Les couilles de Louise Harel

Je suis en train de changer d’idée à propos de Louise Harel. Je crois toujours qu’elle est une rapace politique, à l’affût des moindres opportunités ou faiblesses de ses adversaires, mais au niveau de la realpolitik son élection à la tête de Montréal n’aurait pas que du mauvais.

En effet, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, elle ne s’est jamais écrasée devant qui que ce soit. Ses convictions, elle les a toujours portées fièrement, que ce soit lorsqu’elle a démissionné du gouvernement Lévesque en 1984 pour protester contre le « Beau risque » ou lorsqu’elle a mené de front le dossier des fusions municipales. Elle est une Québécoise fière de ce qu’elle est et près des gens. Elle a les valeurs « à la bonne place » pour reprendre l’expression éculée.

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Évidemment, elle a les défauts de ses qualités. On lui reproche son obstination dans le dossier des fusions, et ce sera son plus important boulet pendant la prochaine campagne électorale. Elle a un style autoritaire qui déplait à certains, mais, parfois, une ville a besoin qu’un sens lui soit donné et d’un minimum d’autoritarisme. Si Drapeau ne s’était pas tenu debout, aurions-nous eu l’Expo 67, ou les Jeux Olympiques? Et regardons ce que le maire Labeaume est en train de faire à Québec; ce n’est peut-être pas parfait, mais il a redonné la fierté à ses citoyens.

Le mot est lancé: fierté. C’est ce qui manque le plus actuellement à Montréal. S’il était possible d’avoir un maire (ou une mairesse) qui puisse rendre les Montréalais fiers de leur ville, ce serait déjà ça de gagné. Un tel objectif peut être atteint par des programmes d’urbanisme et de revitalisation majeure de la ville comme le propose Projet Montréal, mais il ne faut pas oublier l’exemple que peut donner l’image d’un dirigeant qui se tient debout face au gouvernement, aux groupes de pression et aux entreprises privées.

Par ailleurs, Louise Harel, la soeur du virtuose des mots Pierre Harel, a la cause du français tatouée sur le coeur. Son unilinguisme, loin d’être un défaut, devrait plutôt constituer un exemple pour les Montréalais, le signal plus qu’urgent qu’il est possible d’atteindre les plus hauts échelons en français et que la métropole est une ville francophone qui doit demeurer francophone. S’il n’est pas nécessaire d’être né Québécois pour avoir la cause de notre langue commune à coeur, son combat de plusieurs décennies pour celle-ci et son profond enracinement au sein du Québec ne nuisent pas.   Il ne faut pas que la corruption apparente du régime Tremblay et l’urbanisme désuet de la ville nous fasse oublier ce fait: le français recule à Montréal. Tout projet politique ne peut réussir sans intégrer à la fois les questions sociales et linguistiques.

Je ne sais pas encore pour qui je voterai le premier novembre prochain. Je tenterai de demeurer ouvert d’esprit. Pour le moment, j’aime beaucoup le programme de Projet Montréal et je suis en contact avec plusieurs candidats du parti.  Ceci dit, le parti met de côté toute la composante identitaire des relati0ns entre les citoyens.  Qu’on le veuille ou non, Montréal n’est pas un gros melting-pot, mais une ville divisée entre une minorité anglophone en progression et une majorité francophone en régression.  Faire abstraction de cette situation n’aide pas à améliorer le situation du français dans la métropole (et au Québec) et ouvre la porte à d’autres déséquilibres aux conséquences beaucoup plus fâcheuses à long terme.

Car au-delà de l’urbanisme, du transport en commun, des rues et ruelles vertes, le bien-être d’une ville passe par sa cohésion sociale, c’est-à-dire la compréhension que son voisin fait partie de la même communauté que soi.    Et la connaissance d’une langue commune et acceptée de tous, quoi qu’on en dise, s’avère un des meilleurs outils intégrateurs et favorisant cette nécessaire cohésion.

Ainsi, ce n’est peut-être pas un hasard si Québec est plus propre que Montréal; c’est peut-être parce que les citoyens ont à la fois la fierté insufflée par des élus dynamiques et le sentiment d’appartenance issu du partage d’une même communauté culturelle.  Le partage d’une même langue permet à chaque citoyen de se parler plus directement, de s’apostropher, d’avoir un réel pouvoir sur sa ville.

Voilà ce qui m’intéresse avec Harel.  Fierté et langue française.  Si elle arrive à me convaincre qu’elle peut redonner de la fierté aux Montréalais grâce à son dynamisme et à son appui à des projets innovateurs tout en favorisant l’intégration des immigrants et anglophones au français, elle aura mon vote.  Sinon, je voterai pour Projet Montréal, car au niveau de l’urbanisme, ce parti est vingt ans en avance sur tous les autres.

Mais n’oublions pas qu’une ville n’est pas qu’asphalte ou arbres, mais aussi et surtout ses citoyens.  Leur culture et leur langue.  Et dans un contexte où le français est si menacé, les convictions de Louise Harel ne peuvent pas nuire.  Elle a des couilles, cette femme.  En béton, peut-être, mais quand même.

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9 Réponses

  1. Elle ne sera pas élue. Les anglos votent en grand nombre au municipal… Et ils ne voteront pas pour un démon venu de l’enfer afin de les tourmenter (une séparatiste). 😉

  2. Chroniques Jean-Jacques Samson

    La fierté a une ville

    16/04/2009 14h47

    La morosité maintenant dissipée qui a si longtemps enveloppé Québec s’installe de plus en plus à Montréal. Pour l’avoir vécue, les résidents de Québec savent que ce cancer détruit une vie urbaine lentement, sournoisement, mais sûrement.

    Presque toutes les informations qui émanent de Montréal ont une connotation négative : après la perte des Expos, celle de la F1, l’avortement du dossier d’un nouveau casino au centre-ville avec le Cirque du Soleil, les dépassements de coûts astronomiques de tous les chantiers, le nouveau CHUM enlisé, les trains de banlieue inefficaces, l’instabilité de l’administration Tremblay, l’inefficacité du déneigement, des dépotoirs improvisés au centre-ville, les gangs de rue, les émeutes à répétition, le manque de leadership du maire, etc.

    Les commentateurs n’en ont plus que pour ce côté noir, un négativisme qui finit par se répandre dans la population comme une épidémie de grippe. Tous les Montréalais et tous les Québécois prennent maintenant pour un acquis que Montréal est malade, gravement malade, et que le plus grand malheur est que personne ne connaît le vaccin. La fierté

    Les célébrations du 400e, des legs comme la Promenade Samuel-De Champlain et certaines initiatives du maire Régis Labeaume ont permis aux villageois de Québec de retrouver la fierté de leur ville, indépendamment des coûts et des méthodes employées par le maire. Du coup, le climat social a changé à Québec.

    Jean Drapeau a cultivé au maximum la fierté des Montréalais pendant son règne : le métro, Expo 67, les Jeux olympiques, etc. À un point tel que les Montréalais étaient devenus aussi insupportables pour les provinciaux du Québec profond que les Parisiens peuvent l’être pour le reste des Français. Montréal a même déjà eu pour slogan publicitaire : « La fierté a une ville ». Les Montréalais sont passés cul par-dessus tête de cette suffisance qui nous irritait, à la gêne d’appartenir à la métropole et à l’envie face à la capitale en ébullition où tout est possible et où tout réussit.

    Vendeur de rêves

    Une ville a besoin d’un visionnaire quant à son développement, d’un vendeur de rêves et d’un catalyseur de projets, en plus d’être un gestionnaire efficace des services de proximité. Québec a toujours eu ce type de maire depuis 1965; Montréal, de son côté, ne s’est jamais relevée après le départ de Jean Drapeau. Un Gérald Tremblay n’en sera jamais un, malgré toute sa bonne volonté et ses espoirs pour sa ville. Ce n’est pas dans sa nature. Ministre de l’Industrie sous Robert Bourassa, ce diplômé de Harvard s’attirait déjà les quolibets en raison de son incapacité à traduire dans des actions concrètes son concept de grappes industrielles devant générer des activités économiques pyramidales.

    Une ville et ses citoyens doivent aussi être mus par de grands projets. À Québec, après la revitalisation de Saint-Roch, même inachevée, ont surgi la Promenade Samuel-De Champlain et de grands événements de calibre international qui ont chassé la morosité et engendré une énorme… fierté. Le peuple ne s’emballera pas à Montréal pour un hôpital, si gros le CHUM doit-il être, ou pour une ligne de métro additionnelle.

    À défaut d’un gros anniversaire à célébrer, les Montréalais doivent vite se trouver un nouveau Jean Drapeau. Ou nous louer Régis Labeaume pour quelques mois par année, à prix d’ami… Québec aura besoin de nouveaux revenus pour faire face aux dépenses engagées par son maire.

    http://lejournaldequebec.canoe.ca/journaldequebec/chroniques/jeanjacquessamson/archives/2009/04/20090416-144712.html

    Personnellement, je place la fin de la morosité qui enveloppait Québec en 2006, année des trois championnats pour Québec (la Coupe Memorial pour les Remparts, le championnat de la Ligue Can-Am pour les Capitales et la Coupe Vanier pour le Rouge et Or). Or, Montréal ne gagne plus rien depuis 2002, année où les Alouettes ont gagné la Coupe Grey.

    Un championnat sportif aide à mettre fin à la morosité d’une ville. Mais, ce n’est pas avec les CHaudrons, les Alouettes déplumées et l’Impact chokeuse que vous allez en gagné un.

    De notre côté, le 400e fut un succès, malgré qu’on auit occulté notre Histoire, les Nordiques reviendront dans 2 ans minimum, on aura bientôt un nouveau Collisée et peut-être un Casino à Québec. Vous, hé bien, vous devenez de plus en plus un gros Chicoutimi au profit de Toronto, la ville qui vous méprise tant!

    Mais, j’attends toujours que le maire Labeaume fasse une guerre sans merci contre Ottawa pour sauver l’intégrité territoriale de notre ville (Ottawa contrôle 40% de la ville de Québec dans l’indifférence la plus complète du maire Labeaume).

  3. Une chance que tu as mis un clin d’oeil.

  4. Je suis convaincu que tu voterais pour un maire unilingue anglophone…………..

  5. Montréal est la plus grande ville francophone d’Amérique. Son maire doit être franco. Bilingue si possible mais sinon c’est pas grave.

    Dans la Gazette on la compare à Mom Boucher…

  6. Si j’habitais Toronto oui.

  7. @Caligula: Je ne suis pas certain qu’elle ne sera pas élue. Oui, les anglos votent en masse, mais ils ne forment que 20% de la population. Ils votent peut-être davantage parce qu’ils se sentent rejoints et représentés par les candidats, alors que nous, Québécois, n’avons personne qui nous rende assez fier. Je crois qu’avec Harel ça pourrait changer. Je sens un début de ferveur dans mon entourage et plusieurs ont hâte de voter pour elle, car ils ont l’impression qu’ils reprendront leur ville en main. Du moins, c’est l’interprétation que j’en fais.

    @Jean-Luc Proulx: Tu te rappelles du temps où je démolissais Québec? Ce temps est révolu. Montréal devrait s’inspirer de la capitale et lancer de grands projets porteurs de fierté. Quand on est fier, on intéresse les gens, et quand les gens sont intéressés, tout le reste s’en porte mieux et les magouilles deviennent plus rares.

    @Daniel Labonté: J’ai lu les commentaires de certains anglos, et je te jure que sans clin d’oeil le résultat aurait été le même. Ces gens sont d’un racisme et d’une haine envers tous les indépendantistes, c’est pas croyable.

  8. @ Louis.

    Faites d’abord le ménage dans votre sue à cochons à Montréal et ensuite, tu pourras penser à des projets porteurs de fierté pour ta ville.

    Je vais quand même te donner un exemple d’un projet que Montréal pourrait faire: gagner la Coupe Stanley! 😆

    Désolé, c’était trop facile! 😉

  9. Louise Harel est la mairesse que mérite Montréal. Je pense que tous ceux qui lui reproche son appartenance souvereniste ignore volontairement que la politique minicipale n’influance pas la politique Pronvinciale. Montréal a besoin d’un dirigeant intégre. Et Louise est la seule en piste. Donnons-nous une chance de calmer la corruption dans la gestion de la ville, et puis il y a tellement de mécanismes pour communiquer entre dirigeant qu’on devrait nous lacher avec le fait Louise en parle pas bien l,anglais.Les dirigeants chinois ne parlenet que chinois et ça ne les empêchent pas d’être en train de coloniser la planète.

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