La crise

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

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En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

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10 Réponses

  1. Bonsoir M. P.,

    Vous avez raison, le Canada est en crise du moins d’un point de vue québécois. Par contre, le plan Marois ne pourra jamais remplacer une stratégie cohérente vers l’indépendance.

    Je reproduis ici ma réponse à un billet de Jonathan Valois portant sur Le plan pour le Québec souverain (http://blogues.pq.org/jvalois/post/2009/06/10/Plan-pour-le-Qu%C3%A9bec-souverain-%3A-tout-peut-changer)

    «À mon avis, cette démarche est un pis-aller. Non pas que je suis de ceux qui veulent tout ou rien, mais je pense que le PQ devrait se présenter devant l’électorat avec un programme indépendantiste. Je m’explique.

    Il reste 3 ans pour mobiliser autour de l’indépendance, pour remettre en question l’ambiguïté causée par l’obligation de gérer une province à l’intérieur du Canada tout en tentant de l’en extirper.

    Imaginons que le PQ (seul ou coalisé avec d’autres partis) propose aux électeurs de mettre en marche le pays s’il atteint 50% + 1 des voix lors d’une élection ayant pour centre l’indépendance du Québec. Je vois plusieurs avantages à cette approche: 1) mobilisation des militants comme jamais, 2) l’indépendance est débattue ouvertement ce qui provoque une diffusion de l’idée, 3) la majorité atteinte dans le cadre d’une élection ne peut être évaluée selon les principes de la loi sur la clarté qui exige une majorité qualifiée.

    Si la démarche réussit, le projet de pays est mis en marche, si elle échoue un projet de gouvernance souverainiste peut être mis de l’avant : mise sur pied d’institutions, d’une constitution interne, rapatriement de certains pouvoirs (par le biais de référendums sectoriels au besoin). Il suffit de s’appuyer sur ce qui rallie une majorité de la population, légitimant la démarche même si elle n’était pas au cœur de l’élection. La mobilisation construite autour du projet de pays lors de l’élection pourrait s’amplifier sous la gouvernance souverainiste, le momentum ou la crise se construisant pour la prochaine élection portant sur l’indépendance.

    Ce projet initié par un groupe d’indépendantistes, les Porteurs du pays, mérite d’être débattu. Pour plus de détails, voir le Projet de pacte à cette adresse: http://www.riqblogue.org/

    Bonne soirée!»

  2. Il est toujours agréable de pouvoir rejeter la faute sur les autres. Mais le Québec n’a que lui à blâmer.

    Cela fait plus de 15 ans que le Québec a fait une annonce officielle sur l’échiquier politique canadien: quoique vous fassiez, nous refusons de vous aider à prendre le pouvoir.

    Et le message a passé. Peut-être Harper ne l’a-t-il pas compris tout de suite, je ne le sait pas. Mais la reconnaissance de la nation et la bonification de la péréquation en faveur du Québec ont été des erreurs politiques. Il les regrette sûrement.

    Tant que le Québec restera dans son coin à bouder et à brailler, il n’a pas le droit de se plaindre. Mais il a le droit de se séparer.

    À mon avis, ce serait une bonne chose à long terme. Mais les 50 premières années seraient difficiles…

  3. @Casimir: Je suis entièrement d’accord que l’élection référendaire serait une meilleure idée, mais le PQ, actuellement, n’a plus de réelle volonté indépendantiste. Je me demande même si le parti y croit encore. Au moins, en attendant, le Québec peut aller chercher d’autres pouvoirs d’Ottawa et espérer contrôler son immigration, par exemple, ce qui nous permettrait de la réduire ou de la franciser plus facilement.

    @Steph: Oui, nous n’avons que nous à blâmer. Nous sommes un peuple colonisé, nous nous auto-apitoyons sur notre sort et préférons adopter la vision de l’Histoire de l’autre plutôt que d’assumer ce que nous sommes. Je ne crois pas qu’il soit question de bouder et de brailler, mais plutôt de revendiquer. Actuellement, comme le notais François Legault hier à l’Assemblée, le gouvernement du Parti Libéral n’a aucune position constitutionnelle. En clair, ça veut dire que nous reculons et que notre gouvernement est confortable avec ça. Inquiétant!

  4. Le problème ce sont les indécis. Quand vient le temps de se voter un pays, on se retrouve nez à nez. Si on avait un 60% ferme en faveur de la souveraineté et qu’on se décidait une fois pour toutes à mettre nos culottes.

    On a peur de s’affirmer, comme si la terre allait s’arrêter de tourner au lendemain d’un OUI majoritaire.

  5. @Louis

    Nous sommes sur la même longueur d’ondes…le plan Marois est un pis-aller. Je crois que nous devons le critiquer de manière constructive afin que le PQ s’oriente clairement vers l’indépendance.

    Si vous saviez le nombre d’indépendantistes qui endossent l’élection comme outil pour réaliser l’indépendance. Lors de sa présentation au colloque des IPSO, Jacques Parizeau a mentionné que l’approche électorale était légitime, près de la moitié de l’assistance a démontré son appui. Plusieurs militants craignent d’en parler de peur de se faire critiquer par les dirigeants péquistes.

    J’aimerais bien avoir votre opinion sur le «Projet de pacte» des Porteurs du pays téléchargeable en version PDF à cette adresse: http://www.riqblogue.org/

    Bonne soirée!

  6. Question : est-ce que la souveraineté n’est souhaitable que dans un contexte où l’état intervient dans les moindre aspects de notre vie? Dans un état de droit minimal, la souveraineté n’a aucune conséquence puisque le pouvoir en place n’en a pas vraiment…..

    En gros, c’est un beau fantasme de control-freak, d’un bord comme de l’autre (fédéral vs prov)

  7. Mon dernier texte traite de la question. J’ai eu une discussion fort intéressante hier avec quelqu’un qui connait bien le milieu et ça a renforcé mes position sur le sujet.

    Pour le pacte, je trouve cela intéressant, mais je laisserais tomber le 50%+1. Si un gouvernement indépendantiste prend le pouvoir, il déclare l’indépendance, quitte à faire un référendum plusieurs mois plus tard afin d’entériner la décision.

  8. Monsieur P.,

    À mon avis, comme je le mentionnais dans un commentaire à votre billet intitulé Pour en finir avec les référendums, je ne crois pas qu’un parti politique puisse prendre le pouvoir au Québec en proposant de déclarer l’indépendance sans le consentement d’une majorité de la population (50% + 1). Le PI a obtenu 0,13% du vote à la dernière élection.

    D’après vous est-ce que c’est réalisable ?
    Si oui selon quel échéancier ?

    Au plaisir d’en discuter!

  9. Si le Canada est en crise avec la pauvre liste de raisons que tu avances (dont la majorité ne sont que tes prétentions partisanes de séparatiste que tu tiendrais peu importe la situation (les ministres québécois ne nous représentent pas…) et non pas des faits), le Québec est vraiment en crise.

    La provincial est le niveau de gouvernement le plus centralisé. Les régions sont représentées? Les Québécois sont représentés? Est-ce que le provincial gère bien ce qu’il a entre les mains? La réponse à toutes ces questions selon moi est NON!

    Mais c’est facile de chiâler contre le fédéral, prétendre que ce n’est pas « nous », qu’à chaque fois qu’il fait quelque chose d’impopulaire, ça devient une raison de séparation.

    Si le même discours avait été tenu au Québec depuis 30-40 ans, le Québec serait morcellé. Quoi? J’entend déjà les séparatistes dire que ce n’est pas pareil, s’offusquer. Désolé, mais c’est exactement la même chose.

  10. Un pays à l’intérieur duquel la moitié des citoyens d’un province vote en faveur de l’indépendance n’est pas en crise ?

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