Voyage en pays conservateur

Je vous écris de Concord, dans le New Hampshire. Où ça? Loin. Dans le style tu prends la route trois à partir du Québec et tu roules jusqu’à temps qu’il n’y aille plus rien. Puis après tu continues. Puis quand tu es très tanné de rouler, tu continues encore. Sauf que là on s’est arrêté. Faut dire qu’on a monté trois montagnes de plus de 1400 mètres aujourd’hui, alors on est un peu crevé.

À part de ça, le New Hampshire, ça a l’air d’un village fantôme. Hier soir, par exemple, on avait faim, alors on cherchait un resto ou une épicerie, n’importe quoi d’acceptable. On a roulé à peu près une heure sans rien trouver. En fait, il y avait bien ce steakhouse à Lincoln, mais c’était fermé (we serve from 11 to 5). Imaginez-vous un monde où les steakhouses ferment à 17h00? Ça m’a fichu la frousse. Et puis, les rues étaient désertes. Pas de vie, pas d’enfants qui jouent avec leurs vélos, pas de buveurs de bière sur leurs balcons. Pas d’épicerie, pas de commerces. Nous étions à la campagne, peut-être, mais j’ai vu des soirées beaucoup plus animées dans n’importe quel bled perdu du Québec.

Sinon, ici y a de la moto. Trop. Le Biker’s Week qu’ils appellent ça. Perso, j’appelerais ça le show-off week; il y a de belles motos partout, mais elles font un boucan d’enfer et leurs conducteurs ont l’air bien prétentieux sans casque. Faut dire, ici, la devise c’est « Live Free or Die ». Certains motocyclistes ont pris ça au pied de la lettre. Et pour le bruit, disons seulement que hier j’ai cru entendre le tonnerre mais qu’il s’agissait seulement d’une Harley.

Malgré tout, c’est très beau ici. Si vous pensez que le Québec, c’est les espaces verts, détrompez-vous. Aujourd’hui j’ai monté le Mont Lafayette (1650 mètres) en passant par le Little Haystack (1400 m.) et le Lincoln (1550 m.). Une crête magnifique, avec vue panoramique de tous les côtés. Onze heures de marche. Que de la nature. Pas de construction nulle part, que des arbres. On devinait seulement un semblant de civilisation en regardant l’occasionnel nuage noir du train du mont Washington au loin. Partout ailleurs, que du vert, que de la nature!

Et les gens, comment dire… Merveilleux serait peu dire. En fait, il me faudrait presque faire un parallèle avec la ville de Québec, où je suis allé lundi.

Les gens, à Québec comme ici, sont sympathiques. J’entends par sympathique que j’existe quand je les croise. Ils ne se dépêchent pas de regarder par terre, cherchant à fuir mon regard. Ils me regardent, ils me saluent, ils sont polis et courtois. Les gens ici SE PARLENT.

Ça m’a amené une réflexion. Peut-être que les gens sont sympathiques parce qu’il existe une cohésion sociale et une sécurité dans leur identité? À Québec, ça parle français et il y a peu d’immigrants, et dans le NH ça parle anglais et même chose pour les immigrants. Me suivez-vous? Ici, on n’a pas peur d’aborder son prochain car il fait partie de la communauté. Ici, pas de ghettos, pas de multiculturalisme la noix et de quartiers ghettoïsés incitant les immigrants à refuser la langue et la culture de leur communauté d’accueil. Non. Ici, on parle anglais, et à Québec on parle français. On communique, on se parle, on se comprend. On ne se regarde pas les chaussures en espérant que l’autre va disparaître comme par magie.

Parlant de Québec, une autre chose m’a frappé: la propreté. Ce n’est pas un cliché: Québec est une ville propre. Je n’avais jamais réalisé à quel point Montréal était sale avant d’avoir mis les pieds à Québec récemment. Ici, pas de papiers dans les rues, rien. Même dans les ruelles les plus reculées, dans Saint-Roch, dans Limoilou, tout est impeccable. C’est à croire que les Québécois ont vraiment à coeur leur ville et ne veulent pas la salir. Et si ce sentiment d’appartenance était la conséquence logique de leur homogénéité, du sentiment qu’ils ont précisément de former une communauté qu’ils doivent protéger? À Montréal, on dirait que tout le monde s’en fout parce que Montréal en tant que ville rassembleuse n’existe pas: ce n’est pas dans les ghettos qu’on trouve une fierté à la métropole, ni même dans les autres quartiers qui semblent avoir été oubliés. À Québec, rien n’a été oublié: même les putains de colonnes du centre d’achat du Lys ont des gravures en forme de lys et des apparats de qualité. À Montréal, on aurait eu droit à du ply-wood.

Tout ce préambule pour en arriver à ceci: j’ai visité les régions les plus conservatrices du Québec et du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Le Québec et la Beauce adéquistes et conservateurs et le New Hampshire républicain. Et pourtant, je vous le dirai, je n’avais jamais rencontré des gens aussi sympathiques et ouverts sur les autres.

Une immigration moindre et une meilleur cohésion sociale, pourquoi pas? Sinon, comment expliquer?

Je retourne à mes vacances. Soyez sages!

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2 Réponses

  1. Mon analyse? Sors plus souvent de Montréal et arrête de tout ramener à la langue.

  2. Tu as raison, mais c’est « raciste » de penser cela de nos jours. Il faut être a tout prix en faveur du mélange des cultures qui mène à la ghettoisation.
    Il n’y même pas de juste milieu.

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