Réhabilitons l’État!

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« Ça coûtait deux fois moins cher en Californie », me disait l’homme à la casquette, d’une quarantaine d’années, qui conduisait probablement un vieux pick-up que j’imaginais souillé de boue et – qui sait – arborant une queue de renard sur son antenne de radio.
– Mais combien ça coûte te faire soigner en Californie? Mon père a été aux urgences et ça lui a coûté deux milles dollars par heure!
– Le gouvernement, c’est toutes (sic) des crosseurs, qu’il me jappa au visage.
– Le gouvernement, c’est nous. Nous choisissons ce gouvernement et nous avons le pouvoir de le faire et de le défaire. C’est ça la démocratie, que je lui ai répondu.
– Coudonc (sic), t’es-tu un politicien?

* * *

Comment en vouloir à un tel homme, qui vit depuis des années dans un système où des politiciens promettent mers et monde pour ensuite se plier aux exigences du capitalisme sauvage et qui règlementent, privatisent, et poussent à la misère une large partie de la population, sous prétexte de déficit zéro de l’État (mais pas le déficit des individus, lui!) ou de soi-disant « lucidité ».

Comment un tel individu pourrait-il avoir une vision positive de l’État alors que depuis vingt-cinq ans nous avons des gouvernements qui cherchent insidieusement à le dépecer, à le réduire à une maigre peau de chagrin?

Heureusement, ou malheureusement, c’est dans la douleur qu’on réalise nos erreurs. Les dérèglementations ont échoué, la croissance à crédit également. L’endettement atteint des niveaux records, et le système craque de partout. Même les États-Unis, néolibéraux parmi les néolibéraux, ont nationalisé banques et compagnies d’assurances. Même les plus radicaux des capitalistes les plus sauvages ont perdu confiance dans le marché. Ils ont – enfin! – compris que le marché ne peut pas tout.

En effet, comment peut-on sérieusement croire que la somme des bénéfices individuels peut représenter un bénéfice collectif? Si on laisse le marché agir, qui empêchera des promoteurs de défigurer un littoral? Qui protégera l’environnement? Qui gérera l’excès d’automobilistes sur les routes, cause d’une hausse de tarifs de compagnies de transport en commun dont on a exigé qu’elles fassent des profits? Qui paiera les coûts sociaux de la précarité, de la pauvreté?

Le marché ne peut pas tout. Nous avons besoin d’un État fort pour le structurer, pour permettre aux forces créatrices de travailler dans le même sens afin d’éviter cette anarchie institutionnalisée que ces extrémistes appellent « libre-marché ».

Aujourd’hui, on réalise que le marché a échoué. Il faut réhabiliter l’État, un outil certes imparfait, mais qui a le mérite de nous représenter et d’être le moins pire des systèmes.

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3 Réponses

  1. Et c’est particulièrement la source des problèmes: plus personnes de dépensent parce qu’ils n’ont plus les moyens de payer… et que fait-on? On leur donne plus de moyen avec de l’argent qu’ils n’ont pas! Belle mentalité! Voici untexte de réflexionsur la place du gouvernement en société. ***** Pour les dénigreurs de Cuba, sacher que n’importe qui (venu du monde entier) peut y étudier gratuitement et que la population y est soigné gratuitement. Leur système d’évacuation en cas de to

  2. Wow! Là j’ai de la misère à te suivre!

    « Comment en vouloir à un tel homme, qui vit depuis des années dans un système où des politiciens promettent mers et monde pour ensuite se plier aux exigences du capitalisme sauvage et qui règlementent, privatisent, et poussent à la misère une large partie de la population, sous prétexte de déficit zéro de l’État (mais pas le déficit des individus, lui!) ou de soi-disant « lucidité ». »

    Le seul pays de l’OCDE qui ne fait pas de déficits à chaque année, c’est le Canada. Aux États-Unis, il y a eu un déficit 14 fois au cours des 15 dernières années. Bush a été l’un des présidents les plus interventionnistes.

    Au Canada aussi les gouvernements promettent mers et mondes et nous le donnent, en nous le faisant payer.

    Je te rejoins sur un paquet d’autres points, mais là…

  3. @JP: Le fait de ne pas faire de déficit n’est pas incompatible avec le néolibéralisme. En fait, je dirais que ça devrait même être le contraire, quand on essaie de gérer un pays comme une entreprise privée, ce qui est une erreur monumentale.

    C’est précisément pour ne pas faire de déficit que des gouvernements de droite comme le PQ (et par la suite le PLQ) ont coupé dans les services et transféré le déficit de l’ensemble de la collectivité vers les individus.

    Bush a été l’un des présidents les plus interventionnistes.

    Sur quoi te bases-tu pour dire cela? S’il a été moins libéral sur le plan économique que de nombreux gouvernements, il n’en a pas moins baissé les impôts d’une minorité de riches tout en ne remettant en question ni l’ALENA ni quoi que ce soit d’autre.

    En fait, Bush a été le simple représentant de cette élite, avec la particularité d’être un Born again conservateur. Maintenant, on a un Obama qui va faire la même chose mais avec d’autres particularités. Le vrai pouvoir, aux États-Unis, ne s’élit pas.

    Ceci dit, les mentalités changent. L’effondrement du néolibéralisme devrait entraîner quelques changements, surtout à long terme, car nous ne vivons pas qu’une simple récession: c’est la stagnation économique à moyen et long terme qui guette l’Amérique du Nord, un peu comme le Japon des années 90.

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