Violence conjugale: le mythe de l’homme violent

crying_manAvez-vous visionné la nouvelle campagne de publicité contre la violence conjugale? Sur Cyberpresse, on a pu la voir toute la journée: une femme semble en train de se noyer, et on invite l’internaute à cliquer sur un bouton pour l’aider. Ensuite, on peut se diriger vers le site relié à la publicité où on nous offre également la possibilité de regarder une publicité (où une autre femme est victime) pour la télévision. Peut-on s’opposer à une telle campagne de sensibilisation? Non. Mais on peut souligner le fait que les deux publicités font état de femmes victimes et que le site a été entièrement conçu pour des femmes.

Ainsi, si je suis victime de violence conjugale et que je consulte ce site, je me fais d’abord consoler en me disant que je ne suis pas « seule ». Ensuite, on m’invite à cliquer sur différentes ressources, dont le Centre de solidarité lesbienne, la Maison des femmes sourdes de Montréal et « L’R des centres des femmes du Québec ». Heureusement, on a également pensé à ma conjointe, qui peut consulter la section « services d’aides pour les conjoints violents » où elle peut notamment accéder au groupe « À coeur d’homme »… Ai-je besoin d’en rajouter? Le site offre principalement de l’aide aux femmes victimes de violence conjugale et aux hommes agresseurs. Final bâton.

Pourtant, une étude de Statistique Canada, publiée en août 2005, a démontré que les hommes aussi sont victimes de cette violence.

  • 15% d’hommes se sont fait menacer ou lancer un objet (contre 11% de femmes);
  • 34% d’hommes se sont fait pousser, gifler ou bousculer (40% de femmes);
  • 34% d’ hommes se sont fait mordre, frapper avec un objet ou les pieds (10% de femmes);
  • 15% d’hommes se sont fait battre, étrangler ou menacer avec une arme à feu ou un couteau (25% de femmes);
  • 6% de l’ensemble des Canadiens mariés ou en union libre ont été victimes de violence conjugale (7% des Canadiennes).

On le constate, la violence n’a pas de sexe; tant les hommes que les femmes ont à subir des situations violentes, que ce soit de la violence psychologique, physique ou les deux. Le problème, actuellement, réside dans le fait que les hommes ne portent pas assez plainte. En 2003, 16 458 crimes reliés à la violence conjugale ont été rapportés à la police. Ces crimes ont fait 13 840 victimes féminines (84 %) et 2618 victimes masculines (16 %). ((Ministère de la Sécurité publique (2005). La violence conjugale. Statistiques 2003. Sainte-Foy, QC : Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique. )) En clair, hommes et femmes échangent coups et insultes, menaces et autres violences destructrices, mais au bout du compte la femme porte plainte, pas l’homme.

Or, ne s’agit-il pas là d’une injustice? Comment se fait-il que les hommes soient autant victimes de violence conjugale que les femmes mais qu’ils soient si peu nombreux à porter plainte? Si j’osais une réponse, je dirais que les hommes ont peur de porter plainte et qu’ils préfèrent se cacher, convaincus qu’ils ne seraient pas crus de toute façon et que de se faire violenter par une femme est un signe de faiblesse. Moi-même, j’ai attendu de m’être fait mordre, frapper, égratigner et bousculer avant d’oser demander à un policier si mon ex-copine avait le droit de faire cela. Sauf que pendant que j’imprimais l’article de loi pour lui montrer qu’elle ne pouvait pas me traiter de cette façon, elle appelait la police et jouait les victimes. Et qui a-t-on cru dans cette histoire? Disons simplement que j’ai eu à aller jusqu’en déontologie et que justice ne m’a jamais été totalement rendue…

En fait, selon moi, le gros problème avec cette nouvelle campagne de publicité est le suivant: au lieu d’aider les hommes à surmonter leur honte et leur crainte des préjugés, elle contribue à les enfermer dans ce cycle dépressif de l’image de l’homme-violent et de la femme-victime. Si j’étais un homme qui vient de manger une volée ce soir, que je regardais ces publicités et que je me retrouvais sur le site, je me sentirais bien seul. Porterais-je plainte, sachant que non seulement on ne risque pas de me prendre au sérieux à la police mais qu’en plus il n’existe pour ainsi dire pas de ressources pour m’aider? Mais non; je vais panser mes plaies et me convaincre que je suis un raté et qu’un homme se doit d’être fort et fier et qu’un homme qui subit la violence d’une femme ne mérite l’aide de personne.

Ainsi, lorsqu’on sortira les prochaines statistiques, on constatera encore une fois que les femmes ont massivement porté plainte à la police et on en tirera la conclusion erronée qu’elles sont davantage victimes et on fera encore plus pour les aider. Et le serpent continuera de manger sa queue.

Sauf que pendant ce temps, il y a des hommes qui souffrent et d’autres qui se font accabler du poids de leur sexe soi-disant violent et qui se sentent dévalorisés par les actions irréfléchies de nos représentants. À quand des politiques d’aides aux victimes réelles, et pas seulement à celles qui portent plainte?

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22 Réponses

  1. Cher Louis je ne nie pas que les hommes puissent être victimes de violence conjugale, mais je doute fort qu’il y en ait autant que les femmes. Par contre je suis d’accord avec toi qu’il devrait y avoir plus de ressources pour les hommes violentés.

    La violence conjugale est aussi présente parmi les gais et lesbiennes. Et probablement encore plus encore chez ces dernières selon ce que j’ai lu. On en parle d’ailleurs de plus en plus, car c’est souvent difficile pour les couples de même sexe, car ils doivent affronter aussi les préjugés homophobes présents parmi les policiers et le monde de la justice. Si je trouve des liens intéressants à ce sujet je te les enverrai.

  2. Je comprends tes doutes internationaliste, et moi aussi j’en avais, mais ce n’est pas mon interprétation mais plutôt les chiffres de Statistiques Canada. Et depuis, avec mon expérience, je crois qu’on peut s’y fier!

    Dans ma recherche sur cet article, j’avais lu de quoi sur les lesbiennes, c’est vrai. Mais celles-ci ont droit aux ressources offertes aux femmes. Qu’en est-il pour les hommes? Quel message leur lance-t-on en perpétuant l’image (fausse) qu’ils sont des agresseurs et que les femmes sont des victimes?

  3. Ouh… le gros débat ! Mais tu touches un point. Y a des hommes victimes de violence conjugale et quand on en parle aux femmes qui s’occupent de centres d’hébergement, elles font: « Bof, c’est tellement marginal… » Or, si effectivement, je crois encore que la marge de violence envers les femmes est légèrement (je dis bien légèrement) supérieure à celle des hommes, je décroche quand on dit que c’est marginal. Je décroche aussi quand je vois que les organismes pour aider les hommes (que ce soit pour les agresseurs ou non) doivent quasiment ramper à genoux pour n’avoir que quelques centimes, alors que les ressources pour femmes pleuvent sous les subventions à ne plus savoir quoi en faire. Bon, j’exagère mais disons qu’il y a un déséquilibre flagrant. Pourtant, c’est ridicule : il faut aider l’homme ou la femme violente avant qu’ils ne commettent des gestes irréparables, pas après l’acte. Il faut les encourager à user de ressources pour calmer les ardeurs violentes, et non pas juste les dépeindre comme des monstres sans contrôle…

    Parce que cette dernière stratégie ne fait que montrer qu’on est loin de l’égalité hommes-femmes: autant quand on vend la femme comme une pitoune qui sert à rendre un produit excitant que quand on dépeint les hommes comme des monstres de violence sans discernement et irresponsables… Pour moi, je suis peut-être naïf, mais l’égalité c’est aller justement au-delà de ces clichés. 😉

  4. Dans le cas des hommes gais Louis c’est vraiment difficile, parce qu’en plus des ressources qui sont peu nombreuses il faut, comme j’ai dit dans l’autre commentaire, affronter les préjugés homophobes. Je ne sais pas si t’as vu le film « Being at home with Claude » ou l’histoire est basée sur le meurtre d’un homme par son amant, mais ça pourrait te donner une petite idée des obstacles que peuvent rencontrer les hommes gais avec le monde de la police et de la justice. Il y a des progrès bien sûr mais ils restent plutôt lents.

  5. La violence faite aux hommes, c’est pas vendeur dans les médias, à moins d’avoir photos, videos, témoignages à l’appui…
    Si réelle soit-elle, cette violence ne soulève que dérision et incrédulité dans le public.
    «Qu’il se défende, si elle le menace !» est la réaction de la majorité; belle bataille en perspective !

  6. @Alex: Exactement! L’égalité, c’est aller au-delà des clichés… Mais c’est aussi donner les outils aux deux sexes, et pas seulement à celui qu’on identifie (à tort) comme victime. La violence conjugale touche 6% d’hommes et 7% de femmes. Je crois que ça mérite une attention égale pour les deux sexes!

    @internationaliste: Je sais que ce n’est pas facile pour les gais. J’ai moi-même été témoin de ces préjugés en fin de semaine alors qu’il y avait deux gais dans le centre d’achat et qu’une cliente s’en est offusquée, disant « qu’ils avaient leurs quartiers et qu’ils y restent ». Mais tu sais, à mon avis avant d’être gais, ce sont des hommes, tout comme avant d’être lesbiennes, les femmes sont des femmes, et on doit pouvoir aider tout le monde indépendamment de leur orientation sexuelle selon moi.

    @Garamond: Ça c’est bien vrai. Le problème, c’est que le « qu’il se défende » n’est pas possible dans le vrai monde. Si l’homme réplique, il se ramasse en prison, et je suspecte que cette mentalité est plus la démonstration d’un aveu d’impuissance qu’autre chose. Il y a des femmes qui sont foutrement plus agressives et violentes que leur conjoint, on doit le reconnaître!

  7. On dit toujours que les hommes sont plus forts que les femmes et devraient donc être capables de se défendre! Même le Doc Mailloux qui a des penchants masculinistes reprend ce cliché.

  8. En réponse à Internationaliste, je crois que la violence faite aux femmes est plus « visibles » (coups, blessures, etc.). Je crois que les hommes sont autant victime de violence mais d’une façon beaucoup plus insidieuse: violence psychologique et sexuelle (manipulation avec les enfants, menace à la réputation, fausse accusation, etc.)

    D’ujne manière ou d’une autre, la violence est destructrice. Et il est bien vrai que l’aide pour les hommes, autant les agresseurs que les victimes, fait cruellement défaut.

  9. J’espère que tu enverras une copie de ton texte au site internet en question (violenceconjugale.gouv.qc.ca) Ça n’apporteras peut-être aucun résultat à cout terme mais à la longue, à force de faire étât de ces statistiques….. qui sait?

  10. @sfl …

    Lesson no. 1 : Never write a letter, never leave a message, no email and of course, never intimidate a person in front of others when you’re angry.

  11. Je suis d’accord avec toi. Mais, quand la question touche ton enfant, il est tres dificile de controler: il a menti expressement! Je etais desespere, imagine, un enfant de 9 ans suicidaire! Ça etais de la cruelte organise contre moi.

  12. Les hommes ne portent pas plainte, et j’ai l’impression que l’orgueil y est pour beaucoup. Moi même, qui suis assez costaud, irais-je voir la police si ma conjointe me lançait un objet ou me menaçait d’un couteau par exemple?

    Ce serait sans doute plus sage que d’essayer de répliquer ou de se défendre. Mais c’est tellement difficile de se mettre à la place de ces victimes, ou de comprendre ce qui se passe dans leur tête (et qui n’est pas toujours rationnel d’ailleurs).

  13. Effectivement, des hommes vivent de la violence de la part des femmes. Il est malheureux que ces hommes ne puissent recevoir d’aide. Mais derrière ces chiffres, on oublie trop souvent de mentionner la gravité de l’agression ce à quoi on rétorque : de la violence, c’est de la violence, point final ! Je veux bien mais il y a quand même une marge entre lancer le porte-feuille à la tête de son ex-conjoint et assassiner son ex-conjointe ! Combien d’hommes se font tuer par année par une conjointe ou ex-conjointe ? Combien de femmes par un conjoint ou un ex-conjoint ? Poser la question, c’est y répondre.

    Aussi, les refuges pour femmes victimes de violence conjugale, dans leur ensemble, reçoivent beaucoup d’$ du gouvernement. Mais pris individuellement, ces refuges reçoivent des subventions de misère au point ou les intervenantes en maison d’hébergement, qui pour plus de 80% d’entre elles sont bachelière dans le domaine de la relation d’aide, gagnent en moyenne 17$/heure soit à peu près 31 000$ par année. WOW! Quand on sait qu’un mécanicien chez gm avec un secondaire 5 gagne 77$/heure… Combien d’hommes accepteraient de travailler pour ce fabuleux salaire offert grâce aux mirobolantes subventions ?

    Pourquoi les masculinistes des années 2000 ne font-ils pas comme les féministes des années 80 c’est-à-dire, se retrousser les manches, ouvrir des services d’aide aux hommes victimes (aussi pour ceux survivants d’agression sexuelle, ne les oubliont pas ceux-là), porter ces ressources à bout de bras, travailler comme des malades, jour-soir-nuit-fin de semaine, pour parfois aucun salaire jusqu’à ce que les représentations auprès de la classe politique portent fruit et permettent de généreuses subvention permettant de payer les intervenants 17$/heure ? C’est bien déplorer l’iniquité mais encore faut-il savoir se retrousser les manches et oeuvrer à mettre fin à cette iniquité lorsqu’on se sent interpellé. Je doute que d’écrire des blogues pour questionner la violence faite aux femmes soit très utile pour aider les hommes qui ont besoin d’aide.

  14. C’est vrai que les hommes peuvent organiser des choses par eux-mêmes, mais n’est-ce pas par dépit qu’on s’organise soi-même sans le soutien du gouvernement? Ce n’est pas parce qu’il est possible de s’organiser soi-même qu’on ne peut pas demander au gouvernement d’aider à structurer cette aide!

    Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec cette mentalité qui consister à jalouser ceux qui gagnent bien leur vie. Tant mieux pour les travailleurs de GM s’ils gagnent bien leur vie, et 17$ de l’heure ce n’est peut-être pas beaucoup, mais c’est mieux que rien et c’est assez pour avoir une petite maison, une voiture, et vivre une petite vie confortable.

    Je crois qu’il faut cesser de mettre les travailleurs en compétition les uns contre les autres. Il y a assez de richesse pour aider tout le monde; encore faut-il avoir la volonté de mieux imposer ceux qui possèdent cette richesse afin de les forcer à redistribuer ce qu’ils ont obtenu grâce au travail d’autrui.

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  17. Bonjour à tous. Je suis un homme et ma conjointe à utilsé la viloence verbale, emotionnel et finalement physique contre moi. Bleu, mordre, graffigne, coup de poing, me souhaiter la mort etc.. J’ai réaliser que lors de nos discussions qui finissaient de facon négative, elle utilisait des moyens violents pour se faire comprendre et attendre raison. Par la suite elle jouait les victimes. J’ai voulu réparer du mieux que j’ai pu, sans succes. Un jour, après analise de conscience personelle, j’ai pris la meiulleurs décision. Elle m’a mordue apres une dispute sans aucune importance. Je l’ai prise à la gorge, je lui ai foutu un coup de poing d’homme en plein visage, je l’ai couché à terre et je lui commendé le respect. Peu importe les conséquences plus jamais je me coucherai dans la honte. jamais j’avais usé de viloence contre une femme avant. Maintenant se sera oeuil pour oeil dent pour dent. Si jamais est trop forte je prenderai une barre de fer! j’ai lue tout vos commentaires et aucun homme à porté ses culottes sauf moi. J’ai compris que l’homme ne veut pas de centre d’hébergement. Il veut etre respecté et doit utiliser sa force pour y arriver. Je tiens quand meme à préciser que je n’ai aucun respect pour ceux qui abuse.

    merci

  18. La meilleure décision aurait été de la quitter point final. En tapant, tu lui donnes encore plus raison et en bout de ligne, vu que la force physique est de ton coté, tu risques de te retrouver dans une merde noire au banc de la société et de la justice. Ca c’est la realité.

    Tu devrais appeler quelqu’un pour demander de l’aide.

    C’etait mon quart d’heure assistante sociale. Bonne journée.

  19. Euh … demander de l’aide, mais pour la cogner hein !

    (On ne sait jamais.)

  20. S.v.p.

    Tout ça est dans le passé: c’est fini!!!

  21. […] on peut le nier:  http://www.sosfemmes.com/points_de […] battus.htm     https://ledernierquebecois.wordpress.com/2009/0 […] me-violent  Pourtant, une étude de Statistique Canada, publiée en août 2005, a démontré que les […]

  22. […] les femmes en victimes et blâmer «les» hommes dès qu’elles en ont la chance. Même si de nombreuses études ont démontré que les femmes commettent autant de violence conjugale que les hommes, on tente […]

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