La mort de Jade Goody

Cancéreuse et mourante. Blême comme un suaire, chauve, d’énormes poches sous les yeux. Elle se marie, exige 800 000 livres (1,4 M$) pour publier ses photos. Elle a une grande gueule, un physique plus que particulier avec ses énormes seins comme deux dangereux obus et son sourire parfois charmant, souvent menaçant. Son père était un braqueur mort d’une surdose, sa mère une lesbienne manchote, et son petit ami vient de sortir de prison. Elle est la reine de la télé-réalité britannique et elle va maintenant mourir en direct, ou presque. Jade Goody.

D’ordinaire, je ne suis pas un fan de ce type de faits divers et de « célébrités » qu’on crée de toutes pièces pour noircir les pages des magazines. Ce qui me touche dans ce cas, cependant, c’est la cohérence et les convictions de Jade Goody, qui est prête à jouer son rôle d’enfant terrible des médias jusqu’à la toute fin. On peut être d’accord ou non avec les actions ou les croyances de quelqu’un, mais comment ne pas respecter un individu qui est cohérent avec lui-même jusqu’à son dernier souffle?

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Source de la photo

Outre son histoire familiale particulière, la vie semble s’acharner contre elle. En 2002, à 21 ans, juste avant son passage à l’émission Big Brother 3, elle reçoit un Pap test lui révélant des cellules anormales. Elle obtient par la suite un diagnostic de cancer des ovaires en 2004 et de cancer des intestins en 2006, dont elle sort victorieuse. En août 2008, elle retourne à l’hôpital pour un quatrième cancer – de l’utérus celui-là – qui lui sera fatal d’ici quelques semaines.

Malgré tous les obstacles, elle a foncé dans la vie, participant à Big Brother 3, à Celebrity Big Brother, puis à Big Boss, la version indienne de l’émission de télé-réalité. On l’a vu sur les plages, dans les bars, elle a animé la controverse avec ses déclarations et ses excès.  Elle a participé au marathon de Londres en 2006 même si elle savait qu’elle risquait de s’effondrer (ce qui s’est produit). Elle a vécu en cohérence avec ce qu’elle est et malgré les difficultés. C’est pour cette raison que son histoire touche autant les Britanniques. Et c’est pour cela que sa mort prochaine m’émeut.

En effet, nous vivons dans une société aseptisée. Température du logement: 21,4 degrés. Frigo: 2,5 degrés. Nous mangeons des oméga-3 pour le coeur, des fibres pour la régularité. Nous faisons notre exercice quotidien, nous prenons congé du travail pour un rhume, nous allons voir le médecin pour une grippe. Nous avons peur du sang, peur de la mort,  peur de la pauvreté, peur des étrangers, peur du manque, peur de la vieillesse, peur de vivre parfois aussi. Nous avons des médicaments pour l’insomnie, la digestion, le mal de tête, la diarrhée, la gastro. Nous sommes prêts. Prêts à quoi, au fait? Prêts à refuser l’inéluctable: nous allons tous mourir.

En fait, ce qui frappe tant les esprits dans l’histoire Jade Goody, c’est peut-être surtout la rapidité de sa dégénérescence. Elle n’a jamais atteint cette zone-tampon de la vieillesse, cet âge de l’abandon où l’on devient souvent de vieux croulants sans intérêt pour les médias et où la mort peut calmement entourer ses serres autour de soi dans l’indifférence la plus totale. Jade Goody était au top malgré ses difficultés et il n’aura fallu que quelques mois pour la voir passer de la vie active à la mort. On n’a pas eu le temps de l’oublier. Elle n’a jamais accepté de s’isoler et de mourir en silence. Elle meurt dans un bruit assourdissant, comme un avion à réaction brisant le mur du son dans un après-midi d’été tranquille. Elle a violé le dernier des tabous: elle n’a pas accepté cette règle implicite de la vie demandant au malade de se retirer afin de ne pas rappeler aux bien-portants qu’ils y passeront tous.

Elle a vécu sa vie d’adulte devant les médias, et c’est ainsi qu’elle se dirige vers la mort. Elle a enrichi nombre de publications avec ses frasques et elle demande maintenant qu’on la paie pour la voir dans ses derniers retranchements. Dans un jeu où la plupart quitte avant la fin, elle a été jusqu’au bout de l’inhumanité d’un système de vedettariat nous faisant vivre par procuration toutes les étapes d’une vie pleinement savoureuse et remplie en accéléré.

Elle est cohérente avec elle-même et le message qu’elle lance à tous est criant de vérité: « regardez-moi, car vous allez tous y passer ».

Dans un monde de beautés siliconées et de triste perfection, elle a ouvert la porte à une mort qu’on refuse trop souvent d’accepter. Elle est ce fantôme qui nous fait prendre conscience de la précarité de la vie et qui nous incite à nous questionner sur ce qu’on en fait et sur ce qui doit rester de nous après notre mort.

Y a-t-il question plus angoissante?

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4 Réponses

  1. Je ne suis pas certain de vouloir suivre cette histoire….
    Chacun fait face à son cancer comme il ou elle l’entend; ça ne me regarde pas.
    Face au cancer, surtout celui des autres, je me sens parfaitement impuissant….
    Il n’y a surtout pas une juteuse occasion de faire du fric avec ça !

  2. Laissons les meubles a leur place et laisson-la tranquille! apres tout, NOUS sommes ENCORE en vie, nous,…Retenons-nous de ce billet ridicule.

  3. @Garamond: Elle affirme avoir choisi de monétariser son drame pour assurer le futur de ses enfants. Moi aussi je me sens impuissant, mais j’admire tout de même son courage d’avoir eu la cohérence de jouer le jeu jusqu’à la fin.

    @Many: Si pour vous s’interroger sur la mort et sur sa présence dans les médias est ridicule, grand bien vous fasse.

  4. Avec tout ce qu`elle a vécu, c`est p.ê. un moyen pour elle d`affronter la mort en se sentant soutenue.

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