De l’utilité de la publicité

Au moment-même où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture et en pleine crise économique, le ministère des Affaires municipales a donné il y a deux semaines une subvention de 200 000$ à l’Association des agences de publicité du Québec (AAPQ). ((La Presse, La Presse Affaires, lundi, 23 mars 2009, p. LA PRESSE AFFAIRES1, Se vendre… à l’État, L’industrie publicitaire cherche une aide de Québec, Bergeron, Maxime)) Le but? Promouvoir Montréal comme « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord ».  Le site Montreal.ad, dont la version d’accueil est unilingue anglophone, est déjà en ligne. Faire de la publicité pour de la publicité avec l’argent public. Bravo.

Au fait, qu’est-ce que la publicité? Il s’agit d’une forme mesquine de manipulation jouant avec nos émotions et nos sentiments pour nous vendre divers produits. De l’art? Si l’objectif de l’art consiste à nous inciter à acheter un produit non pas sur la base de sa qualité intrinsèque mais parce qu’on nous a assez trompé pour le faire, peut-être. Dans tous les cas, il s’agit d’une formidable perte d’énergie sociale. On a beau vanter les 7400 emplois directs et 5500 indirects reliés à la publicité au Québec, quelle utilité ont réellement ceux qui font de la publicité? « Kossé ça donne? », dirait Yvon Deschamps.

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Rien. Ça ne donne absolument rien. Des ressources gaspillées. Des sommes d’argent qui auraient pu servir à produire des biens ou à offrir des services utiles. Collectivement, nous payons pour ces milliers d’emplois. Oui. C’est facile de toujours blâmer les employés du secteur public qui sont payés « avec nos impôts », mais à chaque fois qu’on achète un produit une partie de l’argent dépensé revient à des travailleurs du milieu de la publicité. Quelle utilité sociale ont ces travailleurs? Ils travaillent tous les uns contre les autres pour nous manipuler et nous convaincre d’acheter le produit X plutôt que le produit Y. On entretient ces salariés de la subjugation mentale avec notre argent.

Évidemment, le système capitaliste est ainsi fait. On a souvent dénoncé l’inefficacité des systèmes publics bureaucratisés, mais quand des milliers de personnes s’adonnent à un travail aussi inutile socialement que la publicité, on appelle cela de la « croissance » ou du « dynamisme ». Quand on pollue notre champ visuel de centaines d’affiches toutes plus insignifiantes les unes que les autres, on appelle cela le « progrès ».

Le monde est ainsi fait. Soit. Nous devons tolérer cette gargantuesque orgie publicitaire. D’accord. Mais pourquoi utiliser en plus nos impôts et nos taxes pour aider l’AAPQ?

Tiens, j’ai une meilleure idée pour faire la promotion de Montréal. On prend le 200 000$, on engage cinq employés municipaux supplémentaires et on les affecte à plein temps à la propreté du centre-ville. Je ne veux pas que Montréal soit la « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord », mais j’aimerais beaucoup mieux que Montréal soit propre et accueillante. C »est encore la meilleure des publicités.

Quant à la « créativité » des publicitaires, on pourrait leur demander justement de s’en servir pour trouver d’autres sources de financement pour leurs projets. Il est déjà assez difficile de devoir supporter leurs réclames quotidiennes sans avoir en plus à utiliser les deniers publics pour les entretenir.  S’ils ont fait le choix d’oeuvrer dans un secteur où la manipulation constitue la règle de base, qu’ils le fassent à leurs frais, sans l’aide de l’État.

Avons-nous à être complices de notre propre aliénation?

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6 Réponses

  1. Le système actuel est nul… on a même pas le droit de rien changer là-dedans, ce sont des dictateurs élus!!
    Et étant donné que ce n’est que 200 000$$$, inutile d’essayer de rassembler des gens pour manifester contre! même pas capable de rassembler des gens pour une manifs contre la corruption libérale…
    imaginez un maigre 200 000$$

  2. Affamés depuis la fin du scandale des commandites, les agences de publicité ont trouvé un nouveau moyen, plus élégant, de se faire payer pour rien faire: les subventions !
    Ce n’est qu’un début, John James va s’en mêler et ce genre de subvention va servir à toutes sortes de beaux petits projets visant à promouvoir le Fédéralisme, comme le faisaient si bien les balles de golf à ti-Jean Chrétien.
    Descendre dans la rue ? non… Au Québec, on descend dans la rue quand le Canadien gagne une partie !

  3. @William: Je comprends ton pessimisme, mais à mon avis le problème ne vient pas tant des « dictateurs élus », mais plutôt du fait que ceux-ci sont plus attentifs aux besoins des compagnies que des citoyens ordinaires et qu’ils ont de la difficulté à bien prioriser…

    @Garamond: D’accord qu’il y a un risque avec tout ça. Les subventions ne devraient peut-être pas provenir directement d’un ministère, mais plutôt être soumises à des règles plus transparentes et nécessitant des consultations, par exemple. On consulte pour ceci ou cela; pourquoi ne pas le faire quand on gaspille l’argent de nos impôts pour « aider » des publicistes?

  4. «Tiens, j’ai une meilleure idée pour faire la promotion de Montréal. On prend le 200 000$, on engage cinq employés municipaux supplémentaires et on les affecte à plein temps à la propreté du centre-ville. Je ne veux pas que Montréal soit la « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord », mais j’aimerais beaucoup mieux que Montréal soit propre et accueillante. C”est encore la meilleure des publicités.»

    Oui mon Louis ! Bien dit ! Je parlais avec un Chilien aujourd’hui sur l’entretien de nos routes, pas mieux que nos rues, et il me disait que leurs routes sont pas mal entretnues que les nôtres. C’est privé, pas gouvernemental et on te facture à chaque mois, selon l’utilisation que tu en fais, c’est-à-dire à l’aide d’un petit radar installé sur ton pare-brise.

    Quant à la propreté, Montréal est une poubelle à ciel ouvert, c’est décourageant. Pas une question d’argent encore une fois !

  5. Oups !

    Pas mal «mieux entretenues que les nôtres» qu’il aurait fallu lire.

    Excusez !

  6. Louis, je suis totalement d’accord avec toi sur ce sujet.

    Évidemment, ce n’est que 200 000$, donc 30 cents par Québécois. Rien pour susciter des passions. Rien pour attirer l’attention des média (qui en profitent, par ailleurs…).

    Mais des façons de mieux dépenser cet argent, je suis capable d’en imaginer à profusion.

    Tu dis: « Dans tous les cas, il s’agit d’une formidable perte d’énergie sociale. ». Rarement ai-je lu une phrase dont j’aurais autant aimé être l’auteur…

    « On a beau vanter les 7400 emplois directs et 5500 indirects reliés à la publicité au Québec, quelle utilité ont réellement ceux qui font de la publicité? « Kossé ça donne? », dirait Yvon Deschamps. » En effet. Mais en fait le plus important: si on avait dépensé ce 200 000$ ailleurs, aurait-on pu rendre davantage service à la population qu’en encourageant la publicité? Poser la question… Ce que tu as bien compris en écrivant: « Des sommes d’argent qui auraient pu servir à produire des biens ou à offrir des services utiles. »

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