Santé: la droite américaine en quête de manipulation

La malhonnêteté intellectuelle de la droite américaine est sans limite.  Opposée aux réformes de la santé proposées par le président Obama, elle décide de se lancer dans le pathos en prenant l’exemple d’une patiente canadienne ayant obtenu des soins aux États-Unis pour tenter de démoniser le système canadien et toute forme de médecine publique. Cette démarche s’avère tout autant pathétique que trompeuse.

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En effet, prendre un seul cas et généraliser, c’est facile. Même moi je peux le faire, et je l’ai déjà fait. J’ai écrit ici sur le fait que mon père a été hospitalisé aux États-Unis à 2000$ de l’heure sans qu’on puisse lui trouver son problème et que c’est finalement un médecin canadien, deux mois plus tard, qui lui a diagnostiqué une tumeur au poumon. Il a eu son opération en quelques semaines et il récupère à merveille aujourd’hui. So long pour la supériorité du privé.

Malheureusement, on ne bâtit pas des réalités sur quelques cas. Ce n’est pas parce que le système de santé américain peut occasionnellement sauver quelques patients qu’on doit passer sous silence le fait qu’il est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes annuellement. 101 000 personnes, pour être plus précis, qui auraient pu être sauvées si les États-Unis se dotaient d’un système aussi performant que la France, bonne première. C’est du moins le résultat d’une étude qui démontre que les États-Unis se classent bon derniers au sein de toutes les nations industrialisées, notamment parce que 47 millions de leurs citoyens ne disposent d’aucune forme de couverture médicale. Le Canada, lui, se classe sixième sur dix-neuf. So long pour les horreurs du système canadien.

Par ailleurs, il est toujours pertinent de rappeler que le système français, le meilleur des pays industrialisés, est davantage public que celui du Canada (76,3% contre 69,9%; seulement 46% pour les États-Unis). Et il coûte moins cher: 3449$ per capita contre 3578$ pour le Canada et un astronomique 6714$ pour les États-Unis, de très loin le plus coûteux. Les imperfections de notre système de santé ne découlent donc pas de son caractère public, contrairement à ce que certaines personnes mal intentionnées affirment.

En fait, s’il y a des problèmes avec le système canadien, c’est principalement causé par son sous-financement chronique. Les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé (tout en n’offrant aucune couverture à plus de 15% de leur population!) contre 10,0% pour le Canada. En clair: le Canada surpasse aisément les États-Unis en dépensant près de 33% de moins! Imaginons ce qu’il en serait si le système de santé était adéquatement financé! Encore une fois, on le constate, le public coûte moins cher et est plus performant, car il soigne davantage d’individus.

Avec ces chiffres en tête, on ne se surprend guère de la tactique utilisée pour démoniser le système canadien. En se servant d’une seule personne et de sa triste histoire, on espère parler aux émotions des gens et leur faire oublier qu’ils vivent dans un pays avec un système de santé misérable, plus intéressé par les profits des entreprises que le bien-être de la population.

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3 Réponses

  1. D’accord avec toi. J’ai d’ailleurs posté le lien de ton article chez Antagoniste en réaction à la rubrique hyper-démagogique publiée sur le même sujet.

  2. Merci! Mais je ne perdrais pas ton temps sur le site-poubelle de David Gagnon si j’étais toi. À mes yeux, quelqu’un qui passe de la gauche modérée à l’extrême-droite en un an manque de crédibilité, et c’est le moins qu’on puisse dire!

    Ceci dit, il est exactement le genre de personne à utiliser la technique de manipulation utilisée dans l’exemple de ce billet.

  3. C’est clair. Tout à fait d’accord!

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