Santé: des primes pour cacher le sous-financement

Des primes pour les infirmiers. A priori, qui s’opposerait à ce que nos professionnels de la santé reçoivent un incitatif afin de continuer à offrir leurs services ici plutôt que de quitter pour les États-Unis? Le problème, c’est qu’on met encore un bandage sur la plaie au lieu de s’attaquer à la racine du malaise.

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En effet, ce n’est pas en leur donnant un petit bonbon pour les inciter à travailler davantage qu’on réglera le problème de base: les conditions de travail. Suite à la publication d’une étude, en 2006, démontrant que 27% des infirmiers québécois ont déclaré des erreurs de dosage ou de médicamentation (de loin le chiffre le plus élevé au pays), la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Gyslaine Desrosiers, affirmait:

« Avec le virage ambulatoire, le système de santé a évolué et les soins sont devenus de plus en plus intensifs, ce qui laisse aux infirmières moins de marge de manœuvre, le nombre de cas complexes étant plus élevé. Les budgets sont réduits et les équipes de base comptent moins d’infirmières; le personnel auprès du patient est donc réduit. »

Le mot est lancé: manque de personnel. Les infirmiers ne veulent pas nécessairement être davantage payés; ils désirent avoir de meilleures conditions de travail afin de pouvoir mieux aider leurs patients. Ils sont débordés et leur fatigue nuit non seulement à leur propre qualité de vie, mais réduit également leur capacité à bien soigner leurs patients. La présidente de la FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la Santé) abonde dans le même sens:

« Il faut que le gouvernement comprenne enfin que la source du problème d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre, ce sont les conditions de travail intenables. Pour rendre le réseau public de la santé plus attrayant et pour assurer des soins de qualité à la population, il faut humaniser les conditions d’exercice des professionnelles en soins. Cela passe par la fin des heures supplémentaires obligatoires, l’amélioration de l’organisation du travail, l’arrêt du recours au personnel d’agences privées et la création de postes à temps plein et permanents pour toutes. Il est urgent d’adopter des mesures durables pour assurer la pérennité des services de santé. »

De l’argent, oui, mais au bon endroit. Il ne sert à rien de saupoudrer quelques millions ça et là pour brûler davantage les infirmiers. Le problème est plus profond que cela: c’est tout le système de santé qui est sous-financé.

Certains s’indignent déjà: « oh, mais il nous coûte déjà tellement cher ce système de santé ». Mais est-ce le cas? Les États-Unis dépensent près de 15% de leur PIB pour la santé, alors que nous nous contentons d’un maigre 10%. Ne pourrions-nous pas financer adéquatement notre système de santé afin de permettre aux infirmiers de pouvoir mieux traiter leurs patients?

Plus que jamais, c’est par le maintien d’un système de santé public BIEN FINANCÉ que nous pourrons offrir les meilleurs soins de santé du monde tout en assurant un emploi de qualité à ces milliers de professionnels qui ne demandent qu’à aider leurs patients sans y perdre leur santé.

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11 Réponses

  1. Entièrmement d’accord avec toi. Ça fait plaisir de ne pas avoir l’impression que je ne fais que me plaindre 🙂

  2. Une prime aux jeunes et aux vieilles ! non ! ce n’est pas une bonne idée… Il y en a beaucoup d’autres qui ne recevront rien et qui travaillent autant !
    Revoir les méthodes de travail, cesser le «tour de rôle» qui cause un changement de personnel à tous les deux jours, être à l’écoute du patient, lire les dossiers, etc. etc.
    Il y a plein de petites choses qu’on pourrait améliorer avant de se mettre à distribuer des bonis !

  3. […] un billet sur les primes donnés aux infirmiers en citant que 27% des infirmiers ont déclarés des erreurs de dosage ou de médication! De quoi rendre les Québécois encore plus […]

  4. En effet. On reste à son emploi pour les conditions de travail, pas pour le salaire ! Sinon, on se dit que le salaire il se trouve partout et donc que ça vaut pas la peine d’endurer.

  5. @André: Ça arrive à tout le monde de se plaindre et de ne pas être d’accord. Ça m’arrive très souvent! 🙂

    @Garamond: C’est souvent le problème de la facilité. On a un besoin immédiat et on pense aux conséquences immédiates. Peu importe si on brûlera davantage nos infirmiers. Ça me fait penser à ce vieux mythe consistant à brûler la galerie pour se chauffer. Sur le coup, ça fait du bien, mais ensuite?

    @Constance: Exactement! Que vaut un bon salaire si on y laisse sa santé physique et mentale?

  6. Disons que l’argent, en santé, est mal utilisé… Une personne de mon entourage travaille dans un hôpital québécois. Récemment, elle est allée dans un congrès à Marrakech, Maroc, pour 8 jours (le colloque en durait seulement 3) et, pendant tout ce temps, était hébergée dans un hôtel 5 étoiles… aux frais de l’employeur, un hôpital, donc, système public, donc le gouvernement, donc, nos impôts!
    Il y a le sous-financement, bien sûr, mais il y a aussi ce qu’on fait avec l’argent!

    Pour ce qui est du problème du manque de personnel, cette personne que je connais travaille au niveau du recrutement et doit régulièrement faire le tour de la province pour recruter des infirmières, et même parfois sortir du pays pour recruter, notamment en France.

  7. Pourquoi courtiser les infirmières maintenant M. Charest ?

    Il y a presque 6 ans, Jean Charest promettait lors de la campagne électorale du mois de mars 2003 de tout régler en Santé.

    Cinq ans et demi après sa prise du pouvoir, en novembre 2008, Charest déclenche des élections précipitées et fait d’autres promesses :
    1- donnerait une prime salariale de 3000$ par année aux infirmières techniciennes et bachelières pendant leurs trois premières années d’exercice.
    2- Les infirmières auxiliaires recevraient quant à elles un boni de 2000$ par année.
    3-Aux infirmières âgées de + de 55 ans comptant plus de 35 ans d’expérience et qui acceptent de retarder leur retraite auraient quant à elles droit à une prime annuelle de 8000$ pour chaque année supplémentaire passées dans le réseau public.
    Mais Jean Charest savait qu’il y a eu entre le 1er avril 2005 et le 31 mars 2006 :
    1-2559 départs d’infirmières
    2-3521 nouvelles arrivantes infirmières (2827 nouveaux permis et près de 700 retours) grace au travail de Mme Marois du temps des péquistes.

    Pourquoi n’a-t-il pas tenté de les retenir celles-là et toutes les autres qui ont quitté depuis son arrivée au pouvoir en 2003 ? Il le savait mais n’a rien fait.

    Le Parti libéral s’engage également à augmenter le nombre de postes à temps plein de 45% à 60%
    Ça fait des années que tous les chefs des partis politiques tentent d’augmenter le nombre de postes à temps pleins, mais pour ce faire il va falloir s’attaquer à la rigidité des conventions collectives et aux syndicats.
    Jean Charest promet mais cache la façon qu’un éventuel gouvernement libéral procédera pour atteindre le 60%. On sait déjà qu’il n’aura pas le courage d’une Mme Marois par exemple.
    Crédible les promesses du Charest Nouveau ? Mon œil !

  8. Mon commentaire précédent a été tiré d’un billet que j’avais publié en novembre 2008 et que pous pouvez consulter
    http://jesopinions.blogspot.com/2008/11/pourquoi-courtiser-les-infirmires.html

  9. C’est un sujet complexe dont on parle depuis longtemps et je reste humble devant lui.
    Je ne sais qu’une chose, une seule, les professions sont onéreuses et la prétention de demander plus d’argent pour mieux servir n’est qu’un leurre.
    Les médecins et les infirmières se débattent entre eux pour servir leurs intérets corporatifs, le soucis de la santé du patient est bien loin dans leurs priorités. Pour moi le problème est lè, mais ce n’est pas un problème, ce sont des rapports de force qui s’exercent. Pour le patient maltraité, il y a des organismes communautaires qui défendent leurs intérets à moins grande échelle et leurs forces est faible dans la balance. C’est une vision très romantique de la chose.

  10. Dans le système public, on normalise les salaires :

    On hausse ceux des emplois non qualifiés (ménage à 18$ l’heure) et on baisse ceux des emploi spécialisé (médecins, infirmières, etc.). De ce fait, on encourage les employés non spécialisé à s’asseoir sur leurs conditions et éviter de faire une formation et on encourage les métier spécialisé à déménager ailleur ou de contourner la loi qui interdit la concurrence au système de santé. Je ne parle pas encore des quotas d’entrée en médecine qui font en sorte que ma soeur ne peut y aller, malgré des notes très élevées (en 2007, elle a eu un accident de voiture en fin de session qui lui a fait rater sa session et ils ont refusé de simplement l’annuler, ça a fait couler beaucoup de cours). Deux de mes amies sont infirmières et elles sont incapable d’avoir un horaire stable. À ce que je sache, il n’y a pas énormément de variation dans le milieu hospitalier, à la quantité de filles qui travaillent, ça doit être relativement simple de faire des horaires plutôt stable non? C’est un autre problème qui nuit beaucoup à leur qualité de vie en bout de ligne! De plus, il y a le système syndical qui donne priorité en fonction de l’ancienneté ce qui fait que les jeunes sont frustrées par les privilèges donné aux plus anciennes et sur la permanence dont elles bénéficies. En vieillissant, elles apprennent qu’il faut simplement être patient et non performant pour améliorer ses conditions et développent une condescendance envers les jeunes et ne se gênent pas de leur réserver le même traitement. Bien sûr ce n’est pas une règle absolue mais on crée quand même un climat qui encourage le clivage par l’ancienneté.

    La méthode socialiste serait d’interdire à une personne ayant reçu une formation au Québec de déménager ailleur ou alors de leur faire payer le coût de la formation (malgré le fait que leurs parents et eux-même aient payé des impôt, donc leur part pendant des années).

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