Le show de Guy A. Lepage: une grosse fête provinciale

La Saint-Jean de Guy A. Lepage, au parc Maisonneuve, avait l’air d’une grosse fête provinciale. L’équivalent du Civic public day en Ontario. Sous prétexte d’ouverture à toutes les langues et les cultures, on a oublié de fêter la seule culture qui en a vraiment besoin: celle du Québec. Cette petite fête de province donnait l’impression d’un anniversaire où les invités amènent tout un tas de cadeaux qu’ils s’échangent entre eux sans rien laisser à la personne qui aurait du être fêtée. Le message lancé aux immigrants et aux étrangers a été le même que les 364 autres jours de l’année: nous sommes Québécois, donc nous allons vous parler dans VOTRE langue et vous n’avez pas à vous intégrer.

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En effet, tout est une question de symbole. Que Guy A. Lepage fasse son petit cathéchisme sur le multi-culturalisme dérange peu; on connaît ses positions applatventristes. Il s’agit d’un excellent animateur de foule, qui a encore une fois été à la hauteur ce soir. Ce qui m’a dérangé, par contre, et lancé un message confus aux immigrants et autres citoyens en attente de s’intégrer, c’était cette longue énumération de salutations en langues étrangères. En Espagnol, en Hébreu, en Anglais, en Italien. Un « Vive Haïti » bien senti laissant la foule de marbre et où même ma copine, pourtant loin d’être politisée, n’a pu s’empêcher de s’indigner. Une chanson en espagnol de Florence K. À la fin, on se demandait: c’était la fête de qui, déjà?

Vous êtes un immigrant, et par un hasard incroyable vous êtes tombé sur ce spectacle à la télévision. Quelle a été votre réaction? Vous avez observé une fête où l’animateur a évacué toute fierté d’être Québécois et de partager nos valeurs communes pour faire la place à une litanie de messages confus et polyglottes. Quel message avez-vous retiré, sinon qu’au Québec on se fendra en quatre pour vous servir dans votre langue? Pourquoi apprendre le français quand même dans leur propre fête nationale les Québécois évacuent toute conscience d’eux-mêmes et communiquent systématiquement avec autrui dans une langue étrangère? Certains dirons que c’est anodin. C’est faux. Si on désire que le Québec demeure francophone, il faut lancer le message que la communication, sur tout le territoire du Québec, se fait en français.

Ce n’étaient donc pas de simples bonjours accueillant divers nationalités au Québec dans leurs langues respectives. Il s’agissait plutôt du message suivant: « vous ne parlez pas français, vous ne voulez pas vous intégrer, qu’à cela ne tienne, nous allons vous parlez dans votre langue ». Il s’agit de la continuation de ce que vivent ces immigrants jours après jours à Montréal: ils n’ont pas besoin d’apprendre le français car il se trouve toujours un petit laquais québécois prêt à les servir dans une langue étrangère.

Ainsi, au lieu d’être un moment de fête rassembleur et permettant de cimenter le Québec en incitant les immigrants à s’intégrer en français, le party de Lepage s’est transformé en séance d’auto-congratulations du multiculturalisme confortant les immigrants dans leurs positions et leur relançant, une fois de plus, le message que l’intégration au français, au Québec, est facultative.

Bref, cette fête nationale a manqué son coup à tous les points de vue. Elle n’a pas réussi à inciter les immigrants à s’intégrer et elle a endormi les Québécois avec du contenu dans une langue étrangère laissant peu de place à la célébration de nos racines.

Ne pourrions-nous pas, un soir par année, être fiers de nous-mêmes et se célébrer, NOUS, en français?

Sous prétexte d’inclure tout le monde à la cérémonie, on a transformé une fête nationale en grosse fête provinciale célébrant l’appartenance à un espace géographique plutôt qu’aux valeurs de ses habitants. On a vidé de son sens politique la Saint-Jean-Baptiste et on a capitulé devant tous les bien-pensants pour qui le seul fait d’exister et de fêter ses racines une fois par année s’apparente à du chauvinisme, voire à du racisme.

La musique était excellente, les chanteurs et interprètes à la hauteur, la foule très présente, mais on peut faire de tels spectacles n’importe quand dans l’année. Le 24 juin devrait être davantage l’occasion de célébrer ce que nous sommes, en français.

Puisque cette fête est de moins en moins la nôtre, peut-être devrions-nous en créer une nouvelle et laisser la Saint-Jean-Baptiste aux apôtres d’un nationalisme « inclusif » constituant le prélude à notre assimilation définitive. Car, qu’on le veuille ou non, cette célébration est et doit demeurer politique.


AJOUT: À la fin, j’ai presque cru que Lepage allait s’amender, quand il a lancé: « vous connaissez mes positions… alors je nous souhaite à tous… le Québec que nous méritons ». Relisez. « Je nous souhaite à tous le Québec que nous méritons. » Ça veut absolument rien dire. Pourquoi ne pas prendre position? Je nous souhaite un Québec libre, indépendant, francophone? Ça, c’est du courage et de l’engagement. Lepage a été à la hauteur en tant qu’animateur, mais ce n’est pas avec ce genre de slogans creux que nous allons avancer collectivement.

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36 Réponses

  1. Je viens de lire ton texte au complet, comme j’ai lu les autres au complet avant de réagir.

    Je suis allé au Parc Maisonneuve, donc j’ai le droit de chialler. J’ai aussi regardé à la télévision le show de Québec. Et mon appréciation personnelle, j’ai mieux aimé celui de Québec. Meilleur en tous points, l’animation de Guillaume Lemay-Thivierge, les mots justes, je sais pas qui a écrit, mais c’était bien fait. Et l’explication du feu pour souligner le plus long jour de l’année et Richard Séguin qui poursuit avec cette chanson du duo Séguin, La fête du feu. Et tout le reste, quelle ambiance. On parle d’une foule record. Pas de quoi être supris.

    Québec est définitivement la destination «in» cet été, avec le Moulin à images du génial Robert Lepage, un gars de Québec, le Cirque du soleil, le festival d’été de Québec avec Kiss, Sting et Placido Domingo. LE BOUTTE DE LA MARDE, ce serait que Québec ait un nouveau Colisée pour le retour des Nordiques. Mais parti comme c’est parti là, ça pourrait arriver.

    Québecor et Angélil ensemble pourraient fort bien réaliser ce rêve. Et Lebeaume serait au septième ciel.

  2. […] […]

  3. Tout simplement merci, Louis. Encore une fois, ta sensibilité et ta lucidité t’ont encore permis de viser juste.
    Voilà un texte qui me permet de ne pas désespérer encore de notre peuple.

    Danièle

  4. Pour moi, la St Jean est la fête des Québécois qui parlent Français.
    Pour une fois, on ne devrait entendre que des chansons en Français, rien d’autre. Si les quelques immigrants qui n’ont pas encore appris la langue de la majorité se trouvaient à cette fête, qu’ils l’apprennent au plus vite !

  5. Je n’ai pas du tout suivi les festivités.

    « Le Québec que nous méritons? » HA! Le Québec tel qu’il est aujourd’hui est effectivement le seul que nous méritons en ce moment.

    Faudra vraiment un retroussement de manches collectif…

  6. On dirait que le fait de devenir un animateur jet-set a tourné la tête à Guy A.Lepage et qu’il n’ose plus sortir de la « rectitude politique ». Prôner un Québec français semble sans aucun doute trop « xénophobe » et « fermé d’esprit » pour lui et il craint sûrement que des positions trop tranchées sur la question nationale nuise à son émission de télévision. Ce n’est pas avec des gens sans convictions comme ça que l’on va bâtir un pays.

  7. Ou avec des convictions différentes des tiennes?

  8. Il a démontré clairement qu’il n’avait pas de convictions avec tout son discours mi-figue mi-raison lors de la Fête Nationale. Même pas capable de se prononcer clairement pour l’indépendance du Québec. C’est pathétique.

  9. Merci steph, des aujourd’hui je fais ma demande officielle au comité organisateur de la fete de la st-Patrick pour y inscrire mon groupe musical,Les Bérets musette,j’espère qu’ils
    apprécieront.Comme notre raison social l’indique,nous sommes un accordéon band (c’est le seul mot anglais que nous connaissons) et nous faisons de la musique folklorique typiquement française.Espéront que notre présence ne cassera pas la fete.Si il y a conflit, je crierai a la foule : accordez-vous c’est tellement beau l’accordéon!

  10. L’analogie avec la St-Patrick est intéressante. La St-Pat’s, telle que nous la vivons ici, est fêtée par un nombre relativement restreint de personnes principalement d’origine irlandaise. L’équivalent serait donc une communauté québécoise implantée en Irlande (ou ailleurs, cela importe peu) et qui choisirais de fêter la St-Jean. Si je devais organiser un tel événement, je dois dire que je favoriserais des groupes québécois… et je fêterais le Québec.

    Et si un groupe de musique britanique me proposais ses services, il faudrait qu’il ait de bons arguments!

    Par contre, en Irlande, le jour de la St-Pat’s, je serais favorable à ce qu’une partie d’un spectacle utilise une langue appartenant à l’une ou l’autre des minorités linguistiques importantes.

    Tout comme je serais favorable à l’idée de produire des spectacles avec une partie en espagnol dant le sud des États-Unis le jour de l’indépendance. Ou encore qu’il y ait des parties de spectacles qui ne seraient pas en français le 14 juillet en France.

  11. @ internationaliste:

    Je reformule: pourrait-on bâtir un pays avec des gens qui ont des convictions différentes des tiennes?

  12. Moi je suis pour un pays ou il y a place a toutes convictions et inclusif a toutes communautés (sans exeption), pourvu qu’on puissent les communiquer (nos convictions) a l’aide d’une langue commune,comme toute nation normale qui se respecte.

  13. Daniel, si Québec a réussi à dammer le pion de Montréal quand il est question de célébrer notre Fête antionale, c’est un peu beaucoup parce que nous savons célébrer nos racines en temps et lieu.

    «Québec est définitivement la destination «in» cet été, avec le Moulin à images du génial Robert Lepage, un gars de Québec, le Cirque du soleil, le festival d’été de Québec avec Kiss, Sting et Placido Domingo. LE BOUTTE DE LA MARDE, ce serait que Québec ait un nouveau Colisée pour le retour des Nordiques. Mais parti comme c’est parti là, ça pourrait arriver.»

    Jaloux? 😛

  14. Mes fautes d’orthographe par inattention m’écoeurent.

    SVP, veuillez ne pas juger mon texte là-dessus!

  15. Je répète ce que j’ai dit. Pour bâtir un pays il faut avoir des gens de convictions et non pas des mollusques.

  16. Comment avez-vous trouvé le discours patriotique de Suzanne Clément?

    Moi j’ai trouvé ça inspirant, émotif, mais encore une fois, le « sous-entendu » à l’indépendance démontre que les artistes (vedettes) n’ont pas le courage de dire, sans voile, qu’ils souhaitent un pays indépendant pour le Québec…

  17. Hé hé ! Non Jean-Luc, je ne suis pas jaloux du tout ! Je compte bien en profiter et me rendre plus souvent à Québec cet été. D’ailleurs, je vais en parler sur mon blogue plus tard. Pour l’instant, je suis dans le deuil de Micheal Jackson.

  18. J’ai beaucoup aimé le discours de Suzanne Clément. Cependant, je le dis et je le répète, je préfère le show de Québec.

  19. Avec une telle manière de penser, on va se ramasser avec une fête nationale dans 20 ans, où on va chanter dans toutes les langues, avec un tout petit bout en français qui va avoir l’air sorti de nulle part.

  20. Si tu veux Daniel, tu peux lire mon billet sur la mort de Michael Jackson: http://lequebecdedemain.blogspot.com/2009/06/depuis-la-mort-delvis-presley-et-de.html

    Content de savoir que tu ne sois pas jaloux des succès de Québec! 😀

  21. Bonjour Steph,j’ai communiqué avec le comité organisateur de la fete de la St-Patrick.Ils ont été très gentils en me demandant de réévaluer ma demande.Ils m’ont expliqué l’origine de la fete (avec références web a l’appui)et que meme en Irlande,aucun groupe français ne s’était manifester et cela m’a vraiment surpris.Finalement on m’a proposé d’offrir mes talents a un évènenement plus approprié.Des aujourd’hui je communique avec le commité organisateur de la fete nationale americaine.Nous revons depuis longtemps d’aller chanter en Arkansas.J’espère seulement qu’ils ne seront pas aussi raciste que les Irlandais.

  22. Steph : premierement l’irlande est un pays, pas le Quebec. Donc oui dans un pays tu peux te permettre d’inviter qui tu veux parce qu’il ne peut y avoir de malentendu. Ici non ! Quand on sera un pays, il n’y aura surement plus ce genre de probleme. On en aura d’autres, mais plus cette insecurité et ce besoin de se justifier, se proteger et d’expliqué à quelques canadiens vivant sur notre territoire que nous ne sommes pas une province parmis tant d’autres, mais une nation distincte qui se meurt tranquillement parce que nous n’avons pas les outils pour assurer notre survivance, que nous ne sommes pas completement maitre chez nous et assigné à residence puisqu’en quittant le Quebec, on perd notre statut d’appartenance à la nation Quebecoise ! … et on pourrait meme ajouter que sur le plan international nous sommes completement invisible.

    Et connaissant Internationaliste, je pense pourvoir repondre pour lui que oui on pourrait batir un pays avec des convictions différentes des siennes, du moment qu’elles sont democratiques ? Mais la reponse serait aussi malhonnete que la question, parce que batir un pays, ca se fait generalement sans ses petites convictions convictions politiques (des convictions dans le sens dont on parle en ce moment), c’est comme une constitution, une base assez neutre qui s’adapte à tous les cas de figure de la petite politique gauche/droite et qui nomme seulement les grands principes fondamentaux communs d’un peuple, principes que tous le monde ici devrait accepter vu leur banalité pour nous et leur evidence ici au Quebec : egalité homme-femme primant avant toute chose (meme la religion), charte des droits et libertés, pays francophone et laic, … (je m’en souviens plus vraiment, ca se retrouve facilement meme sur le site du PQ, c’est vraiment basique). Les vraies convictions on les defend au moment du vote, et dans un pays libre ca sera le peuple qui les decidera et surement en changera regulierement tous les 5 ans ! On appelle cela de la democratie. Donc lorsque le peuple decidera de faire un pays, il sera bati sur des principes qui seront acceptés par la grande majorité des gens et des partis. Ca c’est fait comme cela pour la plupart des 30 pays créés depuis 60 ans, et on ne fera pas autremant. Comme si on etait moins capable que les autres, moins capable que les pays baltes, que la slovaquie, la slovenie, … On a vraiment l’impression que le peuple quebecois n’est capable de rien en ecoutant certains. Je veux batir un pays, Internationaliste aussi, politiquement on est presque aux antipodes et pourtant, nos convictions de creation sont surement tres proches. Apres ce sera au peuple de decider du reste lors des elections… c’est ca le jeu.

  23. Il y a pire que les artistes. Beaucoup de personnes travaillant dans la fonction publique ne peuvent declarer leur allegeance, surtout si ils travaillent au federal (belle democratie). On ne parlera pas des sportifs qui ne peuvent meme pas agiter le drapeau de leur nation distincte, alors encore moins parler d’independance. Il y a les gens des millieux communautaires generalement favorables à la souveraineté, mais qui ne peuvent prendre de parti pris en politique vu que leur travail leur demande de rester neutre face à leur clientele. Les journalistes dans certains medias qui se font juger sur la place publique si leur juppon bleu depasse, tandis qu’un rouge est facilement toléré (et meme une garantie d’avancement). Meme des patrons d’entrerpises qui nous donnent un coup de main en demandant bien que tout reste secret pour ne pas nuire à leur compagnie. Et on appelle cela le plusss beau pays du monde… ca me semble plus etre une colonie bananiere. Ce qui confirme la chose, c’est que les attaques les plus virulentes ne viennent pas de l’autre nation mais bien de nos propres gens, c’est un signe que nous sommes bel et bien dans un contexte de colonisation avec nos rois-negres, nos colonisés qui se battent pour les colonisateurs et l’impression general qu’on n’est pas capable de controler nous-memes notre destiné … heureusement que le Canada est là pour nous. Ouvrez vos livres d’histoire, comparez, c’est pareil ! Né pour un petit pain, remercions en agitant nos chaines ces gens qui font tant de choses pour nous qu’on serait bien bete de les quitter.

    En passant, vous vous souvenez du discours de Sarkozy, enfin le texte de Desmarais qu’il a lu ? Et bien, il a un avis tout autre pour la Martinique le monsieur, meme en temps de crise. Comme quoi !

    Nicolas Sarkozy a proposé vendredi un référendum sur l’autonomie en Martinique. « Je consulterai les Martiniquais sur l’évolution institutionnelle de leur territoire comme la Constitution m’y autorise. Les Martiniquais seront libres de choisir en leur âme et conscience le chemin qu’ils souhaitent emprunter »

    Doit-on en rire ?

  24. @Reblochon

    En passant gros bisou cher cousin français. Tu as raison. Je pense que l’on peut bâtir un pays sans partager les mêmes convictions et les mêmes opinions sur tous les sujets. Mais comme je le disais il faut au départ que les gens aient des convictions et Guy A.Lepage n’a pas donné l’impression d’en avoir le soir de la Fête Nationale.

  25. Guy A. Lepage est devenu un rectitude politique sans équivalent dans la classe show-bizz québécois. Même à l’époque des RBO, il ne s’est jamais mouillé sur sa vision du Québec. C’est pourquoi je pense toujours que G. Lepage est juste un humoriste, rien de plus. À peine un animateur (aimez-vous son talk-show du dimanche???) et certainement pas un commentateur politique de calibre.

    Lui comme tant d’autres ont gobé le lien débile entre fierté nationale et le national-socialisme des nazis – accusation lancée par Trudeau lui-même et reprise sans relâche par ses associés. On nage dans le sophisme systématique au Québec et rares sont ceux qui sont capables de faire une mise au point comme Pierre Foglia dans une récente chronique.

    Et on en est encore là, quelque 29 ans après le premier référendum… Pathétique.

    François Legault a bien raison de dénoncer notre déclin tranquille dans l’indifférence et la résignation:

    « Je quitte inquiet pour l’avenir du Québec, inquiet parce que je sens que le Québec s’est engagé dans un déclin tranquille, et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l’indifférence. Tout projet politique ambitieux, quel qu’il soit, peu importe les partis, est difficile à réaliser actuellement. »

  26. La nation à naître

    Qu’est-ce qu’on fête le 24 juin? Ça dépend… On a dit que ceux qui ignorent l’Histoire sont condamnés à la répéter; il n’est donc pas mauvais de se rappeler que, de mémoire d’homme – j’en suis la preuve vivante – la Saint-Jean-Baptiste a été d’abord la Fête de la Race. Nous étions “nés d’une race fière”, notre berceau avait été béni et notre carrière tracée par le Ciel. Le genre de contexte qui n’incite pas à des remises en question, de sorte que l’on ne s’en posait pas trop, des questions.

    La “parade” de la St-Jean montrait des zouaves pontificaux, moins nombreux chaque année; les orphéons des orphelinats – ils étaient encore pleins – jouaient des marches mussoliniennes pudiquement présentées en chants scouts; le petit Saint-Jean-Baptiste fermait la marche, gagnant d’un concours de beauté entre enfants de notables. Des enfants blonds, bien sûr. En ce temps-là, les notables se portaient bien et le blond se portait beaucoup. Pas de questions.

    Quand est venue la Révolution tranquille et le temps des questions, Saint-Jean-Baptiste s’est mué en Précurseur. Un prophète adulte, musclé, vêtu d’une peau de bête. Un type sérieux qui erre dans le désert et qui pourrait chercher des ennuis. On les a eu, les ennuis: les bombes de l’ALQ et des deux FLQ, les “trois colombes” – dont Pierre Trudeau – et, pour finir, les événements d’Octobre “70. Après ça, Saint-Jean-Baptiste version II a été mis en veilleuse, comme un écran d’ordinateur.

    Quand la St-Jean s’est rallumée en version III, il y a quelques années, c’était en Fête nationale, avec réjouissances populaires et allégories triomphalistes commanditées par le gouvernement et le secteur privé. Le secteur privé se porte bien, la coopération entre l’État et les nouveaux notables est revenue au zénith. Plus de questions. Ou plutôt, si: on fête quoi, le 24 juin? Il faudrait le dire vite et le redire souvent, avant qu’il ne se crée des malentendus: nous fêtons une nation qui n’existe pas. Nous fêtons une nation à naître.

    Une nation à naître? Mais la “nation québécoise”, alors? “Nous-autres”, au sens de Jacques Parizeau le soir du référendum? “Nous-autres”, nous sommes un peuple de blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760. Nous sommes une grande famille, une tribu, un clan, une ethnie, un peuple … Nous sommes conscients d’être un tout et d’avoir des affinités. Une nation? Mais oui, pourquoi pas! Le malentendu, soigneusement entretenu depuis trente ans, ne consiste pas à dire que nous sommes une nation mais à nous être approprié le vocable “Québécois”.

    On dit “Québécois”, c’est plus commode; comme”Américain” sonne mieux que “États-unisien”. Mais quand vous et moi nous disons “nation québécoise” ou “culture québécoise”, c’est à “nous-autres” que nous pensons: les “blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760?. Nous ne pensons pas à un million d’Autres qui ne sont pas “nous-autres” mais qui cohabitent avec nous sur le territoire du Québec. Pas plus que les “Américains” ne pensent aux Boliviens ou aux Guaranis quand ils définissent la culture américaine.

    Mais le Autres sont ici, tout comme les Guaranis sont bien en Amérique. De sorte que, malgré le vocabulaire politiquement correct qu’on nous sert – avec souvent, d’ailleurs, pour des motifs électoraux, le ton de ne pas vraiment y croire – nous savons bien que la notion d’une nation québécoise tirant son sentiment d’appartenance de ce qu’elle habite au Québec et se définissant comme telle est une fiction. La nation québécoise “territoriale” n’existe pas. Pas encore.

    Ce qui est là aujourd’hui, sur le territoire du Québec – et qu’on partage ou non les options de Jacques Parizeau ne change rien à cette réalité – c’est “nous-autres” … et les autres. Les Autres peuvent chanter et danser avec nous, mais nous savons que, même si officiellement c’est aujourd’hui la fête nationale du Québec, l’immense majorité d’entre eux ne croient pas plus à une “nation québécoise” que le Québécois moyen ne croit que cette fête soit encore celle de Saint-Jean-Baptiste.

    Or, si les Autres ne commencent pas à y croire, nous sommes perdus. Perdus, parce que ce million d’étrangers parmi nous – que personne ne songe à chasser ni à exterminer mais qui sont là pour rester – rend inévitable que la population du Québec, bientôt, ne soit plus ni si blanche ni si post-catholique… mais qu’elle se réclame en nombre croissant d’ancêtres venus non pas il y a longtemps de Normandie ou du Poitou, mais de quelque part “ailleurs” et au cours du vingtième siècle.

    Pour que se perpétue une nation québécoise de “nous-autres”, il aurait fallu, il y a cent ans, pour le meilleur ou pour le pire, choisir la colonisation plutôt que l’expatriation. Il aurait fallu, il y a cinquante ans, à tort ou à raison, continuer la revanche des berceaux. Désormais, il n’y aura de nation “québécoise” – au sens territorial du terme, qui est le seul correct – que si cette nation intègre les Autres. Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est notre espoir que cette nation naîtra.

    Notre espoir que les Québécois de demain – qui ne seront certes plus tout à fait “nous -autres” – garderont néanmoins une culture que nous leur transmettrons et qui les gardera semblables à nous-mêmes. Une culture francophone. Le 24 juin est d’abord l’affirmation de notre volonté de garder le Québec français. Il n`y a pas de logique formelle à ce choix, mais c’est sur ce terrain que nous avons décidé de jouer notre honneur.

    Pas de logique formelle, car nous ne serions pas morts de honte si nous étions nés au sein de ces 97% de l’humanité qui ne parlent pas français mais disent néanmoins parfois, en leurs propres mots, des choses intéressantes; la question n’est pas là. Nous serions honteux, toutefois, si, étant de ceux qui l’ont appris de leur mère, nous ou nos enfants CESSIONS de parler français. Honteux comme quelqu’un à qui on a collé les épaules au plancher; parce que nous serions conscients alors que moi, vous, “nous-autres”, n’avons simplement pas dit assez de choses intéressantes pour que les “autres” jugent indispensable de venir nous écouter.

    En ce 24 juin, pour que naisse la nation québécoise, prenons donc la résolution de dire des choses “intéressantes”. Il ne s’agit pas de contraindre les Autres à l’usage du français, mais de les séduire. Faisons-le. Disons, en français, plus de choses intéressantes. Rappelons-nous cette réalité triviale qu’il ne faut pas de Loi 101 pour que tous les grands restaurants du monde présentent leur menu en français; il suffit d’être les meilleurs…

    Pierre JC Allard

  27. Bon point Rebochon,

    L’histoire du Canada a commencé quand un Canadien a montré aux Anglais comment monter la falaise du Cap Diamant sans problème…, juste avant la bataille des Plaines d’Abraham.

    La suite n’est qu’une répétition à l’infini du même phénomène… Pour quelques écus de plus!

  28. Je suis un Quebecois depuis 15 ans, depuis le premier jour, le premier pas sur le sol quebecois, je suis du NOUS, je suis blanc, francophone, mais pas catho, ni pure laine. Je connais un bon nombre de Quebecois du NOUS qui ne sont pas catho, pas blanc, mais vraiment pas, meme et qui sont rares des anglophones mais qui parlent uniquement en francais quand ils s’adressent aux gens au Quebec. Ce sont tous des Quebecois, ils font parti de ce peuple, comme moi. Je ne suis pas du tout d’accord avec votre definition du NOUS, des Quebecois et connaissant bien Parizeau, Jacques devrais-je dire meme, ainsi que sa femme Lisette et bien d’autres grands noms souverainistes, AUCUN n’adhere à votre definition des Quebecois… et des autres !

    Tous ces Quebecois, ces NOUS que je connais, tous se sentent appartenir à la nation quebecoise, à sa culture et pour la plus grande majorité, de façon ecrasante, si ils ne sont pas tous souverainiste, ils n’ont rien contre l’independance de notre nation face au ROC, ils sont juste desillusionnés pour la plupart.

    Par contre, je connais des pures laines blancs, catho, francophone qui se disent canadien-francais, refuse de se faire appeler Quebecois et nie l’existence de la nation quebecoise… et pour moi, ce sont effictivement tout sauf des Quebecois ; on peut appeler cela des colonisés, des canadiens, moi j’appelle ca des canadiens-francais, ils sont etrangers à la nation quebecoise meme si ils en sont originaire. Chaque colonie a ses rois-negres, ses traitres et ses colonisés, on ne fait pas exception. Et eux, ils font parti des autres au meme titre que toutes les communautés allophones qui nous haissent plus ou moins, des anglophones ultra-nationalistes canadiens qui ne peuvent concevoir leur grand canada sans le Quebec en son sein, c’est indissociable. Notre nation n’est qu’une curiosité dans leur nation, une medaille qu’il expose pour se distancer des americains, pour se dire qu’ils sont differents. Canadiens, Canadiens-francais et tous ceux qui ne veulent pas reconnaitre notre nation et lui accorder les droits et pouvoirs qui lui reviennent, tous ces gens ne sont pour le moment pas des Quebecois.

  29. Petite rectification Reblochon : le ‘nous autres’ dont pierre fait allusion est celui de Monsieur Parizeau si j’ai bien saisi le sens de son propos.A savoir si c’est un ‘nous autres’ inclusif ou exclusif seul l’ex premier ministre le sait.

  30. Et comme je l’ai deja entendu en parler un soir d’election quand il etait avec des amis, il es inclusif puisque j’en faisais partie avec les autres autour de nous et il n’y avait pas que du « pure laine ». Est quebecois qui se sent quebecois, c’est une question de coeur, ni de droit du sang, ni de droit du sol. Le NOUS de parizeau, ce ne sont pas les Quebecois blancs cathos francophones, ce sont tous ceux qui cherchent leur passeport quand ils arrivent pres de la frontiere ontarienne ! Ca se ressent.

  31. En realité nous excluons personne, tout le monde est le bienvenu. Ce sont les autres qui s’excluent d’eux-memes en refusant de batir un pays qui nous ressemble et qui nous rassemble avec NOUS ! On n’a jamais empeché quiconque de venir nous rejoindre dans ce beau risque si cher à Parizeau.
    Apres on va me dire qu’on peut appartenir aux deux nations… mais bien sur, la double-nationalité ce n’est pas fait pour les chiens. Mais ca sous-entend qu’on est autant canadien que quebecois et non pas plus canadien que quebecois comme tous les canadiens-francais et autres federalistes quebecois qui font passer les interets canadiens AVANT ceux du Quebec !
    Personnellement j’ai la double nationalité : francaise et quebecoise, je vis tres bien avec et jamais je n’accepterai que la France essaye d’avoir le dessus sur le Quebec ou vice-versa. Au mieux je resterais neutre, c’est ca pretendre appartenir aux deux nations. C’est là où on peut voir toute la malhonneteté des federalistes se pretendant autant quebecois que canadiens, car quand les interets du Quebec rentrent en conflit avec les interets canadiens, on voit tout de suite la limite de leur raisonement, en cas de conflit majeur, c’est le canada qui prime, surtout quand vient le temps de parler de l’unité nationale de la nation canadienne. Pour eux etre quebecois ca reste plus qu’un emplacement geographique, ce sont des provincialistes, mais leur pays, leur nation, ils en ont qu’un c’est le canada. Ils pourraient etre aussi bien ontariens ou manitobains !

    Et pour finir, le statu de Quebecois est completement ridicule actuellement. On est assigné à residence. On ne peut decider d’aller vivre ailleurs, hors du territoire quebecois sans perdre notre statut d’appartenance à la nation quebecoise ! Et oui, en ontario, on deviendrait un ontarien et hors du canada, un simple canadien ! NOus n’avons pas de citoyenneté pour nous identifier, pour nous faire reconnaitre pour ce qu’on est ! Et pire, n’importe quel canadien qui arrive au Quebec est considéré comme un Quebecois à part entiere apres 6 mois de vie ici, sans meme connaitre notre culture, notre langue, notre histoire. Pouf, il a le droit le plus important dans un pays, le droit de vote ! Il peut influencer sur le destin de notre nation apres 6 mois et on doit le considerer commme un de nos concitoyens ! Trouver un pays dans le monde où ca serait aussi rapide … Ce type, aussi sympa qu’imaginable, reste pour moi un simple resident permanent, un etranger de la nation voisine !
    Un pays à nous ca presse, pour nous, pour eux (car le canada y trouvera aussi son avantage en mettant fin au statu quo d’ottawa à cause du Bloc), pour proteger la diversité et la survie du peuple quebecois en amerique du nord, sinon on finira comme des cajuns ou des acadiens, une fin de race qui se meurt peniblement.

  32. Reblochon: J’imagine votre double déception lorsque Sarkozy nous a traité peuple sectaire.Selon vous,quel homme (ou femme) politique français serait le plus enclin a appuyer le Québec dans une eventuelle démarche d’autodétermination?Est-ce que le peuple français a une opinion a ce sujet ou c’est selon l’humeur du président en fonction?

  33. Alors sarko ne m’a pas decu, il a ete egal à lui-meme. Un simple retour d’ascenceur à son mentor Desmarais. SOn discours n’etait pas de lui et cela se voyait qu’il ne comprenait meme pas la moitié de quoi il parlait. De plus, il recitait carrement la propagande federaliste du ROC, celle que les federalistes du Quebec essayent d’eviter de prononcer car ils savent que ca a l’effet contraire au niveau des appuis souverainistes. Il suffisait de voir le malaise de Charest à ses cotés. On n’insulte pas les souverainistes, on ne fait pas passer cette option pour un caprice ridicule et surtout on ne dit pas aux Quebecois ce qu’ils devraient faire ! Charest ne commet jamais cette erreur, il prefere parler de philosophie differente, de vue differente, de la non necessité de passer par là, meme si ce projet serait techniquement realisable economiquement et socialement. Il ne dit plus que l’independance est irrealisable, juste que ce n’est pas une bonne idee.

    Le peuple francais a une opinion là-dessus … il s’en crisse ! Si on lui demande son avis, generalement ce peuple vous dira que ca ne le derangerait pas et qu’il a un petit coup de coeur pour les quebecois; qu’ils appellent generalement des canadiens parce que pour lui le canada c’est le Quebec et le ROC simplement des anglais ! Quand un francais vous dit : ah vous etes canadien ! Traduire cela par Quebecois. Generalement ils pensent que la capitale du canada est toronto, n’ont jamais entendu parler d’ottawa et croient que le Quebec reprensente les 2/3 du canada ! Voyez comment ce pays est insignifiant au niveau international !

    La majorité des politiciens sont plus pro-souverainistes que federalistes. Tant à gauche qu’à droite. Mitterrand a ete un peu plus distant, jospîn carrement plus pour des raions purement economique, sarko ne fait qu’obeir à son mentor. Ceux qui sont plus souverainistes ne le font pas pour nos beaux yeux, mais pour le simple interet de pouvoir negocier avec un Quebec independant en amerique du nord, belle porte d’entrée quand on connait les liens qui nous unis. Apres il y a de vrais quebecophile, generalement de vieux gaulliste, comme Seguin. Je suis aussi un gaulliste, je ne me reconnais nullement dans l’UMP et sarko, bien qu’etant de droite.
    C’est un resumé rapide et imparfait, je n’ai pas le temps d’etre plus precis. Il faudrait faire un sujet specialement dessus.

  34. La question principale que tous se posent ici, c’est…
    Quel est le nom du type, au comité organisateur de la Saint-Jean, qui a choisit un animateur auto-minoritaire, américain de culture et d’allégeance canadienne pour ce spectacle ?…

    Mes citations favorites…

    « Si on désire que le Québec demeure francophone, il faut lancer le message que la communication, sur tout le territoire du Québec, se fait en français.»(LP)

    Dans ce cas, avant…
    Il faut expliquer aux immigrants pourquoi la langue du général Wolf, «l’anglais», est encore obligatoire au Québec en 2009 ?…

    Obligatoire à l’école française, dès l’âge de 6 ans jusqu’à 20 ans. Sinon, pas de diplôme DES et DEC. Obligation qui a été maintenue tel quel durant les deux mandats du parti souverainiste, PQ, au gouvernement.

    « Le message lancé aux immigrants et aux étrangers a été le même que les 364 autres jours de l’année: nous sommes Québécois, donc nous allons vous parler dans VOTRE langue et vous n’avez pas à vous intégrer. »(LP)

    C’est le résultat de l’éducation québécoise, collégiale et universitaire, auto-minoritaire. Domestiquée, selon la culture Euro.

    Ce message n’est pas une invention nouveauté de GAL. Ce message est aussi le choix politique et culturel des chefs souverainistes «bailingues», Gilles Duceppe, Pauline Marois et Louise Harel. Puisqu’ils répondent tous en «anglais» à leurs maîtres anglophones de la Gazette, du Suburban, du Globe & Mail et tuttiquanti, anglo-canadians.

    Que voulez-vous alors que les immigrants adoptent ?

    «le party de Lepage s’est transformé en séance d’auto-congratulations du multiculturalisme confortant les immigrants dans leurs positions et leur relançant, une fois de plus, le message que l’intégration au français, au Québec, est facultative.»(LP)

    Cela est la politique officielle de l’unité anglo-canadienne. Une politique officielle du Québec, instaurée depuis mai 2003 par les libéraux du QLP. Appliquée par la ministre antillaise et anglophone, Yolanda James ov Concordia.

    Politique du facultatif non contestée ou combattue par les péquistes maroiistes du PQ, par surcroît.

    Mais la fondation de ce message est la suivante…
    Vous, descendant des français de la nouvelle France, de culture latine et de langue française, n’êtes plus qu’une ethnie du Québec, aujourd’hui en 2009.

    Pour ça, vous pouvez remercier les têtes du Blok et du PQ et tous leurs «bailingues» d’appartenance canadian, de vous avoir infériorisé.

    Souvenez-vous des célèbres paroles de Bern Landry, lors de son dernier passage à Boston. En sommaire… «Il y au Québec un peuple francophone. Le Québec est une société «bailingue». Génial, non ?…

    Bon été, bonnes vacances.
    sp

  35. Pour répondre à ta première question Serge c’est C4 Organisation qui a invité Lake of Strew et Bloodshot Bill à l’Autre St-Jean et qui a fait des pression pour qu’on les garde au spectacle malgré le fait que certains organisateurs étaient contre cette idée.

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