Roman: le vrai pouvoir?

Ça fait un moment que j’y pense. Le calcul en vaut la peine: j’ai écrit 650 billets sur ce blogue, d’une longueur moyenne d’à peu près 700 mots. Pas loin de 500 000 mots en tout. Combien de pages de roman est-ce que cela fait? Est-ce que j’utilise mon talent de la bonne façon?

En fait, j’aime bloguer parce que c’est facile. Ne me dites pas le contraire. Bloguer est la chose la plus facile après péter: quand la pression est trop forte, tu t’installes devant ton ordinateur et tu te laisses aller. Ça fait du bien et le résultat est assez rapide.

Parfois, par contre, ça demande un peu plus de temps pour des textes un peu plus fouillés et on reçoit même une certaine forme de reconnaissance pour la qualité produite. Mais est-ce assez?

roman-vrai-pouvoir

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En fait, à mon avis, beaucoup de « lecteurs » ne lisent même pas mes textes. C’est vrai, et ne me mentez pas; je fais pareil quand je vais ailleurs: je lis en diagonale avant de laisser mon opinion. Le blogue constitue un média social où le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées est souvent plus importante que le contenu lui-même. On peut s’identifier à un auteur en particulier (pourquoi pas moi?), mais on s’y identifie parce qu’on pense déjà comme lui. Bref, le blogue fédère des individus qui ont des idées semblables. En quelque sorte, c’est le royaume des freakos qui se sont enfin trouvés un chez-soi. Si tu dis tout seul chez toi que la Terre est plate, tu es un idiot, mais si tu le dis sur un blogue où des dizaines de personnes y commentent, tu es un héros. Allez comprendre.

En vérité, le blogue politique ne fait pas changer les idées de qui que ce soit. J’en ai fréquenté des blogues depuis une dizaine d’années, et pas un ne m’a fait changé profondément ma façon de voir le monde. Et je lis les commentaires laissés sur mon blogue et je réalise que je ne fais que renforcer les convictions de ceux qui pensent comme moi; je ne suis pas un agent de changement, mais bien un outil de renforcement positif pour ceux qui sont déjà sensibilisés à mes idées.

Alors, où est-il, la vrai pouvoir?

Et s’il était dans le roman?

Trois livres ont principalement façonné ma façon de voir les choses: « Les Misérables » de Victor Hugo, « Germinal » de Émile Zola et « Le meilleur des mondes » d’Aldus Huxley.

Le premier m’a appris qu’un homme peut changer. Tout le monde peut commettre des erreurs, voire des crimes, mais a le potentiel de se repentir et de faire le bien. C’est souvent la pauvreté qui engendre la criminalité et de s’acharner sur quelqu’un qui commet un crime et qui veut s’en repentir est contre-productif.

Le second m’a enseigné le pouvoir de la collectivité. Nous sommes davantage que la somme de nos petites misères quotidiennes et tant que nous percevons notre sort comme étranger à celui de notre voisin nous sommes vulnérables à l’exploitation. C’est grâce à l’union de nos forces que nous pouvons changer les choses.

Le troisième m’a expliqué le pouvoir d’un totalitarisme au visage souriant. Des gens en apparence libres et aux moeurs on-ne-peut plus libérées sont pourtant prisonniers de leurs passions et de leur condition. On peut avoir l’impression d’être libre parce qu’on fait des choix mais ces choix sont souvent conditionnés et prévisibles.

Beaucoup d’autres livres ont changé ma vie, mais ces trois-là ont eu un impact considérable sur ce que je suis. Évidemment, de nombreux textes journalistiques (dont ceux du Monde diplomatique, le meilleur journal au monde) ont modifié ma vision du monde, mais la plupart ont surtout contribué à renforcer des convictions qui ont été établies par des réflexions issues de romans qui ont su laisser une empreinte émotive et intellectuelle durables sur ma vie.

Voilà pourquoi je songe à moins bloguer et à utiliser mon énergie créatrice pour écrire un roman. Je crois que le réel changement s’y trouve. Le roman est le summum de la manipulation; on ne peut le survoler comme on survole un texte journalistique et un bon auteur arrive à faire passer toutes ses idées à travers la richesse de ses personnages. L’émotion qu’on y met peut créer une empreinte durable chez le lecteur et l’inciter à modifier sa vision du monde. On a tout le temps de bien se faire comprendre.

En somme, je réfléchis à la possibilité d’aller à la source. Je ne veux plus seulement constituer le renforcement positif d’une minorité de gens qui pensent comme moi mais être à l’origine d’un réel changement de valeurs. Je ne veux plus expliquer en détails pourquoi telle ou telle politique est un échec, mais je veux peut-être l’illustrer, non pas en m’y attaquant de front mais en confrontant les valeurs à la base de celle-ci. En illustrant le vécu d’un personnage qui représente la vivacité de ces valeurs.

Pour le moment, il ne s’agit que d’un projet. Je continue à lire mon livre aux deux semaines (vingt-cinq livres par année depuis vingt ans, ça commence à paraître!) et je continue de ruminer sur tout ça. Si jamais je devais décider de me lancer, cela signifierait que je délaisserais ce blogue afin de concentrer mes énergies dans un projet qui me permettrait d’espérer obtenir un revenu d’appoint pour mon art.

Car oui, au-delà de toutes les justifications, écrire est un art, que ce soit dans un roman ou un texte journalistique. Et si après une bouteille de vin et un cocktail bien alcoolisé j’arrive encore à faire un tantinet de sens ici, c’est sûrement parce que je maîtrise cet art. Pas encore assez (ce ne sera jamais assez), mais assez pour me donner le goût d’aller plus loin dans ma réflexion et d’anticiper une réorientation de mon énergie créatrice vers l’écriture d’un roman.

Au-delà de la logique implacable de plusieurs de mes textes, j’ai le goût de me laisser aller un peu, de donner une couleur et une substance à ce que j’écris.  De faire vivre le monde non plus seulement de manière rationnelle, mais bien émotionnellement.   Je sais que j’ai du talent pour écrire des textes journalistiques, mais ne je suis pas un chercheur dans l’âme; je suis un rêveur, un philosophe.  La matière première d’un journaliste est l’information, mais la mienne est la réflexion.  Et j’ai le goût d’y ajouter l’imagination.

Pardonnez-moi ce billet étrange.  Je suis vraiment pompidou, mais ces réflexions ne sont pas la conséquence de l’alcool mais bien la résultante de mois de réflexions.  Peut-être est-ce simplement la réduction des inhibitions engendrée par le nectar de Bacchus qui m’incite à en parler ici ce soir.

Tout comme Alex l’été dernier, j’en suis là aujourd’hui. Ah, et puis fuck, je vais faire comme lui et vous demandez ce que vous en pensez: Seriez-vous intéressés à me lire si j’écrivais de la fiction?

Pour vous mettre en appétit:

Mitch souleva un fin nuage de poussières lorsqu’il arrêta brusquement sa vieille Mercedes sur un chemin de terre n’ayant probablement pas vu de pluie depuis des semaines. L’église s’élevait à sa droite, indécente au centre d’une végétation jaunie par la sécheresse. Elle se dressait au milieu de nulle part, bordée de quelques rares habitations décrépies, triste festin pour les insectes et les animaux. S’il y en avait, car on n’entendait aucun bruit, aucune cigale se lamentant dans la chaleur écrasante de cette fin de canicule, aucun moineau voletant au gré des courants ascendants annonciateurs d’un changement de température, aucune âme qui vive. Le temps semblait figé dans une soupe laiteuse que même le soleil avait de la difficulté à percer.

L’église avait connu des jours meilleurs, mais semblait tout de même bien résister aux ravages du temps. Très vieille et à un seul clocher, l’édifice de pierre plus que centenaire arborait des plaques de bois aux hautes fenêtres qui avaient du, en des temps plus prospères, éclairer le visage de dizaines de fidèles buvant la parole du Seigneur. Le toit était rouillé mais intact, la porte avait été scellée à l’aide d’un gigantesque cadenas protégeant le lieu saint depuis au moins la seconde guerre mondiale.

Lieu saint, lieu saint… Était-ce encore le cas aujourd’hui? Mitch se frotta machinalement la nuque en contemplant l’édifice. « Quand faut y aller, faut y aller » lança-t-il à haute voix pour se donner du courage. Il claqua la portière, prit son sac à dos et s’approcha lentement de l’église, traînant ses vieilles bottes de cowboys dans la poussière. Avec sa barbe rousse d’une semaine, ses jeans bleus, son chandail à moitié déchiré et son large chapeau style Crocodile Dundee, il avait davantage l’air d’un aventurier dresseur de serpents venimeux que du webmestre qui était pourtant sa profession.

Si tout était à recommencer, répondrait-il au téléphone?

Je devrais vraiment lâcher l’alcool. Bonne nuit à tous!

p.s. Chaque fois que j’écris un billet plus personnel, je me demande si je perds de la crédibilité pour les billets plus sérieux. Je me dis: a-t-on envie de citer un mec qui se tape une bouteille de vin et du fort, qui raconte sa vie et qui après va se croiser les doigts pour pas être malade? Je ne pense pas me faire inviter à la radio pour ce billet-ci! Haha!

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16 Réponses

  1. Moi j’aime bien l’idée de roman…
    Et j’aime aussi les billets plus persos, les réflexions plus intimistes. Je me retrouve dans tes réflexions, moi aussi je pense que les blogs ne me font pas vraiment changer d’avis. Mais du moins, ils me permettent de mieux comprendre la diversité humaine (ex: en lisant les presque 100 commentaires laissés sur un des billets de Patrick Lagacé). De me poser plus de questions, et de voir comment je peux concilier ma propre individualité, ma propre logique et mes propres évidences avec celles des autres.

    Pour ce qui est de ton ébauche de roman, j’avoue que j’y trouve trop de descriptions de lieu pour l’instant, je préfère le style plus direct, mais en même temps j’aime pourtant lire Bernard Werber, dont les bouquins sont truffés de longues descriptions.

    J’imagine qu’en 2-3 pages, il y aurait moyen de se faire une idée un peu plus générale de ton style, et voir si on y accroche 🙂

    Mais je te lirais : ne serait-ce que pour voir comment tu fais interagir tes personnages, selon les valeurs que tu veux transmettre.

    Éric-Emmanuel Schmitt est un autre auteur que j’adore, sans trop savoir pourquoi. Il place ses personnages dans des contextes particuliers, et leurs interactions et réflexions me font cheminer. Je crois que c’est surtout ça.

    Enfin, les livres qui ont changé ma vision du monde : Le meilleur des mondes (mais quel livre!), 1984 de George Orwell et Rules for Radicals de Saul Alinsky (surtout la partie de la fin et des moyens).

  2. Merci beaucoup! L’extrait était simplement quelques mots jetés pour donner un feeling d’un paysage, mais je réfléchis à autre chose. Je crois de plus en plus qu’il faut toucher l’émotivité des gens si on veut les changer. J’aurais beau, par exemple, répéter 150 fois qu’il n’y a pas de lien entre le potentiel de commettre un crime et la sévérité de la sentence, je crois que je ne convaincrai personne sauf si j’arrive à impliquer mon interlocuteur émotionnellement.

    Bon choix de livre en passant. 1984 a été un de mes romans préférés pendant de nombreuses années.

  3. Je ne suis pas d’accord avec tes idées sur le blogue politique. J’en parle à mon aise, puisque mon propre blogue ne se veut pas politique (j’y exprime à l’occasion mes opinions, mais ce n’en est pas la vocation).
    Renforcement positif, oui. Et communauté d’idées semblables aussi. Mais s’y arrêter est réducteur. On peut ajouter l’effet révélateur. C’est en fréquentant le petit émerillon que je me suis découvert un côté conservateur que je ne me connaissais pas, ce qui m’a amené à être plus curieux idéologiquement et à réexaminer plusieurs de mes opinions. À cela s’ajoute le travail de longue haleine, que tu ne peux pas constater directement en lisant les commentaires de ton blogue. Personnellement, je vais TOUJOURS argumenter contre les idées contraire, et cela EN PARTICULIER si je leur trouve un aspect séduisant. Changer trop facilement d’idée est malsain, car cela signifie qu’on ne sait pas forcément ce que valent les idées qu’on adopte.

    Tu as peut-être le sentiment que ceux qui te lisent sont soit complètement gagnés à ta cause, soit impossible à convaincre. Mais la réalité, c’est qu’une fois la discussion finie, elle reste dans les mémoires, prête à être réexaminée rétrospectivement au fur et à mesure que ceux qui ont croisé le fer avec toi progressent dans leur propre réflexion.
    Le seul moment où tu assisteras en direct à un changement d’opinion c’est lorsque ton lecteur lira ton texte à un moment où il touche directement à un sujet où il est en pleine remise en question. C’est très rare. Le reste du temps, tu toucheras ton lecteur, mais à rebours, et donc tu ne pourras pas voir le changement.

    Pour le roman… en soi, écrire un roman, c’est un beau projet. Mais vu les raisons que tu avances, j’ai des doutes et voici pourquoi:
    1- bien que l’écriture d’un texte journalistique ou philosophique soit bien un art, c’est un art différent que celui d’écrire de la fiction. Maîtriser l’un ne signifie donc pas qu’on maîtrise l’autre. Mais ça ne t’empêche pas d’essayer (concernant l’extrait que tu viens d’écrire, je dirais que pour moi ça ne tranche ni dans un sens ni dans l’autre.
    2- écrire un nombre équivalent de page en billet de blogue ne signifie pas qu’on puisse écrire un roman. Ce dernier, par l’unité qu’il impose, est beaucoup plus difficile. C’est un peu comme courir le 100 mètre à la vitesse d’un marathon 422 fois et courir le marathon d’une traite. Pas vraiment la même chose.
    3- J’ai toujours trouvé que passer un message était une mauvaise motivation pour écrire un roman. La meilleure motivation étant de vouloir… raconter une histoire. Pour un ou deux romans à message réussis, combien de nullités inspirés justement par le désir de passer un message? ( 1984 et le meilleur des monde, à mon sens, ne sont pas vraiment des romans, mais des essais déguisés. L’intrigue est très mauvaise et l’émotion pareillement. Seule la force de leurs idées les sauve, mais ils ne sont pas plus intéressants à lire que de bons essais). Quoiqu’il en soit, si tu devais aller de l’avant, mon conseil serait de commencer par oublier le message que tu souhaites faire passer et de te centrer sur l’intrigue et les personnages. Il sera toujours temps de revenir sur le message lors de la réécriture.
    En prime, je te recommande cette lecture:
    http://www.revue-solaris.com/special/cnpedh.htm
    il y a de bons conseils à méditer pour les aspirants écrivains.
    Le problème avec les romans à message, c’est qu’on se rend trop facilement compte que les dés sont pipés. Quand un auteur veut trop convaincre son lecteur de quelque chose, on sait que l’histoire est construite en fonction de cela. Généralement, ça donne l’impression au lecteur qu’on le prend pour un imbécile. Et ça ne marche pas.

    Ah, et je ne dis pas ça pour te décourager, hein. Si tu as vraiment envie d’écrire un roman, fonce!

  4. Je ne suis pas d’accord avec toi concernant le message. Au-delà de l’histoire, le but d’un roman est précisément de passer un message à travers l’histoire. Un auteur qui n’a pas de message à passer n’a pas d’histoire à écrire.

    Quant à la relation entre texte journalistique et roman, l’écart n’est pas si grand que ça; les deux visent la transmission optimale des idées.

    Et pour ton point deux, je suis également en désaccord. Il est beaucoup plus difficile d’être toujours prêt pour suivre l’actualité et de faire passer son message dans le moins de mots possibles que d’avoir toute la vie pour courir son marathon, à coup de dizaines de mètres à chaque jour si on en a envie.

    Merci pour le lien.

  5. Fais-le ton roman et badre pas avec le reste. Comme Bernard Lachance, persévères. On a juste une vie à faire et personne sait quand elle va s’arrêter. Cela peut être demain. Alors vas-y ! Si c’est ça que tu veux faire, fais-le.

    N’essaie pas cependant d’écrire le plus roman qui n’ait jamais été écrit. Fais juste parler avec tes trips, laisse-toi aller, et qu’importe le reste.

    T’es tanné de d’obstiner avec des jos connaissant sur ton blogue. Rien ne t’empêche de changer de trip. Ta vie t’appartient à 100%. Moi, je t’encourage et j’ai pas une once de jalousie. Tant mieux si tu atteins tes buts !

    Je ne sais plus trop qui a dit : «Il y a pire que de ne pas avoir réussi, c’est de n’avoir jamais essayé !»

  6. Merci beaucoup Daniel! Je continue de penser à tout ça. C’est en gestation si je peux dire. Mais mon gros danger c’est qu’à chaque fois que l’actualité est brûlante, je DOIS venir en discuter, et je perds ainsi pas mal de temps que j’aurais pu utiliser pour avancer dans ce projet.

    D’un autre côté, je pourrais écrire beaucoup moins souvent sur ce blogue, mais tout le monde sait ce qui arrive à un blogue qui n’est pas mis à jour fréquemment…

    Merci pour les conseils!

  7. Tu l’as dit :«Ton gros danger…» Justement, tu gagnes quoi dans tout ça ? De l’argent ? Sûrement pas, c’est pas payant un blogue ! De la reconnaissance ? Tu cherches un job dans les médias. Tu aimerais être la relève de Foglia ? Tu perds ton temps, Patrick Lagacé a déjà pris un numéro bien avant toi.

    C’est drôle, tu m’es sympathique, parce que tu me fais penser à moi, il y a une vingtaine d’années. Je croyais sincèrement qu’exprimer mon opinion en public pouvait changer la société. J’étais naïf.

    Tu pourrais par contre, participer activement à la vie politique. C’est pas le travail qui manque, et ce, dans n’importe quel parti politique, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral. Et tu pourrais occuper des postes dans les différents comités.

    Tu «jaserais moins en coulisse» comme nous le disait Pierre Bourgault. As-tu déjà été membre d’un parti politique ?

  8. « Au-delà de la logique implacable de plusieurs de mes textes »

    Laisse-moi sourire ici 😉

    Sinon, moi j’aime beaucoup tes textes plus personnels. La politique, c’est bien mais j’aime pouvoir mettre aussi un peu de couleur sur l’auteur derrière le texte politique. Toujours intéressant.

    Pour le roman, je ne sais pas trop. Je vais peut-être me faire ramasser là-dessus mais en général, les gens qui ont un style plus journalistique ont de la difficulté avec l’écriture romanesque. Par contre, ça pourrait te faire un beau défi!

    Au plaisir 🙂

  9. Pourquoi est-ce que ça te fait sourire? Je suis principalement lu à cause de la logique implacable de mes textes et de la force des arguments. Personne n’aime les gens vantards, mais je ne vais pas commencer à jouer la fausse modestie.

    Plusieurs journalistes ont écrit des livres; les mots, ce n’est qu’une façon de communiquer et ce qu’on appelle le style n’est finalement qu’une façon de communiquer ce qu’il y a derrière les mots. Les journalistes sont des experts dans l’art de communiquer, alors pourquoi leurs romans seraient-ils moins bons?

  10. Tu as certainement la plume qu’il faut pour écrire un essai, un roman, peu importe. Tu peux commencer par un projet plus modeste. Des nouvelles par exemple. Ton bagage de connaissances, ta curiosité et la précision de tes recherches pourraient certainement contribuer à un tel projet. Même si le ton « journalistique » te suit, il pourrait te donner un style… Tiens, une série de nouvelles mettant en vedette un journaliste…

    Ou pourquoi un recueuil de tes meilleurs billets?

  11. « Je suis principalement lu à cause de la logique implacable de mes textes et de la force des arguments. »

    Ouf…

    Quelque part entre la vantardise et la fausse modestie se trouve un juste milieu qui se nomme « conscience ». A l’inverse, on retrouve « l’inconscience ».

  12. Il me vient à l’esprit ce qu’avait raconté Gilles Vigneault une fois, concernant la commission Bélanger-Campeau. Si un capitaine se met à demander à tout son équipage, s’il doit aller à babord ou à tribord, c’est qu’il n’est pas digne d’être un capitaine.

    C’est qui le capitaine de ton bateau Louis ?

    Autre anecdote, plus amusante celle-là, un sketch de l’émission Samedi de rire. Un gars un peu comme toi, est assis dans un resto, il veut s’attaquer à un roman, mais il n’est pas sûr de lui. Alors, il demande l’opinion de la fille à côté, genre Marie-France Bazzo. Elle commence à lui conter qu’un roman doit comporter des éléments étranges, qui vont amener le lecteur à se questionner, genre un homme nu porte un vase chinois dans une pièce vide… Il n’a pas l’air de comprendre grand chose, mais elle fait tellement grande intellectuelle, qu’il croit qu’elle a raison.

    C’est alors qu’une femme qui les entendait, se joint à la conversation. Elle est du genre Louise Cousineau. Elle raconte, une cigarete à la main et sur un ton vulgaire, qu’elle aime les histoires drôles, alors il faut qu’il mette de l’humour dans son roman. Le gars en prend bonne note, mais il commence à être un peu mêlé.

    C’est alors qu’Yvon Deschamps intervient, lui qui se cachait avec un journal dans un coin. Il le regarde et lui dit :«Veux-tu que je te donne un conseil ?» L’autre lui répond :« Bien sûr!» «FAIS À TA TÊTE !»

  13. Je suis d’accord là-dessus! Moi aussi qui préfère en général les blog plus persos, mais je suis celui-ci activement justement parce qu’il traite de sujets avec une approche différente de celle que j’aurais prise, et souvent ça me fait réfléchir (ex: le post sur les phoques.. j’en ai même discuté avec un ami et ai repris certains des arguments, que je trouvaient justement très logiques!).

    Je ne sais pas par contre si un journaliste peut écrire un bon roman, ça dépend si le journalisme n’est pour lui qu’un médium comme un autre, ou vraiment si c’est très spécifique comme talent ou aptitude. Mais bon, il faut tenter, quand l’aspiration est là! (de toute façon blogueur, c’est pas comme journaliste : y’a pas de patron ou de ligne de conduite à suivre, donc plus de liberté créatrice)

    Bonne chance avec tout ça et commentaire un peu hors sujet : c’est moi ou peu de femmes laissent des commentaires sur ton blog? Ou bien encore c’est que les hommes répondent plusieurs fois, et on les remarque plus ainsi.

    Peut-être que le type « logique implacable » est plus intéressant pour les hommes. Est-ce que tu t’es déjà demandé quel lectorat tu voulais avoir sur ton blog, ou tu écris simplement ce que tu as envie? (j’avoue que je préférerais la deuxième option : ça fait plus vrai)

  14. Salut, je me suis déjà posé la question, mais selon moi c’est simple: les femmes, généralement, sont plus émotives que les hommes et s’intéressent moins aux enjeux hyper-rationnels. C’est ce pourquoi je crois que ce sont surtout des hommes qui visitent mon blogue.

    Concernant le fait d’écrire, à mon avis le but de l’écriture est de communiquer; que ce soit dans un style journalistique ou autre, à mon avis l’important est de bien faire passer ses idées, qu’en penses-tu?

  15. Merci pour l’anecdote. Évidemment, quand tout sera dit je ferai à ma tête. Mais ça m’attristera si je dois délaisser ce blogue pour écrire. Et j’ignore en fait si je serais capable de me déconnecter suffisamment de l’actualité…

  16. Salut Louis, je n’arrive pas à répondre directement sous ton « qu’en penses-tu »? Alors je vais y aller ici.

    « Concernant le fait d’écrire, à mon avis le but de l’écriture est de communiquer; que ce soit dans un style journalistique ou autre, à mon avis l’important est de bien faire passer ses idées, qu’en penses-tu? »

    Je pense pas qu’il y ait un style plus pertinent qu’un autre, instrinsèquement, mais je pense qu’il peut y avoir plusieurs démarches d’écriture différentes, et plusieurs structures différentes. Si on pense à celle de Bernard Werber, par exemple, dans la trilogie des fourmis, il utilise un style « pyramidal » ou de « cathédrale » en faisant avancer les différentes parties de son histoires les unes après les autres. Ce qui est très différent du style journalistique. Mais encore là, en effet, l’idée derrière est de communiquer quelque chose.

    Je pense aussi que selon l’intention des auteurs, le résultat et le style sont différents. Pour certains auteurs, ce sera faire passer leurs idées ou leur philosophie de vie qui sera important (ex: George Orwell), pour d’autres ce sera mettre en scène différentes situations de la vie humaine, réelles ou fictives (on peut penser au théâtre, et aux oeuvres de Éric-Emmanuel Schmitt.. quoi qu’on pourrait considérer qu’il transmet aussi une philosophie de vie : celle du respect), d’autres encore découvriront un peu à mesure leur livre, par l’acte même de l’écriture. Guillaume Vigneault fait partie de cette dernière catégorie. Nelly Arcan, je n’en sais rien, mais je ne la mettrais pas non plus parmi les auteures qui veulent faire passer des idées.

    Je pense que chaque style est complémentaire à l’autre, et qu’il faut s’exprimer dans celui ou ceux où on est le plus à l’aise.

    Pour ce qui est de la petite proportion de femmes ici, je pense aussi que le style hyper-rationnel les intéresse moins. Je ne dirais pas par contre que c’est du au fait qu’elles sont plus émotives. Je vois plus cela comme deux façons différentes d’envisager les situations : les hommes peut-être généralement plus selon les faits, et les femmes généralement plus selon la façon dont c’est fait, l’intention, etc. Nous ne sommes pas attentifs aux mêmes choses, et, si je me prends comme exemple, il est plus difficile pour moi de trancher fermement mon opinion sur certaines questions. Même si je peux lire beaucoup d’articles sur un même sujet, mon opinion est souvent mitigée : je serai d’accord avec certaines parties, et pas d’accord avec d’autres.

    Au-delà du rationnel, je pense que tes posts sont souvent assez tranchants, côté opinion, et certains peuvent apprécier, d’autres ça les accroche moins. Moi j’aime bien la polémique, alors même si je ne me reconnais pas trop dans le style tranchant, j’aime laisser des commentaires sur tes articles. Le « tout noir » ou « tout blanc » peut m’aider à réfléchir, de mon bord aussi.

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