Archive for juin 2009

Honduras: dernier coup d’État de l’administration Bush?
30 juin 2009

Que le nouveau régime issu du coup d’État au Honduras arrive ou non à s’implanter n’est pas seulement lourd de conséquences pour les Honduriens eux-mêmes. Il s’agit avant tout d’un test pour Obama et pour sa capacité à rompre avec la doctrine de son prédécesseur. Quand celui-ci refuse de reconnaître les nouveaux dirigeants auto-proclamés du petit pays d’Amérique centrale, il envoie un message clair aux autres puschistes tentés par les mêmes méthodes: le pouvoir a changé de main à Washington, prenez-en note!

coup-d-etat-honduras

Source de l’image

En effet, pour George W. Bush, la fin justifiait les moyens. C’est bel et bien sous sa présidence que les États-Unis ont tenté de renverser Hugo Chavez, président du Vénézuela, en 2002. C’est également grâce à lui que les États-Unis ont renversé Jean-Bertrand Aristide, président élu d’Haïti en 2004. Pour l’ancien dirigeant américain, tout comme pour Reagan, qui a renversé le gouvernement de gauche sandiniste au Nicaragua quelques décennies plus tôt, tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins et mettre en place des régimes plus sympathiques aux intérêts de Washington et des transnationales qui représentent le pays.

Obama, par contre, reprend les idéaux de Clinton: démocratie, liberté, respect du droit. On ne veut plus gagner par la force, mais par les coeurs. On espère qu’en se montrant ouvert et attaché au respect de ces valeurs, les gouvernements d’Amérique latine se déradicaliseront.

Pourtant, le but est le même: empêcher les peuples de l’Amérique latine de s’organiser et de prendre le contrôle de leur destin.

Ce conflit entre ces deux visions du monde s’est cristallisé au Honduras.

À l’origine du conflit, ce n’est pas tant le désir du président Zelaya d’organiser un référendum pour avoir le droit de se représenter aux prochaines élections, mais bien la décision de ce dernier de transformer la base aérienne de Soto Cano, abritant un contingent américain de 600 militaires, en aéroport affecté au trafic commercial. Comme l’explique Thierry Meyssan, Soto Cano possède la seule piste permettant d’accueillir de gros transporteurs en Amérique Centrale et est une base d’écoute indispensable pour le commandement militaire américain affecté à l’Amérique du Sud. De plus, Soto Cano est dirigée par le colonel Richard A. Juergens, qui aurait dirigé l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide alors qu’il était le directeur du SOC (Special Operations Command).

Ainsi, lorsque le président Zelaya a révoqué Roméo Vasquez, son chef d’état-major qui tentait de bloquer l’organisation du référendum, celui-ci a pu trouver une oreille attentive pour ourdir ses plans. Surtout que Vasquez a été formé à la très infâme School of the Americas, un centre américain de formation de militaires sud-américains aux techniques de violence contre les civils. Vasquez y a « étudié » deux fois: en 1976 et en 1984. Le chef des forces de l’air, Gen. Luis Javier Prince Suazo, y a « étudié » en 1996. Notons que lorsque l’armée a refusé de distribuer les bulletins de vote, ceux-ci étaient stockés sur une base de l’Air Force et que c’est également à partir de cette même base que Zelaya fut déporté vers le Costa Rica après le coup d’État.

Malgré tout, avant le coup d’État, Zelaya assurait avoir le soutien des États-Unis: « Si je suis assis ici au palais présidentiel, en train de vous parler, c’est grâce aux États-Unis ». Il affirmait avoir discuté avec Washington et s’être assuré de son soutien contre quelque élément subversif que ce soit. Quelques heures plus tard, il était renversé.

Ce que cet enchaînement démontre, c’est que de nombreux militaires américains et sud-américains attachés aux méthodes de Bush n’ont pas encore pris acte du changement de cap de l’administration Obama. Le but est toujours le même (dominer l’Amérique du Sud), mais les méthodes ont changé. Selon l’administration Obama, un tel coup d’État ne peut que refroidir les relations entre les autres gouvernements progressistes du sous-continent et Washington et ainsi nuire aux efforts du président pour normaliser les relations avec le Vénézuela, entre autres. Aurait-on voulu nuire à Obama qu’on n’aurait pas agi différemment.

Lorsqu’il dénonce ce coup d’État, Obama est logique et cohérent avec lui-même. Maintenant, et au-delà des mots, aura-t-il le courage d’ordonner une action militaire pour redonner aux Honduriens leur démocratie?

Car ce n’est pas avec les mots qu’on juge un individu, mais avec ses gestes.

François Legault, ce néolibéral (bon débarras)
29 juin 2009

Patrick Lagacé a tort de s’indigner du fait que Réjean Parent ait qualifié les positions de François Legault de néolibérales. C’est exactement ce qu’elles sont.

legault-neoliberal

Source de l’image

Lagacé écrit:

Le Québec est-il moins riche que ses voisins d’Amérique ? Oui.

Le Québec a-t-il un réseau de santé pétant de santé, dont les citoyens sont satisfaits, un système qui fait l’envie de ses voisins, qu’on cite en exemple ? Non.

[…]

C’est un constat, c’est une façon de voir les choses. Qui n’est pas débranchée (sic) de la réalité.

Le problème avec le discours de Lagacé, c’est qu’il comporte un fort préjugé néolibéral dès le début. L’idéologie, insidieuse, s’adapte à toutes les pensées et celui qui pense en ces termes ne s’en rend même plus compte lui-même.

Ainsi, le Québec est-il vraiment moins riche que ses voisins d’Amérique? Je ne crois pas. Le néolibéralisme présuppose une quantification de la richesse, une monétarisation de celle-ci. Mais ça ne dit pas tout. Combien vaut, par exemple, le fait de vivre dans la société la moins inégalitaire d’Amérique du Nord? Et combien vaut une visite « gratuite » chez le médecin? Combien vaut le fait de pouvoir circuler sur les autoroutes sans devoir s’arrêter à tous les 20 km. pour un péage? Tout n’est pas calculable, quantifiable. Oui, si on prend le salaire moyen, nous sommes plus pauvres. Mais que vaut une richesse concentrée entre une minorité d’hyper-riches enfermés dans leurs villas privées? Cette richesse contribue à faire augmenter la moyenne, mais en profite-t-on vraiment?

Pour ce qui est du réseau de la santé, il a été démontré à maintes reprises qu’il est plus efficace que celui des États-Unis, par exemple. Il n’est pas parfait, certes, mais une étude a démontré que 93% des Québécois sont satisfaits ou très satisfaits des services reçus. ((Le Soleil, Actualités, vendredi, 11 janvier 2008, p. 11, Système de santé, Les Québécois plutôt satisfaits)) Le problème n’est pas la qualité des soins, mais plutôt l’attente, causée par un sous-financement chronique du système. Comme je l’écrivais ici, les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé, contre un maigre 10% pour le Canada; si le réseau était suffisamment financé, il se porterait bien mieux. Ce n’est donc pas en mettant en place « une culture de l’évaluation et une culture des résultats », comme le souhaite Legault, que la population serait mieux soignée. Cette culture existe déjà aux États-Unis, et le système est plus coûteux tout en soignant moins de gens.

Patrick Lagacé a raison d’affirmer qu’il s’agit d’une façon de voir les choses, mais celle-ci est branchée sur une seule réalité: l’appréciation néolibérale du monde.

En effet – et qu’on le veuille ou non – le néolibéralisme fait de la « culture de l’évaluation » et de la « culture des résultats » un dogme absolu. Tout doit pouvoir être évalué et quantifié sur l’autel du libre-marché, et ce qui ne peut être calculé n’a pas de valeur. Exit la compassion! Exit l’égalité des chances! Le néolibéralisme veut la lutte de tous contre tous, l’élimination des programmes sociaux « généreux » et la subordination au marché.

En ce sens, oui, les propos de François Legault représentent une ligne de pensée néolibérale. Cette conviction – erronée – que davantage de la même erreur donnerait un résultat différent. Le Québec subit des réformes de ce type depuis 1982 et la situation ne cesse de se détériorer; il serait peut-être temps de comprendre que les solutions ne sont pas à droite.

Qualifier Legault de néolibéral n’est donc pas une insulte, mais une simple constatation des positions politiques d’un homme de droite qui fut un des piliers d’un parti de droite cherchant à se recentrer. Il a même signé un manifeste en 2005 intitulé « Le courage de changer », intimant le Parti Québécois à s’orienter encore davantage vers la droite. Croire que cet homme, recruté par Lucien Bouchard, le plus à droite de tous les dirigeants du parti, n’était pas un néolibéral, à mon avis, c’est avoir intériorisé cette pensée sans avoir l’honnêteté intellectuelle de s’assumer pleinement.

Quand Patrick Lagacé s’assumera-t-il comme un lucide, ce nouvel euphémisme de la droite?

En attendant, bon débarras, monsieur Legault!

Pour en finir avec Renart Léveillé
27 juin 2009

Ce sera mon dernier texte sur la question. Je ne perdrai pas davantage de temps avec cette personne. Non content d’avoir traîné dans la boue Patrick Lagacé, il me calomnie sur son blogue. Il m’accuse de m’accrocher à lui comme une sangsue et de parler de lui sur tous les blogues. Je vais rectifier les faits.

Je me fous de ce Pascal Léveillé dans la mesure où il me laisse tranquille. Je n’avais rien écrit contre lui depuis des mois, ni sur lui, ni quoi que ce soit à propos de lui. La seule exception fut un texte sur les blogueurs-parasites où je ne l’ai pas nommé directement.

Mais lui, de son côté… Il a essayé de lancer une campagne de boycott de mon blogue. (Il a confirmé ici que c’était bien de moi qu’il s’agissait) La raison? J’avais laissé un commentaire chez Le Satellite Voyageur où je lui recommandais, face à ses blues et à son manque d’inspiration, de se laisser un peu plus de latitude et de véritablement se laisser aller, car il avait, à mes yeux, au moins 1000 fois plus de talent qu’un Renart Léveillé se contentant d’amalgamer tout ce qui se fait ailleurs sans véritablement prendre position. Pascal Léveillé y a vu une attaque gratuite, mais il s’agissait plutôt d’un exemple que je donnais à Le Satellite Voyageur afin que son blogue continue d’être de qualité et ne devienne pas cet espèce de ragoût pré-mâché de commérages édulcorés qu’est le blogue de Renart Léveillé.

Je croyais qu’il en resterait là, qu’il se tiendrait tranquille un certain moment. Mais non. Sitôt cet épisode terminé, il a eu besoin de se trouver un autre blogueur sur qui déverser son fiel. Dans un texte intitulé Pour en finir avec le Voyou du Bayou il s’acharne contre un autre blogueur, sous prétexte que celui-ci a calomnié son amie. Renart Léveillé, le justicier du web. Toujours prêt à utiliser sa petite clique de lecteurs (toujours les mêmes, en passant) contre la cible du jour. Et comme si ce n’était pas suffisant, huit jours plus tard il traîne Patrick Lagacé, mon blogueur préféré, dans la boue en l’accusant de mentir et d’être un hypocrite écrivant des conneries sous un faux nom. Tout ça parce qu’un de ses commentaires n’avait pas été publié sur le blogue de Lagacé et qu’il avait décidé de jouer les sangsues avec lui.

Alors voilà, moi je m’indigne contre sa façon d’agir. Il agit comme un petit truand qui se croit roi de la ville et qui a le droit de décider qui mérite de vivre et qui doit crever. Il n’a rien à faire de l’éthique, comme le note Martin Comeau. Son but est de faire mal, de s’attaquer à la réputation d’autrui et de calomnier confortablement assis derrière son écran d’ordinateur. Face à face avec Lagacé, Le Voyou ou moi, aurait-il eu ce courage? Il est permis d’en douter.

Sa façon d’agir est prévisible. Il fouille le web à la recherche de nouveaux textes et il court pour être le premier à laisser un petit commentaire insipide de 2-3 mots, du genre « ah oui tu as raison ». Ainsi, la personne qui reçoit le commentaire se sent valorisée et a le goût de participer au blogue de Renart. Mais dans les faits… Comme il l’avait écrit ici, Renart n’en a rien a cirer de ces blogues:

Je ne suis pas un grand amateur de blogue perso, même si j’en lis quelques-uns, mais je n’irais pas écrire en commentaire sur un de ceux que je ne suis pas, simplement : ta vie ne m’intéresse pas!

La vérité, c’est qu’il lit à peine ces dizaines de blogues qu’il fréquente. En diagonale, au mieux. Il s’assure d’être le premier à laisser un commentaire (dès qu’il reçoit le RSS du billet dans son Google Reader) et espère ainsi grossir son capital de sympathique. Ensuite, il se contente d’appliquer les principes du blogueur-parasite pour pondre ses petits billets insipides grâce au contenu d’autrui.

D’autres conflits de Renart:

Renart contre JESOPINIONS (Anti-Pollution)
Renart contre ceux qui « volent » ses photos
Renart Le Voyou du Bayou (encore)
Renart contre Le Bum Intello
Renart contre Patrick Lagacé (encore)
Renart contre un ancien-ami et contre Patrick Lagacé
Renart s’acharne encore contre moi
Renart contre un autre blogueur
Renart contre « Daniel »
Renart contre « Daniel » (encore)
Renart contre moi (encore-encore)
Renart contre un autre commentateur
Renart contre Carl Bergeron
Renart contre Martineau (encore, encore!)
Renart contre Le Bum Intello (encore)
Renart contre Élodie
Renart contre Élodie (encore)
Renart contre un autre commentateur
Renart contre Le Bum Intello (encore-encore!)
Renart contre Le Bum Intello (re-re-re)
Renart contre Patrick Lagacé (plus soft)
Renart contre un énième commentateur
Renart contre les trolls

Je n’ai rien à ajouter. Ce type ne peut vivre sur la blogosphère sans être en conflit contre quelqu’un d’autre. À toutes les deux-trois semaines, il doit ostraciser quelqu’un, s’attaquer à quelqu’un, chercher à nuire à quelqu’un. Si ce n’est pas Patrick Lagacé, c’est Le Voyou du Bayou, c’est moi, c’est Anti-Pollution, c’est Daniel, c’est un certain commentateur, c’est Le Bum Intello, etc. Toujours quelqu’un à dénoncer, toujours quelqu’un à exclure.

Pascal Renart Léveillé n’accepte pas la critique. Purement et simplement.

C’était mon dernier texte sur le sujet. Je vais continuer de me servir de lui comme référence si je veux expliquer ce qu’est le blogue-parasitage, mais je ne répondrai plus à ses vaines insultes et à ses campagnes de diffamation. Les milliers de lecteurs de Patrick Lagacé savent maintenant qui il est et de quelle façon il n’a pas hésité à traîner ce dernier dans la boue, et pour ma part, même si je n’ai que quelques centaines de lecteurs au quotidien, j’aimerais juste leur assurer que je ne perdrai plus de temps avec ces choses dans le futur. C’est un point final. Il aura beau continuer sa diffamation et de me harceler, que ce soit sur son blogue ou en privé, pour ma part je n’ai plus rien à ajouter à son sujet. Je pense à lui et je le trouve triste. Englué dans son égo surdimensionné, c’est tout. Ce type est une plaie, et il incarne la raison première pourquoi les blogues ne sont pas pris au sérieux.

Je sais déjà qu’il va publier un texte à ce sujet, cherchant le réconfort de sa petite clique de suiveux, mais pour moi c’est terminé. Je ne perdrai plus de temps avec cet individu.

Bientôt, d’autres textes, réflexions, recherches, et peut-être des scoops. C’est plus difficile que de diffamer au gré de l’égo sur le net, mais c’est beaucoup plus valorisant. D’ici là, une pause. Salutaire.

P.S. J’ai fermé les commentaires sur ce texte. Je ne veux pas relancer le débat et repartir le bal. Pour moi, c’est réellement un point final. Qu’il vive heureux et qu’il continue à diffamer gratuitement les autres blogueurs, je ne veux plus le savoir. Je sais que vous êtes nombreux à penser comme moi (et aussi à ne pas penser comme moi), mais je ne veux plus de débat à ce sujet. Le rayon des commérages et du potinage mesquin, ce ne sera plus ici. Il y a déjà un blogue tout désigné pour cela, et je crois que vous le connaissez, maintenant.

Le show de Guy A. Lepage: une grosse fête provinciale
25 juin 2009

La Saint-Jean de Guy A. Lepage, au parc Maisonneuve, avait l’air d’une grosse fête provinciale. L’équivalent du Civic public day en Ontario. Sous prétexte d’ouverture à toutes les langues et les cultures, on a oublié de fêter la seule culture qui en a vraiment besoin: celle du Québec. Cette petite fête de province donnait l’impression d’un anniversaire où les invités amènent tout un tas de cadeaux qu’ils s’échangent entre eux sans rien laisser à la personne qui aurait du être fêtée. Le message lancé aux immigrants et aux étrangers a été le même que les 364 autres jours de l’année: nous sommes Québécois, donc nous allons vous parler dans VOTRE langue et vous n’avez pas à vous intégrer.

guy-a-lepage-fete-provinciale

En effet, tout est une question de symbole. Que Guy A. Lepage fasse son petit cathéchisme sur le multi-culturalisme dérange peu; on connaît ses positions applatventristes. Il s’agit d’un excellent animateur de foule, qui a encore une fois été à la hauteur ce soir. Ce qui m’a dérangé, par contre, et lancé un message confus aux immigrants et autres citoyens en attente de s’intégrer, c’était cette longue énumération de salutations en langues étrangères. En Espagnol, en Hébreu, en Anglais, en Italien. Un « Vive Haïti » bien senti laissant la foule de marbre et où même ma copine, pourtant loin d’être politisée, n’a pu s’empêcher de s’indigner. Une chanson en espagnol de Florence K. À la fin, on se demandait: c’était la fête de qui, déjà?

Vous êtes un immigrant, et par un hasard incroyable vous êtes tombé sur ce spectacle à la télévision. Quelle a été votre réaction? Vous avez observé une fête où l’animateur a évacué toute fierté d’être Québécois et de partager nos valeurs communes pour faire la place à une litanie de messages confus et polyglottes. Quel message avez-vous retiré, sinon qu’au Québec on se fendra en quatre pour vous servir dans votre langue? Pourquoi apprendre le français quand même dans leur propre fête nationale les Québécois évacuent toute conscience d’eux-mêmes et communiquent systématiquement avec autrui dans une langue étrangère? Certains dirons que c’est anodin. C’est faux. Si on désire que le Québec demeure francophone, il faut lancer le message que la communication, sur tout le territoire du Québec, se fait en français.

Ce n’étaient donc pas de simples bonjours accueillant divers nationalités au Québec dans leurs langues respectives. Il s’agissait plutôt du message suivant: « vous ne parlez pas français, vous ne voulez pas vous intégrer, qu’à cela ne tienne, nous allons vous parlez dans votre langue ». Il s’agit de la continuation de ce que vivent ces immigrants jours après jours à Montréal: ils n’ont pas besoin d’apprendre le français car il se trouve toujours un petit laquais québécois prêt à les servir dans une langue étrangère.

Ainsi, au lieu d’être un moment de fête rassembleur et permettant de cimenter le Québec en incitant les immigrants à s’intégrer en français, le party de Lepage s’est transformé en séance d’auto-congratulations du multiculturalisme confortant les immigrants dans leurs positions et leur relançant, une fois de plus, le message que l’intégration au français, au Québec, est facultative.

Bref, cette fête nationale a manqué son coup à tous les points de vue. Elle n’a pas réussi à inciter les immigrants à s’intégrer et elle a endormi les Québécois avec du contenu dans une langue étrangère laissant peu de place à la célébration de nos racines.

Ne pourrions-nous pas, un soir par année, être fiers de nous-mêmes et se célébrer, NOUS, en français?

Sous prétexte d’inclure tout le monde à la cérémonie, on a transformé une fête nationale en grosse fête provinciale célébrant l’appartenance à un espace géographique plutôt qu’aux valeurs de ses habitants. On a vidé de son sens politique la Saint-Jean-Baptiste et on a capitulé devant tous les bien-pensants pour qui le seul fait d’exister et de fêter ses racines une fois par année s’apparente à du chauvinisme, voire à du racisme.

La musique était excellente, les chanteurs et interprètes à la hauteur, la foule très présente, mais on peut faire de tels spectacles n’importe quand dans l’année. Le 24 juin devrait être davantage l’occasion de célébrer ce que nous sommes, en français.

Puisque cette fête est de moins en moins la nôtre, peut-être devrions-nous en créer une nouvelle et laisser la Saint-Jean-Baptiste aux apôtres d’un nationalisme « inclusif » constituant le prélude à notre assimilation définitive. Car, qu’on le veuille ou non, cette célébration est et doit demeurer politique.


AJOUT: À la fin, j’ai presque cru que Lepage allait s’amender, quand il a lancé: « vous connaissez mes positions… alors je nous souhaite à tous… le Québec que nous méritons ». Relisez. « Je nous souhaite à tous le Québec que nous méritons. » Ça veut absolument rien dire. Pourquoi ne pas prendre position? Je nous souhaite un Québec libre, indépendant, francophone? Ça, c’est du courage et de l’engagement. Lepage a été à la hauteur en tant qu’animateur, mais ce n’est pas avec ce genre de slogans creux que nous allons avancer collectivement.

Renart contre Patrick Lagacé: manque de preuves!
25 juin 2009

L’histoire commence par un blogue tout à fait anodin, mais dont l’auteur aime bien provoquer: Pataklow. Le type fait un texte sur Jean-François Plante, de l’ADQ et le confond avec un autre Jean-François Plante. Patrick Lagacé remarque la bourde et pond un billet sur le sujet. Le type en question s’excuse. L’incident est clos. Vraiment?

Non, il ne l’est pas.

Arrive Pascal « Renart » Léveillé, qui, comme le démontre Martin Comeau, s’était donné pour mission de s’attaquer à Patrick Lagacé en août dernier:

J’ai Patrick Lagacé sous mon point de mire en ce moment du côté de chez Branchez-vous!

Et voilà le noeud de « l’affaire ». M. le Renart est fâché parce que son commentaire chez Patrick Lagacé n’a pas passé le filtre de la modération. Alors que de nombreuses personnes ont déjà affirmé que nombre de leurs commentaires ne sont pas passés, M. le Renart est convaincu être la cible d’une censure intentionnelle de la part de M. Lagacé. La raison? Il a accusé Pataklow et Patrick Lagacé d’être une seule et même personne!

Et quelles sont ses « preuves » pour lancer une telle accusation? Le fait que Patrick Lagacé ait ajouté rapidement Pataklow à sa blogoliste et le fait que Patrick Lagacé ait « censuré » ses commentaires. Wow, quelles preuves!

Même s’il se défend dans une mise à jour de son billet d’avoir clairement accusé Lagacé d’être derrière Pataklow, Martin Comeau a imprimé les tweets de Renart, où on peut lire: « Tu es démasqué Pascal-Pierre Bradette! Alias Patrick Lagacé » Comme le note Comeau, le point d’interrogation a disparu au fil des re-tweets.

Face à ces attaques injustifiées et à cette calomnie, Patrick Lagacé a pris le temps de répondre en personne, expliquant ce que tout le monde savait déjà: il n’a pas le temps de faire ces conneries.

En outre, Lagacé explique les origines de la guerre puérile que lui mène Pascal Renart Léveillé:

En conclusion : j’aime bien Renart, avec qui j’ai des échanges occasionnels par courriel. Mais je dois te dire, et je te le dis avec un sourire, et une bine sur l’épaule, que je suis un peu tanné de me faire dire « Je ne suis pas un journaliste ! » par des citoyens-blogueurs qui disent, sur Twitter ou sur bloye, des faussetés non-vérifiées sur mon compte. Il faudrait réfléchir à cette excuse, à ce paravent trop utile qu’est le « Je ne suis pas journaliste », à une époque où tout le monde est un « fournisseur de contenu ».

On a donc le portrait complet. En août dernier Renart annonçait qu’il allait s’attaquer à Lagacé parce qu’il ne le considèrait pas comme un journaliste. Et maintenant, il cherche à le traîner dans la boue en l’accusant d’être un imposteur. Il pousse même l’audace jusqu’à écrire:

Pointer Patrick Lagacé permet surtout d’avoir l’attention des gens. [Je souligne] Mais je n’ai pas inventé le fait que mon commentaire ne passe pas.”

Évidemment, vous le savez, je ne suis pas objectif. Je n’aime pas le Renart, qui fut mon ancien collaborateur et chez qui j’ai perçu les signes d’une enflure de l’égo m’ayant profondément écoeuré. Je n’ai aucun respect pour quelqu’un qui se permet de traîner ainsi un journaliste aussi crédible et respectable dans la boue sous prétexte d’attirer du trafic ou d’avoir un « scoop ». Les scoops, ça se mérite. Les accusations doivent être fondées, sinon on perd de la crédibilité. Et en ce qui me concerne, celle de Renart vient de tomber comme une boule de crème glacée sur l’asphalte de juillet.

Pour ma part, j’en ai sorti deux, des scoops. Le 19 septembre 2008 j’avais annonce en primeur que Pierre Morin était de retour et était l’auteur du blogue Bleu Québec. Et le 16 mars dernier, j’annonçais également en primeur (avant même les journalistes) que Louise Harel contrôlait déjà Vision Montréal et qu’elle allait en prendre la tête afin de tenter de devenir mairesse de Montréal. J’écris pas ça ici pour me vanter, juste pour démontrer qu’il est possible d’avoir des informations utiles sur le net mais que celles-ci doivent être SOLIDES, sinon on prend le risque de se discréditer et de discréditer l’ensemble des blogueurs.

Et malheureusement, c’est ce qui s’est produit avec cet événement. Renart a merdé, il a calomnié Patrick Lagacé sans raison, et les blogueurs ont encore une fois eu l’air d’idiots.

Si vous me demandez pourquoi je me tiens loin de cette petite clique auto-congratulante de la blogosphère, plus intéressée à se flatter réciproquement le dos qu’à faire du sens et trouver une réalité à ce monde, vous en avez un exemple de plus. J’en ai plus qu’assez de lire Renart contre Patrick Lagacé, Renart contre le Voyou du Bayou, Renart contre ceux qui n’ont pas d’éthique ou Renart qui veut boycotter d’autres blogueurs.

Prendre l’initiative, c’est bien. Mais utiliser ses supporteurs comme bélier pour mener de vaines petites guerres personnelles, sans se soucier de ceux qu’on salira au passage, moi j’appelle cela de l’égoïsme, et je décroche. On peut avoir des opinions sur quelqu’un et même être dur à son endroit (je l’ai été), mais ça prend des preuves quand on l’accuse. Et Renart n’en a pas.

Voilà pourquoi je continuerai sur ce blogue à parler principalement de politique, de réflexions personnelles et d’autres choses du genre. Tout, mais en me tenant loin de cette consanguinité blogosphérique.


Mise à jour: C’est vrai que je ne donne pas l’impression d’un gars qui veut se détacher de tout cela avec cette nouvelle couche de peinture dans son coin. J’ai peut-être eu tort de poster ce texte. Disons simplement que j’espère que ce sera un point d’orgue et que je n’aurai plus à parler de lui dans aucun billet. Je n’avais pas réagi lorsqu’il voulait organiser un boycott contre d’autres blogueurs (comme moi), mais je tenais seulement à faire ma part pour dénoncer son attaque injustifiée contre Patrick Lagacé, un journaliste-blogueur pour qui j’ai énormément de respect.

MÀJ2: Patrick Lagacé répond aux attaques gratuites de Pascal Léveillé dans ce billet.

Charest enterre (enfin) les PPP
24 juin 2009

Quoi de mieux que la Saint-Jean-Baptiste, une polémique sur les anglophones, les vacances et les événements en Iran pour passer en douce un changement de cap? À plus forte raison si celui-ci concrétise la compréhension de l’échec de son idéologie. C’est ce que vient de faire le gouvernement Charest en enterrant les Partenariats Public-Privé (PPP). Prenant prétexte de la difficulté du financement privé, causé par la crise économique, Jean Charest fait un bon coup dont profiteront tous les Québécois.

charest-ppp

Source de l’image

En effet, est-il besoin de rappeler l’échec retentissant des PPP, ici et partout dans le monde? J’ai moi-même longuement écrit sur le sujet:

8 avril 2007: L’échec des PPP

On apprend aujourd’hui que les frais d’exploitation d’un hôpital construit en partenariat public-privé (PPP), à North Bay, vont doubler d’ici la fin du contrat. […] Quand une banque prête à une entreprise privée, c’est bien souvent à des taux désavantageux comparativement à un gouvernement, qui lui est plus solide.

19 mai 2007: Partenaires dans le crime

L’Agence des partenariats public-privé (PPP) ne respecte même pas ses propres règles et accorde des contrats de près de 430 000$ à Price Waterhouse Coopers sans appel d’offre. […] De l’argent public – notre argent – a ainsi été gaspillé pour payer des chargés de projets à 325$ de l’heure, des « spécialistes processus PPP » à 225$ de l’heure et divers autres frais gonflés à une entreprise privée sans qu’il y ait eu le moindre appel d’offre.

10 juin 2007: Prolongement de la 25: gaspillage!

On apprend que le prolongement de l’autoroute 25 vers Laval sera confié à une firme australienne, au détriment de plusieurs entreprises québécoises intéressées dans le projet. […] Les bénéfices vont quitter le Québec vers l’Australie.

25 juillet 2007: Une idéologie qui a un peu trop d’assurance

Le gouvernement Charest a décide de nous en passer une petite vite, à la fin juin, en votant un décret autorisant la compagnie d’assurances Desjardins Sécurité Financière à gérer un centre d’hébergement et de soins de longues durée (CHSLD). […] Comme le souligne avec justesse la Coalition Solidarité Santé, on doit maintenant s’inquiéter quant à savoir si on privilégiera les clients de Desjardins et si on se fera de l’argent sur le dos des personnes âgées. […] Il n’y a rien de positif dans une américanisation des soins de santé.

20 novembre 2007: L’échec des infirmières du privé

Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants. […] Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

30 mars 2009: Le CHUM en PPP: la pire des idées

Les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État. […] Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. […] Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé.

En reconnaissant son erreur dans le dossier des PPP, Jean Charest fait implicitement un autre aveu: son idéologie du tout-privé ne fonctionnait pas. Il lui aura fallu six années pour s’en rendre compte, mais mieux vaut tard que jamais. Je ne croyais jamais dire cela, mais je lui lève mon chapeau! Le recentrage du PLQ fait beaucoup de bien.

En espérant qu’il continue sur cette voie…

Cette année, c’est mon cadeau de la Saint-Jean.

Les insanités de Richard Rigby (Lake of Stew)
23 juin 2009

Dans l’extrait posté dans mon dernier texte, on peut entendre Richard Rigby, du groupe anglophone Lake of Stew, faire des commentaires plutôt inappropriés, voire méprisants, mensongers ou purement stupides.

lake_of_stew

Source de l’image

Affirmation un: « ma mère est Italienne; elle a été élevée dans la Petite-Bourgogne »

Si ta mère a été élevée ici, pourquoi es-tu incapable de parler français et doit-on mettre des sous-titres pour te comprendre? Comment peux-tu prétendre représenter les Québécois si tu admets avoir passé ta vie ici sans parler notre langue?

Affirmation deux: « À l’époque, dans les années 50, la Saint-Jean était une fête religieuse célébrée l’été par différentes nationalités. »

Dans les faits, à l’époque de ta mère, la Saint-Jean constituait déjà la fête des Canadiens-français. C’est en 1908 que le pape Pie X a fait de Saint-Jean-Baptiste le patron des Canadiens-français. Si la fête avait une forte composante religieuse, elle demeurait néanmoins la fête des Canadiens-français, et plus tard des Québécois. Tout au long du 20e siècle, elle a été la fête de notre peuple, de ceux qui parlaient notre langue et partageaient nos valeurs.

Affirmation trois: L’élection de René Lévesque, pendant les années 70, a transformé le tout en un événement nationaliste où nous n’étions plus la bienvenue. »

D’abord, c’est René Lévesque lui-même qui a fait de la Saint-Jean une fête nationale de tous les Québécois en 1977. C’est à lui que tu dois le droit de te produire devant nous aujourd’hui et de prétendre savoir qui nous sommes.  Un peu de respect pour l’histoire, SVP.

Mais quand tu dis que « nous n’étions plus la bienvenue », de qui parles-tu? Tu es la bienvenue; nous ne te demandons qu’une chose: intègre-toi et apprends notre langue. Si tu es disposé à respecter nos valeurs fondamentales, tu es la bienvenue, tout autant que tes ancêtres l’ont déjà été.

Affirmation quatre: « C’est de la « bullshit » tout ça; cette époque est du passé. »

Pourtant, un sondage publié l’an dernier indique que René Lévesque est la personnalité préférée des Québécois, toutes époques confondues. Si cet homme, décédé depuis plus de de deux décennies, peut encore être le préféré de tout un peuple, c’est donc que ses idées lui ont survécu.

Ainsi, et contrairement à TA « bullshit », les idées de René Lévesque ne sont pas du passé et cette époque n’est PAS révolue. Lévesque constitue toujours un héros et une source d’inspiration pour les Québécois, un peuple que tu connais manifestement bien peu pour quelqu’un qui a passé sa vie ici.

* * *

Ce que je trouve intéressant avec le discours de Richard Rigby, c’est qu’il représente un type de pensée assez répandue chez les anglophones de Montréal.  Pour pouvoir vivre en tant que victimes, ils travestissent la réalité en idôlatrant la période pré-Révolution Tranquille et en s’attaquant aux icônes québécoises.  Ils ne veulent rien savoir de ce que nous avons vécu; leur seul but est de pouvoir continuer à vivre repliés sur eux-mêmes sans jamais s’intégrer.

Ils nous détestent précisément parce qu’ils haïssent ce que nous avons de plus précieux.

Et nous, le jour de notre fête nationale, nous les applaudissons.

J’ai honte.

Lake of Stew: René Lévesque, c’était de la bullshit
23 juin 2009

Regardez cet extrait, vers quatre minutes. On y entend très clairement un membre de Lake of Stew, un des groupes anglophones qu’on nous a imposés à l’autre Saint-Jean, déclarer que René Lévesque et le nationalisme québécois, c’est de la bullshit. Considérant que René Lévesque est probablement la personnalité publique la plus respectée au Québec, est-il convenable qu’un tel individu raciste et fermé sur ses concitoyens puisse fêter notre fête nationale? Si moi j’allais aux États-Unis et que je disais aux Américains que Abraham Lincoln et ses vieilles idées, c’était de la « bullshit », quelle serait leur réaction? Me glorifierait-on sous prétexte que je représente la diversité et qu’ils font preuve « d’ouverture » en m’écoutant?

Niet. Je reviendrais avec du goudron et des plumes dans le cul. On n’insulte pas ainsi les valeurs et les mythes fondateur d’une nation, et encore davantage si celle-ci nous accueille depuis des décennies alors qu’on ne se donne même pas la peine d’apprendre sa langue.

De même, que penser d’un individu

Je suis le premier à défendre l’ouverture aux autres, mais cette ouverture doit se faire dans le respect de nos valeurs, que sont la langue française et le respect de ce que nous sommes, de nos idoles, de notre histoire. De voir un individu ayant grandi ici et incapable de dire plus de deux mots en français qualifier René Lévesque de bullshit, ça en dit long sur le manque de respect de la part des organisateurs de C4 vis-à-vis du peuple québécois.

Et de voir des Québécois s’extasier devant ce déni de notre identité, de célébrer des personnes qui nous méprisent, nous et ce que nous sommes, c’est encore pire.

Qu’on enterre au plus vite ce triste jour où on nous a volé notre Saint-Jean-Baptiste et qu’on passe à autre chose.

Je me demande qui est le pire dans cette histoire: l’anglophone raciste qui nous méprise et cherche à réécrire notre histoire où les Québécois qui iront l’applaudir.

Français en danger: le poids des perceptions
22 juin 2009

Un sondage Léger-Marketing dévoilait ce matin que près de 90% des Québécois francophones croient que le français est menacé à Montréal. Cette quasi-unanimité des Québécois parlant la langue commune contraste fortement avec moins de un anglophone sur cinq ou un allophone sur quatre qui croient la même chose. Ce matin, sur Facebook, quelqu’un me disait: « ce n’est pas grave, car ce ne sont que des perceptions ». Faux, lui ai-je répondu, car ce sont les perceptions qui mènent le monde. Peu importe la réalité, ce qui compte est la croyance générale qui en émane et les conséquences que cette croyance a sur les pensées et les actions des gens.

francais-danger-poids-perceptions

Source de l’image

Par exemple, pour prendre un exemple d’actualité, peu importe de savoir si Ahmadinejad a véritablement gagné les élections en Iran. C’est purement accessoire. Que les élections aient été justes ou pas, c’est la perception qu’ont les gens qui est importante. Perception d’abord d’une partie de la population qui s’estime lésée, et perception encore de l’importance numérique des contestataires par les autorités, qu’elles soient iraniennes ou occidentales. Le résultat n’a aucune importance: ce qui compte est le point de vue qui en découle.

De la même manière, est-il réellement important de savoir si oui ou non l’administration Bush était au courant de l’imminence des attaques du 11 septembre 2001 et qu’elle a décidé de les faciliter, pour des raisons idéologiques? Une forte minorité, dont je fais partie, le croit. Est-ce que ça change quoi que ce soit aux faits? Ça ne change strictement rien. Le World Trade Center aurait pu être démoli par une attaque de guimauves géantes chiées par le cul d’un extra-terrestre que ça ne changerait rien: ce sont les perceptions qui importent, pas les faits.

Ainsi, quand on dit que le fait qu’il y ait une quasi-unanimité de la part des Québécois (francophones) quant à la menace pesant sur la langue française à Montréal, c’est la valeur qui est importante. On aura beau sortir des statistiques complexes tentant de démontrer que le français n’est pas si mal portant que cela, ça ne changerait rien. Quand une population en entier a acquis une conviction, celle-ci fait figure de réalité, que ce soit le cas ou non.

La réalité, c’est la perception générale. Et cette perception est claire: danger mortel pour les francophones, insensibilité totale pour les anglophones et les allophones.

Or, à partir du moment où la majorité se croit en danger, elle agit comme tel: elle se replie, elle fuit. L’exode massif de Montréal vers les banlieues constitue-t-il un hasard? Quand on se sent menacé, quand on a l’impression d’être de trop chez soi, on quitte. C’est du moins le réflexe le plus sain d’un point de vue individuel. Rares sont ceux qui font de la défense de notre langue et de notre culture un combat quotidien. C’est cette fuite, ce repli qui est dangereux. Les Québécois ont peur de perdre leur langue et leur identité culturelle. Si une minorité peut s’abreuver de cette crainte et développer une résistance constructive, la majorité plie l’échine, oublie, et contribue de ce fait à faire de la Révolution tranquille une simple parenthèse historique dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition.

Alors, qu’on ne vienne pas me dire que ces chiffres ne sont pas la réalité. Cette perception, c’est la réalité. C’est celle de dizaines de milliers de Québécois qui ont capitulé devant l’hégémonie du tout-anglais et qui ont préféré la fuite au combat.

Que faudra-t-il donc pour renverser la vapeur et reprendre le contrôle de notre ville, et en faire une véritable métropole francophone?

Quand Martineau arrive en ville
21 juin 2009

Le dernier texte de Richard Martineau représente une façon de voir les choses assez répandue, principalement au sein de la nouvelle génération. Le discours est aussi simpliste que fort, du moins en apparence: la Conquête, c’est du passé. Ça ne sert à rien de vivre en pensant au passé. Il faut regarder vers le futur. Et Martineau, toujours aussi pertinent dans ses réflexions, ajoute un « arrivez en ville! » bien senti.   Le problème, c’est que sa « réflexion » ne mène nulle part: on ne peut pas  oublier le passé tant que nos racines ne se sont pas recrées dans le présent.

martineau

En effet, pensons-y un peu.  Pourquoi est-ce que la Défaite de 1760 nous touche encore à ce point?  Ce n’est pas avec des Bombardier, des SNC-Lavalin ou des Guy Laliberté, comme l’affirme Martineau, que nous prendrons racine dans le présent.  Nous sommes cette plante fragile ayant été déracinée, puis lancée vulgairement contre un sol rocailleux, en attente de reprendre possession du sol.  Ce n’est pas parce que quelques petites racines ont trouvé des minéraux utiles que la plante se porte mieux pour autant.   Et ce n’est pas avec quelques compagnies anonymes et un ou deux milliardaires que nous effacerons le souvenir de la terrible disette ayant suivi la fin du régime français.

Le passé existe pour de bonnes raisons.  Ce n’est pas parce qu’on reconnaît que nous sommes la conséquence directe de cet événement fondateur que fut la Défaite de 1760 que nous vivons dans le passé.  Nous reconnaissons qui nous sommes et nous sommes sensibles à toute atteinte à nos valeurs et à notre langue.    Pourrait-on reprocher à un adulte ayant été abusé toute son enfance de se montrer sensible à toute forme d’abus?

Le Québec est cet enfant blessé, ayant souffert en silence pendant nombre d’années, s’étant émancipé durant la Révolution Tranquille et qui se retrouve aujourd’hui très sensible à tout recul.

Que veut dire Martineau quand il nous demande « d’arriver en ville »?  Arriver en ville, s’agit-il d’oublier ce que nous sommes, notre rôle historique et les valeurs que nous transmettons, de renier notre culture et notre langue?  Si c’est le cas, je ne veux pas vivre dans cette ville.  Je préfère la campagne nourricière, étrangère au vain babillage incessant d’une urbanité déconnectée de ces racines.  La ville de Martineau, c’est un ramassis hétéroclite d’individus blasés, sans passé ni présent, et dont l’empreinte se dissipera au jour de leur mort.  Vacuité.

Et si on prenait le problème à l’envers?  Si on se décidait une fois pour toute non pas à cacher la poussière de 1760 sous le tapis d’une résilience factice, mais plutôt de régler une fois pour toute la situation?   Si on se décidait enfin à assumer ce que nous sommes, à libérer nos énergies créatrices dans un Québec francophone et fier de ce qu’il est?

Retour des États-Unis

Ce soir, j’ai mangé au Restaurant Phoebe, à Montpelier, capitale du Vermont. Des menus saisonniers, de la nourriture provenant de la région; tout y est fait à la main. J’y ai mangé un des meilleurs hamburgers depuis longtemps.

Puis, j’ai regardé autour de moi. J’ai observé. Et j’ai vu ce que j’ai vu tout au long de mon voyage, de Québec au New Hampshire en passant par le Massachussets, le Maine et le Vermont. J’ai vu des gens biens avec eux-mêmes. Pas heureux, ça on ne le sait jamais d’un seul regard. Mais biens, souriants. Qui te parlent quand tu les croises. Qui s’excusent quand ils doivent te couper, qui s’arrêtent en voiture pour te laisser traverser la rue.

Communauté.

Ces gens ne sont pas différents de nous. Simplement, ils ne sont pas envahis par une immigration trop nombreuse pour leur capacité d’intégration et ils ont de solides racines américaines, un patriotisme certes parfois excessif mais qui les font se sentir confiants en toute situation. Ils vivent dans une société cohérente. Peut-être injuste, mais cohérente.

Ils mettent des drapeaux américains partout, sur tous les poteaux de téléphone, dans toutes les cours, partout. Mais ils savent ce qu’ils sont, et ils ont une langue commune. Ils se reconnaissent comme tel. Ce ne sont ni des racistes, ni des gens renfermés sur eux-mêmes, ni même des citoyens qui auraient besoin « d’arriver en ville ». Ce sont des Américains conscients de leur rôle historique, heureux de vivre au centre d’autres individus et en relation avec autrui. L’exact opposé de la ville anonyme et blasée de Martineau.

Afin de développer nous aussi ces racines, ce sentiment de communauté et cette fierté, aurons-nous le courage de prendre les décisions qui s’imposent? Aurons-nous le courage d’imposer notre langue partout au Québec et d’exiger une diminution de l’immigration, accompagnée de programmes favorisant la natalité québécoise?

Il en va de notre avenir. Et si on remplaçait le « arrive en ville » de Martineau par un « arrive au Québec »?

Arrêtons d’avoir peur d’exister.