Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel

Quand Louise Harel affirmait que « Montréal est complètement désorganisée », il fallait lire le sous-entendu: « je vais réorganiser Montréal ». L’ancienne député péquiste s’est retirée de la politique provinciale en novembre pour mieux se lancer en politique municipale. Son plan de match: fusionner Projet Montréal et Vision Montréal afin de devenir la mairesse de Montréal.

Selon mes sources, pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

En effet, si on blâme beaucoup le maire Labonté pour son manque de leadership, force est de constater que plusieurs des membres démissionnaires de la dernière année attendent beaucoup de Harel. Qu’on pense simplement à Claire St-Arnaud, ex-conseillère municipale de Maisonneuve-Longue-Pointe et amie de Louise Harel depuis 25 ans. Ou Robert Laramée, qui avait été battu par Benoît Labonté par 839 voix en 2005 (alors que ce dernier était dans le Union Montréal de Gérald Tremblay). Ou Christine Hernandez, ex-présidente de Vision Montréal dans Outremont, qui a fini troisième derrière Union Montréal et Projet Montréal et qui aurait gagné advenant une fusion avec ce dernier parti.

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Source de l’image

Les sondages officiels sont catastrophiques pour Vision Montréal: avant même les dernières démissions, le parti obtenait un maigre 26% des intentions de vote, contre 58% pour Union Montéal et 16% pour Projet Montréal. ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 18 octobre 2008, p. a6, En bref, Tremblay en avance)) Pire: même dans un arrondissement très francophone comme Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Gérald Tremblay obtient 67,7 % des intentions de vote, contre 14,9 % pour Benoit Labonté et 14,8 % pour Richard Bergeron ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 6 février 2009, p. a5, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Le parti du maire Tremblay est en avance, selon un sondage, Corriveau, Jeanne)). Des sondages internes produits par le réseau Harel la place pourtant à près de 33% des intentions de vote dans toute la ville et elle espère qu’en prenant le contrôle de Projet Montréal elle réussirait à se hisser devant Gérald Tremblay, qui semble surtout jouir de l’impopularité de ses adversaires. « Harel contrôle déjà Vision Montréal. Labonté est en phase terminale. Elle n’attend que le bon moment pour prendre officiellement le contrôle du parti », m’explique un membre influent de Projet Montréal.

Le problème n’est pas nouveau: au niveau provincial, le Parti Québécois a perdu plusieurs comtés à cause de la division du vote causée par la présence de Québec Solidaire. Les profondes différences idéologiques entre les deux partis ont empêché toute fusion. Dans la situation actuelle, il y a certes des différences majeures au niveau des appuis (QS et le NPD appuient Projet Montréal alors que le PQ est divisé entre le réseau Harel pour Vision Montéal et le réseau de André Lavallée, maire de Rosemont, pour Union Montréal) mais Projet Montréal n’est pas encore largement connu et identifié idéologiquement. En clair, elle espère offrir un poste de prestige à Bergeron et réorienter ce qui resterait des idées du parti après une fusion qui se ferait selon ses convictions. Et elle croit que cela se ferait sans trop de grogne, étant donné que Projet Montréal est relativement nouveau sur la scène municipale.

Ceci dit, il existe une faille majeure dans la stratégie de Louise Harel, outre le désir de Projet Montréal de conserver son identité: elle est trop identifiée au Parti Québécois. Dans une région montréalaise où le PQ termine souvent troisième dans les intentions de vote, quelle impact aurait-elle à la tête d’un nouveau parti fusionné? Et comment réagiraient les progressistes reliés au NPD et à Québec Solidaire face à elle? Elle gagnerait certainement l’est de la ville, mais le Plateau, et l’ouest?

Voilà des questions auxquelles elle devra répondre si elle ne veut pas se planter dans son nouveau jeu des fusions. Car Richard Bergeron a beau être à la tête d’un petit parti peu connu, il s’agit toutefois d’un parti en pleine croissance et qui augmente constamment sa popularité.

Si Mme. Harel est vraiment intéressée par le bien-être de la ville de Montréal, ne devrait-elle pas se joindre à Projet Montréal, appuyant Richard Bergeron de la force de son expérience, au lieu de grenouiller et de chercher à torpiller une des plus belles initiatives citoyennes montréalaises depuis des années? Montréal ne mérite-t-elle pas mieux à sa tête qu’une ex-ministre ayant causé tout le cafouillage actuel avec ses fusions forcées?

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19 Réponses

  1. […] qui tient le blogue L’Électron libre, arrive avec un scénario mettant en vedette Louise Harel, comme candidate à la mairie de Montréal. […]

  2. Je ne crois pas du tout au succès de Louise Harel; beaucoup de gens lui en veulent d’avoir essayé de tenter la fusion de l’île de Montréal et redouterait qu’elle s’essaie à centraliser davantage la ville et à peut-être relancer la saga, ce qui est du suicide politique d’après moi.

  3. Je pense comme toi. Le problème avec le milieu municipal, cependant, c’est qu’il est peu suivi, ce qui veut dire que ce n’est pas parce que 70% de la population (chiffre fictif) ne l’aime pas que ces 70% vont aller voter. Ce sont ceux qui sont les mieux réseautés et les plus motivés qui gagnent.

    À mon avis, elle continue de tester l’eau et elle attend son moment… tout en faisant d’intenses pressions sur Richard Bergeron…

  4. J’aime bien madame Harel. Si elle se présentait à la mairie de Montréal, je voterais pour elle, définitivement ! Hélas ! j’habite à la campagne….
    Son association avec le PQ ne lui nuira pas tant que cela; le PQ peut mettre sa machine à sa disposition dans l’est et au centre.
    L’idée est bonne, continuons à la promouvoir.

  5. […] Le grand jeu de Louise Harel Quand Louise Harel affirmait que […]

  6. Il ne faudrait pas que Projet Montréal se saborde comme le RCM l’a fait en 2001 pour rejoindre le parti de Gérald Tremblay. A Montréal nous avons besoin d’un parti progressiste sur la scène politique municipale. Si Projet Montréal fusionne avec Vision Montréal il disparaîtra complètement au profit de ce dernier.

  7. Ha! Ha! Vous risquez d’avoir le choix entre la nouille à Tremblay et madame «je-fusionne-tout-ce-qui-bouge-en-levant-le-nez-sur-la-démocratie-et-que-les-citoyens-des-banlieues-payent-pour-cette-merde-que-j’ai-fait-pour-les-centres-villes-à-marde» Harel.

    Hé bien! Moi qui pensais que Québec aurait le choix le plus merdique à faire entre la peste (Labeaume) et le choléra (Loubier) en novembre prochain, je suis content de Montréal aura aussi un choix merdique à faire. Mais bon, juste à côté de Québec, il y a la dictature de L’Ancienne-Lorette, alors ne nous plaignons pas, notre sort n’est pas si pire que ça!

  8. En tout cas, tu as touché de quoi. Pour être cité par Cyberpresse… http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70722619

  9. @Garamond: Je n’ai rien personnellement contre Harel en tant que personne, mais le fait qu’elle ait piloté le dossier des fusions forcées lui enlève, à mon avis, beaucoup de crédibilité pour gérer Montréal. Je ne crois pas que l’idée d’une fusion avec Projet Montréal soit nécessairement bonne: une telle fusion apporterait beaucoup à Harel mais très peu à ceux qui partagent les idéaux de Projet Montréal….

    @internationaliste: Entièrement d’accord. Projet Montréal a sa place parce qu’il remplit un vide. J’ai l’impression que beaucoup de Montréalais en ont plus qu’assez de la façon dont leur ville est gérée depuis quelques décennies. Un changement semble s’imposer. Veut-on faire du neuf avec du vieux? À mon avis, c’est ça le projet Harel. Et le fait qu’elle avance masquée ne me rassure pas.

    @Jean-Luc Proulx: Ouais la situation n’est pas mieux à Québec. Mais quand même… Je préfère Harel à Labeaume demain matin. Labeaume devrait être à la tête d’une émission de radio, pas d’une ville!

    @Alex: Patrick Lagacé s’intéresse lui aussi au dossier. Je crois qu’on va avoir des développements bientôt. Dans tous les cas, quand vous apprendrez les projets de Harel (si elle ne se désiste pas), vous l’aurez lu ici en premier! 🙂

  10. Coudonc tu viens de changer de nom. Tu t’appelles maintenant Louis au lieu de Louis!

  11. J’ai choisi de bloguer sous mon vrai vrai nom! 🙂 La décision n’a pas été facile à prendre, mais voilà c’est fait.

    Plus de détails ici dans le dernier paragraphe.

  12. […] that Louise Harel is gearing up to run for mayor. According to the political analysis blog L’Élection libre, Harel’s aim is to push both Bergeron and Labonté out of their leadership positions in order […]

  13. […] y arriver. Mais je n’avais pas vu venir le coup qu’elle préparerait, soit celui de fusionner Vision Montréal et Projet Montréal, le parti de Richard Bergeron qui avait fait un très respectable score aux dernières […]

  14. Juste pour éviter quelques confusions, je ne dis pas dans ce texte que Projet Montréal et Vision Montréal vont fusionner. Je dis plutôt que le réseau Harel fait tout pour que ce soit le cas, mais que Richard Bergeron et Projet Montréal ne veut rien savoir (pour le moment). En conséquences, selon mes sources, Projet Montréal sera effectivement de la prochaine élection…

  15. […] de dire qu’elle se porterait candidate ? la mairie. Un texte tr?s int?ressant sur ce sujet ici: http://lelectronlibre.net/2009/03/16/louise-harel-vision-montreal-projet-montreal Les questions du blogueurs sont tr?s bonnes. Pour ma part, j’avoue pr?f?rer l’hypoth?se o? Harel […]

  16. […] qui met la table pour Louise Harel qui, comme je l’annonçais il y a quelques semaines(7), a le poste de mairesse dans sa […]

  17. […] Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel […]

  18. […] ici, d’être en mesure d’avoir accès à l’information. Même qu’ici, on peut se permettre d’avoir des blogueurs qui font du journalisme-citoyen, une réalité impensable dans bien des pays dans le monde. D’ailleurs, comment dire, on […]

  19. Quand vous mentionnez que UM aurait 67% des intentions de vote dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, ne serait-ce pas dans l’hypothèse que Réal Ménard, député bloquiste du même patelin, démissionne pour se présenter sous la bannière de M. Tremblay ?

    À ce sujet, mon impression est plus à l’effet que M. Ménard récolterait 67% des votes, peu importe le parti auquel il serait associé.

    Et une partie de ce score ne serait pas uniquement attribuable à la popularité de ce dernier, mais aussi à l’insatisfaction envers l’actuelle mairesse de l’arrondissement.

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