Déneigement: Montréal et le privé responsables des morts

La Ville de Montréal joue avec notre sécurité en payant les entrepreneurs privés du déneigement au chargement plutôt qu’à l’heure. « On est poussés au maximum, c’est la faute de la Ville » a expliqué au Journal de Montréal un de ceux-ci sous couvert de l’anonymat. Histoire d’une économie qui se fait avec le sang des piétons montréalais.

Ça fait plus de dix ans qu’il n’y a pas eu d’accident mortel impliquant un camion conduit par des cols bleus. On peut leur reprocher bien des choses, mais ceux-ci respectent à la lettre la règle stipulant qu’on ne peut pas travailler plus de 70 heures par semaine avec un maximum de 13 heures par jour. Ils sont reposés, ils sont prudents.

Les entrepreneurs privés, au contraire, sont de vraies bombes sur essieux. Ils roulent vite, brûlent les feux rouges. Il y a eu six accidents mortels les impliquant depuis dix ans. Ils sont pressés, ils foncent dans la ville. Vite! Chaque seconde est comptée! Le mètre-cube de l’or blanc rapporte 1,302$ jusqu’à 1,9km. et de 0,173$ à 0,213$ supplémentaires pour chaque kilomètre de plus. ((RECUEIL DES TARIFS DE TRANSPORT DE NEIGE ET DE GLACE
DU MINISTÈRE DES TRANSPORTS DU QUÉBEC
)) Plus vite, le temps c’est de l’argent. Et tant pis pour les piétons qui sont de plus en plus nombreux à être victimes d’accidents! ((Ils étaient 10 926 en 1998 et 12 806 en 2003)) Et tant pis pour le nombre d’heures travaillées: plusieurs ne dorment plus pendant 2-3 jours pour accumuler un maximum de chargements.

Pourtant, d’autres villes agissent différemment. Sherbrooke, par exemple, paie ses entrepreneurs privés à l’heure. Oui, ça coûte plus cher. Et oui, ça demande une surveillance accrue qui peut parfois remettre en question la pertinence d’utiliser un sous-traitant. Mais à Sherbrooke, on ne tient pas de décompte des morts comme si le déneigement était devenue une guerre. Il n’y en a pas.

Situation semblable en Norvège, où on a dû revenir sur une politique qui confiait aux entrepreneurs privés la responsabilité de déneiger et déglacer les routes. Sous prétexte de sauver quelques millions $, on avait mis en danger la population inutilement. Les entrepreneurs étaient chiches sur le sel et bâclaient leur travail.

La solution est aussi simple que nécessaire: il faut payer les déneigements à l’heure plutôt qu’au chargement. Et si c’est trop compliqué ou coûteux d’instaurer un système de surveillance de ces entrepreneurs privés, qu’on confie le travail aux cols bleus. On ne les trouve peut-être pas toujours assez rapides, mais allez demander aux familles des trois victimes de la politique actuelle stupide de la ville de Montréal ce qu’ils pensent de la rapidité des camionneurs privés qui ont tué un de leurs proches.

La sécurité des citoyens, ça comporte aussi son prix. Et le public, quoi qu’on en pense, est souvent plus efficace que le privé dans ce domaine.

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3 Réponses

  1. En effet, la rémunération au voyage serait à revoir. Mais la ville est bien contente d’employer des sous-traitants, ça lui coûte moins cher et, surtout, elle n’a pas à dealer avec le syndicat des cols bleus. Et, pour les entreprises, c’est payant les contrats de déneigement alors personne ne voudra les perdre.

  2. Sans aller jusqu’au paiement horaire, je suggérerais un plafond quant au nombre de voyages par camion/chauffeur. Pour éliminer la surenchère et l’exagération.
    Si on en vient au taux horaire, même au privé, il existe des «boites noires» qui permettent de contrôler les temps morts du camionneur; cela évite les 45 minutes au Tim Horton entre chaque voyage….

  3. Je ne suis pas certain que ça réglerait le problème. Le chauffeur aurait l’ordre de la compagnie de se dépêcher de faire ses voyages afin d’être remplacé par un autre le plus rapidement possible.

    À mon avis, tant que le salaire dépendra du nombre de chargements on aura ces kamikazes mastodontes qui foncent dans nos rues.

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