Archive for mai 2009

Santé: la droite américaine en quête de manipulation
31 mai 2009

La malhonnêteté intellectuelle de la droite américaine est sans limite.  Opposée aux réformes de la santé proposées par le président Obama, elle décide de se lancer dans le pathos en prenant l’exemple d’une patiente canadienne ayant obtenu des soins aux États-Unis pour tenter de démoniser le système canadien et toute forme de médecine publique. Cette démarche s’avère tout autant pathétique que trompeuse.

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En effet, prendre un seul cas et généraliser, c’est facile. Même moi je peux le faire, et je l’ai déjà fait. J’ai écrit ici sur le fait que mon père a été hospitalisé aux États-Unis à 2000$ de l’heure sans qu’on puisse lui trouver son problème et que c’est finalement un médecin canadien, deux mois plus tard, qui lui a diagnostiqué une tumeur au poumon. Il a eu son opération en quelques semaines et il récupère à merveille aujourd’hui. So long pour la supériorité du privé.

Malheureusement, on ne bâtit pas des réalités sur quelques cas. Ce n’est pas parce que le système de santé américain peut occasionnellement sauver quelques patients qu’on doit passer sous silence le fait qu’il est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes annuellement. 101 000 personnes, pour être plus précis, qui auraient pu être sauvées si les États-Unis se dotaient d’un système aussi performant que la France, bonne première. C’est du moins le résultat d’une étude qui démontre que les États-Unis se classent bon derniers au sein de toutes les nations industrialisées, notamment parce que 47 millions de leurs citoyens ne disposent d’aucune forme de couverture médicale. Le Canada, lui, se classe sixième sur dix-neuf. So long pour les horreurs du système canadien.

Par ailleurs, il est toujours pertinent de rappeler que le système français, le meilleur des pays industrialisés, est davantage public que celui du Canada (76,3% contre 69,9%; seulement 46% pour les États-Unis). Et il coûte moins cher: 3449$ per capita contre 3578$ pour le Canada et un astronomique 6714$ pour les États-Unis, de très loin le plus coûteux. Les imperfections de notre système de santé ne découlent donc pas de son caractère public, contrairement à ce que certaines personnes mal intentionnées affirment.

En fait, s’il y a des problèmes avec le système canadien, c’est principalement causé par son sous-financement chronique. Les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé (tout en n’offrant aucune couverture à plus de 15% de leur population!) contre 10,0% pour le Canada. En clair: le Canada surpasse aisément les États-Unis en dépensant près de 33% de moins! Imaginons ce qu’il en serait si le système de santé était adéquatement financé! Encore une fois, on le constate, le public coûte moins cher et est plus performant, car il soigne davantage d’individus.

Avec ces chiffres en tête, on ne se surprend guère de la tactique utilisée pour démoniser le système canadien. En se servant d’une seule personne et de sa triste histoire, on espère parler aux émotions des gens et leur faire oublier qu’ils vivent dans un pays avec un système de santé misérable, plus intéressé par les profits des entreprises que le bien-être de la population.

L’hyper-spécialisation au banc des accusés
27 mai 2009

Je ne voulais pas en parler. C’est plus fort que moi; je suis devant l’écran, un petit verre de gin tonic au coin de l’oeil, et je sais que je vais écrire. Et je sais que je vais en parler. Peux pas faire autrement. Daniel Bédard est condamné à 54 mois de prison pour harcèlement criminel. Sauf que ça, c’est rien. C’est son blogue qui me fascine. Et c’est la même réflexion qui me revient constamment: ne représente-t-il pas l’échec de l’hyper-spécialisation?

Je le lis et le relis, et toujours la même question: comment est-ce possible? Comment un individu aussi éduqué, articulé, peut-il être malade à ce point et se croire au centre d’un vaste complot impliquant des juges, des procureurs, des politiciens, des psychiatres, le conseil de presse et les journalistes? Ça me dépasse. Il affirme qu’on l’accuse pour rien, qu’il manque de preuves ou que celles-ci ont été volontairement détruites, que les jurés ont été achetés, que le juge outrepasse ses droits ( « je vous mets en état d’arrestation, monsieur le juge! »), bref que le monde entier se ligue contre lui, l’honnête citoyen, victime de tous les Judas Iscariote de la Terre et crucifié sur l’autel d’une justice conçue pour l’écraser. Comment est-ce possible?

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Et si la folie constituait le flanc nord de quelque gigantesque montagne? Plus haut se situe le sommet, plus obscur et dense est son côté nord. Comme si la folie ne pouvait s’adosser qu’à quelque génie. L’idiot peut être fou, mais l’ampleur et la complexité de sa folie n’atteindront jamais le pinacle de l’intelligence d’un Daniel Bédard. C’est ce qui me trouble le plus: son intelligence.

En quelque sorte, ça me fait penser à notre société et à son exigence pour l’hyper-spécialisation. Les hommes à tout faire, c’est-à-dire ces individus ayant développé une connaissance limitée d’une foule de sujets différents, n’ont plus leur place. On ne veut pas qu’un bon gars aux bonnes valeurs enseigne à nos jeunes comment vivre en société. Non. On veut dix spécialistes différents aux diplômes longs comme de la tapisserie. Et qu’importe si ceux-ci ne savent pas changer une crevaison ou partir la laveuse. La spécialisation, c’est tout ce qui compte.

À mes yeux, Daniel Bédard ne constitue qu’un exemple de la spécialisation poussée à ses limites. Qu’un individu aussi malade ait pu atteindre de tels sommets dans sa carrière sans être traité me laisse pantois. Non, c’est pire: ça me fascine. Nous sommes tellement obnubilés par les résultats spécifiques dans un champ donné que nous oublions de voir l’ensemble des données. Nous observons la forêt le visage à deux centimètres du premier sapin et nous croyons dur comme fer que nous avons tout vu. On engage des individus sur la base de connaissances ultra-spécifiques mais on oublie l’individu derrière les connaissances. Bref, on déshumanise la personne, elle qui ne constitue plus que la somme de ses connaissances dans un secteur bien défini.

Si on avait jugé Daniel Bédard, dans le passé, sur autre chose que ses qualité d’architecte, on aurait peut-être détecté sa maladie mentale plus tôt, lui offrant la possibilité de l’aider bien avant que la situation ne dégénère. C’est précisément parce qu’on a placé ses qualités d’architectes au-dessus de ses qualités humaines que celui-ci a pu autant autant faire de mal et qu’il se retrouve en prison aujourd’hui.

Et si on rejetait la spécialisation à outrance?

À l’origine, la spécialisation a permis la progression de l’humanité. Au lieu d’avoir un fermier qui s’improvise cordonnier et qui vend sa propre marchandise en même temps, on a préféré qu’il se concentre sur son métier de fermier pour ensuite vendre sa marchandise à un autre individu se spécialisant dans la vente des aliments et lui-même pouvant utiliser l’argent pour payer le cordonnier, spécialisé dans la chaussure. Tout va pour le mieux.

Cependant, Internet entraîne une véritable révolution. Aujourd’hui, en 2009, alors que le réseau n’a même pas vingt ans de vie grand public, je peux trouver une foule d’informations me permettant de me passer des spécialistes. Grâce à la magie des moteurs de recherche, on peut trouver de l’information spécifique sur le sujet désiré au moment désiré. Ainsi, si je suis malade, je peux aller sur un site où on parle de mes symptômes et des remèdes possibles. Si je dois changer les bougies de mon moteur, il existe des tutoriels. Et si je veux avoir de l’information sur une destination touristique, je n’ai pas besoin d’aller voir un agent de voyages. Et tout ça, c’est seulement après vingt ans. Qu’en sera-t-il dans cinquante ans?

Évidemment, nous aurons toujours besoin de médecins, de mécaniciens et d’individus ayant une certaine forme de spécialisation. Mais la disponibilité sans précédent d’une information gratuite et de qualité court-circuite l’habituel passage obligé vers les « experts ». De plus en plus, ceux-ci ne sont plus considérés comme des temples de savoir mais comme des outils supplémentaires dans la quête ininterrompue de nouvelles connaissances.

En fait, le cas Daniel Bédard, tout comme celui de Valery Fabrikant il y a une décennie, représentent peut-être simplement la limite d’un système ayant placé les connaissances théoriques au-dessus de toute autre forme de considération. On a tellement séparé l’individu de ses connaissances qu’on a permis à des gens ayant de graves problèmes mentaux d’atteindre des cimes qui auraient été impossibles à gagner par le passé. Ce sont peut-être de simples reliquats d’une époque bientôt révolue.

Ce n’est peut-être donc pas seulement l’histoire de Daniel Bédard, mais également celle de toute une société ayant permis qu’on sur-valorise de tels individus sur la simple base de connaissances théoriques à une époque d’indigestion d’informations où c’est précisément le sens qui est en manque.

Et si on plaçait l’humain au coeur de tout? Il ne sait peut-être pas tout sur tout, mais il est foutrement meilleur pour faire les nécessaires liens entre les divers éléments qu’un automate au coeur d’acier et au cerveau de mélasse…

Les dérives de l’utilisateur-payeur
26 mai 2009

« On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de conducteurs qui ne s’autofinance pas. » C’est de cette façon que la ministre des Transports, Julie Boulet, a fermé la porte samedi aux motocyclettes quant à une éventuelle baisse de leurs astronomiques cotisations. Le sacro-saint utilisateur-payeur. Encore. Comme je l’écrivais ici, ce n’est pas l’ensemble des motocyclistes qui est davantage à risque, mais une minorité de jeunes et de nouveaux conducteurs. Le choix de considérer l’ensemble des motocyclistes comme une catégorie distincte et de faire abstraction des spécificités sous-jacentes à ce groupe ne fait que confirmer le dogmatisme des positions du gouvernement quant au concept d’utilisateur-payeur. Un concept qui, dans sa finalité, se révèle d’un ridicule consommé.

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En effet, jusqu’où ira-t-on pour faire payer l’utilisateur d’un service précis? Prenons la première phrase de ce billet; ne pourrait-on pas l’appliquer à n’importe quelle autre situation? Poussons la logique de l’utilisateur-payeur dans ses derniers retranchements.

Un exemple au hasard: l’électricité. Est-il normal que le même kw/h coûte le même prix à Montréal qu’en région? Dans la métropole, la densité de population est très forte, ce qui signifie que les installations d’Hydro-Québec sont plus rentables car davantage d’usagers peuvent se brancher sur une même quantité de fils. Est-il normal que les consommateurs d’électricité de Montréal paient pour ceux de l’extérieur? N’y a-t-il pas quelques endroits très retirés où il en coûte plus cher pour Hydro-Québec d’entretenir son réseau que les revenus qu’elle obtient de ses rares clients? On ne peut pas faire payer tous les usagers en milieu urbain du Québec pour une catégorie de consommateurs qui ne s’autofinance pas.

Un autre: la santé. Mon père s’est fait soigner à près de 2000$ de l’heure aux États-Unis par des médecins qui n’ont même pas été foutus de lui dire qu’il avait une tumeur à un poumon. Utilisateur-payeur. Devrait-on faire payer ainsi tous les citoyens qui ont la malchance d’être malades? Et ne serons-nous pas tous malades un jour? Et que faire des citoyens qui fument la cigarette, de ceux qui habitent près des autoroutes (pollution), de ceux qui ont trop utilisé leurs cellulaires? On les laisse crever sous prétexte qu’ils avaient de mauvaises habitudes de vie? Et qui décide quelles habitudes méritent d’être pénalisées et lesquelles ne le méritent pas? On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et encore: les routes. Est-il normal que chaque citoyen paie pour des routes qu’il n’utilise pas? Je ne vais jamais à Saguenay: pourquoi utiliserait-on mes impôts pour financer l’élargissement de la route dans la réserve des Laurentides? Et puis: pourquoi est-ce que je paie autant que mes voisins derrière chez moi pour l’utilisation des rues alors que sur la mienne nous sommes des dizaines dans des appartements alors que derrière ils habitent des maisons espacées et utilisent donc moins leur rue? Selon le concept d’utilisateur-payeur, il faudrait installer des péages à chaque rue, intersection, afin de s’assurer qu’on ne fait pas payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et le transport en commun? Pourquoi les automobilistes paieraient-ils pour le transport en commun? Qu’il s’auto-suffise! Des tarifs à 5$ du déplacement devraient faire l’affaire. Mais… Pourquoi paierais-je 5$ pour me déplacer du métro Sherbrooke jusqu’à Laurier alors qu’un autre paie le même montant pour faire la ligne orange au complet? Injustice! Ne faudrait-il pas alors faire payer le transport en commun au kilomètre parcouru? Pourquoi l’homme qui part de Rivière-des-Prairies jusqu’au centre-ville ne paierait-il pas plus cher que celui qui utilise moins les déplacements publics? On ne peut pas faire payer tous les utilisateurs du transport en commun pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Mais encore. J’habite dans l’est de Montréal. C’est-à-dire que les vents dominants amènent toute la pollution urbaine jusque chez moi. Est-il normal que je doive payer sensiblement les mêmes impôts et taxes que les autres alors que mon droit de jouissance de la vie est diminué? Pourquoi les résidences cossues de l’ouest de la ville ne paieraient-elles pas plus cher pour l’air pur? On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Toujours au hasard: l’école. Est-il normal qu’il en coûte le même montant pour un élève sage que pour un élève turbulent, qui accapare son professeur? En monopolisant l’attention d’un professeur, l’élève agité utilise davantage les ressources mis à sa disposition qu’un autre élève. On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et… les pauvres. Est-il normal d’avoir à payer pour les pauvres? Qu’on les laisse crever. Pas de B.S., pas de services sociaux. Qu’ils se battent à deux pour chaque emploi minable disponible et qu’ils pourrissent dans leur crasse. On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Je vous jure que je pourrais continuer jusqu’à demain matin. La vérité, c’est qu’une société ne se bâtie pas sur le concept de l’utilisateur-payeur. Elle se construit avec l’idée que tous, à un moment ou un autre de leur vie, auront besoin des services de la collectivité. Même le plus riche aura besoin des services sociaux qui assurent un minimum de stabilité sociale et empêchent les plus déshérités de la société de le voler ou le tuer dès qu’il met les pieds dans la rue.

Bien sûr, il ne s’agit que de moto ici. Par contre, c’est l’idéologie derrière la justification de la ministre qui me fait peur. Car à partir du moment où on décide qu’une classe de citoyens mérite d’être stigmatisée comme étant « trop coûteuse » pour les autres, qui sait où cela va s’arrêter?

Affaire Villanueva: les absents ont tort
25 mai 2009

Les Villanueva nuisent à leur propre cause. En cherchant à court-circuiter l’enquête publique du coroner Sansfaçon sur la mort de Fredy Villanueva, le 9 août 2008, ils empêchent non seulement que la lumière soit faite sur les événements, mais ils risquent de rendre plus difficile l’amélioration de la société dans son ensemble. Leur attitude n’est pas celle de gens civilisés et désireux d’utiliser les moyens à leur disposition pour se faire entendre, mais plutôt celle de petits bums cherchant à exploiter chacune des failles du système.

Ainsi, on apprend ce matin que la mère de Fredy Villanueva n’a pas pu se présenter, faisant remettre par son fils Dany un billet d’un médecin justifiant son absence, pour cause de « dépression ». Ne s’agit-il pas là de pure malhonnêteté? À ce que je sache, la dépression ne frappe pas du jour au lendemain; elle aurait très bien pu avertir les autorités bien en avance de son état, si celui-ci est réel, bien entendu. Pourquoi avoir attendu le matin-même du début d’une enquête du coroner pouvant faire la lumière sur la mort de son fils?

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La vérité, c’est que la famille Villanueva se comporte en victime. Par exemple, on a offert aux parents de Villanueva l’assistance d’avocats payés par l’État pour les assister. Mais ils ont préféré cracher sur cette offre, réclamant que les autres témoins (Denis Meas, Jeffrey Sagor-Metellus, Anthony Clavasquin et Jonathan Senatus) jouissent des mêmes privilèges. Pourquoi? Quand on est témoin, on donne sa version. A-t-on besoin d’un avocat si on ne cherche pas à cacher des faits? L’enquête ne porte pas sur les blessures infligées aux témoins, mais sur la mort de Villanueva. A-t-on besoin d’un avocat pour déclarer: « nous jouions aux dés, les policiers ont voulu arrêter Dany, Fredy a foncé sur les policiers et ceux-ci l’ont abattu »?

On réclame une enquête publique, on affirme qu’une enquête du coroner ne suffirait pas. Ah oui? En 1991, c’est une enquête menée par le coroner ad hoc Harvey Yarosky sur les causes du décès de Marcellus François, abattu par erreur par les policiers, qui a permis de faire prendre conscience d’une certaine forme de profilage racial de la part des policiers. La police s’est par la suite dotée d’une politique interdisant les interventions basées sur des facteurs comme la race, la religion, la couleur de peau ou la condition sociale sans motifs réels ou soupçons raisonnables de la part des agents.

Évidemment, on peut objecter que tel profilage existe toujours. Mais quoi de mieux, alors, que d’utiliser toutes les tribunes allouées pour en parler? Ce n’est pas en boycottant l’enquête qu’on arrivera à faire passer ses arguments. Oui, le profilage racial existe peut-être encore. Et si on en parlait? Et si on se demandait comment agir correctement alors que les minorités visibles sont sur-représentées dans plusieurs types de crimes et que presque tous les gangs de rue à Montréal sont formés de Noirs, de Latinos ou d’autres ethnies? Peut-on en parler? L’enquête du coroner n’est peut-être pas l’endroit parfait, mais c’est un bon début.

Et puis, va-t-on faire une enquête publique à chaque fois qu’il y a mort d’homme? Pourquoi Fredy Villanueva mériterait-il un traitement spécial? Lui conférer un tel traitement ne récompenserait-il pas simplement les voyous qui ont mis le feu à Montréal-Nord au lendemain des événements?

La vérité, c’est que les Villanueva, en refusant d’utiliser les moyens mis à leur disposition par l’État, empêchent la société d’évoluer. Ils lancent le message qu’ils ne sont pas intéressés à s’intégrer et qu’ils considèrent les autorités comme un bloc hostile. Ils insultent ainsi non seulement le coroner Sansfaçon, dont on ne peut remettre en question l’indépendance, mais également tous les citoyens du Québec, qui ont porté leur confiance en ces autorités. En refusant les mécanismes démocratiques mis à leur disposition, ils s’attaquent ainsi non seulement à nos valeurs communes, mais également à leur propre cause. Bref, ils se tirent dans le pied au lieu de l’utiliser pour se botter les fesses et participer à la création du Québec de demain.

Dans les faits, il est peut-être là le noeud du problème: ces immigrés, ou fils d’immigrés, n’ont peut-être pas encore compris l’importance du respect des autorités. Un respect non pas basé sur la peur, mais sur la compréhension de la légitimité de celles-ci et sur la possibilité que chaque citoyen a de faire valoir ses droits en utilisant les mécanismes démocratiques à sa disposition.

Et ça commence par se présenter à l’enquête et donner son point de vue sur les événements, afin qu’une réelle compréhension des faits entraîne un dialogue permettant de s’assurer que pareille situation ne se reproduise plus jamais. En démocratie, plus que jamais, les absents ont tort.

Mont-Royal: la vente de feu se poursuit
23 mai 2009

Du béton. Sur le Mont-Royal. Un zonage non-respecté, une montagne défigurée. Et l’administration Tremblay s’en lave les mains. Encore. Jusqu’où ira l’insensibilité du maire envers ses citoyens et ce qui leur tient à coeur?

Toutes les villes du monde atteignent un point où elles choisissent leurs priorités et décident de protéger un espace vert assurant la qualité de vie de leurs citoyens. Il y a Central Park à New York, le Bois-de-Boulogne à Paris, et même les plaines d’Abraham à Québec. Aurait-on idée de construire des condos sur les plaines d’Abraham? En appuyant le nouveau projet de 325 condos sur le Mont-Royal (avec un beau stationnement de 671 places, soit pour deux voitures par condo, allo les problèmes de circulation!) la ville de Montréal ne fait que démontrer son peu de fierté d’avoir un parc comme le Mont-Royal en son centre.

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En fait, le message est bien pire, car il s’agit de la continuité de celui lancé dans les affaires Accurso et Catania: la ville est à vendre. Ou plutôt: l’administration Tremblay est à vendre. Rien à foutre du zonage institutionnel: on va vous le modifier. Et les arbres? Coupez-les. Votre construction est trop haute,  créant une pollution visuelle? Rien à foutre: construisez, construisez, construisez. On n’en a rien à foutre du Mont-Royal.

Pourtant, ce parc devrait constituer notre fierté. Il est plus visité que tous les autres parcs nationaux du Québec réunis. Il offre une bouffée d’oxygène à tous les citoyens et permet à tous, peu importe leur revenu, d’avoir accès à un minimum de nature au coeur de notre ville.

Le problème n’est pas seulement qu’on y construise des condos sur son flanc. Le problème est plutôt qu’on ne sait pas où s’arrêteront ces constructions. À tous les ans des citoyens doivent s’organiser et faire des pétitions pour empêcher qu’on détruise leur joyau. Doit-on attendre qu’il ne reste plus que quelques arbres épars perdus entre les condos pour protéger notre montagne?

Avoir une montagne en son centre est une chance que peu de villes possèdent. Mais de la manière dont l’administration Tremblay s’occupe de ce qui devrait être un sanctuaire inviolable de beauté naturelle urbaine, je me dis parfois qu’on ne mérite pas cette topographie et que Montréal aurait peut-être du être aussi plate que Drummondville.

Quoi que…Là-bas, ils ont un village d’antan. On pourrait peut-être en faire un ici aussi.  Dans quelques années, on plantera 2-3 arbres entre les stationnements et les condos et on demandera aux gens d’imaginer qu’il y a déjà eu un parc à cet endroit.

À Montréal, du changement, et ça presse!  Et si on montrait la porte à ce très petit maire avant qu’il ait tout vendu ce qui nous est précieux?

Le jugement, le règlement
20 mai 2009

Nicolas s’en allait au IGA lorsqu’il croisa son ami François, s’en allant au même endroit. Les deux compagnons décidèrent de faire marche commune et la discussion se porta naturellement sur l’actualité. « As-tu entendu parlé de cette histoire de la femme à Laval qui a reçu une amende pour ne pas avoir tenu la rampe d’escalier? demanda Nicolas.
– Certain! Tout le monde en parle au bureau. C’est vraiment écoeurant; les policiers ont vraiment manqué de jugement. Lagacé a écrit une bonne chronique à ce sujet; l’as-tu lue?
– Oui. Lagacé écrit très bien, mais il a tort.
– Comment ça? risqua François.

Il a du toupet ce Nicolas de prétendre que Lagacé a tort. Ça me semble pourtant être du gros bon sens. J’espère qu’il a de bons arguments!

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– Hé bien, dit Nicolas, on ne paie pas les policiers pour qu’ils fassent preuve de jugement, mais pour qu’ils appliquent la loi.
La loi, c’est la loi! Un peu facile, non? Franchement, comme si quelqu’un allait se blesser en prenant un escalier roulant.
– Pourtant, c’est arrivé, répliqua Nicolas. En 2005, à Boston, un homme s’est étouffé à mort lorsque ses vêtements se sont pris dans la base d’un escalier roulant. S’il avait tenu la rampe, ce ne serait pas arrivé.
– Bon, ok, une fois. Quand même, si quelqu’un est assez stupide pour ne pas faire attention, peut-être mérite-t-il son sort. La sélection naturelle, quoi. Les plus intelligents survivent et les autres crèvent. Tout de même, va-t-on mettre un règlement pour chaque chose de la vie?
– Là-dessus, je suis d’accord avec toi. Mais ce ne sont pas les policiers qui font les règlements.
– Bien sûr, répondit François, mais ils auraient pu faire preuve de davantage de jugement. »

C’est le gros bon sens, pensa François.  Sérieusement, 420$ pour ne pas avoir tenu la rampe.  N’importe quoi! « Du jugement oui. Ils ont manqué de jugement en appliquant la loi.
-Alors, dis-moi, dans quel contexte aurait-on pu appliquer ce règlement en faisant preuve de jugement?  Dans quelle situation le policier aurait-il eu raison de donner une amende à quelqu’un ne tenant pas la rampe?
– Je ne sais pas, admit François.
– Donc tu admets que le simple fait d’appliquer ce règlement aurait été, dans tous les cas, un manque de jugement?
– Oui, car un policier qui applique un règlement stupide ne fait pas preuve de jugement.
– Ok, ok, sourit Nicolas. » Le fun commence… « Donc, selon toi, il y a des règlements qu’il faut appliquer et d’autres qu’on ne doit pas appliquer, c’est ça?
– En quelque sorte.
– Et à tes yeux, un policier qui refuse d’appliquer un règlement jugé abusif fait preuve de jugement.
– Oui, dit François.
– Mais qu’est-ce qu’un règlement abusif, au fait? Le concept d’abus n’est-il pas tout à fait personnel? Par exemple, je trouve abusif qu’un règlement interdise de laisse tourner son moteur de voiture au ralenti pendant plus de deux minutes. Mais pour d’autres, ce n’est pas un abus du tout mais un effort pour la protection de l’environnement.
– Ce n’est pas pareil du tout. Ici on parle de gros bon sens.
– Le gros bon sens, c’est quoi, au fait? Tiens, l’été dernier, l’affaire Villanueva. Les policiers ont voulu arrêter son frère parce qu’il jouait aux dés et qu’un règlement municipal l’interdit. Ce règlement est-il abusif? Les policiers auraient-ils pu faire preuve de gros bon sens? demanda Nicolas.
– Oui, ils auraient pu. Des jeunes qui jouent aux dés, ce n’est pas la fin du monde.
– Et s’ils avaient joué aux cartes?
– Même chose.
– Et s’il y avait eu de l’alcool; il est interdit de boire sur la voie publique.
– Alors, ils auraient pu intervenir, dit François.
– Donc, il serait correct d’intervenir pour le règlement sur l’alcool, mais pas pour celui sur le jeu, c’est ça?
– C’est le gros bon sens, le jugement. Ces jeunes ne sont pas dangereux s’ils jouent.
– Donc, ce que tu me dis, rétorqua Nicolas, c’est que si des études ont démontré les dangers du jeu et si des spécialistes ont fait la recommandation d’empêcher le jeu sur la voie publique, on met tout ça aux ordures et on laisse le jugement d’un seul policier prendre le dessus.
– C’est pas ça! s’offusqua François.
– C’est quoi alors?
– Tu mélanges tout.
– Ah oui?
– Oui.
– Ah bon, répondit Nicolas. Tiens, prenons un autre exemple. Une relation amoureuse entre un jeune de 22 ans et une fille de 15 ans et neuf mois. Depuis deux ans, l’âge légal du consentement sexuel a été haussé de 14 à 16 ans. Si un policier est témoin d’une telle relation, que la fille est heureuse, l’homme aussi, et que la relation se déroule dans la paix et l’harmonie, la policier doit-il sévir?
– Absolument!
– Pourquoi?
– Parce que c’est la loi et qu’elle existe pour protéger les mineurs, répondit François.
– Mais s’ils sont consentants, et que la fille a presque 16 ans, et qu’ils sont heureux. N’est-ce pas là du gros bon sens que de les laisse vivre leur idylle amoureuse?
– La loi c’est la loi, répondit François. Comment oses-tu défendre des pédophiles?
– Pédophilie? Ça c’est ton jugement. Pour d’autres, une relation entre une femme de presque 16 ans et un homme de 22 ans n’est pas de la pédophilie. Qui croire? Laisse-t-on au policier le poids du jugement ou se fie-t-on à la loi, qui existe pour déterminer ce qui est acceptable ou non?
– On se fie à la loi, évidemment.
– Mais pas pour la rampe d’escalier? rétorqua Nicolas.
– Tu es injuste. Ce n’est pas pareil!
– Ah oui? Qu’est-ce qui est le plus dangereux? Un escalier roulant qui peut tuer des gens ou une relation amoureuse où les deux semblent épanouis?
– Tu es injuste.
– Ah oui? Et où mets-tu la limite? Quels règlements doit-on appliquer et lesquels peut-on se permettre de ne pas appliquer? Doit-on laisser une décision aussi importante à un policier? Est-ce au policier de décider si telle ou telle loi est bonne ou non? Est-ce à cet individu, qui a ses propres valeurs et sa propre conception de la vie et des choses de décider ce qui est bien ou non pour l’ensemble de la société?
– Non, évidemment. Tu as raison, c’est la loi qui est mal faite. On devrait recommander de tenir la rampe, et pas l’imposer, admit François.
– Sauf que la loi existe en ce moment, et donc les policiers n’ont fait que leur travail. Si on accepte qu’ils puissent décider ce qu’est une bonne ou mauvaise loi, on ouvre la porte à toutes sortes d’abus potentiels, car les valeurs de chaque individu sont différentes et ce qui apparaît comme du gros bon sens pour quelqu’un n’est que laxisme et oppression pour un autre. Doit-on laisser le pouvoir à un policier, un seul individu, de décider des implications sur toute la société d’une seule loi?
– Tu as raison. »

Ils arrivèrent devant l’épicerie. « C’est au niveau politique que ça doit se jouer. Les policiers sont là pour appliquer la loi, pas pour l’interpréter. Si on juge que le règlement doit être modifié, qu’on le modifie et qu’on le fasse en toute connaissance de cause, c’est-à-dire en se basant sur davantage que le gros bon sens ou le jugement d’un seul individu. Si on ouvre la porte à une société où le policier peut décider arbitrairement quelle loi il applique et quelle loi il n’applique pas, alors ceux-ci ne sont plus nos représentants qui représentent l’autorité, mais plutôt des milliers d’individus aux valeurs différentes et aux conceptions différentes du gros bon sens. Le chaos, oui.
– C’est vrai, admit François. C’est le règlement qu’il faut peut-être modifier. Les policiers n’ont fait que leur travail.
– Hé oui! Le règlement existe pour être appliqué.  Mieux vaut un règlement mal fait et bien appliqué que des dizaines de bons règlements mal appliqués au nom du jugement d’un seul policier.  Si on ne veut pas appliquer une loi, qu’on l’abroge!  Veut-on vraiment d’une société où ce sont les policiers qui écrivent les lois? Entrons, j’ai plusieurs achats à faire.

La rampe sociétale
19 mai 2009

420$ d’amende pour ne pas avoir tenu la rampe de l’escalier roulant à la station de métro Montmorency, à Laval. On en jase beaucoup sur la blogosphère. Patrick Lagacé, pour ne nommer que lui, n’en parle pas une fois, pas deux fois, mais trois fois sur son blogue. Si on l’écoutait, on demanderait immédiatement la tête des policiers qui ont osé demander à Bela Kosoian de tenir la rampe.

Pourtant, les policiers ont fait leur travail. Lagacé et d’autres croient que les agents auraient du faire preuve de jugement, et ne pas appliquer la loi d’une manière trop stricte. Faudra se brancher: demande-t-on aux policiers d’appliquer la loi ou de juger si une loi mérite d’être appliquée ou non? À ce que je sache, le travail de l’agent de paix est d’appliquer la loi votée par nos représentants. Le policier ne doit pas perdre de temps à se demander si telle loi fait du sens ou non. « Tenir la rampe d’escalier, ah non, ça c’est un mauvais règlement, je ne l’applique pas! » Il doit agir rapidement et appliquer le règlement, point.

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Veut-on vraiment d’une police pour qui la loi est flexible? Évidemment, pour une histoire de rampe d’escalier, on passerait l’éponge. Mais qu’en serait-il la prochaine fois? À partir du moment où on laisse au policier la possibilité d’évaluer quelle loi doit ou non être appliquée, on court le risque d’assister à de réelles dérives, car la moralité est quelque chose de très personnel. Un policier, par exemple, peut décider que brûler un feu rouge la nuit est moins dangereux que de risquer de se prendre les cheveux dans un escalier roulant. Ou bien quand il arrête un citoyen qu’il connaît bien et que celui-ci est en état d’ébriété au volant, il peut lui laisser une chance. Il peut aussi fermer les yeux sur une plantation de cannabis, sur un vol, sur un meurtre. Dites-moi, elle est où la ligne? Quelles lois méritent d’être appliquées et quelles lois doivent être flexibles?

Dans les faits, les policiers ont été corrects avec la dame. Ils l’ont averti. Ils lui ont laissé une petite chance. Celle-ci, au lieu de répondre « désolé, j’ignorais ce règlement », a répondu une bêtise aux policiers ( « je n’ai pas trois mains » ). Un policier te donne une chance, et tu lui craches un visage. Les policiers n’ont fait que leur travail. Si je peux me permettre, je crois que si Kosoian avait eu une meilleure attitude, rien de tout cela ne se serait produit. Les policiers ont voulu utiliser leur jugement, et elle n’a pas pris la perche qu’ils lui tendaient.

Nous sommes dans un régime démocratique et un État de droit. Quand un policier nous interpelle, on se ferme et on suit ses directives.  Si on considère que celui-ci a mal agi, qu’il a outrepassé son pouvoir d’agent de la paix, on peut toujours envoyer une plainte en déontologie le soir-même. Et si on considère qu’un règlement est inutile ou injuste, on peut contacter son député pour lui demander de faire pression pour le modifier. C’est ça, la démocratie. C’est ça, agir avec responsabilité.

Alors, non, je n’ai pas la moindre sympathie pour Bela Kosoian. Elle aurait du remercier les policiers de lui donner une chance et aller en déontologie si elle considérait son arrestation abusive. Qu’on soit d’accord ou non avec le règlement, il existe, et il n’y a pas de bon ou mauvais règlement dans l’esprit du policier; il y a une loi à appliquer et on le paie pour qu’il l’applique.

S’attaquer aux agents qui ont agi dans les règles m’apparait donc non seulement inutile, mais tout à fait hypocrite. Si vraiment on considère abusif d’avoir un règlement qui force les gens à tenir la rampe, qu’on demande aux autorités de le modifier au lieu de s’en prendre à ceux qui ne font que l’appliquer.

Car ce n’est pas seulement d’une rampe qu’il est question ici, mais du devoir de chaque citoyen de connaître et respecter la loi ou de s’impliquer politiquement pour la changer. À mes yeux, les cris indignés de certains blogueurs en relation à cet événement traduisent plutôt un manque de désir d’utiliser les mécanismes disponibles pour construire une meilleure société.

S’indigner, avoir l’air piteux avec le constat d’infraction en mains, c’est facile. Contacter son député ou son conseiller municipal pour qu’il modifie le règlement, ça demande beaucoup plus d’effort.  Sauf que c’est ce type de comportement qui permet d’améliorer la société.

Immatriculation: la SAAQ s’attaque injustement aux motocyclistes
18 mai 2009

Les automobilistes ont du se limiter à 60 km/h sur l’autoroute derrière une interminable file de motos. Une manifestation contre les hausses de tarifs de la Société d’assurance-automobile du Québec (SAAQ). Encore. Et vous savez quoi? Ils ont foutrement raison de manifester.

En effet, la surprime exigée n’a pas sa raison d’être. Pour plusieurs motocyclistes, la facture passera de 320$ par année à plus de 1410$. Pour les plus petites cylindrées, on parle d’une «maigre » augmentation de 100%, de 320$ à près de 630$.

Le but? Renflouer les coffres de la SAAQ en s’attaquant principalement aux motos les plus puissantes, qui seraient responsables de plus d’accidents et coûteraient plus cher à la société. Le problème, c’est que cette approche n’est basée sur aucun fait.

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Puissance, vitesse et accidents : aucun lien

Il s’agit d’un mythe tenace voulant que les motos très puissantes causent davantage d’accidents. C’est tout à fait faux. Et plusieurs études le prouvent.

Au début des années 80, le « Motorcycle Accident Cause Factors and Identification of Countermeasures »(ou Hurt Report) a démontré que la vitesse médiane d’un accident de moto était de 48 km/h et que les deux principaux facteurs lors de celui-ci étaient l’inexpérience du conducteur et son âge, et non pas la puissance de la moto.

Vingt ans plus tard, une vaste étude semblable a été effectuée en Europe. La « Motorcycle Accidents In Depth Study » (MAIDS) a confirmé la précédente étude : la vitesse médiane d’un accident de moto était de 49 km/h et encore une fois il n’y avait pas de lien entre la puissance d’un véhicule et sa représentation dans les accidents. L’âge et l’inexpérience constituaient là aussi les principaux facteurs. Seulement 1,5% des accidentés avaient dépassé le 120 km/h et à peine 0,5% le 140 km/h.

Jean-Pierre Belmonte, un ex-membre du conseil d’administration de la SAAQ et qui a d’ailleurs été le seul à démissionner quand le gouvernement a pigé dans les coffres de la société, explique : « L’âge est le principal facteur d’accidents. Autrement dit, les jeunes conducteurs sont plus à risque, point final. Mettez-leur une sportive de 600 cc entre les mains, une voiture ou un frigo sur roues, et le risque sera le même: élevé. »

Une politique dangereuse

En fait, la politique de la SAAQ consistant à faire payer les utilisateurs en fonction de la grosseur de leur cylindrée pourrait avoir de graves conséquences. Ce que les deux études précitées ont également démontré, c’est qu’une seule catégorie de motocyclettes est sur-représentée en terme d’accidents : les motos modifiées.

Ainsi, en obligeant les motocyclistes à payer plus de 1400$ pour leur grosse cylindrée, cela risque d’inciter de nombreux jeunes amateurs de sensations fortes à modifier leur véhicule. Le calcul est simple : en 2010, il en coûtera 743$ de plus pour une cylindrée plus imposante. S’il en coûte 1500$ pour modifier une moto, dès la troisième année on rentre dans son argent. Et le résultat? Des dangers à deux roues sur nos routes.

Parallèlement, une frénésie incroyable s’est emparé d’un autre marché : celui des motos dites classiques, qui ont plus de 25 ans et qui peuvent être immatriculées à rabais sous la simple restriction de ne pouvoir circuler sur les routes où la vitesse maximale est supérieure à 70 km/h. Un mécanicien de Laval, spécialisé dans la remise à neuf de ce type de motos, m’a confirmé que les prix ont plus que doublé pour des véhicules datant parfois d’avant les années 80.

La combine est simple : on modifie la moto pour en faire une bombe. On circule sur les routes où c’est permis et on clenche quand aucun véhicule de police est en vue. Le résultat? Au lieu d’avoir des motos sportives de l’année qui brûlent le pavé sur des autoroutes conçues pour la vitesse, on a des vieilles motos d’un quart de siècle modifiées sur les routes de campagnes. A-t-on besoin de plus amples explications quant à savoir ce qui est le plus dangereux?

Une politique inutile

Le but affirmé de la politique de la SAAQ est de renflouer ses coffres tout en limitant le nombre de morts sur les routes.

Pourtant, les coffres de la société étaient pleins il y a quinze ans à peine. C’est sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et à cause de son obsession maladive pour le déficit zéro qu’on a décidé de piger massivement dans les surplus devant servir à indemniser les accidentés de la route.

Ainsi, en demandant aux motocyclistes de remettre à flot la SAAQ, c’est un peu comme si on faisait porter sur leurs épaules le poids de réparer ce que toute la société a cautionné avec le sacro-saint déficit zéro. Théoriquement, tout le monde a profité du déficit zéro, mais ce sont les motocyclistes qui doivent, presque seuls, réparer les pots cassés. Équitable? Pas vraiment!

Et puis, au fait, est-ce que la SAAQ arrivera vraiment à se renflouer en ponctionnant les motocyclistes? Rien n’est moins sûr, surtout en considération du fait que seulement 10% des motos sont des motos sports à forte cylindrée et que ce nombre risque de diminuer passablement avec les nouveaux tarifs. C’est un peu comme pour les cigarettes. L’État a du réduire drastiquement les taxes en 1994 car la contrebande lui faisait perdre des revenus. Quand on taxe trop violemment des gens qui ont une solution de rechange (voiture sport, moto modifiée, etc.), à terme, on réduit les revenus.

Et pendant ce temps, la SAAQ agrandit son siège social pour la somme de 40 million $… Allo les priorités.

Par ailleurs, il importe de noter que la proportion de morts en relation au nombre d’immatriculations a diminué dans les années ayant précédé la décision de la SAAQ de hausser les frais des motocyclistes. En 1998, il y a eu 56 morts sur 76 506 immatriculations (rapport de 0,00073) contre 50 morts sur 111 351 immatriculations en 2003 (rapport de 0,00045). Puisque la SAAQ a élaboré son projet en 2005 (pour le présenter en 2006), elle devait être très au fait de ces statistiques. En fait, le bilan routier des motocyclistes ne cesse de s’améliorer depuis vingt ans. Ce qui n’est guère surprenant, il faut le dire, avec le vieillissement de la population et l’expérience qu’elle confère aux conducteurs.

La question demeure : pourquoi, alors, s’en prendre ainsi aux motocyclistes?

Le véritable but

Le véritable but de ces hausses, selon Jean-Pierre Belmonte, est plutôt de préparer les automobilistes à cette nouvelle forme de tarification, en fonction de la cylindrée ou du type de véhicules. Même s’il est indéniable qu’on pourrait penser à facturer différemment un conducteur de voiture hybride de celui qui conduit un Hummer, avait-on besoin pour autant de s’attaquer ainsi à tous les motocyclistes? On tue une mouche sous une tonne de béton. N’aurait-on pas pu tenir compte, par exemple, du très bon bilan environnemental des motocyclettes?

À contre-sens du développement durable

Les motocyclettes les plus modernes sont des chef-d’œuvre de la consommation d’essence. Certaines peuvent faire plus de 120 km. avec un seul litre! Elles dégagent également moins de dioxyde de carbone qu’une voiture, permettent de réduire la congestion urbaine, sont moins encombrantes et n’endommagent pratiquement pas les routes. Ce n’est pas un hasard si le Comité d’action politique motocycliste (CAPM) réclame le droit pour les motocyclistes d’utiliser les voies réservées aux autobus, taxis et au covoiturage; les motos sont des véhicules beaucoup plus écologiques que les voitures!

Malheureusement, avec ces hausses de tarifs, on incite davantage de personnes à troquer leur motocyclette contre une voiture ou à modifier de vieilles motos (plus polluantes) pour payer moins cher en immatriculation. Et puisque les ventes de motos neuves ont chuté de près de 30% depuis 2006, on n’incite pas les constructeurs à développer des technologies écologiques qui nous sont adaptées, notamment la moto électrique, qui serait promise à un bel avenir dans notre pays d’hydro-électricité.

Et question technologie, il n’y a pas qu’au niveau du groupe-moteur et de la performance écologique que les efforts peuvent s’avérer payant. De nombreux constructeurs implantent progressivement des freins ABS, des coussins gonflables, des dispositifs antipatinage. Encore faut-il que les motos neuves se vendent…

Des pistes de solution

En premier lieu, il faudrait peut-être facturer motocyclistes et automobilistes en fonction d’un facteur de risque basé sur l’âge et l’expérience du conducteur plutôt que sur le type de véhicule conduit. Il serait d’une simplicité quasi-juvénile d’établir une formule mathématique mettant en relation le potentiel de risque pour chaque classe d’âge. Les compagnies d’assurances privées le font déjà; pourquoi pas la SAAQ?

En second lieu, il serait pertinent d’offrir des rabais substantiels à ceux qui choisissent des motos économiques, moins bruyantes, plus écologiques.

Finalement, il y aurait un intérêt certain à offrir une meilleure place aux véhicules à deux roues en ville, surtout s’ils sont moins bruyants et plus sécuritaires. Des stationnements gratuits, des voies réservées, des exemptions de parcomètres seraient des solutions à envisager. Il faudrait également revoir la loi qui force toute personne désirant conduire un scooter de plus de 50cc à obtenir un permis de moto.

Dans tous les cas, les motocyclistes ont raison de se sentir floués. On les traite comme des parias de la société alors qu’ils pourraient contribuer à désengorger villes et autoroutes tout en polluant moins qu’une voiture.

Pour des raisons politiques et à cause d’une aberrante étourderie, on a fait d’eux des exemples en espérant que leur manque d’homogénéité politique en ferait une cible docile. En s’organisant comme ils le font depuis quelques semaines, ils sont en train de montrer une fois de plus qu’il n’y a rien comme une injustice pour unir un groupe en apparence disparate.

Au-delà de leurs intérêts propres, c’est la survie de tous les modes de transport alternatifs et de leur abordabilité qu’ils défendent. Et c’est aussi un peu de notre air et de la décongestion de nos rues que leur combat dépend.

Que ce soit le transport en commun, le vélo, ou la moto, toutes les alternatives moins polluantes et sécuritaires à la voiture ne devraient-elles pas être offertes à tous, et pas seulement aux plus fortunés d’entre nous?

Les cages à poulets
16 mai 2009

Vous savez de quoi je parle. Vous les voyez, mais en fait vous ne les regardez pas vraiment. Ces cages à poulets, comme les appelle mon coloc. Ces petits appartements empilés où la misère se vit avec du steak le premier, du Kraft Dinner le 15 et des beurrées de beurre de pinotte à la fin du mois.

Dès qu’il fait soleil, les balcons s’animent de discussions de sports et de météo entre les vieux édentés du deuxième, qui ne s’arrêtent que pour regarder une jolie jeune fille se dandiner dans la rue. En bas, dans les marches de l’escalier, il y a une femme large comme une porte qui rit à gorge déployée. Et il y a un chien. Avez-vous remarqué qu’il y a toujours un chien? Laid. Jappe tout le temps. La femme lui crie après tout l’après-midi et les vieux du deuxième se calent une bière en rigolant.

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Marcher sur le trottoir dans ces coins-là, c’est un peu comme se tenir entre deux temps; l’espace bétonné où on pose ses pieds semble invariablement dans le présent, un présent qui tend vers le futur, qui va quelque part. Partout autour, c’est hier. Non, le mois dernier. Ou l’année dernière. Les visages changent, la température aussi, mais c’est toujours la même petite pauvreté quotidienne captive de son inertie qui vous guette du regard.

Parfois, on le lit dans quelques yeux. La jalousie? Non. Ça c’est qu’on aimerait y lire. Ça, c’est ce qui pousse certains à s’acheter de pimpants Hummer larges comme la rue ou d’autres à se mettre des chaînes d’or dans le cou. Non, dans les cages à poulet, on est au-delà de la jalousie. Il s’agit davantage d’incompréhension, une réflexion semblant émaner d’une sorte de cerveau commun chuchotant: « Pourquoi te presses-tu? Qu’y a-t-il de si important pour toi là-bas? » C’est la vision du passé qui contemple le présent.

Puis, à tous les soirs, ils sortent par milliers. Une myriade de petits enfants qui jouent à la tague sous l’oeil impassible de leurs parents.  Leurs mères sont assises sur leurs balcons à fumer et à crier: « Viens icitte mon tabarnak, attends pas que je descende te chercher ». Mais les enfants sont intelligents et ils savent que leurs mères ne descendront pas les chercher. Ils continuent à se battre, à se taquiner. Ils créent une brèche dans le temps; combien parmi eux s’émanciperont-ils de cet environnement figé? Ils luttent, ils crient quand la mère s’est finalement décidée à descendre, mais c’est bien souvent le cri du présent refusant de retourner dans le passé. C’est le cri d’une enfance qui ne veut pas finir comme leurs parents.

Malgré tout, ce sont souvent ces quartiers que je préfère. Pas la pauvreté, non. Pas la misère, non plus. L’authenticité. Ici, quand tu regardes quelqu’un, il te regarde aussi. Ici, on se parle. Pas toujours tendrement, mais sans hypocrisie. Si à Westmount, Outremont ou au centre-ville on peut te dire « monsieur » en te méprisant, ici il n’y a pas de monsieur, pas de SVP, pas de vouvoiement. Juste la réalité de deux êtres humains dénudés de la prétention de s’élever dans l’échelle sociale et qui ne se comptent pas d’histoire.

La réalité, une grosse dose de réalité entrecoupée de sacres mais qui se termine presque toujours par un sourire et un « à prochaine, là! ». La conviction que chacun n’est ni meilleur ni pire que son prochain et que tous méritent le même traitement.  Je n’habiterais pas dans ces cages à poulets et je ne me sentirais pas heureux dans un temps figé, mais une pareille authenticité, une telle franchise, j’en veux plein mes quartiers.

Car ce sont eux qui sont les vrais habitants de la Terre sous leurs pieds. Ils vivent là où ils sont, ils protègent le passé contre les assauts d’un futur plus qu’imparfait, et à mes yeux ils sont donc au moins aussi utiles socialement que le type qui gagne un gros salaire et s’enferme dans sa paisible maison le soir en se lamentant sur les actions d’un voisin qu’il n’a même jamais oser rencontrer.  Qui se joue un jeu du chacun pour soi et qui installerait des miradors aux quatre coins de son misérable terrain si cela pouvait le protéger de la vie qui grouille partout.

L’esprit de communauté et le sentiment d’appartenir à son quartier; ne s’agit-il pas de la vraie richesse de ceux qui habitent les cages à poulets?  Et si on s’inspirait d’eux un peu au lieu de les dénigrer?

De L’Électron Libre à ledernierquebecois.wordpress.com
15 mai 2009

Oyé, oyé: ceci est ma destination finale. Après avoir blogué sous le nom d’Un homme en colère sous blogspot, d’Un Homme en colère , Le Dernier Québécois et L’Électron Libre, voici ma destination finale: ledernierquebecois.wordpress.com.

J’ai été au bout du chemin. J’ai décidé d’assumer à 100% tout ce que j’écris. Ce n’est peut-être pas très original, mais c’est moi et je me dote d’un nouvel espace de liberté.

En effet, avec L’Électron Libre, j’avais fait le choix de me concentrer principalement sur les enjeux sociaux. Désormais, je me réserve le droit de donner mon opinion sur le sujet de mon choix, de réfléchir sur n’importe quoi, de raconter des anecdotes personnelles si j’en ai envie et d’écrire quelques textes journalistiques si ça me plaît.

ledernierquebecois.wordpress.com sera ma résidence virtuelle pour longtemps, le bout du chemin, et si plusieurs m’ont déjà signifié que c’est moins original que L’Électron Libre, je crois cependant que c’est plus authentique!

Bienvenue chez moi, dans cette nouvelle version de L’Électron Libre, qui désormais a son chez-soi bien à lui!

S’il y a des bugs majeurs avec le nouveau site, SVP veuillez me contacter! J’aimerais notamment savoir si vous recevez toujours les textes par RSS. Merci.