Ces soldats qui pensent trop

Réfléchir à la mort. S’agit-il des pensées d’un dépressif sur le point de se suicider? Non. C’est un aspect du « programme d’entraînement en résilience militaire » (PERM) enseigné depuis quelques années à la base militaire de Valcartier. Et si les gestes désespérés de trois soldats de la base depuis un mois avaient quelque chose à y voir?

Même s’il est un peu tôt pour tirer des conclusions, ça frappe l’esprit. Le militaire qui a tenu en haleine les policiers pendant une douzaine d’heures hier sur la rue de l’Etna à Val-Bélair n’était pas le premier. Le 17 janvier dernier, sur la rue du Castor, à moins de 2 km. de là, une amie d’un soldat a appelé les policiers car elle craignait que celui-ci soit dépressif et armé. Et la même journée, un autre militaire menaçait de mort des policiers et a résisté à son arrestation. On était habitué aux soldats revenant de mission et souffrant de troubles mentaux (environ 17%), mais de voir une telle détresse avant d’aller en Afghanistan a de quoi surprendre. Peut-être que les militaires pensent trop?

En effet, le PERM, qui s’inspire du concept de résilience développé par Boris Cyrulnik, incite les soldats à réfléchir sur la vie, la mort, leur rôle et leur façon de tuer. Par exemple, on y dissèque l’acte de tuer pour mieux y faire face en temps voulu:

  1. La décision. Elle se prend en trois temps : A. Lors de l’enrôlement B. Au cours du vol vers le lieu de la mission D. Quand le doigt est sur la gâchette;
  2. L’acte et les réactions corporelles immédiates;
  3. L’euphorie;
  4. Le back flash ou le temps des remords. Se vit si le sens de la mission n’est pas clair dans l’esprit du soldat;
  5. La rationalisation, ou trouver des bonnes raisons pour justifier l’acte.

Le but de ce programme est de réduire les cas de détresse psychologique après un épisode de combat. Il vise à fournir des réponses toutes prêtes aux soldats afin de les recentrer sur leur mission. Ainsi, on incite le militaire à simplifier le sens de celle-ci à l’extrême: si on est en Afghanistan, c’est pour aider les petites filles à aller à l’école. Paradoxalement, on demande donc au soldat de réfléchir à sa vie, à la possibilité de la mort et d’adopter une compréhension de sa mission dictée par l’état-major. On espère donc le rendre plus solide psychologiquement en alliant compréhension de soi-même, de la vie et de la mission en général.

Le problème, il me semble, est insurmontable: comment arrêter la réflexion du militaire? Le PERM fait tout pour inciter le soldat à réfléchir mais l’intime de trouver des réponses simples à ses questions (en Afghanistan pour les petites filles). Ça ne fonctionne pas. Quand on choisit de devenir soldat, on accepte de suivre des ordres. Pour beaucoup, c’est sécurisant: il n’y a plus de questions, on se contente d’obéir. À partir du moment ou on demande à un soldat de réfléchir, on ouvre une boîte de Pandore dont on ne peut connaître la finalité.

En effet, à partir du moment où le soldat est conditionné à s’interroger, pourquoi s’arrêterait-il en chemin? Qu’est-ce qui l’empêche d’aller au bout de sa réflexion, de considérer l’inutilité de la mission afghane, par exemple? Pourquoi endiguerait-il ce cri profond lui rappelant que cette guerre n’est pas la nôtre et qu’elle a peut-être d’autres objectifs que « d’aider des petites filles »?

Ainsi, en les faisant (trop) réfléchir sur la vie et leur mission, les soldats courent le risque de devenir instables. Sous prétexte de les aider à se préparer à faire face aux traumatismes de la guerre, on crée chez eux un état de stress pré-traumatique avant leur mission. Et comme toujours, c’est à la société civile de s’occuper du problème.

Ne vaudrait-il pas mieux reconnaître qu’un bon soldat est un soldat qui ne pense pas et se contente de suivre les ordres? Il gâche peut-être sa vie pour des raisons que 66% des Québécois désapprouvent mais c’est son choix. En devenant soldat, il a choisi de devenir un outil aux mains de l’armée et de laisser tomber son libre-arbitre. Laissons-le libre de mourir pour des causes qu’il ne comprend pas et ne lui imposons pas en plus le fardeau de devoir réfléchir à ce qu’il fait!

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4 Réponses

  1. J’ai relu le texte et je suis 100% d’accord. Dans l’armée, on doit oublier tout et OBÉIR aux ordres, pas de se demander si ces ordres ont de l’allure ou pas…
    Il devient donc dangereux de demander aux soldats de réfléchir sur la vie, la mort, etc.
    C’est d’ailleurs pourquoi je ne pourrai jamais être un bon soldat !
    Je n’obéis que lorsque je comprends parfaitement et que je suis parfaitement d’accord ! En Afganiskan, j’aurais bien de la difficulté à obéir sans trop comprendre et à me battre pour que les petites filles aillent à l’école…

  2. Voilà ce qu’on peut faire quand on se rebiffe et je le conseille à chacun qui peut avoir des ennuis avec ce gros connard de sarkozy ou sa clique de clowns de flics minables : je suis en train de régler un petit problème du genre détail avec cette grosse tache de si peu président de la république Française, en lui envoyant un avocat pour mises sous surveillance illégales, lynchage et plagiat. Avis à la population et merci pour l espace d’expression. Voilà, ceci est également une tentative de gros scandale public parce que ça calme pas mal les gros connards.

  3. Je ferais également un très mauvais soldat… Je crois que ça prend vraiment une abnégation totale de soi-même pour devenir soldat. Il faut aimer suivre des ordres; à quelque part c’est un peu masochiste. Les inciter à penser? Voyons… Ce sont des outils dans les mains de généraux; je ne veux pas que mes pions pensent à ma place quand je joue une partie d’échecs!

  4. je suia d accord avec vous…mais pourriez vous inclure avec sarko…..le pape harper le pompeux de landry ….le futur obama..etc et lui et elle et lui ainsi de suite….hihihih sont tout pareil…..meme moi ma chere,,,,,

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