Archive for juin 2009

Pour une Saint-Jean en français
20 juin 2009

Parfois, il faut revenir à la base. Prendre le problème et le résumer.  Par exemple, au sujet de la Saint-Jean bilingue: il faut se battre pour que notre fête nationale se déroule dans notre langue.  C’est ainsi que je résume la situation.

Avouez que c’est fort.  Nous sommes au Québec, une province certes officiellement comme les autres, mais qui a été reconnue comme nation et qui a une seule langue officielle et commune, le français.  L’anglais n’a aucun statut au Québec, pas plus que le mandarin ou le farsi.  Le Québec est français, ça c’est ce qui compte.

Malheureusement, certains bien-pensants essaient de nous vendre le fait que la Saint-Jean-Baptiste serait la fête de « tous les Québécois », c’est-à-dire de tous les habitants de la province de Québec.  C’est faux.  La Saint-Jean n’est pas plus la fête des gens qui habitent ici sans reconnaître  notre culture que le 4 juillet américain est la fête des touristes étrangers.

Le 24 juin, c’est la fête des francophones, des descendants des Canadiens-français, de la culture du peuple québécois.   Le soi-disant « nationalisme inclusif » proné par le PQ depuis plusieurs années est un échec; on ne peut pas fêter une nation si on ne s’y identifie pas.  Et ne venez pas me dire que les anglos de Westmount s’identifient à la culture québécoise.  Ces gens sont autant Québécois que moi je suis Américain après trois jours aux États-Unis.

À partir du moment où on accepte que des groupes anglophones, des étrangers à notre culture et à notre langue, se produisent lors de notre fête nationale, nous abdiquons.  Nous renonçons à ce que nous avons de plus précieux: notre langue.

Car contrairement à ce qu’affirment certains, une langue consiste en bien d’autres choses qu’un moyen de communication.  La langue, de par son étymologie, transmet des valeurs, une culture, une façon de voir le monde.  Abdiquer face à l’anglais, c’est renoncer à ce que nous sommes.

Pourtant, nous ne demandons pas grand chose.  364 jours par années, nous plions l’échine.  Une journée, une seule, nous voulons être fiers de ce que nous sommes et nous fêter.  Nous n’excluons personne; quiconque s’identifie à notre culture et à notre combat pour la préservation du fait français en Amérique est le bienvenu.  Notre ouverture n’a d’égale que notre désir de continuer à exister.

Voilà pourquoi il est important de s’opposer à l’anglicisation de notre fête nationale.  En nous enlevant la seule journée où nous pouvons être réellement fiers de nous-mêmes, il ne s’agit pas d’ouverture sur les autres, mais plutôt de fermeture sur notre identité, sur nos racines, et sur nous-mêmes.  Nous nous perdons dans la grande Amérique anglo-saxonne et nous légitimisons le fait de parler anglais au Québec.

Si nous acceptons que des groupes chantent en anglais à notre fête,  nous lançons le message qu’il est correct de parler anglais au Québec et que cette langue a sa place comme outil de communication et de transmission de valeurs.

Est-ce que nous voulons?  Je ne crois pas.  Les Québécois ont majoritairement démontré leur appui à la loi 101 et à la protection du français.   Ces gens qui se produiront le 23 juin ont démontré qu’ils ne savent rien du Québec. Ils vivent ici depuis des années sans avoir démontré la moindre volonté de s’intégrer.

Et si on leur montrait qu’on ne veut rien savoir d’eux et de leur fermeture d’esprit, voire de leur racisme latent?

La Saint-Jean-Baptiste, c’est en français que ça se passe!

Le cheveu sur la soupe
19 juin 2009

Je n’ai jamais vu autant de pluie.  À Montréal, il pleut parfois six, huit ou douze heures en ligne.  Mais ici, dans le Maine, on dirait que la mer se déverse sur nous: ça fait plus de vingt-quatre heures que le ciel nous bave violemment sur la tête.   Un torrent.  À Montréal, on verrait déjà les Italiens de Saint-Léonard chiâler à cause de leurs sous-sols inondés.  Et ce n’est pas fini.

Ce matin en me levant, je bois un Gin.  Tanqueray Rangpur.  Avec de l’eau minérale à la lime.  Y en a pas comme ça au Québec, et c’était pas cher.  Acheté au New Hampshire, donc au « live free or die » state, c’est-à-dire qu’ici on te vend l’alcool pas trop cher mais que tu t’endettes pour la vie si tu en bois trop et te ramasse à l’hôpital.

Je marche jusqu’à la beach, dans des torrents d’eau froide s’insinuant entre mes orteils nus dans mes sandales et évitant les trous où l’eau me montait jusqu’aux mollets.   Personne sur la plage.  Marée basse.  Brume lointaine, ou peut-être un nuage de pluie.  On ne voit rien.  Seul.  Le roulement des vagues produit un bruit rassurant mais inquiétant à la fois, léchant mes pieds d’un magma liquide glacial et invitant.  « Viens, viens t’amuser avec nous!  »  Non, je ne suis pas dans un roman de Stephen King contemplant le repère d’une quelconque hideuse créature; je suis simplement ce putain de touriste détrempé avec un vieux parapluie tout pété les deux pieds dans une eau à 50 degrés Fahrenheit (ça a toujours l’air plus froid en Fahrenheit; demandez-moi pas pourquoi).  Et Dieu que je me lancerais dans les vagues, comme quand j’étais enfant, respirant le vivifiant sel marin et criant ma rage face à une nature violente et impitoyable.

Mais non.   Je suis adulte maintenant.  Alors je trempe mes orteils dans l’eau et je lance un  « hiiiiii » apeuré tout en reculant vers la plage quand une vague plus forte me frappe.    Bizarre comme on devient douillet en vieillissant.

Je regarde les goélands patauger dans les flaques d’eau laissées par le ressac.  Ce ne sont pas les mouettes grasses et élégantes du McDo ici.  Les oiseaux sont petits, trapus, musclés, sales, abîmés.  La loi de la jungle, la nécessité de chasser pour son repas au lieu d’attendre qu’un gros enfant vous lance une frite dans le stationnement.  La vie est rude ici. Rude, mais belle.

Il n’y a personne sur les routes.  Il pleut tellement; on dirait que le ciel s’est décider à faire disparaître le Maine.  Je marche sur un trottoir inondé, regardant les boutiques d’antiquités vides et autres attrape-touristes aux lumières allumées dans le jour sombre; le jour est vide, délaissé, les autres touristes sont partis, le Biker’s week du New Hampshire est bel et bien derrière nous.

J’arrive à la route.  Pas de stop, pas de lumières.  Il y a une traverse pour piétons et – oh surprise! – les automobilistes s’arrêtent pour me laisser passer.  À Montréal, de telles traverses ne servent à rien; ici elles permettent réellement de traverser la route sans danger.  On respecte la signalisation dans le Maine, faut dire.

Un autre gin avec de l’eau minérale.  Y a rien à faire aujourd’hui.  Une journée complètement vedge, et j’attends que le soleil refasse son apparition pour faire du kayak de mer.

Peut-être demain.  Sinon, tant pis.  Je ne suis qu’un touriste, après tout.  De passage, temporaire, un cheveu sur la soupe d’un coin de pays magnifique ne demandant qu’à être découvert.

Questions à Bloodshot Bill
19 juin 2009

Bloodshot Bill est un des deux artistes anglophones invités à chanter au spectacle de l’Autre Saint-Jean.  Après avoir lu la deuxième partie de ce texte, voici quelques questions que j’aimerais lui poser.

Question 1: Tu es né au centre-ville de Montréal et ton père vient de Jonquière. Comment se fait-il que tu ne parles presque pas français?

Question 2: Tu affirmes trouver étrange qu’une ville « aussi multiculturelle que New York et Los Angeles » fasse une distinction entre français et anglais. Ignores-tu que la langue commune dans ces deux villes est l’anglais? Et que ces deux villes s’appuient sur une culture américaine hyper-solide et absolument pas menacée?

Question 3: Tu affirmes te demander si ce ne seraient pas les Québécois anglophones qui ne se tiennent pas assez. Se tenir pour quoi, au fait? La langue commune des Québécois est le français. Tu as toute l’Amérique du Nord pour parler anglais; pourquoi refuses-tu obstinément de t’intégrer? Le problème avec la minorité de Canadiens anglais vivant au Québec et qui refuse de s’intégrer, c’est précisément qu’ils se tiennent trop. Pourquoi ne reconnais-tu pas le fragilité du français au Québec et ne te ferais-tu pas un devoir de le protéger et ainsi enrichir le patrimoine culturel mondial?

Question 4: Tu affirmes avoir été banni du « Québec francophone ». C’est quoi le Québec francophone, au fait? Parlerait-on de la France francophone, des États-Unis anglophones, de la Russie russophone? Le Québec EST francophone. Il n’y a pas plus de Québec francophone que de Mexique hispanophone. Pourquoi ne reconnais-tu pas la préséance du français, cette valeur commune des Québécois?

Question 5: Tu ne sais même pas qui est Guy A. Lepage. Comment peux-tu oser prétendre fêter notre fête nationale alors que tu ignores qui est l’animateur de l’émission de télévision la plus populaire depuis cinq ans, ce vecteur de tous les débats qui nous animent? Comment peux-tu oser te présenter sur scène devant nous alors que tu ne sais rien de la culture québécoise?

Tu me fais honte, Bloodshot Bill. Ton refus de t’intégrer à notre culture et de participer à notre vie culturelle sont une insulte pour tous les Québécois.  J’espère qu’ils seront nombreux à t’invectiver le 23 juin, et à te rappeler qu’après plusieurs décennies passées ici c’est une honte innommable que tu ne nous connaisses pas davantage.

Les icônes
18 juin 2009

On dit parfois qu’il faut quitter son pays pour mieux le comprendre. C’est tellement vrai. Depuis que je suis aux États-Unis, une chose m’a particulièrement frappé: dans le pays de l’oncle Sam, on ne s’embarrasse pas de dizaines d’icônes compliqués. Ici, on vous écrit ce qu’on attend de vous, simplement.

Par exemple, on écrit « yield » pour céder le passage, ou on vous écrit toutes sortes de messages sur les panneaux routiers. Ici, pas de petits bonhommes qui travaillent: on écrit « Construction area ahead ».  Pour la bouffe, on écrit « food »; on ne met pas de fourchettes.    Pour le camping, c’est « campground », pas la petite tente laide.   Pas de fla-fla, pas de niaisage.

Au Québec, par contre, tout est dans l’icône. Parce qu’on a peur d’imposer notre langue, on régresse en enfance et on fait des dessins. On a élaboré un imposant système d’icônes pour ne pas avoir à simplement écrire les mots en français. C’est comme si on prenait les gens pour des imbéciles ne sachant pas lire ou si on ménageait les anglophones.

Parce qu’il pleut, je consulte les informations, et je constate que le débat concernant la Saint-Jean fait toujours rage. Pour moi, c’est la même chose que les panneaux: on a peur « d’imposer » notre langue et si on pouvait faire une Saint-Jean composée de mimes faisant de grands dessins, on le ferait.

Pourtant, ici, aux States, on n’impose rien. On est, simplement. On ne se questionne pas à savoir si on doit ou non inviter un groupe chantant en mandarin pour le quatre juillet; on sait que cela ne se fait pas. On comprend que le quatre juillet, ce n’est pas la fête de tous les individus parlant 75 langues dans tout le pays, mais la fête du pays en tant que tel, ce qu’il représente, avec sa langue et sa culture. Le 4 juillet, aux États-Unis, ça se passe en anglais.

Et si le Québec se décidait enfin à s’assumer, à être fier de sa langue et à comprendre que le fait de se célébrer en français, de communiquer en français avec ses concitoyens n’est pas de la fermeture sur autrui mais plutôt une pierre de plus dans les fondations de notre identité commune?

Le New Hampshire est un endroit presque folkorique tellement il y a des drapeaux américains partout. Ici on speak white, il n’y a pas d’immigrants (ou presque), mais j’y ai trouvé les gens les plus ouverts sur autrui que j’ai jamais rencontré.

Car c’est bien quand on est fier de soi-même, de ses origines et de sa culture et que notre identité est bien fixée, qu’on peut s’ouvrir à autrui sans craindre de s’y perdre et d’avoir à utiliser des signaux ou des dessins pour ménager l’étranger qui ne veut pas s’intégrer.

La fierté, on met ça comment sur un panneau?

Voyage en pays conservateur
18 juin 2009

Je vous écris de Concord, dans le New Hampshire. Où ça? Loin. Dans le style tu prends la route trois à partir du Québec et tu roules jusqu’à temps qu’il n’y aille plus rien. Puis après tu continues. Puis quand tu es très tanné de rouler, tu continues encore. Sauf que là on s’est arrêté. Faut dire qu’on a monté trois montagnes de plus de 1400 mètres aujourd’hui, alors on est un peu crevé.

À part de ça, le New Hampshire, ça a l’air d’un village fantôme. Hier soir, par exemple, on avait faim, alors on cherchait un resto ou une épicerie, n’importe quoi d’acceptable. On a roulé à peu près une heure sans rien trouver. En fait, il y avait bien ce steakhouse à Lincoln, mais c’était fermé (we serve from 11 to 5). Imaginez-vous un monde où les steakhouses ferment à 17h00? Ça m’a fichu la frousse. Et puis, les rues étaient désertes. Pas de vie, pas d’enfants qui jouent avec leurs vélos, pas de buveurs de bière sur leurs balcons. Pas d’épicerie, pas de commerces. Nous étions à la campagne, peut-être, mais j’ai vu des soirées beaucoup plus animées dans n’importe quel bled perdu du Québec.

Sinon, ici y a de la moto. Trop. Le Biker’s Week qu’ils appellent ça. Perso, j’appelerais ça le show-off week; il y a de belles motos partout, mais elles font un boucan d’enfer et leurs conducteurs ont l’air bien prétentieux sans casque. Faut dire, ici, la devise c’est « Live Free or Die ». Certains motocyclistes ont pris ça au pied de la lettre. Et pour le bruit, disons seulement que hier j’ai cru entendre le tonnerre mais qu’il s’agissait seulement d’une Harley.

Malgré tout, c’est très beau ici. Si vous pensez que le Québec, c’est les espaces verts, détrompez-vous. Aujourd’hui j’ai monté le Mont Lafayette (1650 mètres) en passant par le Little Haystack (1400 m.) et le Lincoln (1550 m.). Une crête magnifique, avec vue panoramique de tous les côtés. Onze heures de marche. Que de la nature. Pas de construction nulle part, que des arbres. On devinait seulement un semblant de civilisation en regardant l’occasionnel nuage noir du train du mont Washington au loin. Partout ailleurs, que du vert, que de la nature!

Et les gens, comment dire… Merveilleux serait peu dire. En fait, il me faudrait presque faire un parallèle avec la ville de Québec, où je suis allé lundi.

Les gens, à Québec comme ici, sont sympathiques. J’entends par sympathique que j’existe quand je les croise. Ils ne se dépêchent pas de regarder par terre, cherchant à fuir mon regard. Ils me regardent, ils me saluent, ils sont polis et courtois. Les gens ici SE PARLENT.

Ça m’a amené une réflexion. Peut-être que les gens sont sympathiques parce qu’il existe une cohésion sociale et une sécurité dans leur identité? À Québec, ça parle français et il y a peu d’immigrants, et dans le NH ça parle anglais et même chose pour les immigrants. Me suivez-vous? Ici, on n’a pas peur d’aborder son prochain car il fait partie de la communauté. Ici, pas de ghettos, pas de multiculturalisme la noix et de quartiers ghettoïsés incitant les immigrants à refuser la langue et la culture de leur communauté d’accueil. Non. Ici, on parle anglais, et à Québec on parle français. On communique, on se parle, on se comprend. On ne se regarde pas les chaussures en espérant que l’autre va disparaître comme par magie.

Parlant de Québec, une autre chose m’a frappé: la propreté. Ce n’est pas un cliché: Québec est une ville propre. Je n’avais jamais réalisé à quel point Montréal était sale avant d’avoir mis les pieds à Québec récemment. Ici, pas de papiers dans les rues, rien. Même dans les ruelles les plus reculées, dans Saint-Roch, dans Limoilou, tout est impeccable. C’est à croire que les Québécois ont vraiment à coeur leur ville et ne veulent pas la salir. Et si ce sentiment d’appartenance était la conséquence logique de leur homogénéité, du sentiment qu’ils ont précisément de former une communauté qu’ils doivent protéger? À Montréal, on dirait que tout le monde s’en fout parce que Montréal en tant que ville rassembleuse n’existe pas: ce n’est pas dans les ghettos qu’on trouve une fierté à la métropole, ni même dans les autres quartiers qui semblent avoir été oubliés. À Québec, rien n’a été oublié: même les putains de colonnes du centre d’achat du Lys ont des gravures en forme de lys et des apparats de qualité. À Montréal, on aurait eu droit à du ply-wood.

Tout ce préambule pour en arriver à ceci: j’ai visité les régions les plus conservatrices du Québec et du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Le Québec et la Beauce adéquistes et conservateurs et le New Hampshire républicain. Et pourtant, je vous le dirai, je n’avais jamais rencontré des gens aussi sympathiques et ouverts sur les autres.

Une immigration moindre et une meilleur cohésion sociale, pourquoi pas? Sinon, comment expliquer?

Je retourne à mes vacances. Soyez sages!

La Saint-Jean, c’est en français que ça se passe!
14 juin 2009

Ça va faire l’applatventrisme et la rectitude politique! La Saint-Jean-Baptiste, ce n’est ni la place pour inviter des groupes de musique anglophone ni un endroit où célébrer en anglais, comme l’affirme lâchement Stéphane Laporte, qui serait mieux de s’en tenir à ses Bougon et à ses insipidités mondaines plutôt que de parler de politique. La Saint-Jean, c’est notre fête nationale, celle d’une nation francophone partageant des valeurs communes et ayant la langue française comme héritage.

saint-jean

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Sérieusement, aurait-on idée de célébrer le 4 juillet américain avec un groupe de musique ukrainienne chantant uniquement en ukrainien sous prétexte que les Ukrainiens d’adoption sont aussi américains que les autres? Ou le 14 juillet français avec un groupe ne parlant que le chinois, pour les mêmes raisons? Non. On peut être ouvert sur le monde et respecter les nouveaux arrivants, mais tous les peuples de la planète ont une journée – une journée sacrée – où ils fêtent leurs racines et les valeurs qui les animent. Une fois l’an, on fête les U.S.A. ou on chante la Marseillaise; on s’en fout si quelqu’un vient de l’autre bout de la planète, mais qu’il respecte les valeurs fondamentales de sa société d’accueil. Et au Québec, le français est notre valeur principale, notre cheval de bataille, notre merveille du monde protégée jalousement contre les assauts répétés d’une mondialisation anglicisante et réductrice.

A-t-on le droit, pour une seule journée, d’être fiers de ce que nous sommes? 364 jours par année, nous courbons l’échine, nous renions notre langue et nos valeurs pour des considérations économiques ou nous oublions nos racines sous prétexte d’ouverture à l’autre. Sauf que l’ouverture, ce n’est pas d’organiser un Open House et d’inviter le monde entier à mettre le feu à sa maison. Ce n’est pas non plus accepter que l’autre fasse à sa tête chez soi. Non. L’ouverture, c’est d’être accommodant pour l’autre TOUT EN RESPECTANT SES VALEURS FONDAMENTALES. C’est de lancer à l’autre: « tu es le bienvenue ici, sois toi-même, mais je te demande simplement de respecter quelques règles fondamentales ». Et soyons sérieux, ces règles ne sont pas nombreuses ici, au Québec. On accepte n’importe qui en autant qu’il rejette la violence, accepte l’égalité hommes-femmes et comprend que la langue commune est le français. On a vu pire.

Nos ennemis, ce ne sont même plus les anglophones ou les allophones. Ce sont les Québécois assez lâches et ignorants du profond besoin identitaire de notre nation pour affirmer, comme Stéphane Laporte, qu’on peut célébrer nos racines dans une autre langue que la nôtre. On ne peut pas plus dissocier le Québec de la fierté de parler anglais que les États-Unis de crainte du gouvernement central. Ce sont des composantes qui ont créé ce que nous sommes; renier cet héritage, c’est nous renier nous-mêmes.

Accepter l’anglicisation de notre fête nationale, c’est mettre le pied dans l’engrenage bien huilé de l’assimilation. À l’origine, on parlait de la fierté canadienne-française, maintenant on parle de fierté québécoise. Et devra-t-on bientôt parler de la fierté Québécoise-sans-l’île-de-Montréal-anglophone? Où est-ce que ça s’arrêtera?

Affirmer ses valeurs, être fier de ses racines, ce n’est ni du racisme ni de la fermeture sur les autres. On ne peut être réellement ouvert sur autrui que lorsqu’on se sent suffisamment solide soi-même. La Saint-Jean, c’est cette petite journée, seule perdue dans un océan de journées identiques où nous nous renions, où nous reprenons contact avec ce que nous sommes, avec nos valeurs fondamentales, avec cette fierté de parler français et ce confort de pouvoir le faire sans craindre l’arrivée de nouveaux immigrants.

Enlevez cette fierté, dénaturez cette Saint-Jean, et vous réussirez seulement à radicaliser nombre de Québécois en mal de contact avec leurs racines identitaires. Car c’est lorsqu’on se sent brimé et non compris qu’on se radicalise. Rappelez-vous du FLQ.

Conséquemment, pour la paix sociale et pour le mieux-être de tous les Québécois, qu’ils soient francophones ou en attente d’intégration à notre nation, il est impératif que la Saint-Jean-Baptiste soit un événement francophone, rassembleur, et fier de ses origines.

Il en va de notre avenir collectif.

* * *

Si vous voulez protester contre l’anglicisation de notre Fête nationale, vous pouvez écrire à ces personnes:

Pierre Thibault p@c4.mu
Marilyne Lacombe marilynelacombe@gmail.com
Paule Clareau paule@c4.mu

* * *

Je pars en vacances demain matin. Je vais peut-être écrire quelques textes, peut-être pas. Je vais décrocher. J’espère vous revoir bientôt. Ajoutez-moi dans Facebook pour davantage de détails sur mon voyage et autres. SVP soyez sages. Je vais temporairement bloquer les nouveaux commentateurs pour éviter les abus.

Pour en finir avec les référendums
12 juin 2009

« Deux référendums. Perdus. Il est temps de passer à autre chose. » Je partage cet avis. Suis-je soudainement devenu un fervent fédéraliste? Ou pire: un je-m’en-foutiste qui croit qu’en occultant la question nationale celle-ci disparaîtra? Pas du tout. Ce n’est pas parce que deux référendums ont échoué qu’il faut remettre en question l’idée d’indépendance. C’est le référendum avant les négociations d’indépendance qui doit être relégué aux oubliettes.

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Comme l’a si bien dit l’ex-premier ministre Parizeau il y a quelques jours, il y a trois façons de devenir indépendant: par les armes, par un référendum ou par un vote du parlement. À partir du moment où nous rejetons la première option et que la deuxième a échoué deux fois, il serait peut-être pertinent de considérer la troisième et non pas de rejeter l’idée même d’indépendance comme le voudraient certains fédéralistes. Je l’écrivais dans mon dernier texte:

La crise, elle est permanente. Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre. Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Puisque la crise est permanente, il faut des solutions permanentes. Nous sommes donc forcés de considérer d’autres options que le classique référendum péquiste.

En effet – on a tendance à l’oublier – le référendum, tel que conçu par le Parti Québécois, n’est que le point de départ des négociations d’indépendance du Québec. Au lendemain d’un OUI, tout le travail reste à faire. L’instabilité politique est APRÈS l’événement, ce qui rend les gens plus frileux.

Par contre, si le parlement, qui détient le pouvoir démocratique entre ses mains, déclare unilatéralement son indépendance (comme cela s’est fait avec succès dans de nombreux pays), le fardeau est inversé: ce sont maintenant les fédéralistes qui doivent gagner leur référendum pour relancer le pays dans l’instabilité d’un retour dans le giron canadien. Devant la réalité d’un nouveau pays créé démocratiquement par le vote des représentants du peuple, et devant la non-concrétisation des fables apocalyptiques post-indépendance propagées par certains fédéralistes, la population, débarrassée de la peur du changement, sera libre d’entériner le vote de ses représentants.

Par ailleurs, en organisant un référendum alors que le Québec fait toujours partie du Canada, on ouvre la porte aux pires fraudes, comme cela s’est produit en 1995, quand des villes comme Westmount ont soudainement connu un accroissement de population majeur en quelques mois ou lorsque de 100 000 nouveaux électeurs ne disposant pas de carte d’assurance-maladie ont pu voter. En clair: tant que le Québec n’est pas indépendant, on ne peut pas espérer que le Canada joue franc-jeu et participe honnêtement au référendum: le pays fera tout pour sauver son unité et court-circuiter le processus démocratique québécois. Un ami, ancien attaché politique d’une influente ministre péquiste, me disait hier: « Avec un référendum avant l’indépendance, on donne deux chances à nos ennemis de nous battre: à l’élection et au référendum. » Il a raison.

Dans les faits, il faut se poser une question: sommes-nous en démocratie? Quand nous votons pour un gouvernement, nous voulons qu’il prenne des décisions, oui ou non? L’erreur de Lévesque (répétée par Parizeau) a été de vouloir ajouter un deuxième verrou de sûreté au processus démocratique. Par peur que le parachute principal ne se déploie pas, il s’est doté d’un parachute de secours qui s’est emmêlé et a précipité la chute. Il n’a pas eu confiance dans la suprématie du parlement, et ce fut une erreur fatale: à partir du moment où on rejette la violence, le parlement devient le haut-lieu démocratique et c’est à lui de prendre les décisions; c’est le parlement qui représente le peuple.

Voilà pourquoi la stratagème des référendums sectoriels de Pauline Marois est insuffisant. Par peur de se lancer dans le vide avec le même équipement déficient que ses prédecesseurs, elle espère rafistoler les vieux parachutes et se lancer d’un peu moins haut en espérant que la population se lasse et exige le vrai saut. Comme processus d’habituation aux chutes libres, ça peut aller, mais quand on se veut chef d’un parti se réclamant indépendantiste, ça sent la lâcheté à plein nez.

Le projet Lévesque a fait long feu. Il faut faire les choses différemment. Avant que nous ne soyons complètement assimilés par une immigration que nous ne contrôlons pas complètement et à cause de notre applatventrisme face à la langue anglaise, il est plus que temps d’agir. Donnons-nous les moyens de réaliser l’indépendance au parlement, haut-lieu de notre futur État, et laissons aux fédéralistes le loisir de s’obstiner entre eux quand la catastrophe annoncée n’aura pas eu lieu.

La crise
10 juin 2009

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

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En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

Le bling-bling de la trentaine
8 juin 2009

J’écoutais, nostalgique, une manifestante contre le Forum économique international des Amériques ce midi: « Le Nouvel Ordre Mondial, on veut en discuter nous aussi, nous sommes dans la rue pour en parler! Pourquoi ces gens s’isolent-ils dans leur hôtel à 1400$ la nuit? »  Avec des invités aussi discutables que Alvaro Uribe (président autoritaire de la Colombie et responsable de nombreuses violations des droits humains) et Madeleine Albright (secrétaire d’État américaine lors de la destruction de la Serbie), comment ne pas lui donner raison? Cette conférence n’est qu’un ramassis de vieilles matantes droitistes prenant le thé en se séparant le monde comme l’Église catholique l’a déjà fait elle-même.  Mais ça n’a plus la même saveur.

En effet, il y a dix ans, j’étais dans la rue,  moi aussi.  J’y étais lors de l’Opération Salami (où j’ai même fait la première page d’une revue chrétienne!); j’y étais à d’autres manifestations également.  À l’aube de la vingtaine, tous mes sens étaient en éveil et ne demandaient qu’un peu de justice et d’écoute des autorités.  Tout semblait plus vif, plus possible.

Aujourd’hui, tout est plus fade, tempéré.  Le lent ponçage de la vingtaine a érodé tout le brillant de mes positions pour n’en laisser que la chair, ces valeurs humanistes qui m’animent.  Finies, les pancartes, les caméras, les grands cris.  Terminées, les crisettes et le bling-bling du manifestant; maintenant, ce sont les mots qui constituent mon armée de contestataires.  Je ne descends plus dans la rue; la rue s’invite sur mon blogue.   Dix ans plus tard, j’ai compris qu’avant la manifestation il y a les mots qui nous permettent de comprendre la réalité.  Et je travaille ces mots pour définir notre réel.

Parfois, pourtant, j’ai peur.  Cette crainte de la suite des choses.  Si je peux faire le bilan d’une décennie passée, je peux entrevoir celle qui suit.  Et je redoute autant que j’espère ce jour, pas si lointain, où ma copine m’annoncera qu’elle est enceinte.  Ce mini-moi, ce mini-elle, cette vie à qui je devrai transmettre mes valeurs, cette chair sur laquelle ma fille ou mon fils pourra mettre le bling-bling de son choix.  Serai-je à la hauteur?  Et que deviendront mes idéaux?

En fait, je ne sais même pas d’où me viennent ceux-ci.  Jamais compris.  Ma mère était une control freak castrante à la santé mentale fragile et qui m’a volé à peu près tout ce qu’on peut voler à son enfant; mon père génétique était un alcoolique toxicomane perdu quelque part en Estrie.  L’homme qui a joué  ce rôle de père, peut-être?  Toujours là pour moi; pour me juger, d’accord, mais toujours là dans les gestes du quotidien, pour aller me chercher n’importe où.  Ou mon grand-père, peut-être, qui voulait faire de moi un chien savant et qui me voyait, au minimum, en tant que roi de l’univers, sinon davantage?

Aucune idée.

En fait, peut-être une.  J’ai toujours détesté l’injustice.    J’ai longtemps trouvé que la vie avait été injuste avec moi et je me suis dit qu’on pouvait aider son prochain à surmonter les petites merdes qu’elle met sur son chemin.  On ne choisit pas sa famille ni son lieu de naissance.  On fait avec.  Mais on peut faire le choix de s’améliorer, de faire de son mieux.  Il faut un bon dosage de coup de pied dans le cul et de carottes au bout du bâton.  L’équilibre.  La modération.

En vérité, lorsque ma copine m’annoncera qu’elle est enceinte, c’est ma vie que je mettrai entre parenthèses.  J’ai souvent écrit que je crois que nous sommes immortels, via nos enfants.  Lorsque la petite horloge commencera à battre dans son utérus, c’est le flambeau de ma vie que je transmettrai, mon énergie vitale que je donnerai pas seulement à cet enfant mais à ses enfants, à leurs enfants, jusqu’à la fin des temps.

Enfin, je ne suis plus un récipient égoïste d’énergie stagnante, tel un marais d’idées en putréfaction, mais je deviens le relais de mes idées; après l’enfantement d’un blogue représentant mes idées exprimées en mots, je les exprimerai désormais en vie, dans un enfant qui n’aura de cesse de les démolir jusqu’à ce qu’il atteigne la chair blanche des valeurs qui m’animent et qui ont dû, vraisemblablement, enthousiasmer mes parents.

Après le grésage de la vingtaine et la potée de neuf mois de gestation, je serai peut-être enfin prêt à devenir réellement adulte et à étaler une nouvelle couche de peinture sur une humanité qui a besoin d’idées plus que jamais.

Mettre au monde ses idées pour les voir détruites reconstruites détruites puis reconstruites.  Je n’ai jamais atteint mon plein potentiel, mais j’offrirai à quelqu’un d’autre cette chance.

Je ferai de mon mieux, du moins.

Ma contribution des dix prochaines années.

Le bling-bling de ma trentaine.

La petitesse de Michael Ignatieff
6 juin 2009

La lune de miel entre le Parti Libéral de Michael Ignatieff et les Québécois pourrait être de courte durée. La décision du chef du PLC de faire voter son parti contre le projet de loi du Bloc Québécois consistant à appliquer la loi 101 à toutes les entreprises de juridiction fédérale au Québec démontre à quel point ce parti méprise le Québec et les valeurs communes de ses citoyens.

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En effet, faut-il rappeler qu’un sondage SOM-La Presse en 2007 a révélé que plus de 80% des Québécois considèrent que l’influence de la loi 101 est positif? Mieux: ce chiffre inclut la minorité non négligeable d’anglophones qui n’adhèrent pas à nos valeurs; il y a quasi-unanimité en faveur de la loi 101 et de la protection de notre langue commune. En refusant d’appuyer un projet permettant de franciser le milieu de travail de 200 000 à 250 000 Québécois, quel message lance Ignatieff, sinon qu’il n’a pas nos intérêts à coeur?

C’est bien beau de reconnaître la nation québécoise, d’avoir appris la langue des sauvages et de se montrer ouvert quand cela n’engage à rien, mais on reconnaît les grands hommes par leurs gestes, pas par leurs paroles. René Lévesque serait-il une telle légende s’il s’était contenté de parler de souveraineté sans jamais prendre l’initiative d’un référendum? Et Robert Bourassa, s’il avait parlé d’électricité sans jamais lancer le projet de la Baie James? La parole ne coûte pas grand chose; froisser le Canada anglais en aidant les Québécois dans leur lutte pour la protection du français, voilà qui est plus difficile.

En fait, c’est précisément le noeud du problème: il n’est pas possible de satisfaire les intérêts des Québécois sans offenser les Canadiens anglais. De peur de choquer les Ontariens, entre autres, là où se jouera la prochaine campagne électorale, Ignatieff préfère froisser les Québécois, pariant sur leur méconnaissance de ses positions. S’agit-il là des actions d’un grand politicien ou d’un petit misérable espérant qu’on ne le connaisse pas trop lors du jour du vote?

Le refus d’Ignatieff de reconnaître l’importance de renforcer la loi 101 n’est qu’un signe supplémentaire de la petitesse de cet homme. Là où des géants ont mené d’impressionnantes croisades et ont assumé pleinement leurs positions, Michael Ignatieff se contente de jouer au chat et à la souris avec les Québécois, affirmant les reconnaître dans leur différence tout en leur refusant tout outil leur permettant de pouvoir exprimer cette spécificité.

Et si nous lui montrions que nous sommes un grand peuple qui refuse de jouer ce petit jeu et tient mordicus à ses valeurs et ses convictions en refusant de lui donner notre vote lors des prochaines élections?