Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette

Hier matin, je regardais RDI en direct et j’écoutais Céline Hervieux-Payette parler de ses impressions quant à la future composition des dix-huit sénateurs que Harper nommerait un peu plus tard dans la journée. J’étais en train de manger et il n’y avait rien aux autres postes, car entre nous, Céline Hervieux-Payette est d’une platitude proverbiale.

Soudainement, elle a dit ceci, avec des trémolos d’émotion dans la voix:

« J’ai fait un rêve; j’ai rêve que Harper nommait dix-huit femmes. »

Pour Mme. Hervieux-Payette, ce serait formidable de choisir dix-huit femmes sur les dix-huit nouveaux sénateurs. Et l’animateur de RDI a conclu son intervention en souhaitant « qu’il y en ait au moins neuf ».

Je ne sais pas pour vous, mais j’aimerais m’imaginer la situation inverse un moment. Si un homme avait affirmé avoir rêvé de dix-huit nouveaux sénateurs masculins en se montrant émotif face à cette perspective, et si l’animateur avait souhaité « qu’au moins la moitié soit des hommes », comment auraient réagi les féministes radicales, selon vous? Elles auraient envahi les ondes, écrit des lettres de dénonciation afin de s’attaquer à ce dangereux sexisme qui tente de ramener les femmes à la maison, à leur vaisselle, à leur lessive. Elles auraient crié à la discrimination, et elles auraient eu raison de le faire.

La vraie question, alors, est la suivante: pourquoi est-ce que la discrimination doit forcément être à sens unique? Souhaiter qu’on choisisse quelqu’un parce qu’il est un homme serait du sexisme alors que de choisir quelqu’un parce qu’elle est une femme serait une chose souhaitable. Cautionnez-vous ce deux poids, deux mesures? Pas moi.

Comment se surprendre d’une telle situation? Yvon Dallaire esquisse un début de réponse dans son livre « Homme et fier de l’être »:

Les féministes ont accusé les hommes d’être responsables de tout ce qui allait mal sur cette planète et que c’était à cause d’eux si les femmes se retrouvaient dans des situations socioéconomiques défavorables.   Elles leur ont dit qu’ils étaient des violeurs et des violents en puissance, qu’ils étaient insensibles et inexpressifs, qu’ils étaient des pères absents… et quoi d’autre encore! Beaucoup d’hommes ont copié et confirmé ces discours mis de l’avant par les féministes des années 60-70. Les hommes sont, à l’heure actuelle, le seul groupe contre lequel on peut déblatérer publiquement sans que personne, ni eux-mêmes, n’ose prendre leur défense. L’homme a laissé dire parce que lui-même en est venu à croire qu’aujourd’hui être homme, c’est tout ce qu’il ne faut pas être.

Évidemment, dans la situation présente, il n’est pas question d’avoir déblatéré ouvertement sur les hommes. La discrimination est silencieuse et sous-jacente: en souhaitant l’élection de sénatrices, c’est-à-dire en prétendant qu’il faut choisir les sénateurs en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences, le message lancé est le suivant: les femmes sont supérieures aux hommes. Il s’agit d’un message constamment relayé dans de nombreux médias et alimentés par les groupes féministes, dénonçant le moindre bout de peau de femme à la télévision mais ne s’offusquant pas le moins du monde quand on donne un rôle d’attardé mental ou d’animal aux hommes dans les publicités.

C’est Denise Bombardier, pourtant une féministe de la première heure, à une époque où le féminisme avait sa raison d’être, qui a le mieux résumé le problème lors d’un discours prononcé en mars 1996 aux Rencontres philosophiques de l’UNESCO:

« Le Québec est une société matriarcale, c’est un matriarcat psychologique. […] Il existe un problème d’identité entre les garçons et les filles, et il est évident que le désarroi est plus présent chez le garçon, d’autant plus que, dans notre société, le mouvement féministe a été très fort. Les petites filles sont particulièrement valorisées dans le système scolaire. Que leur dit-on? : « Tu peux faire tout ce que ta mère a fait, et tu peux faire tout ce que ton père a fait. » Et que dit-on aux petits garçons? : « Il ne faut surtout pas que tu fasses comme ton père. »

En clair, on valorise systématiquement les modèles féminins et on lance le message suivant aux jeunes garçons des nouvelles générations, par la publicité, le système scolaire, la justice ou les médias : tu es inférieur, tu es du mauvais sexe, et peu importe ta valeur on va prendre une femme avant toi parce que les femmes sont supérieures à toi. On peut te traîner dans la boue parce que tu es un homme, mais n’ose jamais faire la même chose à une femme, parce qu’elles sont intouchables.

Le voilà, le féminisme contemporain. Et voilà de quelle façon il s’insinue dans les médias et qu’il contamine nos esprits. Sous couvert de faire une « place aux femmes » nous en sommes venus à désirer inconsciemment une société de femmes pour les femmes et à ne plus choisir les gens en fonction de leurs compétences mais plutôt en fonction de leur sexe.

Si les hommes ont peut-être exagéré par le passé, et que le féminisme a été trop loin, il reste à souhaiter que le retour du balancier se fasse en douceur et qu’on puisse «déféministériser » la société sans pour autant recréer des inégalités envers les femmes. Car l’égalité, ça commence avant tout dans les esprits, avec la conviction que les sexes sont égaux et qu’on doit traiter les gens indifféremment de leur sexe tout en respectant leurs différences individuelles.

À quand une dénonciation du discours de Céline Hervieux-Payette par les groupes féministes?

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22 Réponses

  1. on doit traiter les gens indifféremment de leur sexe tout en respectant leurs différences individuelles. À quand une dénonciation du discours de Céline Hervieux-Payette par les groupes féministes?http://lelectronlibre.net/index.php/2008/12/23/reve-sexiste-celine-hervieux-payette

  2. Ah, le fémi-fascisme! Céline Hervieux-Payette en est un bon exemple.

  3. Céline Hervieux-Payette n’est-elle pas cette ancienne trudeauiste enragée devenue le bras droit de Stéphane Dion? J’ai bien aimé la fois qu’elle a tenu tête à Brigitte Bardot sur la chasse aux phoques mais pour le reste elle ne m’impressionne guère.

    Par contre de citer un masculiniste pur et dur comme Yvon Dallaire n’est certainement pas une référence mon cher Louis.

  4. Je ne sais pas ce que tu as contre Yvon Dallaire. J’ai lu quelques-un de ces livres et ses positions sont très modérées et humanistes. J’ai beaucoup appris sur les relations de couple en lisant son livre sur les couples heureux (et ceux qui ne le sont pas).

    Si c’est ça le masculinisme, souhaiter une véritable égalité des sexes dans le respect des différences, alors j’en suis un, ma copine en est une et beaucoup de gens que je connais le sont!

    Quant à Céline Hervieux-Payette, son passé de trudeauiste est peut-être la seule chose qui la sauve du ridicule. On se dit que si Trudeau, malgré tous ses défauts, a pu lui trouver quelque chose de bien elle ne doit pas être foncièrement mauvaise.

    Dans tous les cas, imagine le tollé si c’était un homme qui avait affirmé qu’il souhaitait 18 sénateurs masculins nommés…

  5. Et l’animateur qui lui a donné la réplique n’a pas eu l’air beaucoup plus intelligent!

  6. Attention, les féministes ne défendent que ceux qui ne pensent comme elles!

    Mario Dumont à Dieu Merci dit quelque chose comme « la boxe c comme l’amour » et la Fédération des Femmes est après lui en disant qu’il banalise la violence conjugale.

    Régis Labeaume dit aux médias qu’il batterait Josée Verner? RIEN. Josée Verner, on sait qu’elle n’est pas gauchiste cette femme!

    À « La Joute », Lorraine Pintal a balayé du revers de la main la « possibilité » que Margaret Thatcher et Hillary Clinton soient des modèles pour les femmes. Par contre, oh qu’elle admire Ségolène Royal!

  7. […] Louis-Philippe Lafontaine: Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette […]

  8. Salut Louis,
    Je me demandais pourquoi tu ne parlais pas des 85(±)sénateurs qui siègent au sénat versus les 40(±)sénatrices. Quand on veut parler d’égalité, on parle de la proportion qui existe au sénat. Donc, à mon avis, le rêve de Céline Hervieux-Payette est ligitime.

    Et puis, avoue que ça ne prends pas de grosses compétences pour sièger. Seulement être capable de dire oui à celui qui t’a nommer à cette position, ou non à celui qui la remplacer.

  9. Excellent point, derteilzeit! Mais, attention, tu risques d’avoir la très libérale Christiane Pelchat du Conseil du statut de la femme dans les pattes en disant ça.

    C’est comme John-James Charogne et son Conseil des ministres fémi-fasciste, faible, mouyialiais et incompétent. Lui-aussi n’est pas mieux!

    http://lequebecdedemain.blogspot.com/2008/12/un-conseil-des-ministres-fmi-fasciste.html

  10. Je vais te répondre de cette façon.

    Quelle doit être, à ton avis, la proportion de femmes et d’hommes qui travaillent dans les CPE? Je n’ai pas la statistique, mais je veux ton avis. 75% de femmes? 80%? 90%

    Maintenant, si on décide d’ouvrir un nouveau CPE et d’embaucher vingt personnes, si je suis ta logique il serait donc acceptable de choisir vingt hommes, faisant fi possiblement d’excellentes candidates, sous prétexte que les femmes sont déjà largement majoritaires.

    Ça s’arrête où ce sexisme, dis-moi? Jusqu’à quel point doit-on choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences? Doit-on nécessairement avoir un ratio hommes-femmes de 50/50 dans les CPE, en politique, dans les hôpitaux, partout?

    À mon avis, ce n’est pas légitime de souhaiter régler ce qui pourrait hypothétiquement être une injustice par ce qui constitue certainement une injustice.

    Évidemment, que le sénat est un gaspillage de fonds public et est inutile en ce moment. Mais c’est le message qui compte, et le message lancé par Hervieux-Payette est le suivant: il est correct et normal de vouloir des femmes non pas parce qu’elles sont compétentes, mais plutôt parce que ce sont des femmes.

    Et ça, c’est du sexisme.

  11. Je crois que tu n’as pas compris mon message, Louis. J’ai lu ton précédent billet sur le gouvernement de Charest, et je suis d’accord avec toi que la compétence devrait primer sur le sexe dans ce cas-ci.

    Mais pour dire oui ou non à un premier ministre qui veut nous voir sénateur, ça prends même pas une première année. Seulement 45 ans environ, assez pour comprendre certaines choses de la vie, comme la reconnaissance d’avoir un poste à vie. Donc, le sexe, on s’en fout dans ce cas-ci.

    Ça devient de la misogynie.

  12. […] Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette […]

  13. Parce que les éducateurs-rices en CPE ont autant de pouvoir politique qu’un poste de sénateur? Hum…

    Vincent

  14. @Vincent: À mon avis, les éducateurs de CPE on beaucoup plus de pouvoir sur nos enfants et sur la conception qu’ont ces derniers de l’égalité des sexes que tous les sénateurs du monde ensemble.

  15. Pourquoi s’énerver. Il y a depuis longtemps les quotas de lait, les quotas de poulets, les quotas de dindes…
    Les féministes rabaissent ainsi les femmes au niveau des êtres inférieurs qui doivent être protégés.
    Si j’éatais femmes, je me sentirais rabaissée et je combattrais ces féministes professionnelles qui détruisent n’importe quoi pour garder leur petit pouvoir et surtout les milliards qu’on leur verse en subvention (au-delà de 400 millions par an pour le seul gouvernement québécois).
    Pour en savoir plus sur les origines du pouvoir féministe, lire les fausses statistiques du Ministère de la santé du Québec à : http://lapresrupture.qc.ca/recherche.html

  16. […] Le r?ve (sexiste) de C?line Hervieux-Payette […]

  17. […] Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette […]

  18. […] Le r?ve (sexiste) de C?line Hervieux-Payette […]

  19. Quelqu’un soulevait la question du mutisme des hommes devant cette discrimination toujours plus grande et se mépris grandissant. C’est simple la misandrie permanente et omniprésente qui rabaisse, infentilise infériorise ridiculise et avilie le «mâle» à fini par faire porté fruit. En effet devant la femme l’homme s’incline jusqu’à terre pour qu’elle lui marche dessus et la remerci de cet honeur dont il est génétiquement indigne. Il n’a plus d’amour propre. Pour augementer l’effet de la misandrie toujours de bon ton en toute circonstance. On s’est évertuer avec autant d’insistance à élevé la Femme au rend de Déesse. Elle est brillante fonceuse courageuse, compatisssante, généreuse, responsable, Féminine elle est supérieure en tout à l’homme. Comment l’homme peut-il s’opposer à la volonté d’une Déesse lui qui n’est qu’une abjection…

  20. Pour provoquer une prise de conscience il faut être provocateur.
    Peut être suffirait il de rappeler que le monde dans lequel nous vivons a été construit par les hommes.
    Passons un accord , chaque genre ne profite que de ce que le genre auquel il appartient a inventé ou créé.

  21. […] Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette […]

  22. […] de l'affaire Cantat par les féministes Et d'autres écrits de M. P. sur le sujet : Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette Pourquoi je ne voterai jamais Québec Solidaire Le discours revanchard des féministes Quand la […]

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