Archive for mars 2009

Le CHUM en PPP: la pire des idées
30 mars 2009

La décision du gouvernement du Québec d’aller de l’avant avec le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) construit en partenariat public-privé (PPP) a de quoi inquiéter les citoyens. Non seulement les PPP coûtent-ils plus chers, mais il y a risque de conflit d’intérêts et l’engagement à long terme augmente les possibilités de dérapage.

D’abord, les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État, surtout en période de crise. Les taux pratiqués actuellement sur le marché du crédit sont 2,5% plus élevés pour le privé. Et si les taux venaient à baisser, l’État n’en profiterait pas puisque l’entente est scellée avec l’entreprise qui gère le PPP. Martine M. Bellanger, professeure d’économie à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes, en France, explique :

Dans la mesure où les PPP comportent un potentiel plus élevé d’aléas pour les entreprises que les contrats traditionnels, leurs banquiers et leurs assureurs en tiennent compte. Comme les promoteurs de PPP ne sont pas des philanthropes, ils reportent ces coûts sur les loyers et les autres formes de paiement exigés des partenaires publics.

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La ministre des finances, Mme. Jérôme-Forget, se défend en disant que le gouvernement sera un bon payeur et qu’il rencontrera ses obligations, mais ce que sous-entend cette déclaration apparaît plutôt comme l’aveu que le gouvernement sera toujours là pour subvenir aux besoins du privé et absorber les dépassements de coût.

Jean Charest martelait depuis des années que les PPP ne devaient pas alourdir la dette publique. Le gouvernement étudie pourtant des scénarios permettant de faciliter l’accès au crédit des consortiums en lice pour ceux-ci après les inquiétudes de ces dernières quant à leur incapacité à se financer adéquatement. Le but du partage de risques consiste à faciliter l’accès au crédit pour les promoteurs privés en faisant porter un fardeau plus élevé sur les épaules du gouvernement du Québec. Ainsi, une partie du risque devient une dette pour les contribuables. Le PPP devait (théoriquement) sauver de l’argent: si en plus de payer les profits des consortiums il faut partager leurs risques, à quoi bon? Qui veut-on récompenser ici : les amis du gouvernement? Pourquoi ne pas simplement bâtir le CHUM de manière traditionnelle et leur envoyer un chèque par le poste tant qu’à ça?

Outre la théorie, il y a la pratique. Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, p. A5, FINANCEMENT DES HÔPITAUX, Les PPP sont trop coûteux, selon une étude anglaise, Noël, André)) Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. Ce n’est d’ailleurs par pour rien que le ministère de la Santé a suspendu la réalisation de plusieurs programmes en 2006, notamment parce que les hôpitaux devaient verser aux promoteurs des montants fixes trop élevés eu égard aux budgets accordés par l’État pour leur fonctionnement régulier.

Par ailleurs, les risques de conflits d’intérêts sont bien réels. Il n’est pas question ici d’enveloppes brunes glissées sous la porte d’un politicien bien en vue (même si ces choses peuvent exister), mais plutôt de promoteurs qui conseillent le centre hospitalier de l’université McGill et soumissionnent pour le CHUM et vis versa. Le danger est clair : une firme peut obtenir des informations dans un projet dont elle profitera dans le second. Pour surveiller tout ce fouillis, un avocat a été embauché par l’agence des PPP à titre d’arbitre des conflits d’intérêts. La bureaucratie dans toute sa splendeur.

Un autre aspect à ne pas négliger est l’engagement à long terme vis-à-vis d’une entreprise privée. Ces dernières peuvent changer ou chuter; on se rappellera que la gestion de l’eau de la municipalité de Hamilton s’est retrouvée dans les mains d’une filiale d’Enron. Les besoins peuvent changer : qui sait si dans 35 ans on aura besoin d’un CHUM rempli à pleine capacité ou s’il ne faudra pas privilégier d’autres solutions? Comme le notait avec pertinence l’organisation Médecins québécois pour le régime public (MQRP) le 8 mars dernier, un PPP ne concerne pas uniquement la construction d’un projet, mais son financement, sa conception, sa transformation, sa possession et son exploitation. Il s’agit d’une structure incroyablement rigide enchaînant l’État pour plusieurs décennies. On en arrive progressivement à des situations quasi-surréalistes, comme dans certains hôpitaux britanniques où on détermine la durée optimale d’une ampoule électrique et où on refuse de la remplacer si celle-ci avait le malheur de brûler avant la date prévue. Le fait que le premier hôpital britannique construit en PPP ait déclaré faillite en 2006 devrait également nous inquiéter. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, idem.))

Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé. L’Ordre de architectes du Québec, l’Association des économistes du Québec, le Parti Québécois, Québec Solidaire, le MQRP, la Coalition Solidarité Santé, la CSN, l’APTS; tous s’y opposent.

Encore une fois, pourtant, le gouvernement fait la sourde oreille aux revendications des citoyens et préfère suivre son idéologie jusqu’au bout, quand bien même celle-ci a prouvé son inefficacité. Jusqu’où faut-il aller avant de comprendre l’illogisme d’une façon de faire qui coûte cher et lie nos mains pour des décennies?

Au lieu d’être de simples locataires du CHUM, pourquoi n’en serions-nous pas propriétaires à moindre coût?

Radio-Canada et la mort de la culture
26 mars 2009

La culture ne vaut rien.  Le gouvernement ne le dit pas directement, mais c’est la conclusion qu’il faut en tirer à la suite des coupures à Radio-Canada.  La vraie question n’est pas de savoir si la Société Radio-Canada (SRC) est suffisamment financée ou non. Le seul point important, suite aux mises à pieds de 800 employés des réseaux anglais et français de la chaîne publique, consiste à se demander de quel genre de télévision nous avons besoin et si nos politiciens fédéraux ont compris l’importance d’un réseau médiatique publique de qualité au service des citoyens.

Le gouvernement se défend en disant qu’il s’agit d’une conséquence de la crise financière et qu’il n’y peut rien. Facile. Après avoir promis en septembre qu’il ne toucherait pas au financement de la SRC ((La Presse, Actualités, dimanche, ÉLECTIONS FÉDÉRALES, Les conservateurs nient vouloir toucher à la SRC, Ballivy, Violaine)), le Parti Conservateur a agi par la bande en abolissant le Fonds canadien de télévision et en laissant la crise faire le reste du travail.

En effet, le Fonds canadien de télévision consacrait 37% de son budget à notre chaîne publique, soit 106 millions $ pour 2008-2009. Sous les pressions répétées des Pier-Karl Péladeau de ce monde, le fonds a été éliminé début mars, remplacé par un Fonds des médias du Canada beaucoup plus généreux avec les télédiffuseurs privés. Désormais, on privilégie le potentiel d’audimat au-dessus des qualités intrinsèques d’une émission. On décourage ainsi toute forme d’audace et d’innovation en favorisant le plus simple des dénominateurs communs. Prenez à Découvertes et Enjeux, donnez à Loft Story et à Star Académie.

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Parallèlement, la crise financière n’est qu’un prétexte. Oui, les revenus publicitaires ont chuté. Mais pourquoi le fardeau devrait-il entièrement reposer sur la société d’État et sur ses (ex-)employés? Le gouvernement est prêt à accorder des MILLIARDS $ aux constructeurs automobiles pour protéger des emplois. N’aurait-il pas pu allonger le 171 millions $ qui manquait à la SRC/CBC?

Ce manque de sensibilité des Conservateurs vis-à-vis du fleuron de la télévision canadienne en dit long sur leur idéologie du tout-marché et leur manque d’intérêt pour tout ce qui touche la culture. Le problème est pourtant plus profond que cela: il faut nous questionner sur le rôle que nous aimerions donner à la société d’État.

Nous lui demandons actuellement de boucler un budget déficitaire en coupant des émissions culturelles et d’information et en se débarrassant de loyaux employés. Aurait-on idée de demander à un hôpital de cesser de soigner certains patients pour rentrer dans son argent? Ou à une école de réduire ses programmes et de foutre élèves et professeurs à porte? Non, bien sûr. Alors, pourquoi accepterions-nous de sacrifier notre culture là où nous exigerions qualité et respect de nos valeurs dans d’autres domaines?

Certains diront que la culture n’est pas assez importante, qu’elle ne mérite pas ces sacrifices. Qu’on ne peut pas la comparer à la santé et à l’éducation. Vraiment?

La culture est une richesse à long terme. Quand la SRC ouvre son bulletin de nouvelles sur une question politique complexe là où TVA fait la chronique des chats écrasés, il s’agit d’une forme d’éducation complémentaire à celle offerte par le réseau scolaire. Quand la SRC nous présente des émissions de qualité faisant l’apologie d’une alimentation saine et d’un meilleur rythme de vie, toute la société y gagne car nous sommes globalement moins malades. Elle est là, la richesse de la culture. Chaque fois qu’un individu apprend quelque chose grâce à la SRC, il enlève ce fardeau de l’apprentissage à une autre partie du système. Si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions la valeur éducative de Radio-Canada, qui a su allier divertissement et apprentissage, et nous exigerions la même qualité que pour l’éducation « officielle » de nos enfants. Et nous réclamerions un juste financement, tout comme nous ne demandons pas à une école primaire de s’auto-financer.

Les deux dangers guettant Radio-Canada

Si nos gentils politiciens d’Ottawa ne comprennent pas ce point primordial, deux dangers guettent la société d’État:

  1. La marginalisation:il suffit de regarder Télé-Québec pour se convaincre des dangers d’une marginalisation de Radio-Canada. Une télévision n’ayant plus les moyens de ses ambitions et faisant certes des émissions intelligentes, mais dépourvues des moyens permettant de capter l’attention de la majorité de la population.  L’aspect éducatif ne doit pas faire oublier la nécessité de moyens techniques permettant de rendre les émissions divertissantes;
  2. La dénaturation: ce scénario me semble plus plausible. Radio-Canada risque de devenir un clone de plusieurs autres réseaux privés, avec des émissions douteuses, des copies de concepts américains médiocres et dont la seule spécificité sera de nous parler occasionnellement des vaches manitobaines ou des homards néo-écossais. Un réseau gangrené par la publicité et devant faire la course aux cotes d’écoute pour espérer pouvoir survivre à l’année suivante.

Ne pourrait-on pas, nous, Québécois et Canadiens, nous doter d’une télévision et d’une radio publiques bien financés et nous offrant des émissions à la fois de qualité et divertissantes? Radio-Canada coûte présentement en moyenne 33$ par citoyen par année. Il me semble que c’est bien peu pour la richesse informative de ce réseau. Ne pourrions-nous pas oser davantage de qualité?  L’État se prive de milliards $ annuellement à cause des baisses d’impôts accordées au cours des dernières années. Ne pourrait-on pas choisir nos priorités?

Les effets d’un déracinement culturel ne se quantifient peut-être pas entre deux élections, mais à long terme, un peuple éduqué et fort au sens culturel me semble plus à même de faire les meilleurs choix individuels et collectifs permettant le mieux-être de l’ensemble de la population.

De l’utilité de la publicité
24 mars 2009

Au moment-même où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture et en pleine crise économique, le ministère des Affaires municipales a donné il y a deux semaines une subvention de 200 000$ à l’Association des agences de publicité du Québec (AAPQ). ((La Presse, La Presse Affaires, lundi, 23 mars 2009, p. LA PRESSE AFFAIRES1, Se vendre… à l’État, L’industrie publicitaire cherche une aide de Québec, Bergeron, Maxime)) Le but? Promouvoir Montréal comme « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord ».  Le site Montreal.ad, dont la version d’accueil est unilingue anglophone, est déjà en ligne. Faire de la publicité pour de la publicité avec l’argent public. Bravo.

Au fait, qu’est-ce que la publicité? Il s’agit d’une forme mesquine de manipulation jouant avec nos émotions et nos sentiments pour nous vendre divers produits. De l’art? Si l’objectif de l’art consiste à nous inciter à acheter un produit non pas sur la base de sa qualité intrinsèque mais parce qu’on nous a assez trompé pour le faire, peut-être. Dans tous les cas, il s’agit d’une formidable perte d’énergie sociale. On a beau vanter les 7400 emplois directs et 5500 indirects reliés à la publicité au Québec, quelle utilité ont réellement ceux qui font de la publicité? « Kossé ça donne? », dirait Yvon Deschamps.

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Rien. Ça ne donne absolument rien. Des ressources gaspillées. Des sommes d’argent qui auraient pu servir à produire des biens ou à offrir des services utiles. Collectivement, nous payons pour ces milliers d’emplois. Oui. C’est facile de toujours blâmer les employés du secteur public qui sont payés « avec nos impôts », mais à chaque fois qu’on achète un produit une partie de l’argent dépensé revient à des travailleurs du milieu de la publicité. Quelle utilité sociale ont ces travailleurs? Ils travaillent tous les uns contre les autres pour nous manipuler et nous convaincre d’acheter le produit X plutôt que le produit Y. On entretient ces salariés de la subjugation mentale avec notre argent.

Évidemment, le système capitaliste est ainsi fait. On a souvent dénoncé l’inefficacité des systèmes publics bureaucratisés, mais quand des milliers de personnes s’adonnent à un travail aussi inutile socialement que la publicité, on appelle cela de la « croissance » ou du « dynamisme ». Quand on pollue notre champ visuel de centaines d’affiches toutes plus insignifiantes les unes que les autres, on appelle cela le « progrès ».

Le monde est ainsi fait. Soit. Nous devons tolérer cette gargantuesque orgie publicitaire. D’accord. Mais pourquoi utiliser en plus nos impôts et nos taxes pour aider l’AAPQ?

Tiens, j’ai une meilleure idée pour faire la promotion de Montréal. On prend le 200 000$, on engage cinq employés municipaux supplémentaires et on les affecte à plein temps à la propreté du centre-ville. Je ne veux pas que Montréal soit la « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord », mais j’aimerais beaucoup mieux que Montréal soit propre et accueillante. C »est encore la meilleure des publicités.

Quant à la « créativité » des publicitaires, on pourrait leur demander justement de s’en servir pour trouver d’autres sources de financement pour leurs projets. Il est déjà assez difficile de devoir supporter leurs réclames quotidiennes sans avoir en plus à utiliser les deniers publics pour les entretenir.  S’ils ont fait le choix d’oeuvrer dans un secteur où la manipulation constitue la règle de base, qu’ils le fassent à leurs frais, sans l’aide de l’État.

Avons-nous à être complices de notre propre aliénation?

L’irresponsabilité de André Pratte
22 mars 2009

Je n’aime pas André Pratte. En fait, j’admire ses talents journalistiques. Ses textes sont bien écrits, concis, d’une précision à faire rêver le chirurgien des mots qui m’habite. Malheureusement, son talent n’a d’égal que sa capacité à manipuler volontairement les gens qui sont assez dupes pour le croire. Dernier exemple en liste: son plus récent éditorial, où il qualifie d’irresponsable le budget provincial. Irresponsable. Pas parce que Jean Charest a menti aux Québécois lors de la dernière campagne électorale en leur affirmant qu’il n’y aurait pas de déficit. Irresponsable. Parce que le gouvernement devrait, selon Pratte, couper dans les services publics. Une belle connerie.

En effet, selon M. Pratte, il conviendrait « d’ajuster l’envergure des programmes sociaux à [notre] capacité fiscale ». Gros bon sens. Oui. Le problème, c’est que Pratte se refuse à considérer le rôle des précédentes baisses d’impôts, qui ont principalement profité aux classes supérieures, dans son analyse. Il considère la « capacité fiscale » comme étant quelque chose de fixe, qui ne peut être modifié. En conséquence, à ses yeux, la seule façon d’équilibrer le budget serait de couper dans les services ou de facturer les utilisateurs au pro-rata, ce qui handicape systématiquement la classe moyenne et les moins fortunés.

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Pourtant, les baisses d’impôts imposées par les gouvernements du Parti Québécois et du Parti Libéral depuis le début des années 2000 ont privé le Québec de près de 10 milliards $ par année. 10 milliards $! Pratte réfute implicitement ces faits d’un trait de crayon: « les politiciens québécois répondront qu’il est impossible d’augmenter les impôts des Québécois ». Ah oui? Laissez-moi comprendre: on ne devrait pas mieux imposer les plus nantis parce que « les politiciens » disent que c’est « impossible », mais d’un autre côté on devrait demander à ces mêmes politiciens qu’ils coupent nos services. Ça, c’est possible, selon M. Pratte. Vous y comprenez quelque chose?

En vérité, si les politiciens jugent qu’il est impossible de hausser les impôts des mieux nantis, c’est largement à cause d’éditorialistes comme André Pratte, qui ne manquent jamais une occasion de réclamer une baisse. Ça se comprend: pensez-vous sérieusement que André Pratte gagne moins de 100 000$ par année?  Et son patron, le milliardaire Paul Desmarais, lui?  Évidemment qu’il a avantage à ce qu’on baisse les impôts! Bien sûr qu’il y gagnerait! Il fait partie de l’élite, d’une minorité de Québécois qui n’ont que peu à gagner d’une redistribution de la richesse. Pour ces gens, le tout-privé représente presque un paradis. Ils ont les moyens de tout se payer, de l’école privée à l’hôpital privé en passant par des tarifs d’électricité plus élevés, des péages sur les routes, alléluia. Ils en ont les moyens.

Mais pour les autres, la classe moyenne et les plus pauvres, ce n’est pas le cas.

On conçoit souvent négativement l’impôt. Pourtant, il s’agit de la principale source de revenus du gouvernement, et c’est cette nécessaire redistribution de la richesse qui permet de bâtir une société plus cohérente. Les riches sont moins riches, mais ils vivent en paix. Les pauvres sont moins pauvres, et ils n’ont pas besoin de voler les riches. Montrez-moi une société plus égalitaire, je vous montrerai une société qui impose adéquatement ses plus riches. Montrez-moi une société pacifique où il est possible de ne pas barrer ses portes le soir, et je vous montrerai une société qui redistribue convenablement sa richesse grâce à des services publics financés à même les impôts. Tout le monde y gagne. Même les plus aisés, qui n’ont pas à s’isoler dans des villas privées entourées de hautes clôtures et de gardes de sécurité pour se protéger des démunis.  Même eux, ils ont avantage à être mieux imposés afin de jouir d’une société plus égalitaire et moins violente.

Baisser les impôts, c’est faire un pas vers l’anarchie et la désintégration sociale. C’est se rapprocher de sociétés inégalitaires où les plus pauvres ne sont peut-être pas des « assistés sociaux », mais au contraire de dangereux prédateurs. Où les mieux nantis cherchent à s’isoler et se croient investis du droit de tout s’acheter, y compris les autorités publiques. C’est ça, que M. Pratte désire?

Le budget Jérôme-Forget est irresponsable, mais ce n’est pas parce qu’il refuse de couper les services. Il est irresponsable parce qu’il ne répare pas les erreurs du passé en réajustant les impôts des mieux nantis à un seuil plus acceptable. Le party est fini. Les baisses d’impôt nous ont trop coûté. Il est temps de dégriser et de faire payer leur juste-part à ceux qui en ont les moyens. Et tant pis pour la minorité de gens qui, comme André Pratte, y perdraient au change.

Nous sommes en démocratie: visons le mieux-être de la majorité!

Au lieu d’augmenter la taxe de vente et d’accroître ainsi le fardeau de la classe moyenne et des plus pauvres, ne serait-il pas temps de faire contribuer plus équitablement les mieux nantis en haussant leurs impôts?

Oser le protectionnisme pour sortir de la crise
18 mars 2009

Le Bloc Québécois ferait bien de se demander ce qu’a accompli de si formidable le libre-échange depuis quelques années au lieu de s’inquiéter d’un possible retour du protectionnisme aux États-Unis.  Imposer des droits de douanes aux entreprises qui mettent à la porte des travailleurs d’ici pour produire dans le tiers-monde ne constitue pas une menace, mais peut-être la seule solution.

Les États-Unis étaient possiblement le pays le plus libre-échangiste au monde, du moins jusqu’au début de la crise, mais à quel prix? De 2000 à 2007, le revenu du ménage médian baissait de 0,3% par année en termes réels. Le taux d’endettement des ménages américains est passé de 63% du PIB en 1998 à 100% en 2007. ((Le Monde diplomatique, Mars 2009, p. 18 19, Totems et tabous, Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis, Jacques Sapir)) Face à une concurrence asiatique payant des salaires médiocres, les délocalisations et fermetures d’usines étaient la norme. Conséquence: le secteur manufacturier a fondu comme une crème glacée sur l’asphalte sous un soleil de juillet.

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Parallèlement, toujours soucieuses d’être compétitives à l’échelle internationale, les compagnies ont demandé (et obtenu) du gouvernement qu’il transfère les charges sociales vers les salariés. De 2000 à 2007, le coût des assurances de santé aux États-Unis a augmenté de 68%, les frais d’éducation de 46% et la proportion des citoyens sans couverture sociale est passée de 13,9% à 15,6%. ((Idem.))

Quel succès!

Le politologue français Emmanuel Todd résume bien le problème:

La pression sur les salaires aboutit à l’insuffisance de la demande globale, à l’échelle planétaire. Avant la crise, le système tournait grâce aux Etats-Unis: en situation monétaire et militaire dominante, ils consommaient chaque année 800 milliards de dollars en trop, soit leur déficit commercial annuel. L’Amérique était l’agent de relance de l’économie mondiale et sa surconsommation était financée par le mécanisme des subprimes, des prêts hypothécaires, qui vient d’exploser. La globalisation a dans un premier temps détruit des emplois dans la partie développée du monde. Les pays émergents se sont nourris de cette destruction mais finissent par être touchés par l’effondrement de la demande intérieure des pays qu’ils étaient en train d’affaiblir. C’est le problème classique du virus qui finit par tuer son hôte.

En clair, le libre-échange a mis en compétition des travailleurs occidentaux et du tiers-monde pour fabriquer une multitude de produits. En délocalisant une usine (ce qui devient possible par l’abolition des tarifs douaniers), on permet de produire à moindre prix, mais parallèlement on réduit la demande du pays développé auquel la dite marchandise devait être destinée. On produit davantage, mais ceux qui perdent leurs emplois dans les secteurs manufacturiers ont moins d’argent pour consommer. Ce qui conduit à la crise.

Le Québec, par exemple, a perdu 87 000 emplois dans ce secteur de 2004 à 2008. ((Le Devoir, ÉCONOMIE, samedi, 21 février 2009, p. b1, Manufacturier: un emploi sur sept a disparu, Desjardins, François)) On ne parle pas ici d’emplois payés au salaire minimum, mais de salaires acceptables permettant de faire vivre une famille et… d’acheter toutes les bébelles produites en Chine dans des usines qui pourraient être ici. La situation est identique dans tous les pays les plus avancés: les États-Unis ont perdu 4,1 millions d’emplois dans ce secteur de 1998 à 2008, l’Angleterre a vu disparaître 29% de ses emplois et le Japon plus de 24%. C’est l’hécatombe, et on peut dire merci au libre-échange.

Si le libre-échange a causé la crise actuelle, plusieurs s’empressent de dénoncer ce qui pourrait possiblement permettre de s’en sortir: le protectionnisme. « Non, non, non », les entend-on répéter inlassablement. Encore englués dans leurs dogmes néolibéraux, ils n’ont pas encore constaté l’incroyable implosion de l’économie résultante de leur idéologie. Ils agitent le spectre d’un protectionnisme ayant soi-disant empiré la crise des années 30 pour mieux le dénoncer.

Dans les faits, pourtant, le protectionnisme n’a pas rendu la crise des années 30 plus sérieuse, loin de là. Il ne s’agit pas d’un hasard si John Maynard Keynes, qui a été dans les années 1920 un des plus grands partisans du libre-échange, est devenu un adepte du protectionnisme à partir de 1933. Le libre-échange est incapable de relancer la consommation nationale. Les véritables facteurs ayant aggravé la crise furent plutôt l’instabilité monétaire, l’accroissement des coûts de transport et la contraction de la liquidité internationale. Ce qui se produit actuellement, dans un système on-ne-peut plus libre-échangiste.

Dans une situation exceptionnelle, il faut penser de manière exceptionnelle. Jacques Sapir l’explique:

Des mesures protectionnistes, qui permettent de moduler les échanges avec l’extérieur, à l’encontre de l’autarcie, qui vise au repli sur soi, s’imposent donc. C’est même la condition sine qua non de toute politique de revalorisation salariale qui rende les ménages solvables et permette d’accroître la demande. Augmenter les salaires sans toucher au libre-échange est soit une hypocrisie, soit une stupidité. Par ailleurs, seul le protectionnisme peut arrêter la spirale du moins-disant fiscal et du moins-disant social qui s’est instaurée aujourd’hui. ((Le Monde diplomatique, Ibid.))

Les États-Unis l’ont compris, et ce n’est pas un hasard s’ils exigent que leurs efforts financiers visent avant tout à relancer la consommation intérieure, à offrir des emplois aux États-Unis et non au Mexique ou à Pékin. Ce pays a beaucoup de défaut, mais une de ses qualités est le pragmatisme. Pendant que le Bloc Québécois et à peu près toutes les élites canadiennes et québécoises sont encore éberlués par les événements et s’accrochent à une recette qui a prouvé son inefficacité, nos voisins du sud ont compris l’importance d’un sain protectionnisme permettant de jeter les bases d’une future reprise.

Si aujourd’hui le protectionnisme constitue une hérésie, l’idée même de nationaliser les banques n’en était-elle pas une il y a tout juste un an?

Il faut penser autrement.

Comment faire un bon budget
17 mars 2009

Faire un budget s’avère difficile pour vous? vous croyez qu’il s’agit d’un travail fastidieux et ennuyant qui contribue à rendre la vie moins agréable, car constituée de privations. Vous pensez qu’un budget n’est qu’un outil de contrôle destiné aux pauvres ou à ceux qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Vous n’avez pas entièrement tort sur ce dernier point, mais vous êtes loin de la vérité. Faire un budget constitue plutôt l’occasion d’utiliser le plein potentiel de vos revenus afin d’atteindre vos rêves.

En effet, n’avez-vous jamais mis bout à bout toutes ces petites dépenses qui vous sortent du portefeuille d’une manière anodine, comme si celui-ci était un verre d’eau troué? Ces petits 2$ par ci, 5$ par là, les repas au resto, les petites gâteries. Tant que vous n’avez pas de budget, vous ne réalisez pas comment ces sommes s’additionnent pour avoir un impact retentissant à la fin de l’année. Sur un an, votre café quotidien pourrait devenir un voyage dans le sud ou un nouveau barbecue. Votre restaurant hebdomadaire devient un nouveau barbecue. Et ainsi de suite.

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(suite…)

Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel
16 mars 2009

Quand Louise Harel affirmait que « Montréal est complètement désorganisée », il fallait lire le sous-entendu: « je vais réorganiser Montréal ». L’ancienne député péquiste s’est retirée de la politique provinciale en novembre pour mieux se lancer en politique municipale. Son plan de match: fusionner Projet Montréal et Vision Montréal afin de devenir la mairesse de Montréal.

Selon mes sources, pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

En effet, si on blâme beaucoup le maire Labonté pour son manque de leadership, force est de constater que plusieurs des membres démissionnaires de la dernière année attendent beaucoup de Harel. Qu’on pense simplement à Claire St-Arnaud, ex-conseillère municipale de Maisonneuve-Longue-Pointe et amie de Louise Harel depuis 25 ans. Ou Robert Laramée, qui avait été battu par Benoît Labonté par 839 voix en 2005 (alors que ce dernier était dans le Union Montréal de Gérald Tremblay). Ou Christine Hernandez, ex-présidente de Vision Montréal dans Outremont, qui a fini troisième derrière Union Montréal et Projet Montréal et qui aurait gagné advenant une fusion avec ce dernier parti.

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Les sondages officiels sont catastrophiques pour Vision Montréal: avant même les dernières démissions, le parti obtenait un maigre 26% des intentions de vote, contre 58% pour Union Montéal et 16% pour Projet Montréal. ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 18 octobre 2008, p. a6, En bref, Tremblay en avance)) Pire: même dans un arrondissement très francophone comme Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Gérald Tremblay obtient 67,7 % des intentions de vote, contre 14,9 % pour Benoit Labonté et 14,8 % pour Richard Bergeron ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 6 février 2009, p. a5, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Le parti du maire Tremblay est en avance, selon un sondage, Corriveau, Jeanne)). Des sondages internes produits par le réseau Harel la place pourtant à près de 33% des intentions de vote dans toute la ville et elle espère qu’en prenant le contrôle de Projet Montréal elle réussirait à se hisser devant Gérald Tremblay, qui semble surtout jouir de l’impopularité de ses adversaires. « Harel contrôle déjà Vision Montréal. Labonté est en phase terminale. Elle n’attend que le bon moment pour prendre officiellement le contrôle du parti », m’explique un membre influent de Projet Montréal.

Le problème n’est pas nouveau: au niveau provincial, le Parti Québécois a perdu plusieurs comtés à cause de la division du vote causée par la présence de Québec Solidaire. Les profondes différences idéologiques entre les deux partis ont empêché toute fusion. Dans la situation actuelle, il y a certes des différences majeures au niveau des appuis (QS et le NPD appuient Projet Montréal alors que le PQ est divisé entre le réseau Harel pour Vision Montéal et le réseau de André Lavallée, maire de Rosemont, pour Union Montréal) mais Projet Montréal n’est pas encore largement connu et identifié idéologiquement. En clair, elle espère offrir un poste de prestige à Bergeron et réorienter ce qui resterait des idées du parti après une fusion qui se ferait selon ses convictions. Et elle croit que cela se ferait sans trop de grogne, étant donné que Projet Montréal est relativement nouveau sur la scène municipale.

Ceci dit, il existe une faille majeure dans la stratégie de Louise Harel, outre le désir de Projet Montréal de conserver son identité: elle est trop identifiée au Parti Québécois. Dans une région montréalaise où le PQ termine souvent troisième dans les intentions de vote, quelle impact aurait-elle à la tête d’un nouveau parti fusionné? Et comment réagiraient les progressistes reliés au NPD et à Québec Solidaire face à elle? Elle gagnerait certainement l’est de la ville, mais le Plateau, et l’ouest?

Voilà des questions auxquelles elle devra répondre si elle ne veut pas se planter dans son nouveau jeu des fusions. Car Richard Bergeron a beau être à la tête d’un petit parti peu connu, il s’agit toutefois d’un parti en pleine croissance et qui augmente constamment sa popularité.

Si Mme. Harel est vraiment intéressée par le bien-être de la ville de Montréal, ne devrait-elle pas se joindre à Projet Montréal, appuyant Richard Bergeron de la force de son expérience, au lieu de grenouiller et de chercher à torpiller une des plus belles initiatives citoyennes montréalaises depuis des années? Montréal ne mérite-t-elle pas mieux à sa tête qu’une ex-ministre ayant causé tout le cafouillage actuel avec ses fusions forcées?

Michael Sabia à la CDP: le capitaine aussi perdu que son bateau!
14 mars 2009

« Il y a cinq ans, votre entreprise était au bord d’une crise financière ». Voilà ce que lançait Michael Sabia aux actionnaires de BCE en 2007.  Au moment de faire cette déclaration, pourtant, l’institution avait le pire taux de croissance de son secteur, ses employés étaient malheureux et les clients perdaient confiance par milliers. Et c’est cet homme qui est maintenant président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Quelle bourde monumentale!

Quand on choisi un dirigeant, on le veut compétent. Qu’a accompli exactement Michael Sabia, pendant les sept années passées (2002-2008) à la tête de BCE? Et d’abord, est-il l’homme en qui les Québécois auront confiance?

Ça peut sembler un détail, mais Sabia est anglophone. C’est symptomatique ici: dès qu’un unilingue anglophone risque d’accéder à un poste important, que ce soit à la tête de la CDP ou comme entraîneur du Canadien de Montréal, le débat fait rage. Avec raison. L’homme qui dirige la CDP s’occupe de notre argent. Il nous représente. Il doit pouvoir faire face aux caméras et parler directement aux Québécois, les rassurer sur leurs retraites, leur dire que leur argent est entre de bonnes mains. Après seize ans au Québec, Sabia ne baragouine toujours qu’un français très approximatif. Comment peut-on espérer qu’il donne confiance au Québécois?

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Source de l’image

Au-delà de la langue, ses propres employés lui ont-il fait confiance alors qu’il était à la tête de BCE? Pas du tout. Les résultats d’un sondage d’entreprise intitulé « Entre nous » et publié le 4 juin 2007 sont éloquents: seulement 38% des employés lui font confiance. Une même proportion d’employés croient en l’honnêteté de la direction. Pire: ils ne sont que 31% à approuver les changements apportés par la haute direction dans les douze mois précédents. ((Économie, jeudi, 12 juillet 2007, p. 26, Ça ne « file » pas chez Bell Canada, La Presse)) Ces chiffres peuvent paraître triviaux, mais ils ne le sont pas.

En effet, un employé heureux et confiant dans sa direction est un employé qui travaille bien et est motivé. Quand un représentant du service à la clientèle de chez Bell est démotivé, il vend moins et n’offre pas la même qualité aux clients. Mais qu’en est-il lorsque l’employé en question est responsable du bas de laine des Québécois? Vous sentiriez-vous confiant de savoir qu’une bande d’employés démotivés gère les 120 milliards $ de la CDP? Pas moi. Les employés d’une entreprise sont les plus grands actifs de celle-ci et les résultats sont souvent à la hauteur de leur désir de surpassement qu’entraîne une confiance en l’entreprise et en sa direction. Sabia a réussi à démobiliser ses employés chez BCE, et l’appréciation des clients a suivi: en 2001, seulement 8% des Québécois avaient une mauvaise opinion de Bell, contre 25% en 2007. Et au printemps 2008, Bell obtenait le pire taux de satisfaction des fournisseurs de service internet au Canada. ((La Presse Affaires, mardi, 17 juin 2008, p. LA PRESSE AFFAIRES, BCE: UN GÉANT DANS L’ATTENTE, Un bateau sans gouvernail, Clients et employés attendent un signal depuis deux ans, Vailles, Francis))

En 2007, Bell avait 40% de plus de clients internet au Canada qu’en 2003. Le problème, c’est que Telus en avait 82%, Rogers 85% et Vidétron 130%! Bell, le fleuron de BCE, a systématiquement sous-performé face à ses concurrents. La situation n’est guère plus reluisante dans le sans-fil: pour les mêmes dates Bell était en hausse de 41%, contre 65% pour Telus et 94% pour Rogers. ((Idem.))

On le constate, les années Sabia ont été marquées par une démotivation des employés et une perte de confiance des clients, deux éléments extrêmement dommageables pour l’entreprise car difficiles à récupérer. Pierre Duhamel résume bien le problème: « Les années Sabia ont été des années d’hésitations et de piétinements parce qu’il n’a jamais eu la moindre idée d’une vision porteuse qui assurerait la croissance et le développement de l’organisation. »

En fait, le seul bon coup de Michael Sabia a avorté: la tentative de vendre BCE à la caisse de retraite des enseignants Teacher’s aurait peut-être permis de relancer l’entreprise. Et Michael Sabia aurait récolté une jolie somme de 24,6 millions $ si la transaction avait eu lieu. ((Économie, mercredi, 15 août 2007, p. 30, Les patrons de Bell empocheront 170 millions $, La Presse))

Les questions demeurent: pour qui travaillera Michael Sabia? Pour les Québécois, ces francophones dont il ne connait pas grand chose et sait à peine baragouiner leur langue? Ou pour lui-même, dont le seul exploit en sept ans de direction de BCE a été une tentative de s’enrichir rapidement d’un 25 millions $ pendant que s’effritait tout le capital de sympathie et la crédibilité de son entreprise?

Le bateau de la CDP est perdu en mer et on a réussi à trouver un capitaine encore plus égaré que lui. On aurait voulu faire pire qu’on n’y serait pas parvenu.

Twitter: la rivière de l’égo et des banalités
11 mars 2009

Je lisais Michelle Blanc faire l’apologie de Twitter sur son blogue. Ma position est diamétralement opposée: je crois que Twitter ne sert à rien. À mon avis, cet outil constitue une pure perte d’énergie et des efforts gaspillés pour quiconque désire structurer ses idées et laisser sa trace. Contrairement à ce que Michelle affirme, Twitter n’est pas « une rivière d’informations de laquelle [elle s’] abreuve [mais où elle] ne tente pas de boire la rivière au complet ». Malgré tout le respect que j’ai pour elle (je suis un lecteur assidu de son blogue), je crois qu’elle fait fausse route.

En effet, Twitter n’est pas une rivière d’information, mais plutôt un ruisseau ou un fleuve de banalités, où les meilleurs arguments et les idées les plus structurées ont été annihilées en amont. L’utilisateur doit écrire ses messages sous forme de textos, avec une limite de 140 caractères. On demande aux affluents de garder leurs minéraux les plus utiles mais de fournir le grand fleuve en insanités narcissiques d’égos souvent surdimensionnés. « Je termine mon mémo ». « Je vais aux toilettes ». « Je m’endors. » Oh, mais vous croyez faire mieux? Comment pourriez-vous seulement faire mieux avec 140 caractères?

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Source de la photo

Dans les faits, la limitation du texte ne conduit pas à la précision des idées, mais plutôt à l’évacuation des nuances. Par exemple, si on parlait de l’arrestation de Jean-François Harrison. Est-il plus facile d’écrire: « on devrait le pendre par les couilles » ou « malgré la gravité des faits reprochés, il faut se rappeler qu’il est non-coupable jusqu’à preuve du contraire et que ce sera à un tribunal d’établir sa responsabilité. En attendant, il faudrait parler des dangers de laisser la plèbe le juger et se rappeler qu’il… »? Vous voyez où je veux en venir? Twitter décourage les nuances et l’esprit critique et incite l’utilisateur à simplifier ses idées jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que l’écho lointain d’une forme d’intelligence articulée. J’ai des idées, mais je dois me limiter. Le triomphe du texto.

Twitter a son utilité s’il est utilisé dans un contexte de messagerie instantanée permettant de rejoindre rapidement des gens en cas d’urgence. Là où il déraille complètement, c’est dans son rôle de micro-blogue. Je m’excuse, mais 140 caractères, ce n’est pas un billet et ce n’est pas de la qualité. Cela ne veut pas dire que tous les blogueurs font de la qualité, loin de là. Mais en imposant cette limite, on met une couronne sur la tête de la vacuité et on lui demande de parader à la face de ceux qui ont de réelles choses à dire. Des idées qui demandent davantage d’espace pour être correctement articulées.

Suis-je surpris de la popularité de Twitter? Non. À ce que je sache, Star Académie obtient les meilleures codes d’écoute à la télévision, le Journal de Montréal la plus grande part de marché dans son domaine et les magazines de potins mènent le bal dans leur secteur. Twitter, qui favorise systématiquement le vacuum et la nullité d’un discours désintégré et réduit à des miettes d’un pain qu’on aurait imaginé savoureux, permet simplement à ceux qui n’ont rien à dire de compétitionner directement avec ceux qui ont quelque chose à écrire. En quatre mots: nivellement par le bas.  Comme l’affirme Pierre Chappaz:

Twitter est une caricature de conversation superficielle sans participants. Pointe avancée de l’égotisme. J’existe puisque tout ce que je fais je l’écris sur le Web. Je deviens une machine (à écrire). C’est le Web 2 geek. »

Lâchez-moi avec vos « log-book » et votre voyeurisme n’ayant d’égal que le vide de vos « twits ». Je ne veux pas savoir que Monsieur X lit tel livre: je veux qu’il me dise ce que ce livre a changé en lui. Je ne veux pas qu’un autre me raconte qu’il a été au cinéma: j’aimerais qu’il me parle du film. Je ne désire pas connaître votre vie privée dans les moindres détails: je souhaite savoir en quoi vos gestes sont porteurs de sens. Les blogues sont déjà une rivière où se côtoient égo, narcissisme et informations utiles. Je dois savoir pêcher pour bien les utiliser. Twitter, c’est un cours d’eau dont on a évacué les informations utiles et où on peut pêcher pendant des heures sans jamais trouver quoi que ce soit d’autre que de l’insignifiance établie comme règle ultime du chic et de la pertinence.

Par ailleurs, outre la futilité de l’action-même de twitter, que reste-t-il de vos « twits » après quelque temps? Quand j’écris ou que je blogue, je développe une pensée et des idées pour mes lecteurs présents et futurs. Je laisse une petite et modeste trace d’intelligence dans le cyberespace et je bâtis un peu de sens pour les autres. J’offre de l’information pouvant être utilisée dans le temps. Par exemple, il y a encore quotidiennement plusieurs personnes qui lisent ce texte, celui-ci ou même celui-là. Je prolonge ma présence dans le temps en structurant des idées offrant une information réelle et tangible pour le lecteur. Le twit peut-il en dire autant? Poser la question, c’est y répondre: votre twit, issu de l’élimination de tous les éléments nutritifs du pain qu’était votre discours, devient une miette pour les oiseaux dès le moment où vous leur lancez sur Twitter. Disparu, envolé. Rien.

Il ne reste plus rien de vous.

Vivre, c’est se projeter dans le temps. Dès la seconde où j’ai terminé cette dernière phrase, je me suis trouvé dans le futur. Vous qui me lisez êtes également des gens du futur. Étant tous mortels, la vraie question est celle-ci: que restera-t-il de nous? Vivre, à mon avis, c’est aussi se donner un sens: avoir des enfants, militer pour une cause politique. C’est concevoir sa vie autrement que par ce qui tourne autour de son nombril et voir dans la mort certes une fatalité pour son corps physique mais c’est aussi espérer que ses idées et ses valeurs traversent le temps. Voilà pourquoi j’écris: pour permettre à mes valeurs et à ce que je suis de survivre dans le temps. Voilà pourquoi je tente de faire du sens: pour enlever un peu de ce fardeau à ceux qui me suivent. Objectivement, ça ne donne probablement rien (qui suis-je pour espérer changer le monde), mais pour moi ça a un sens et je m’épanouis dans la diffusion d’idées structurées permettant de changer la vision des autres.

Et vos twits, que changent-ils sur les autres, à part leur avoir fait perdre un temps précieux à suivre vos banalités en 140 caractères vous empêchant de vous réaliser vous-même et de laisser derrière vous autre chose que de la vacuité? Qu’auriez-vous pu créer comme sens pendant que vous étiez sur Twitter?

Parce que la vie ne se limite pas à 140 caractères.

AJOUT: Après avoir lu le commentaire de Michelle Blanc, je crois qu’il y a peut-être une utilité dans Twitter pour ce qui est de l’échange de liens. Une personne connue et crédible pourrait par exemple y poster au fur et à mesure des liens jugés intéressants. Ceci dit, rien n’empêche la dite personne de poster ses liens sur son propre blogue. De plus, elle pourrait y ajouter une réflexion pertinente et approfondie, ce qui est présentement impossible sur Twitter.   Dans tous les cas, l’idée de Twitter n’est pas mauvaise, c’est la limite de 140 caractères qui l’est.  Il s’agit d’un frein à la réflexion et d’un incitatif à ne pas trop réfléchir.  Comme je l’écrivais plus haut: je ne veux pas savoir tout ce que tu fais, mais plutôt en quoi ce que tu fais est porteur de sens.  Et 140 caractères pour faire du sens… Autant résumer l’histoire humaine en trois phrases: ça peut frapper l’imagination, mais c’est loin d’être crédible!

Les 7 meilleurs plugins pour WordPress
10 mars 2009

Je blogue depuis plusieurs années et je commence à maîtriser WordPress. Mon blogue principal, L’Électron Libre, connaît un certain succès dans son domaine, et j’utilise quelques plugins qui m’apparaissent essentiels. À mes yeux, un bon plugin ne doit pas seulement faire tout un paquet de trucs, mais doit surtout offrir un bon ration vitesse d’exécution / tâche accomplie. Trop de plugins ou de mauvais plugins peuvent ralentir sensiblement votre blogue, surtout s’il est hébergé sur un serveur à utilisateurs multiples (95% des utilisateurs). Voici mes meilleurs plugins:

  1. Akismet: Askimet est LE plugin à installer en premier, car il bloque la plupart des commentaires déplaisants.  Sur mon blogue L’Électron Libre, je suis rendu à plus de 17 000 commentaires, et je dirais avec confiance qu’il n’y a pas plus de dix à quinze commentaires indésirables qui ont passé le filtre Akismet. Efficace, simple, indispensable.

  2. All in One SEO Pack: AIO permet d’optimiser votre blogue afin de le rendre plus attrayant pour les engins de recherche comme Google.  Il vous permet de réécrire vos titres et balises méta, de même que de spécifier quelles pages vous voulez indexer ou ne pas indexer.  En outre, le plugin n’est pas trop lourd et ne nuit pas à vos performances comme certains autres plugins semblables.
  3. 7-meilleurs-plugins-wordpress

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