Honduras: dernier coup d’État de l’administration Bush?

Que le nouveau régime issu du coup d’État au Honduras arrive ou non à s’implanter n’est pas seulement lourd de conséquences pour les Honduriens eux-mêmes. Il s’agit avant tout d’un test pour Obama et pour sa capacité à rompre avec la doctrine de son prédécesseur. Quand celui-ci refuse de reconnaître les nouveaux dirigeants auto-proclamés du petit pays d’Amérique centrale, il envoie un message clair aux autres puschistes tentés par les mêmes méthodes: le pouvoir a changé de main à Washington, prenez-en note!

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En effet, pour George W. Bush, la fin justifiait les moyens. C’est bel et bien sous sa présidence que les États-Unis ont tenté de renverser Hugo Chavez, président du Vénézuela, en 2002. C’est également grâce à lui que les États-Unis ont renversé Jean-Bertrand Aristide, président élu d’Haïti en 2004. Pour l’ancien dirigeant américain, tout comme pour Reagan, qui a renversé le gouvernement de gauche sandiniste au Nicaragua quelques décennies plus tôt, tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins et mettre en place des régimes plus sympathiques aux intérêts de Washington et des transnationales qui représentent le pays.

Obama, par contre, reprend les idéaux de Clinton: démocratie, liberté, respect du droit. On ne veut plus gagner par la force, mais par les coeurs. On espère qu’en se montrant ouvert et attaché au respect de ces valeurs, les gouvernements d’Amérique latine se déradicaliseront.

Pourtant, le but est le même: empêcher les peuples de l’Amérique latine de s’organiser et de prendre le contrôle de leur destin.

Ce conflit entre ces deux visions du monde s’est cristallisé au Honduras.

À l’origine du conflit, ce n’est pas tant le désir du président Zelaya d’organiser un référendum pour avoir le droit de se représenter aux prochaines élections, mais bien la décision de ce dernier de transformer la base aérienne de Soto Cano, abritant un contingent américain de 600 militaires, en aéroport affecté au trafic commercial. Comme l’explique Thierry Meyssan, Soto Cano possède la seule piste permettant d’accueillir de gros transporteurs en Amérique Centrale et est une base d’écoute indispensable pour le commandement militaire américain affecté à l’Amérique du Sud. De plus, Soto Cano est dirigée par le colonel Richard A. Juergens, qui aurait dirigé l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide alors qu’il était le directeur du SOC (Special Operations Command).

Ainsi, lorsque le président Zelaya a révoqué Roméo Vasquez, son chef d’état-major qui tentait de bloquer l’organisation du référendum, celui-ci a pu trouver une oreille attentive pour ourdir ses plans. Surtout que Vasquez a été formé à la très infâme School of the Americas, un centre américain de formation de militaires sud-américains aux techniques de violence contre les civils. Vasquez y a « étudié » deux fois: en 1976 et en 1984. Le chef des forces de l’air, Gen. Luis Javier Prince Suazo, y a « étudié » en 1996. Notons que lorsque l’armée a refusé de distribuer les bulletins de vote, ceux-ci étaient stockés sur une base de l’Air Force et que c’est également à partir de cette même base que Zelaya fut déporté vers le Costa Rica après le coup d’État.

Malgré tout, avant le coup d’État, Zelaya assurait avoir le soutien des États-Unis: « Si je suis assis ici au palais présidentiel, en train de vous parler, c’est grâce aux États-Unis ». Il affirmait avoir discuté avec Washington et s’être assuré de son soutien contre quelque élément subversif que ce soit. Quelques heures plus tard, il était renversé.

Ce que cet enchaînement démontre, c’est que de nombreux militaires américains et sud-américains attachés aux méthodes de Bush n’ont pas encore pris acte du changement de cap de l’administration Obama. Le but est toujours le même (dominer l’Amérique du Sud), mais les méthodes ont changé. Selon l’administration Obama, un tel coup d’État ne peut que refroidir les relations entre les autres gouvernements progressistes du sous-continent et Washington et ainsi nuire aux efforts du président pour normaliser les relations avec le Vénézuela, entre autres. Aurait-on voulu nuire à Obama qu’on n’aurait pas agi différemment.

Lorsqu’il dénonce ce coup d’État, Obama est logique et cohérent avec lui-même. Maintenant, et au-delà des mots, aura-t-il le courage d’ordonner une action militaire pour redonner aux Honduriens leur démocratie?

Car ce n’est pas avec les mots qu’on juge un individu, mais avec ses gestes.

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3 Réponses

  1. C’est bien qu’Obama dénonce ce coup d’État qui est dans la continuité de la longue histoire de soutien aux dictateurs de la part de l’impérialisme américain en Amérique Latine et ailleurs dans le monde. Est-ce qu’il sera capable d’aller au-delà des mots et de la dénonciation verbale? Rien n’est moins sûr car il y a des intérêts aux USA qui soutiennent les putschistes du Honduras. J’aimerais bien voir ceux qui dénoncent (avec raison) la récente fraude électorale en Iran dénoncer aussi le coup d’État qui vient d’avoir lieu dans ce pays proche des États-Unis.

  2. […] Honduras: dernier coup d'État de l'administration Bush … […]

  3. Très bien Louis. Haïti étant mon pays d’origine (enfin si je peux dire ainsi étant né au Canada) tu as compris exactement les faits du 29 février 2004. Te rappeles-tu de TVA et de Paul Larocque avec  » les chimères lavalas » ( des présumés bandes au service de Jean-Bertrand Aristide) pertubant port-au-prince ( quel ironie ! )

    5 ans plus tard Aristide est en Afrique Du Sud avec un doctorat en langue zoulou travaillant dans la plus grande université D’AFrique du Sud.

    5 ans plus tard, la violence augmente de jours en jours en Haïti avec les soldats de L’ONU qui violent les jeunent haïtiennes !

    Ce coup d’état est ressemble à deux gouttes d’eau au premier coup d’état de 1991 en Haïti par Georges Bush père ( de père en fils…)
    excellent billet.

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