Français en danger: le poids des perceptions

Un sondage Léger-Marketing dévoilait ce matin que près de 90% des Québécois francophones croient que le français est menacé à Montréal. Cette quasi-unanimité des Québécois parlant la langue commune contraste fortement avec moins de un anglophone sur cinq ou un allophone sur quatre qui croient la même chose. Ce matin, sur Facebook, quelqu’un me disait: « ce n’est pas grave, car ce ne sont que des perceptions ». Faux, lui ai-je répondu, car ce sont les perceptions qui mènent le monde. Peu importe la réalité, ce qui compte est la croyance générale qui en émane et les conséquences que cette croyance a sur les pensées et les actions des gens.

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Par exemple, pour prendre un exemple d’actualité, peu importe de savoir si Ahmadinejad a véritablement gagné les élections en Iran. C’est purement accessoire. Que les élections aient été justes ou pas, c’est la perception qu’ont les gens qui est importante. Perception d’abord d’une partie de la population qui s’estime lésée, et perception encore de l’importance numérique des contestataires par les autorités, qu’elles soient iraniennes ou occidentales. Le résultat n’a aucune importance: ce qui compte est le point de vue qui en découle.

De la même manière, est-il réellement important de savoir si oui ou non l’administration Bush était au courant de l’imminence des attaques du 11 septembre 2001 et qu’elle a décidé de les faciliter, pour des raisons idéologiques? Une forte minorité, dont je fais partie, le croit. Est-ce que ça change quoi que ce soit aux faits? Ça ne change strictement rien. Le World Trade Center aurait pu être démoli par une attaque de guimauves géantes chiées par le cul d’un extra-terrestre que ça ne changerait rien: ce sont les perceptions qui importent, pas les faits.

Ainsi, quand on dit que le fait qu’il y ait une quasi-unanimité de la part des Québécois (francophones) quant à la menace pesant sur la langue française à Montréal, c’est la valeur qui est importante. On aura beau sortir des statistiques complexes tentant de démontrer que le français n’est pas si mal portant que cela, ça ne changerait rien. Quand une population en entier a acquis une conviction, celle-ci fait figure de réalité, que ce soit le cas ou non.

La réalité, c’est la perception générale. Et cette perception est claire: danger mortel pour les francophones, insensibilité totale pour les anglophones et les allophones.

Or, à partir du moment où la majorité se croit en danger, elle agit comme tel: elle se replie, elle fuit. L’exode massif de Montréal vers les banlieues constitue-t-il un hasard? Quand on se sent menacé, quand on a l’impression d’être de trop chez soi, on quitte. C’est du moins le réflexe le plus sain d’un point de vue individuel. Rares sont ceux qui font de la défense de notre langue et de notre culture un combat quotidien. C’est cette fuite, ce repli qui est dangereux. Les Québécois ont peur de perdre leur langue et leur identité culturelle. Si une minorité peut s’abreuver de cette crainte et développer une résistance constructive, la majorité plie l’échine, oublie, et contribue de ce fait à faire de la Révolution tranquille une simple parenthèse historique dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition.

Alors, qu’on ne vienne pas me dire que ces chiffres ne sont pas la réalité. Cette perception, c’est la réalité. C’est celle de dizaines de milliers de Québécois qui ont capitulé devant l’hégémonie du tout-anglais et qui ont préféré la fuite au combat.

Que faudra-t-il donc pour renverser la vapeur et reprendre le contrôle de notre ville, et en faire une véritable métropole francophone?

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3 Réponses

  1. Il faut d’abord être fier d’être québécois, fier de parler français et d’en prendre soin. Ça commence par le désir individuel et la conviction personnelle. Au travail par exemple. Refuser les communications unilingues anglophones et exiger qu’on nous parle en français. Lorsqu’il y a une douzaine de francophones dans une salle de réunion et un employé qui ne parle pas le français, on parle français. Il faut se tenir debout.

    Là-dessus, je suis d’accord avec toi. Il faut se donner les moyens d’exiger l’utilisation de la langue française dans le quotidien. La base existe (loi 101), il faut l’appliquer sérieusement et s’assurer qu’elle soit respectée.

    En passant, pour la deuxième année consécutive, les pharmacies Jean Coutu vendent des drapeaux du Québec qui ne respectent pas son graphisme original. L’an dernier, j’ai porté plainte. J’ai exigé que les drapeaux soient conformes à l’original et qu’idéalement ils soient fabriqués au Québec et non en Chine. Ma plainte n’a eu aucun impact.

  2. lutopium dit :
    Il faut d’abord être fier d’être québécois, fier de parler français et d’en prendre soin. Ça commence par le désir individuel et la conviction personnelle. Au travail par exemple. Refuser les communications unilingues anglophones et exiger qu’on nous parle en français. Lorsqu’il y a une douzaine de francophones dans une salle de réunion et un employé qui ne parle pas le français, on parle français. Il faut se tenir debout.

    Exacte. Si le français est menacé à Montréal, c’est à cause des francophones qui ne soutiennent plus leur langue. Au travail, ceux qui sont immigrants à notre belle province font des efforts à apprendre la langue. Mais tout compte fait, les francophones leur répondent en anglais. Donc, l’immigrant apprend que l’anglais est primordial malgré ce que le gouvernement, les publicités et les autocollants affichés sur les vitrines disent.

    Quand j’ai travaillé à Toronto, penses-tu que mes collègues aient changé la langue de réunion pour que je puisse mieux comprendre ? Pas de tout. Et comme ça, je me suis intégré dans la société anglophone et j’ai amélioré mon anglais.

    Ici, mes collègues francophones m’engueulent lorsque je m’exprime en français au travail parce qu’il y a quelques personnes qui n’ont pas encore parfaitement maîtrisé la langue. Je pose la question : comment vont-ils la maîtriser ? Et notre langue meurt…

  3. Tu as raison, Louis. La perception de la réalité est beaucoup plus importante que la réalité.

    Nous vivons dans un système démocratique. Si la majorité de la population se trompe, le rôle du gouvernement est de satisfaire la population et donc de corriger un problème irréel. C’est le système qui veut cela.

    La réalité, en fait, on s’en fout. Et c’est ce qui fait le bonheur des lobbyistes et des fabricants d’image. L’important n’est pas d’être compétent, c’est de paraître compétent.

    Le reste n’a pas plus d’importance que ceci: http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/as-sa/97-555x/p1-fra.cfm

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