aurait pas des affiches de chat perdu.

    @Reblochon: Un peu petites les pantoufles… pour orteils, peut-être? Meuh non, j’adore les animaux vois-tu…

    @Isabelle Lefebvre (Sarcelle): Merci beaucoup! C’est sûr que je ne l’abandonnerai pas. Ma copine va demander à son frère aujourd’hui, qui a déjà une chatte, s’il n’aimerait pas en avoir une deuxième. Sinon, on va improviser!

    @Garamond: Mais c’est le cas! Mon nom est un pseudonyme et je parle régulièrement de politique et de Montréal pour brouiller les pistes!

  7. Enfin,j’espère que toutes ces histoires de petits félins carnassiers aux habitudes nocturnes, seront terminées pour la mi-Aout.

  8. Quelle jolie histoire! J’adore les chats… mes deux bandits font partie de ma petite famille. Ce sont mes enfants 😉

    Merci, aussi, de t’en occuper. Il y a tellement de chiens sales qui les abandonnent dans les appartements vide le premier juillet. Je leur ferait leur fête si je tombais sur ces ordures.

  9. A montreal c’est facile de tomber sur des ordures.

  10. Quelle belle histoire.

    J’aime quand tu troques ta plume incisive pour une plume plus sensible 😉

  11. Oui, je la prendrais bien cette chatte, si tu peux me la garder encore quelques semaines…

    arnoldlayne@hotmail.com

  12. Ton humanité est très touchante.

  13. Conclusion de l’histoire: Nous avons nourri le chat pendant plusieurs jours, l’avons hébergé, puis lui avons cherché une famille d’accueil. Aujourd’hui, nous sommes allés mettre des affiches annonçant un chat trouvé. Vers 16h00, une femme nous a appelé, et elle a donné la description exacte du chat (très très sociable, il monte dans les voitures des gens, il a encore ses griffes, queue noire et il est tigré) et nous sommes allés lui redonné.

    Il s’avérait que Trottineuse était en fait un mâle nommé Tigré. Je n’avais jamais vu encore un mâle aussi peu dominant et aussi aventurier à la fois. J’ai suggéré à sa maîtresse de lui mettre une médaille afin d’éviter qu’il ne resuive d’autres personnes comme cela.

    Tout est bien qui finit bien. Mes allergies sont passées, le chat est de retour avec sa maîtresse, et nous avons rendu une dame très heureuse.

    Finalement, nous avons arraché les affiches que nous avions posées. Pour vous, ce n’est peut-être pas grand chose, mais pour nous, ça voulait dire beaucoup.

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