La crise est-elle la résultante d’une économie pyramidale?

Alors que de plus en plus d’analystes parlent de la présente crise économique comme étant la pire depuis celle des années 1930, je me questionne : si le système économique était stable et bien contrôlé, pourrions-nous vivre un tel effondrement boursier entraînant nos sociétés dans une profonde récession? De plus en plus, j’ai l’impression que le système économique actuel constitue une grosse pyramide de style Ponzi, du nom de Charles Ponzi, l’inventeur de l’arnaque.

Le principe de son escroquerie est incroyablement simple : on promet des intérêts faramineux à de nouveaux investisseurs et on utilise leur argent pour remplir les mêmes promesses aux anciens rentiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’investir 1000$ et on lui promet 2000$ en un court laps de temps. Les 1000$ investis servent à payer les intérêts à ceux qui étaient présents avant lui et le succès de cet investissement incite ces derniers à réinvestir leur argent de même qu’à convaincre d’autres investisseurs de se joindre au schème pyramidal, perpétuant le cycle. La chaîne fonctionne tant et aussi longtemps que de nouveaux investisseurs affluent, mais lorsqu’elle se brise tout le monde perd son argent puisque celui-ci n’a jamais véritablement entièrement existé.

Une des pyramides les plus dévastatrices vola en éclat en 1997 en Albanie, entraînant des milliers de morts dans sa chute. La particularité de ce schème, dirigé par Ion Stoica, était qu’il était endossé par les élites politiques et que près des deux-tiers des Albanais y ont participé, entraînant une faillite de près de 1,2 milliards $ (sur une population totale de 3 millions!) lorsque la bulle éclata.

Évidemment, on ne peut comparer la brutalité de cet effondrement à celui qui secoue actuellement notre économie. La descente aux enfers d’un véritable schème Ponzi s’avère beaucoup plus brutale que pratiquement toute autre forme de faillite.

Cependant, s’il est impossible de comparer l’intensité des deux effondrements, on peut très bien affirmer sans se tromper que la crise des prêts hypothécaires à risque, et dans une moindre mesure toute forme de bulle financière inhérente au capitalisme sauvage, constitue une forme adoucie de schème Ponzi.

À la base, la bulle immobilière provenait d’un réel besoin : se loger et investir en se logeant, ayant la conviction que la résidence allait prendre (un peu) de valeur. Après l’éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000, c’était une idée sensée. Sauf que tout a dérapé : la conviction que l’investissement était un aspect secondaire du besoin d’être logé s’est transformée en certitude que l’argent investi se transformerait automatiquement en profit. Me suivez-vous? On a offert à des gens sans le sou (ou presque) la possibilité d’acheter des maisons puisque le prix de celles-ci allait forcément monter (garantissant l’argent prêté en cas de défaut de paiement), alimenté par une forte demande… provenant justement de gens qui achetaient des maisons en croyant faire un investissement sans risque.

Ne s’agit-il pas là d’un schème Ponzi socialement accepté et encouragé? Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas à des gens qui n’en ont pas sous le seul calcul que le marché de l’immobilier est en hausse constante depuis 1945 et qu’il continuera de l’être. Un peu à l’image de la pyramide de Stoica, dont toute la base reposait sur l’idée qu’il y aurait toujours davantage de poissons à hameçonner, plus il y a de gens qui participent à l’embolie plus le système prospère et engraisse. Sauf que rien n’est éternel.

Forcément, tout comme le nombre d’Albanais à embrigader était limité, le nombre d’acheteurs de maisons l’est également. Les baby-boomers ont lancé cette ère de consommation, mais quand ceux-ci prennent leur retraite et la plupart ont leur maison, il arrive un moment où la démographie à la baisse prend toute son importance et où il y a trop de maisons sur le marché, causant une diminution du prix et l’incapacité pour les banques de revendre à la hausse les résidences des mauvais payeurs, entraînant ce cercle vicieux menant à l’éclatement de la bulle. Ce n’est donc pas un hasard si le nombre de saisies de maisons était en hausse de 79% aux États-Unis en 2007 par rapport à 2006, atteignant 1,3 million!

Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections. Ceci dit, comme tout chien fougueux qui ne demande qu’à courir dans tous les sens, celui-ci doit être tenu bien en laisse, modéré, ses énergies canalisées, et il me semble qu’il serait plus avisé d’éviter les bulles et les schémas quasi-pyramidaux plutôt que d’y contribuer comme nos gouvernements l’ont fait en déréglementant et en privatisant.

Avant que nos vies ne deviennent des pyramides sur lesquelles des puissants bâtissent leurs fortunes, ne serait-il pas temps de s’opposer et de réclamer un rôle accru de l’État pour tempérer ce marché qui se croit omnipotent?

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11 Réponses

  1. Hm, très bien dit ça Louis.
    bon billet…
    ma coloc est en criminalité et on discutait du fait que souvent, les maîtres fraudeur ou les crosseurs de l’état n’ont souvent que des peines minimes comparé à des voleurs de sacoche…
    personnellement, les gens qui instaurent ce genre de fraudes (pyramidale) se mériterait la prison à vie… ou au moins pour assez longtemps.
    Le système pénale est corrompu en faveur de la bourgeoisie!!!

  2. Merci!

    Ça me fait penser au célèbre dicton:

    « Si tu tues une personnes, tu es un meurtrier. Si tu tues dix personnes, tu es un tueur en série. Si tu tues un millier de personnes, tu es un héros militaire. »

    On pourrait peut-être inventer une nouvelle version?

    « Si tu t’enrichis en volant les épargnes d’une personne, tu t’en vas en prison dans l’indifférence générale. Si tu t’enrichis en volant les épargnes de dizaines de personnes, tu vas en prison et tu te fait lyncher médiatiquement. Si tu t’enrichis grâce à un système qui vole les épargnes de millions de personnes, on te glorifie, on te cite comme exemple et on te met à la une de Fortune et autres magazines du même genre ».

  3. haha! c’est comme Staline qui disait:
    Un mort, c’est une tragédie!!!
    un million de mort! Cela fait partie des statistiques….

  4. @ LPL:

    Tu écris:
    « Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections »

    Le système dans lequel nous vivons n’a rien à voir avec le libre-marché. C’est justement l’argent-pyramidal qui fait que le libre-marché ne peut exister. Ceux qui peuvent créer l’argent à opartir de rien et ce légalement, viennent ‘bousiller’ l’idée même d’un marché libre.

    Presque personne est ‘libre’ dans un tel marché monétaire faussé à la sa base même.

    Enlève l’argent-de-Ponzi de l’équation, et là nous pourrons parler de libre-marché

  5. La nouvelle version est drôle… mais comme Sébastien le dit, un système où l’argent n’a aucun équivalent réel ne peut soutenir un libre-marché. Ça prendrait un système avec une masse monétaire constante car on trouble la demande et l’offre ainsi.
    Le problème du système actuel est qu’il agit comme s’il n’y a pas de contrainte naturelle – comme tu le dis, le nombre de clients potentiels est limité, j’ajouterais les ressources naturelles le sont aussi. D’après moi le problème est qu’on vit dans un système qui est déconnecté de l’économie réelle, car un libre-marché qui tiendrait en compte la contrainte des ressources et du nombre de clients, avec de l’argent qui ne peut qu’augmenter qu’en fonction de quelque chose de réel (et non par pure politique et spéculation) marcherait mieux.
    Tout système qui considère qu’il est souhaitable de faire des profits tendant vers l’infini alors que le support est fini est voué à la dysfonction chronique.

  6. @ Léonard Langlois:

    J’ai reçu un courriel suite à votre réponse. Et malgré mon désir de ne plus plus parler de ce sujet, je vais quand même vous dire que je suis entièrement d’accord avec vos propos.

    A mon avis, c’est tellement simple à comprendre. Tout notre système économique est une illusion basé sur de l’argent fictif. Et autant la gauche que la droite n’ose aborder ce sujet si crucial.

  7. Bonjour et merci pour cet article très clair.
    J’avais le sentiment depuis quelques temps que le système économique ne fonctionnait que sur de l’argent fictif. Seulement, étant fâché avec l’économie et les chiffres, je suis bien incapable de me l’expliquer précisément. J’ai parcouru le web pour essayer de trouver des réponses malheureusement jamais exhaustives.
    Je commence tout de même à comprendre certaines choses.

    Une petite question tout de même que je n’ai toujours pas résolue :
    Pourriez-vous m’expliquer pourquoi une pyramide de Ponzi est vouée à l’échec ? Je pense plus exactement à ces pyramides de dons, Pourquoi le système ne pourrait-il pas se perpétuer indéfiniment ? Bref, le système ne fonctionnerait-il pas si chaque personne qui s’extrait de la pyramide par le haut en empochant la somme d’argent grâce à ses recrues réinvestissait immédiatement ?
    Y a sûrement un couac mais que je n’arrive pas à me l’expliquer.
    Merci d’avance

  8. Ce systême ne peut fonctionner, car l’argent EST de la dette…

    Tant que la dette croit (peut-elle croitre indéfiniment? Poser la question, c’est y répondre), ce systême peut fonctionner.

    L’argent papier ou de métal qui circule, ne représente qu’environ 3% de la masse monétaire totale. Le reste c’est de la dette (électronique) !

    Donc, si les dettes ne peuvent croitre indéfiniment, et qu’il n’y a pas assez de monnaie pour rembourser ces dettes, le mur -mathématique- va tous nous ramener dans la triste réalité.

    ***

    L’inflation c’est la perte de valeur de cette monnaie, et non pas la hausse des prix ou salaires (comme disent presq, car à chaque année qui passe (dans ce systême de monnaie basé sur de la dette), il y a plus de création de dettes (fausse monnaie), qye de réel viens et services.

    Dans uun systême basé sur de l’argent réel, la déflation serait vu comme une bonne chose. A chaque gain de productivité, les pris baisseraient; le plein-emploi serait normal, etc

    En tout cas, je pourrais vraiment écrire 100 pages sur ce sujet, car tout dans le monde matériel est affecté et infecté par ce systême de fausse monnaie. C’est tellement simple à comprendre pour ceux qui reviennent à la BASE et pour cessent de croire aux illusions. TOUT, TOUT, TOUT de notre systême actuel est basé sur l’irréel…

    Comprennez-vous l’anglais?

    A écouter:

  9. Le dernier message est de Sébas.

    J’ai accroché sur le piton ‘envoyer’ avant d’avoir terminé.

    ***

    Revoici une partie du message corrigé:

    ***

    L’inflation c’est la perte de valeur de cette monnaie, et non pas la hausse des prix ou salaires (comme disent presque tous les économistes keynésiens), car à chaque année qui passe (dans ce systême de monnaie basé sur de la dette), il y a plus de création de dettes (fausse monnaie), que de réel création de biens et services. Le résultat: cette monnaie achète toujours un peu moins à chaque année et les taux d’endettements augmentent constamment. C’est le résultat mathmatique… inévitable de ce systême.

    Dans un systême basé sur de l’argent réel (ce que l’humanité a connu pendant longtemps, la liberté et la démocratie en moins), la déflation serait vu comme une bonne chose. A chaque gain de productivité, les prix baisseraient; le plein-emploi serait normal, le taux d’épargne serait dans l’plafond, bref, tout le contraire du systême actuel.

    En tout cas, je pourrais vraiment écrire 100 pages sur ce sujet, car tout dans le monde matériel est affecté et infecté par ce systême de fausse monnaie. C’est tellement simple à comprendre pour ceux qui reviennent à la BASE et pour cessent de croire aux illusions. TOUT, TOUT, TOUT de notre systême actuel est basé sur l’irréel…

    Comprennez-vous l’anglais?

    A écouter:

    En tout cas, pour ceux qui ne veulent pas rester CON, voici un audio pour comprendre l’histoire de notre systême monétaire (au Canada, en Europe, etc, le fonctionnement du systême est identitique, même si notre banque centrale -canadienne- a été nationalisé en 1935):

    «Second Look at the Federal Reserve by Edward Griffin»

    http://video.google.com/videoplay?docid=-8484911570371055528#

    p.s.
    Faudrait bien que je fasse des ‘rencontres philosophie’ pour expliquer les tenants et aboutissants de ce systême…

  10. Merci, je comprends bien l’anglais et je vais regarder ça avec attention.

  11. De rien.

    Si vous voulez creuser le sujet, je vous invite à lire le livre complet d’Edward Griffin;

    «The Creature from Jekyll Island»
    (il est disponible gratuitement, par GOOGLE)

    *

    Et pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais, j’ai trouvé ceci:

    http://www.dossiers-sos-justice.com/media/00/01/517365590.pdf

    (C’EST L’ÉQUIVALENT DE L’AUDIO QUE J’AI PLACÉ DANS LE PRÉCÉDENT MESSAGE)

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