Le paradis des voyous

Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je ne suis absolument pas un fan de Richard Hétu (il censure systématiquement ceux qui ne pensent pas comme lui; je n’ai aucun respect pour cet individu), mais je dois le remercier pour cette vidéo fort instructive. À faire visionner à tous ceux qui font une fixation sur le « moins d’État », des anarcho-radicaux aux purs et durs libertariens pour qui la crise économique n’existe pas en passant par les wanna-be libertariens.

Le pouvoir va toujours exister. Avec l’État de droit et la démocratie, au moins, on contrôle ce pouvoir et on s’assure qu’il ne dépasse pas les limites de ce que nous jugeons collectivement acceptables. Conséquemment, nous pouvons marcher dans la rue sans craindre l’arbitraire et nous savons que nous serons traités avec décence peu importe la situation. La somme des besoins et désirs de chacun ne mène PAS au bonheur social, mais plutôt à la loi de la jungle.

L’État de droit, au contraire, est le plus grand progrès de l’humanité et nous aurons maintenant un autre argument à lancer à ceux qui crachent au visage d’une société qui a tant fait pour eux: si vous n’êtes pas heureux, allez vivre en Somalie pour voir! Sûrement que vous allez être heureux au milieu des groupes criminalisés qui peuvent vous voler et violer votre femme et vos enfants sans que vous n’ayez le moindre recours! La belle vie, dans la misère, la pollution et la famine!

L’humour, lorsqu’il pousse une situation à son extrême, est une excellente façon de conscientiser les gens. En amenant la logique anarcho-libertarienne jusqu’à sa finalité, on prend conscience des incroyables dangers que propose cette idéologie. Vivre une ou deux journées sans loi, ça peut paraître séduisant, mais la loi de la jungle depuis deux décennies, ça conduit à un chaos n’ayant rien à envier aux périodes les plus sombres de l’humanité. C’est ça, l’anarchie, c’est ça, le libertarisme.

Chaque jour où l’État régresse est un pas vers cet enfer et une occasion supplémentaire pour tous les petits caïds qui pullulent aujourd’hui en Somalie de s’adonner au piratage et de voler ce qui a été produit avec le travail des autres.

C’est ça, le moins d’État. Et c’est franchement laid.

Alors avant de voter pour un parti proposant moins d’État ou de donner une quelconque importance au discours anti-étatique de propagandistes comme Nathalie Elgrably, il serait peut-être bon de se rappeler qu’au-delà d’être une contrainte, l’État est peut-être avant tout un espace de liberté et de sécurité pour tous.   Comme l’a compris Hobbes il y a bien longtemps, sans État « chacun, en proie à une crainte continuelle et au risque de la mort violente, vit une vie solitaire, misérable, bestiale et brève. »

Le paradis des voyous.

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15 Réponses

  1. Très drôle ce vidéo!

    Tu trouveras sûrement des libertariens qui banderont en visionnant ce clip.

    Alors qu’ils partent en Somalie! Un grand bien pour le Québec et l’Humanité!

  2. C’est certain que sans une certaine organisation et un ensemble de loi, c’est carrément le free for all, comme on le voit dans ce vidéo.

    Mais en même temps, je crois que tout est une question d’équilibre. Est-il possible d’avoir une société paisible, qui fonctionne et où il fait bon vivre, sans nécessairement avoir un gouvernement gigantesque et paternaliste? Je crois que oui.

    Aussi, pour ce qui est de la démocratie, il faut réaliser que tout ce qui est « démocratique », c’est l’élection d’un parti politique, qui une fois rendu au pouvoir n’est même plus obligé de respecter ses engagements. Une fois l’élection terminé, le peuple ferme sa gueule et laisse les bonhommes en veston-cravate gérer la nation. C’est carrément ridicule parce qu’on constate chaque jour que ça ne fonctionne pas comme système!

    Et puis quand je parle d’équilibre, je crois vraiment que c’est la clé parce que dans le vidéo, on voit qu’en Somalie c’est la loi de la jungle, le paradis des voyous comme tu dis, mais ici, c’est le paradis des corporations, et ces corpos dirigent carrément l’état (et donc, les citoyens).

    Des milliers d’alternatives existent, ce n’est pas ça qui manque, mais encore faut-il avoir le courage et la volonté d’en parler, d’en débattre tous ensemble.

  3. @Jimmy: Je crois plutôt qu’ils se terreront… Ils n’aiment pas trop qu’on se moque ainsi de leur idéologie et qu’on la montre sous son vrai jour!

    @Rémi: Je suis d’accord avec toi: tout est une question d’équilibre. Mais je considère le système actuel, quoi qu’imparfait, comme étant relativement équilibré. Bien sûr, il est sous attaque constante depuis près de trois décennies par des idées de droite qui remettent en question son équilibre, mais intrinsèquement je crois que la démocratie (et encore davantage la social-démocratie) est le moins pire de tous les systèmes.

    Le courage d’en débattre, d’accord. Mais nous sommes une minorité qui aiment s’attarder sur le sort du monde. C’est aussi ça, le drame!

  4. Le drame, selon moi, est que l’humanité comprendra qu’elle devra changer seulement quand elle sera au bord du gouffre. Le hic, c’est que ce gouffre arrive plus vite qu’on pense. En attendant, comme tu le dis, seulement une minorité se soucie du sort du monde.

    Ça toujours été comme ça…

  5. Je vais probablement passer pour une arrièrée à vos yeux, mais je ne crois ni au gouvernement, ni à l’argent, ni à la démocratie telle que nous la vivons aujourd’hui. Je trouve que celle-ci contribue à l’isolement, à l’individualisme et au « je m’en fous des autres ».

    Je me réclame anarchiste, l’ordre moins le pouvoir. Je crois que si chacun pouvait faire ce qu’il voulait, ça irait beaucoup mieux ainsi à long terme. Il n’y aurait pas de frustrations intérieures envers la loi ou les interdits. Ceux qui commettraient des actes égoïstes ou inhumains seraient jugés par la collectivité elle-même : la personne se retrouverait probablement isolée des autres, se ferait rejeter. Il n’y aurait pas de corruption gouvernementale, religieuse ou juridique. Chacun serait libre de soi et maître de soi, sans pouvoir en imposer aux autres, car il n’y aurait ni gain, ni perte à avoir à se soumettre à quelqu’un. Je ne suis pas pour le troc : je suis pour la gratuité universelle : prendre ce qu’on a besoin, et le remettre à la collectivité quand on n’en a plus besoin.

    Je crois que personne intérieurement n’aime l’accumulation de biens et faire souffrir les autres. Je crois que ce sont des conséquences de la peur et de l’insécurité. Et de mon bord je crois que cette peur et insécurité seraient moindres dans une société anarchiste ou la collectivité et le dialogue sont au coeur de la vie humaine. Je crois que les simples désirs de pouvoir et de possession seraient remplacés par des désirs d’harmonie et de partage, car il y aurait un énorme gain à le faire, et aucun à s’isoler avec tous les biens qu’on aurait substitués. Gain intérieur également : qui aime intrinsèquement vivre dans la peur constante et faire souffrir les autres?

    L’économie (en terme d’argent) pour moi et le plus grand fléau de l’humanité. Là où tout a commencé à déraper. Des bouts de papiers contre de la nourriture, un toit, des vêtements. Et si t’en a pas, too bad. Il n’y a rien de digne là-dedans, rien qui respecte l’humain.

    Personne ne souhaite être inutile à la société, mais la société capitaliste ne laisse pas de place à tous, dans ses rouages. Ni à tous les individus, ni à tous les talents. Si tu as un talent, il doit être rentable… Rentable, pour quoi, pour qui, pour faire rouler quoi au juste? La terre tourne déjà bien assez…

    La démocratie pour moi est moins pire que le fachisme. Mais je préfère de loin, pour la survie à long terme de l’humanité, l’anarchie.

    (Pour voir la distinction entre l’anarchie et l’anomie, souvent confondus dans la pensée populaire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchie)

  6. Au lieu de regarder un vidéo propagandiste qui n’apprend rien, allez plutôt voir ceci, peut-être que ça remmetra en doute vos préjugés.

  7. Je suis certain qu’on pourrait trouver des émissions de radio disant que la Terre est plate aussi. Vraiment, je me demande jusqu’où iront les anarchistes, libertariens et autres dangers publics pour promouvoir leur haine de la civilisation.

  8. « Chaque jour où l’État régresse est un pas vers cet enfer »

    Les CPE, la SAAQ, les congés parentaux, la SAQ, l’état des routes, de l’éducation et de la santé, etc… Kossé que l’état fait la dedans? Est-ce la mission d’un gouvernement de vendre de l’alcool? Gérer des garderies?

    Un Gouvernement, par définition, gouverne. Il dirige. Il décide. Il prend des actions. Il n’a pas la mission de construire des routes, mais bien de les faire construire. Il n’a pas comme mission d’éduquer mais faire en sorte que l’éducation soit accessible à tous. Au Québec, dès que le Gouvernement touche à quelque chose, ça dérape. Baptême, durant des décennies, on a eu une loi pour déterminer la couleur de la margarine. Faut le faire.

  9. Je vais parler en mon nom mais : c’est parce qu’on l’aime, le monde, qu’on veut qu’il tourne plus rond! Faut pas mélanger les concepts… haine de la civilisation, où ça? Quel lien avec l’anarchie?
    J’ai peur moi aussi de ceux qui détestent l’humanité en soi, mais faudrait peut-être aller voir ailleurs que dans ces groupes là. Moi en tout cas, je connais personne qui voue une haine à la civilisation.

  10. L’anarchie, texto, c’est une haine de l’ordre et c’est une haine de la civilisation. Les plus grandes avancées humaines ont été rendues possibles parce que nous avons compris que la vraie liberté présuppose de remettre une partie de notre liberté à une société qui nous transcende. Les anarchistes-libertariens sont des nuisances anti-civilisationnelles qui mériteraient de subir les affres de leur propre barbarie.

    Tu ne connais personne qui voue une haine à la civilisation? Alors tu ne connais pas un seul anarchiste-libertarien qui soit conséquent avec sa propre logique.

    La civilisation, c’est l’État, et peu importe sa forme. L’anarchie, c’est le pire cauchemar et la pire régression que pourrait redouter le genre humain dans ses plus sombres fantasmes.

    La Somalie n’est qu’un exemple « soft » de ce qu’est réellement l’anarchie.

  11. @ Louis : une fois de plus j’arrive pas à te répondre direct dessous ton message. Je ne sais pas ce que tu as lu ou entendu sur l’anarchie pour en avoir cette vision. Je sais pas avec qui tu te tiens. J’ai vécu avec des anarchistes, je suis moi-même anarchiste. Non, on ne croit pas à l’État. Mais en quoi ça mènerait à la barbarie?

    L’anarchie, dans sa forme la plus résumée, c’est « l’ordre moins le pouvoir ». Tu confonds peut-être l’anarchie avec l’anomie, qui elle est « utilisée pour désigner des sociétés ou des groupes à l’intérieur d’une société qui souffrent du chaos dû à l’absence de règles communément admises implicitement ou explicitement de bonne conduite ». (Wikipedia)

    « L’anarchie désigne la situation d’une société où il n’existe ni autorité, ni pouvoir, ni domination ». Si ça nous fait régresser, je vois pas en quoi.

    Les sociétés amérindiennes, avant l’arrivée des Européens, vivaient une forme d’anarchie : bien qu’il y avait une sorte de chef considéré comme sage, son pouvoir n’était pas coercitif. (Voir pour cela « Pour une autohistoire amérindienne », de Georges E. Sioui)

    L’anarchie n’est pas une forme d’égoïsme, c’est remettre la capacité de gestion dans les mains même des humains de la communauté.

    Enfin, j’aimerais bien que tu me sortes tes sources sur l’anarchisme-libertaire. Je connais moins cette branche en particulier, et je ne connais personne ni fictif ni réel qui corresponde à ta description. Alors j’aimerais bien voir sur quoi tu te bases pour parler de « sombres fantasmes », de « nuisance » et de « barbarie ».

    Si tu veux tu peux aussi me joindre par courriel myriam_stdenis@hotmail.com .

  12. Écoute, je n’ai pas l’envie ni le temps de me lancer dans une grande discussion théorique sur l’anarchie ou le libertarisme. Je me contenterai seulement de dire que quiconque peut seulement imaginer dans sa tête qu’une société puisse exister sans autorité, pouvoir ou domination ne connait rien à la nature humaine. Enlève le pouvoir et c’est la loi de la jungle. Regarde seulement des enfants dans une cour d’école. L’autorité est nécessaire et est à la base de la civilisation. Vouloir le contraire c’est vouloir faire régresser l’humanité.

    Heureusement, les anarchistes et les libertariens demeureront une triste minorité de névrosés n’ayant aucune influence sur la majorité.

  13. « Je me contenterai seulement de dire que quiconque peut seulement imaginer dans sa tête qu’une société puisse exister sans autorité, pouvoir ou domination ne connait rien à la nature humaine. […] Heureusement, les anarchistes et les libertariens demeureront une triste minorité de névrosés n’ayant aucune influence sur la majorité. »

    @Louis: Dans la section « À propos de » de ton site, tu affirmes d’entrée de jeu « J’écris avec un seul but en tête: vous faire réfléchir. » Eh bien, en ce qui me concerne, les anarchistes rencontrés sur la rue ou dans les livres ont admirablement réussi à me faire réfléchir, en développant des analyses radicales, c’est-à-dire en cherchant à identifier les racines des problématiques.

    Ivan Illitch sur l’éducation. Kropotkine sur la morale. Bakounine sur la liberté. Voltairine de Cleyre et Emma Goldman sur le féminisme. 1936-1939 en Espagne. Et Noam Chomsky, et Howard Zinn, et ces amis anarchistes. Ils ont une profonde influence sur la société, et pour le mieux selon moi.

    Bref, je trouve curieux ton aversion viscérale à l’anarchisme.

    Sylvain Bérubé
    Sherbrooke

  14. « Regarde seulement des enfants dans une cour d’école. »

    Wow, comparer des adultes a des enfants dans les cours d’ecole… ca vole pas haut…

  15. Un autre son de cloche, pas mal plus étoffé: http://doomshow.wordpress.com/2008/12/18/la-liberte-economique/

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