Le déficit d’imagination

Un million et demi de dollars par emploi. Un PDG d’une multinationale? Non. Un joueur de hockey professionnel? Non plus. C’est ce que coûtera le sauvetage de 13 milliards $ de GM Canada et Chrysler par les gouvernements canadien et ontarien. Vous avez bien lu: c’est 1,4 million $ de notre argent pour chaque emploi. Si j’étais cynique, je dirais simplement: envoyez-leur un chèque par la poste et on passe à autre chose. Mais je ne suis pas cynique. Ou presque pas.

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En fait, on comprend la logique de cette dépense: l’argent aidera aussi les sous-traitants, les fournisseurs, les concessionnaires, tout le monde. Le Père Noël canadien qui distribue ses cadeaux. À écouter certains commentateurs, l’idée de dépenser l’équivalent de dix stades olympiques dans une entreprise en faillite et dont on sera un actionnaire très minoritaire serait la meilleure invention depuis le « America’s back » de Ronald Reagan. Foutaise.

En effet, ce n’est pas en récompensant la médiocrité d’une entreprise ayant refusé d’adapter ses produits à la demande des consommateurs du vingt-unième siècle qu’on accomplit quoi que ce soit de positif. Pendant des années, GM a fait d’immondes profits en offrant des véhicules peu fiables et polluant, mais aujourd’hui il faudrait leur signer un chèque et leur dire merci. No way. Ce n’est pas parce que des dizaines de milliers d’emplois dépendent de ce monstre obèse et vieillissant qu’il faut accepter de lui sacrifier nos précieuses ressources. Il est possible de stimuler l’économie avec beaucoup plus d’efficacité, mais ça demande un peu d’imagination.

L’imagination, c’est quoi? L’imagination, c’était Robert Bourassa dans les années 70 avec son complexe hydro-électrique La Grande, à la Baie James. Des routes au milieu de nulle part, quatre rivières dérivées, un barrage plus haut que la place Ville-Marie à Montréal et long de plusieurs kilomètres. 10 MW d’électricité peu coûteuse dont nous profitons encore aujourd’hui. Et des dizaines de milliers de travailleurs oeuvrant dans un secteur dynamique et utile à la société. Ça, c’était de l’imagination.

Dépenser 13 milliards $ pour relancer l’économie, je n’ai rien contre. Mais qu’on le fasse en produisant des biens publics durables qui profiteront à tous au lieu de tenter de sauver de l’extinction des dinosaures condamnés. Avec cette somme, on pourrait construire de grands projets, que ce soit de nouveaux barrages hydro-électriques, un TGV Windsor-Québec, le développement de l’énergie éolienne, etc. On pourrait certainement réorienter les travailleurs de l’automobile dans de tels secteurs nécessitant de bonnes connaissances mécaniques. Mais ça prend de l’imagination.

Constater la chute de GM et regarder les emplois qui y sont reliés d’une manière close, comme si l’entreprise vivait dans une bulle de verre, ne mène à rien. Face à la concurrence de pays émergents payant leurs employés un salaire de misère et à genoux devant le sanctuaire dogmatique inviolable du libre-marché, nos gouvernements ne font que lancer notre argent dans un secteur sans futur.

Je crois qu’il est là le drame de nos vieux dirigeants et de leurs partis croulants. Ils sont tellement avachis par des années d’embonpoint politique et tellement préoccupés à ne rien faire qui pourrait déplacer le minimum d’air risquant de souffler leur tour de bambou qu’ils ne font plus rien du tout. Ils ne pensent qu’à leurs fesses et n’ont aucun désir d’améliorer la situation générale du pays à long terme.

Une crise, sur le plan économique ou personnel, c’est souvent l’occasion de se remettre en question et de changer ses pratiques et ses convictions. En gaspillant notre argent sur des entreprises comme GM et Chrysler, notre gouvernement nous montre que non seulement il n’a rien appris mais également qu’il n’a pas la volonté d’apprendre. Il n’a même pas le désir d’imaginer d’autres solutions.

Après le déficit zéro et le déficit démocratique, si on parlait du déficit d’imagination?

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10 Réponses

  1. Un gros gaspillage par des politiciens qui manque cruellement d’imagination, c’est probablement la conclusion qu’on tirera dans quelques années. Pour le moment, l’enjeu des emplois et de toute l’économie de sous-traitance nous aveugle.

  2. C’est un déficit d’imagination, mais aussi d’ambition, je trouve.

    Nous sommes dû pour un nouveau projet de société emballant et motivant. N’attendons pas que nos « leaders » nous le propose car ça n’arrivera jamais.

  3. Du beau gaspillage ! Aux USA, le gouvernement devient actionnaire au moins; ici, c’est un bonus au manque d’efficacité.
    Mais avons-nous le choix ?

  4. Ouais ! J’avoue que tu es cohérent avec toi-même. Je comprends mieux ton raisonnement depuis que j’ai lu l’article sur Projet Montréal. Et en passant, merci pour ton commentaire sur mon blogue. C’est encourageant.

  5. Par exemple, tout le projet de la rivière Romaine c’est 6,5G. On pourrait en construire deux avec l’argent dépensé dans GM et Chrysler…

  6. Salut vieille branche 😉
    Très bon article.
    Que pense-tu des syndicats ‘vers solitaires’ des dites compagnies, qui font que chaque employé de l’industrie de la voiture en Amérique du Nord coûte entre 60$ et 100$ de l’heure à ses employeurs…

  7. Merci! 🙂 Je n’en pense pas grand chose, sinon que les vrais chiffres sont les suivants: 24$ de l’heure à 34$ de l’heure (plafond) et 40$ de l’heure pour les emplois spécialisés. Ce sont des salaires de classe moyenne et je n’en pense pas grand chose sinon que je crois qu’une classe moyenne vigoureuse est à la base d’une société plus vigoureuse dans son ensemble. Mais là, nous sommes vraiment hors-sujet! 🙂

  8. 24$-34$ l’heure X 8 heures (par jour) = 192$-272$ (brut) par jouro

    192$-272$ X 5 (jours par semaine) = 960$-1360$ (brut) par semaine

    960$-1360$ X 52 semaines (donc en incluant les vacances payées) = 49920$-70720$ (brut) par année

    Spécialisé ça monte à 83200$ par année. Pour toi, 50000$-70000$ pour des emploi non-qualifié c’est la classe moyenne? J’ai un D.E.C. et je fais 12.50$ l’heure à travailler dans mon domaine, c’est quoi je fais partie du tier monde? Ces salaires sont surévalué, la preuve c’est qu’ils n’auront jamais les même conditions ailleurs. Ce que ça fais surtout, c’est de les rendre dépendant à leur emploi et le jour où ils le perdent, ils perdent aussi leur niveau de vie surélevé.

    On pourrait aussi augmenter les salaires de tous les employé à la caisse (dépaneur, café, restaurant, etc.) à 20$ de l’heure pour faire une « société plus vigoureuse » mais tu vas payer ton café 5$………… L’augmentation de la richesse se traduit par une augmentation de la productivité par travailleur. La valeur monétaire n’est pas très significative puisque le pouvoir d’achat et l’inflation la font varier. Il est beaucoup plus intéressant de voir ce qu’on peut acheter pour un même effort (par exemple un travail non-qualifié qui ne demande aucune expérience, comme commis par exemple, permet d’avoir un logement, de la nourriture de qualité, des loisirs, des vêtements, etc. pour seulement 40-60 heures semaines. Mon grand-père n’avait pas la moitié de ce luxe pour le double du travail).

    Les conditions sont beaucoup trop exagérées et ça rend le secteur complètement rigide et lourds. De ce fait, ils sont improductifs et mêlé à de mauvaise décisions par les dirigeants, ça amène un effondrement de l’entreprise et donc de ta « classe moyenne vigoureuse ».

    Les syndicats ne sont plus une organisation volontaire qui se regroupe entre employé pour négocier ensemble des conditions de travail! C’est rendu un organisme qui force les employé à faire partie de l’organisation et d’avoir les même conditions que celles négociées. Il est impossible dans une entreprise syndiquée de ne pas faire partie du syndicat et de négocier librement ses propres conditions. Ils ont même le pouvoir d’empêcher un employeur d’embaucher d’autres personnes que leurs membre, peu importe la raison.

    Peu importe, de la part d’un gars qui considère le salaire minimum comme une mesure magique qui permet de hausser des salaires sans aucun effet pervers…..

  9. Si tu es sous-payé, c’est ton problème. Ce n’est pas en t’en prenant aux travailleurs de la classe moyenne que tu amélioreras ton sort. Syndique-toi, implique-toi, et tente d’améliorer ton sort au lieu de te plaindre du bien-être des autres.

  10. …………….. non là t’a vraiment rien compris.

    Le problème n’est pas le salaire des autre mais bien le salaire qui ne reflette pas une productivité réelle. Le problème de ces emploi je l’ai bien démontré et s’il faut que je me répète sur un texte alors là c’est ridicule. Si ces employé sont incapable de trouver un autre emploi avec les même qualifications sans couper leur salaire et leurs conditions de moitié, c’est nécessairement qu’ils sont surpayés et ont probablement accéléré la chute de cette grosse structure inutile.

    À partir de 50 000 par année, j’apelle pas vraiment ça une classe moyenne!!!!! Un professionnel spécialisé a de la difficulté à atteindre ces salaires! Je ne me plains pas du salaire des autre, je désaprouve d’augmenter artificiellement des salaires pour des emploi non-qualifié.

    Tu sembles aussi oublier les effets pervers d’une sur-rénumération. Par exemple, ces employé auraient peut-être pris une formation pour augmenter leurs connaissances et leur productivité, pour que leur salaire reste d’un emploi à l’autre. Je gagne moins cher qu’un de mes amis syndiqué dans une « shop » mais si je change d’emploi je garde les même qualifications alors que lui tombe dans la précarité. Donc ces emplois sur-rénuméré encouragent les employés à se complaire dans la médiocrité et à les rendre dépendants de leur emploi (parce que sans leur emploi syndiqué, ils retombent très bas). De plus, tu les habitue à un niveau de vie qu’ils ne peuvent pas nécessairement soutenir s’ils perdent leur emploi.

    L’avenir est à la formation et à la valeur individuelle d’un employé, l’expérience et les qualifications permettent à une personne RESPONSABLE de négocier efficacement ses conditions de travail d’un emploi à l’autre et sortir de la précarité.

    Mais bon, la solution facile serait de syndiquer tout emploi et d’augmenter artificiellement tous les salaires….

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