Affaire Patrick Bourgeois: jusqu’où ira le PQ pour cacher ses militants?

La décision du Parti Québécois de continuer à afficher des publicités dans le journal Le Québécois est une excellente nouvelle. Ceci dit, on ne doit pas oublier qu’elle est assortie d’une demande de rétractation et d’excuses à Patrick Bourgeois pour ses propos soi-disant violents en relation avec la reconstitution annulée de la bataille des plaines d’Abraham. Le parti de Marois a évité les écueils d’une condamnation sans appel d’un des plus fidèles alliés de la souveraineté. On se demande pourtant jusqu’où ce parti est prêt à aller pour reconquérir la clientèle plus conservatrice de la région de Québec.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le PQ stigmatise un de ses plus fidèles alliés : bien avant M. Bourgeois, qui se souvient de Yves Michaud?

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Source de la photo

De l’affaire Michaud…

Yves Michaud a été blâmé à l’unanimité par l’Assemblée Nationale du Québec le 14 décembre 2000. Sa faute? Il avait affirmé que le peuple juif n’était pas le seul à avoir souffert dans le monde et que le vote de certaines communautés culturelles est monolithique. On l’a accusé d’antisémitisme, d’insensibilité vis-à-vis de l’Holocauste, de racisme. Un peu plus et on l’accusait d’être la réincarnation de Hitler dans le corps de Staline.

Qu’a gagné le PQ en se séparant de ce militant de la première heure qui devait briguer l’investiture du parti au cours des mois suivants? Qu’a gagné Lucien Bouchard, alors premier ministre, en annonçant qu’il allait bloquer la candidature de Michaud dans Mercier? Un vaste mouvement de solidarité s’est créé autour de M. Michaud et Paul Cliche, un de ses supporteurs, a terminé deuxième devant le PQ lors des élections partielles de Mercier. Même si le PQ a par la suite remporté les élections de 2003 et 2007 dans le comté, il n’a plus jamais joui du même appui et plusieurs militants ayant été offusqués par l’affaire Michaud ont œuvré à l’élection d’Amir Khadir en 2008. Et Lucien Bouchard, lui, a démissionné près d’un an après l’affaire, épuisé par les guerres intestines ayant suivi sa dénonciation d’Yves Michaud.

…à l’affaire Patrick Bourgeois

Même si Patrick Bourgeois n’a ni la subtilité ni l’importance politique qu’avait Michaud, on se demande ce qui lui a valu de se faire presque excommunier de la famille péquiste. Il n’a jamais lui-même « appelé au meurtre », contrairement à ce que laissent sous-entendre plusieurs médias. C’est le journaliste Michel Hébert qui a le premier parlé de ces « appels au meurtre », mais celui-ci a déformé les propos de M. Bourgeois en laissant sous-entendre que ces menaces provenaient du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), auquel est affilié l’éditeur du journal Le Québécois. « Les fédéralistes excités, eux, m’envoyaient des courriels pour me dire que si Pierre Falardeau et moi nous mettions les pieds à Québec, nous serions assassinés. Michel Hébert a alors écrit que des appels au meurtre étaient formulés. Mais jamais le RRQ n’a été l’auteur de ces appels. Jamais, jamais, jamais », explique l’éditeur le forum du journal.

Des écarts de langage, il y en a eu, que ce soit de la part de souverainistes ou de fédéralistes. Peut-être que M. Bourgeois aurait pu mettre plus fermement le couvercle sur la marmite, mais encore faut-il qu’il puisse contrôler le RRQ et tout ce qui s’y dit! Dans les faits, chaque personne est responsable de ses mots, et il est symptomatique que tous ceux qui reprochent les écarts langagiers de M. Bourgeois quant à cet événement soient incapables de donner la moindre citation.

Et même si M. Bourgeois avait effectivement dépassé les bornes, serait-ce une raison pour cesser d’afficher des publicités dans son journal? À ce qu’il me semble, un journal représente les idées de plusieurs personnes; pourquoi les pénaliser et nuire à la cause souverainiste sous prétexte qu’une personne – même si elle est l’éditrice – aurait tenu des affirmations exagérées (si cela avait été le cas, évidemment)?

Tiens, par exemple, plusieurs animateurs de différents médias ont tenu des propos exagérés. Sylvain Bouchard, du FM 93.3 de Québec, a demandé en janvier aux élèves de déchirer leurs manuels scolaires parce qu’il n’était pas d’accord qu’on y mette la photo de Françoise David. Le PQ n’a jamais donné d’indication à ses députés de boycotter cette station de radio, à ce que je sache. Gilles Proulx a déjà affirmé, en ondes, qu’une fille de 14 ans qui a été battue, séquestrée et violée était une petite garce, une petite cochonne, une petite vache et une petite niaiseuse. Le PQ a-t-il exigé un boycott? Non. Et je ne parle même pas ici des débilités profondes de Jeff Fillion…

Dans les faits, la morale fonctionne lorsqu’on le veut bien. On se gargarise de belles valeurs démocratiques pour faire taire les nôtres, mais on laisse toute la place à ses ennemis idéologiques. « Le PQ a sorti son arsenal; cet arsenal qu’il réserve toujours à l’exécution de ses troupes les plus combatives, mais qu’il n’utilise jamais pour viser l’adversaire fédéral », explique Bourgeois.

Cachez ces radicaux que je ne saurais voir…

En fait, le PQ cache ses membres les plus militants pour se donner une image de respectabilité et espérer consolider ses appuis dans la région de Québec, traditionnellement plus conservatrice. Le problème, c’est que pour ce faire le parti renie sa nature propre. Il oublie son héritage populaire qui faisait du parti une pyramide où les décisions provenaient de la base et montaient (au lieu de l’inverse); il est devenu un parti « moderne », c’est-à-dire qui n’a plus de message mais se contente d’être une marque de commerce qu’on doit vendre à la population à la veille d’élections. Les militants sont ceux qui suent et se font mouiller pour aller chercher des 5$. Ce sont eux qui animent les discours plates et insipide de Pauline Marois. Et ce sont également eux qui ont, grâce à leur fougue et leur passion enflammée, permis l’annulation de la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham.

Si le PQ n’avait pas reculé vis-à-vis de Patrick Bourgeois, il aurait lancé un violent camouflet à tous ceux qui se battent sur le terrain pour la souveraineté. Et puisque l’objectif du Parti-Québécois-trademark est de gagner la prochaine élection en misant sur le vote de Québec et des régions, on doit maintenir l’illusion que le parti est toujours en faveur de l’indépendance-trademark à ses supporteurs afin de ne pas perdre le vote des militants qu’on prend pour acquis. Autrement dit: on parle beaucoup d’une souveraineté vide de sens pour satisfaire à la fois ceux qui votent PQ pour l’indépendance et ceux qui sont assez lucides pour voir que ce parti n’y croit même plus.

Plaire aux gens de Québec pour se faire élire, de nombreux militants ne sont pas contre. Mais de perdre jusqu’à son identité en se désaffiliant complètement de sa base, voilà qui est inacceptable. Avant de comprendre comment convaincre des gens aux valeurs différentes de voter pour le PQ, le parti ne devrait-il pas commencer par se demander pourquoi Mercier est aujourd’hui orange?

Plus le parti se distance de sa base militante, plus il perd sa raison d’être. Ceux qu’on appelle les radicaux sont peut-être simplement cette étincelle chétive tentant de rallumer un gros moteur encrassé par des années d’opportunisme et de carriérisme.

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10 Réponses

  1. N’y a-t-il pas le PI pour les plus « extrémistes » du mouvement? Si ça peut lui donner un coup de départ, on ne sais jamais!

  2. Le PQ est un éteignoir pour les indépendantistes. J’étais en réunion hier avec d’autres militants, dont certains sont membres du PQ, et la direction de ce parti fait tout pour étouffer la dissidence et se sert de la souveraineté pour se maintenir au pouvoir, mais sans rien faire pour assurer sa promotion et sa défense. On fait tout pour décourager ceux qu’on appelle communément les « purs et durs » c’est-à-dire les militants qui croient le plus fermement à l’idée d’indépendance.

  3. Aux inconditionnels de l’Indépendance, je conseille d’oublier le PQ pour quelque temps.
    Le PQ veut, d’abord, reconquérir le pouvoir et ensuite, si les conditions gagnantes sont là comme disait oncle Lulu, remettre l’option d’indépendance au menu du jour….
    Au PQ, on est bien content de piloter la barque du Québec, mais de là à tout risquer pour en faire du Québec un bateau, indépendant de la grosse barge d’Ottawa, ne retenons pas notre souffle…

  4. Entièrement d’accord avec toi Garamond. C’est vrai que de construire un nouveau parti représente une tâche colossale, surtout avec notre scrutin majoritaire, mais je pense que la seule issue pour les indépendantistes est de se tourner vers un autre parti, que ce soit le PI ou QS.

  5. @derteilzeitberliner: Ça c’est une idée, c’est sûr… Mais faudra voir; à mon avis il y a encore beaucoup de gens qui pensent que le PQ est un parti indépendantiste, ce qui nuit aux chances d’un parti vraiment indépendantiste comme le PI…

    @internationaliste: Je crois que tu as raison; le PQ est un éteignoir. En fait, la souveraineté n’est qu’un argument de vente pour obtenir des votes, comme un filtre HEPA pour un aspirateur ou un moteur HEMI; le PQ n’y croit plus.

    Patrick Bourgeois ne croit pas plus au PQ que nous, j’en suis certain, mais il a besoin de leur argent pour financer son journal Le Québécois. Je crois que le plan de match est clair: confronter le Parti Québécois à ses incohérences en le forçant soit à admettre qu’il n’est plus indépendantiste soit à promouvoir la souveraineté. Bourgeois semble travailler sur ce dossier, et je crois qu’il a du mérite.

    @Garamond: Ouais, j’ai failli parler de l’époque sombre de Lucien Bouchard et de ses sempiternelles « conditions gagnantes ». On semble revenu à cette époque, et c’est pourquoi j’ai parlé des conséquences de l’affaire Michaud. Bien sûr, Patrick Bourgeois n’est pas Yves Michaud, mais le message lancé est toujours le même: parlez d’indépendance, en autant que ça n’implique pas de mesures concrètes.

  6. Tu as raison Louis et je respecte beaucoup Patrick Bourgeois pour tout le travail qu’il fait. Et en ce moment ce n’est pas le PI ou QS qui pourraient le financer.

  7. J’adore ta finale, Louis! Excellente image.

    La manière du PQ de faire les « yeux doux » aux gens de Québec ne vous rappelle-elle pas les jolis battement de cils que Harper faisait au Québec? Le ROC conservateur a très sévèrement critiqué le niveau de « bassesses » que Harper pouvait atteindre pour s’approprier quelques votes au Québec.

    Le PQ semble avoir la même approche avec les Conservateurs de la capitale nationale (notez l’usage des minuscules).

  8. Les conditions gagnantes c’est n’importe quoi. Non seulement cet « alignement de planètes » n’arrive-t-il pratiquement jamais, mais en plus, ça ne se fait pas tout seul.

    Il ne faut pas ATTENDRE le bon moment, il faut le créer. J’ai l’impression qu’on attend que les pièces d’un casse-tête soient toutes alignées pour les imbriquer l’une dans l’autre. Ça ne me convient pas du tout comme « stratégie ».

  9. Merci! Je crois que la stratégie du PQ va échouer de la même façon que celle des Conservateurs a échoué. Marois a évité le pire en revenant sur sa décision concernant le Québécois et Patrick Bourgeois… Mais combien de temps peut-on jouer avec des allumettes et un bidon d’essence avant de tout faire sauter?

  10. Pas longtemps…

    Plus je vois les choses aller, plus je me sens « orphelin de la politique », n’ayant vraiment aucun parti qui fait vraiment l’unanimité de mon coeur et ma tête. Misère…

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