À la vie comme aux échecs

Mercredi matin, il neigeait modérément sur la région montréalaise, recouvrant d’une couche supplémentaire mes espoirs déçus d’un hiver tardif. J’apprécie la saison froide, ses paysages féériques et le confort douillet qui s’installe dans nos chaumières fumantes, mais étant obligé d’utiliser ma voiture pour aller gagner ma croûte – merci au transport en commun déficient – j’ai été pris dans des bouchons de circulation monstres qui ont plus que triplé mon temps habituel de voyagement. Malgré tout, les choses auraient pu être pires.

En effet, plus j’observais le comportement de plusieurs de mes compagnons d’infortune plus je réalisais qu’il y a pire dans la vie qu’être immobilisé dans le trafic; j’aurais pu en souffrir autrement.

Il y avait d’abord ces automobilistes changeant constamment de voies, espérant se faufiler afin de gagner peut-être une ou deux minutes. Le jeu en valait-il la chandelle? Calculons. Ils se stressaient sérieusement, risquaient un accident à chaque traversée impulsive des ornières de neige séparant les voies et mettaient donc en jeu leur vie et celles des autres. Tout ceci pour quoi? Pour quelques petites minutes qui serviront à quoi, au fait, sinon à se déstresser?

Il y avait aussi ceux qui gardaient leurs voies respectives mais qui se faisaient un devoir de coller la voiture les précédant (vraisemblablement pour bloquer le passage à ceux qui changeaient de voie, comme si on pouvait se faire « voler une place » dans le trafic), n’hésitant pas à utiliser leur avertisseur si l’autre n’avançait pas à la seconde où un espace de plus de deux mètres se libéraient à l’avant. Je me fait moi-même klaxonner occasionnellement dans ce type de situations, préférant garder une distance respectable devant moi plutôt que de devoir accélérer et freiner constamment, et je sors généralement la main de ma vitre en ouvrant les doigts: « Et où veux-tu que j’aille, le clown? » Ceux-là étaient encore pires que les premiers: non seulement se stressaient-ils inutilement et énervaient les autres automobilistes, mais ils n’avançaient pas plus vite que moi.

Un sage a dit: « change ce que tu peux changer et accepte ce que tu ne peux pas changer ». Pourquoi s’impatienter? La vie n’est-elle pas déjà parfois assez difficile?

Peu importe la platitude du moment actuel, nous avons toujours le choix d’en tirer le maximum. Pour ma part, quand je suis dans le trafic, je mets mes CD préférés et je chante. Je libère mon énergie négative puisque de toute façon, peu importe ce que je peux faire, je vais probablement être en retard. Je dois accepter cette fatalité et profiter de la situation autant que possible en réduisant mon niveau de stress.

Au fait, qu’est-ce que le stress, sinon cette petite goutte qui tombe dans la grande jarre du cancer? Pensez-y. À chaque fois que vous êtes stressés, votre corps ne fonctionne plus harmonieusement et c’est de ce genre de dysfonctionnement que se nourrissent les maladies.

En outre, le corps ne fait pas la distinction entre le réel et l’imaginaire. Si vous entretenez des pensées stressantes, vous demandez à votre corps de se mettre dans une position de combat ou de fuite: votre pouls s’accélère, vos muscles se tendent, vous recevez des décharges d’adrénaline. Cette réaction s’avérait essentielle quand nous vivions dans des cavernes et devions faire face à des bêtes sauvages.

Or, aujourd’hui, que ce soit dans un champ de morceaux de tôles quasi-immobiles ou dans n’importe quelle autre situation stressante, cette réaction n’a plus la même utilité. Vous ne devez ni combattre ni fuir et vous ne faites qu’accentuer l’impression d’impuissance qui vous accable et qui contribue à augmenter votre niveau de stress, créant un véritable cercle vicieux.

Détendez-vous! Respirez lentement! Vous ne pouvez rien changer à la situation extérieure; vous n’êtes pas en danger mortel, relaxez et dites-vous que votre santé à long terme en dépend. Ne vous culpabilisez pas de ne pas avoir fait ceci ou cela, mais acceptez la nouvelle situation telle qu’elle est, car si vous ne pouvez changer le passé vous avez du pouvoir sur le futur et vous devez vivre en harmonie avec la nouvelle donne, que vous soyez d’accord avec elle ou non.

Nous faisons tous partie d’un Tout et avons le devoir de prendre soin de nous-mêmes et des autres. En réduisant notre niveau de stress, nous améliorons non seulement nos vies, mais également celles de nos concitoyens, que ce soit dans le trafic, dans un commerce, dans la rue ou dans n’importe quelle autre situation.

Au lieu de remâcher nos vieilles idées noires et de nous faire du tort à propos de choses qui ne peuvent plus être changées, ne serait-il pas plus intelligent de se libérer de cette énergie négative et de se recentrer sur le futur en tant que conséquence du présent actuel plutôt que sur le futur conditionnel d’un passé qui n’existe plus? Nous avons choisi un embranchement dans l’arbre des possibles et nous devons accepter la suite des choses.

À la vie comme aux échecs, quand le coup est joué, on doit l’oublier et regarder vers l’avant.

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15 Réponses

  1. Tout cela est bien joli, et jusqu’à récemment, j’aurais dit: « Bah ouais, facile à dire quand on est naturellement doué de patience ! ». Tu auras compris que moi, je ne pas douée naturellement de la chose. Mais… j’ai compris que le détachement est possible même quand on est d’une nature plutôt, disons… prime. Depuis plusieurs mois, à chaque fois que le goût de m’énarver me pogne (ou pire, l’envie irrépressible de péter une coche), je me demance: « est-ce que c’est vraiiiiiment important ? » Plus souvent qu’autrement, la réponse est non, alors je me calme le pompon. Alors, j’espère un jour, vers mes 75 ans, pouvoir dire que je suis zen. ;o)

  2. C’est la même chose pour moi, je te le garantis! Ce n’est pas parce que j’ai observé que c’est la meilleure attitude à avoir que j’y arrive toujours.

    Tiens, par exemple, hier c’était mon anniversaire de couple et j’avais commandé des fleurs pour ma copine à son travail. Et bien imagine-toi donc qu’ils ne les ont pas livrées… Oubliées!

    J’étais en beau fusil… Mais j’y ai réfléchis: ça me donnait quoi d’être aussi fâché? Rien du tout. Alors j’ai respiré un peu par le nez, j’ai constaté que je n’y pouvais rien et je me suis attelé à passer une belle soirée par la suite, ce qui aurait été plus ardu si j’étais resté fâché.

    Ce n’est pas facile d’être si prompt, et je sais de quoi je parle, mais le but à atteindre n’est-il pas justement de s’améliorer constamment? 🙂

  3. S’améliorer constamment, certes. Mais encore faut-il le vouloir… quand j’étais « jeune » (c’est pas que je sois si « vieille », mais bon… on n’a plus 20 ans), j’m’en contrecâlissais de gaspiller de l’énergie à être fâchée pour rien. En fait, je ne comprenais même pas le concept de gaspillage d’énergie. L’équation était simple: ça me fait chier, j’me fâche. Et les trucs à faire chier, on s’entend que c’est pas ça qui manque, hum ? Fait que… j’étais en rage permanente, ou presque. Faut dire que je ne retiens pas du voisin, comme on dit… Mon paternel est comme ça aussi. Je commence à peine à lui faire comprendre tous les bienfaits du calme et du détachement… En fait, il s’en rend compte à me voir aller plus que grâce à mes beaux discours. Il voit bien que c’est bénéfique, et je ne renonce pas à être capable de lui faire écouter les nouvelles en silence, ne serait-ce qu’une fois (moi, j’ai presque réussi !) 😉

  4. Ouais, disons que ça porte à réfléchir ce texte là. Surtout quand on a tendance à s’en faire pour des touts et des riens – comme moi, genre. 😉 Dis donc, ça pourrait une résolution de 2009… quoique le problème est que je ne crois pas aux résolutions. Mais bon, je vais reformuler: je méditerai là-dessus au cours des semaines et mois à venir. Me connaissant, y a des chances pour que je me rende compte 6 mois plus tard que ça a eu un certain impact (sans dire que tout change du tout au tout).

    En tout cas, très bon billet ! 😀 Pratique d’avoir posté ça avant les Fêtes, une période qui peut être stressante pour certains.

  5. Merci Alex. Je suis moi-même quelqu’un de très prompt, c’est-à-dire que je suis du genre à aller engueuler quiconque empiète sur mon petit mètre carré. Mais avec le temps, j’ai réalisé que c’était contre-productif; ce qu’on ne peut changer mérite-t-il qu’on nuise à sa propre santé?

    Je crois qu’il est plus sage d’accepter son sort et de vivre notre réalité à partir du moment présent au lieu de se demander ce qui aurait pu se produire ou non. Nous ne contrôlons pas les autres, mais nous avons du pouvoir sur nos vies.

    Nous sommes les maîtres de nos vies!

  6. Hors sujet: la purge blogosphérique se poursuit! Après mon blogue (le premier), c’est celui du Satellite voyageur qui a été aboli.

    Il y a quelque chose d’assez inquiétant dans tout ça. Décidemment, je vais commencer à croire au complot de John-James Charogne.

    http://satellitevoyageur.wordpress.com/

    Je t’en supplie Louis, prends garde à ton blogue!

  7. Merci de ta sollicitude Jean-Luc, mais je te rassure: je n’ai pas l’intention de fermer mon blogue. Simplement, tout est changement et j’ai décidé de ne plus être « l’homme du milieu » comme Renart, qui font le lien entre les gens et l’information utile, ni même le gars connecté sur l’actualité qui vient écrire à la seconde où il se passe quelque chose de pertinent.

    En fait, ça faisait déjà quelques temps que j’ai changé de stratégie, et je me suis même dés-inscrit de Tout le monde en blogue et autres machins-chouettes.

    Désormais, ceux et celles qui me liront le feront par choix, et pas parce qu’ils auront été incités à venir ici par quelque truc que ce soit ou pour voir ce que j’écris sur d’autres (y a rien de plus facile dans la vie que de faire un texte composé quasi-uniquement de liens vers d’autres textes; mais la quantité n’est pas un problème sur internet, et je préfère me concentrer sur la qualité, c’est-à-dire produire mon propre contenu).

    J’aime beaucoup Le Satellite Voyageur et je trouve bizarre que son blogue ait été éliminé car il aurait violé les règles… J’espère qu’il pourra revenir en force et continuer dans la voie qu’il aura choisie.

  8. @ Louis.

    Je crois que tu m’as mal compris. Je ne t’ai pas demandé pourquoi tu blogues, juste de faire attention pour ne pas que tu te retrouves sans blogue du jour au lendemain sans préavis comme moi et le Satellite Voyageur. J’ai l’impression qu’il y a une purge dans la blogosphère. D’abord, ce fut mon blogue qui a été éliminé dans la nuit de mardi à mercredi, puis celui du Satellite aujourd’hui.

    Ne trouves-tu pas ça bizarre comme coïncidence, toi? Toi qui me lisais par période, ai-je déjà publié de la pornographie, des messages haineux ou de la diffamation, hein? J’ai créé un autre blogue sur blogspot dès que j’ai vu que mon blogue avait été aboli, mais ce n’est plus pareil sans mes anciens textes, car je crois en avoir fait d’excellents, comme les preuves que j’ai publié sur l’implication criminelle de Denis Coderre dans l’Affaire Marie-Claude Montpetit, l’intégralité des conditions de travail chromées des employés municipaux de la Ville de Québec, ma coalition de blogueurs anti-Charest lors de la dernière élection québécoise, les preuves de l’espionnage industriel et criminel que la GRC a mené contre le PQ, le FLQ et le mouvement indépendantiste québécois pendant des années et plusieurs autres scandales que j’ai publié depuis la création de mon blogue en mars 2008.

    En tout cas, joyeux Noël et bonne année 2009, Louis!

  9. Il y a d’autres cas semblables. Il te suffit de contacter le support de wordpress.com et ça peut se régler ainsi. Dans mon cas, je ne suis pas sur wordpress.com alors je n’ai rien à craindre ni quoi que ce soit d’autre à respecter que la loi.

    Bonne chance, Joyeux Noël et Bonne année à toi aussi!

  10. ARGH ! Je viens de découvrir que mes blogues ont disparu ! Phoque ! OK… Bon ben c’est peut-être la fin du Satellite Voyageur, faut croire. Ça a été un beau voyage tout de même…

  11. Bon, excuse-moi Louis d’user de ton blogue pour informer, mais c’est que j’ai écrit à WordPress et ils ont dit que j’aurais fait un blackmail link (bref, un link vers un mauvais site) et qu’ils ont gelé mon blogue pour le moment. Alors, bref, écrivez à WordPress, ce n’est pas de la censure, mais quelqu’un qui a réussi à passer les limites d’Akismet. Là, je vais travailler là-dessus pour que le blogue revienne… 😉

  12. Tu peux peut-être contacter le support de wordpress. J’ai fait quelques recherches et même s’ils disent qu’un blogue suspendu l’est définitivement il y a des précédents de blogues qui ont été réouvert après que l’administrateur ait contacté wordpress.

    Ceci dit, je suis perplexe, car je ne vois pas en quoi ton blogue contrevenait aux règles de wordpress.

  13. Bon, je promets que j’arrête d’en reparler mais bon, mon blogue est de retour. Ça n’a pas été long, Dieu merci, et on m’a suggéré d’être prudent (hé regarde, pas comme si j’avais fait exprès qu’un mauvais lien se trouve sur le site, chose !). Ouf… Je l’ai trouvée rough à matin d’apprendre ici que mon blogue avait disparu. J’aurais dû pour utiliser tes conseils: respirer, prendre ça cool, que je pouvais rien y faire sinon contacter le support technique… Ai-je dit que j’avais à travailler là-dessus ? 😉

  14. Ataboy! Content que ce soit réglé! C’est pas toujours facile de prendre ça cool dans ce genre de situation, mais l’important est de ne pas perdre de vue que de se fâcher ne peut rien changer…

  15. […] ce qui est fait est fait. Rien ne pourra réparer la violence du geste; il faut partir de ce point. La vie est comme une partie d’échecs: quand le coup est joué, il est joué. Voir la position comme elle était avant celui-ci est […]

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