Qui a peur de la dicussion?

Mon collègue de travail va devenir policier. L’ordre, la loi, la hiérarchie, il connaît. Travailler avec lui s’avère parfois difficile, mais quand il est en stage il a toujours de bonnes histoires à raconter.

Dernièrement, il nous racontait une poursuite à pied que lui et ses collègues avait effectuée sur une voie ferrée pour attraper un homme soupçonné de meurtre. Spontanément, et peut-être avec une certaine maladresse, je lui demandai si l’homme était noir, me questionnant quant à savoir s’il était relié aux gangs de rue.

Immédiatement, deux de mes collègues ont réagi: « c’était pas mal gratuit ça » me répondit le premier, et quand je répondis que ce ne sont tout de même pas des Tremblay et des Barrette dans les gangs de rue mon autre collègue se tourna et dit « je ne veux même pas en parler avec toi ».

Bon, comme je l’ai écrit, ma formulation était maladroite. Ce que je voulais savoir, c’était si la personne était membre d’un gang de rue. Mais la nuit, sur une voie ferrée, j’ai cru que de savoir s’il était d’une certaine ethnie serait déjà un bon début. Demander s’il était membre d’un gang de rue aurait irrémédiablement conduit à la réponse « aucune idée » alors que s’il était Noir avec des pantalons avec la fourche descendue jusqu’aux genoux et un foulard rouge ou bleu, ça pouvait en donner tous les signes (même si ce n’est pas une preuve absolue).

Ce qui m’exaspère dans cette situation, c’est encore une fois cette absolue nécessité de la langue de bois. Un homme n’est pas Noir, non on ne peut pas le dire, sous peine d’être considéré comme raciste. Il n’est pas un immigrant, sinon on peut se faire qualifier de xénophobe. Ce n’est pas un jeune, sinon on fait de la discrimination contre les jeunes. Et quoi encore?

Au lieu de se retourner et de fermer le dialogue, j’aurais aimé que ma collègue en discute avec moi. Son attitude a été celle de la majorité des Québécois vis à vis une foule de sujets, de l’immigration à la langue française en passant par leur relation amour-haine vis à vis des États-Unis. On ne veut pas discuter. Et si l’autre insiste, on le traite « d’obstineux » et vite on essaie d’étouffer le dialogue. On accuse l’autre de chercher à provoquer, de vouloir une confrontation. On a peur de l’échange des idées.

Le problème est le suivant: comment peut-on solutionner un problème si on ne peut même pas prendre conscience qu’il existe? Ce n’est pas de ma faute si la majorité des gangs de rues sont composés de jeunes issues de l’immigration. Je ne me suis pas levé un matin en le décidant: c’est un fait indéniable. Refuser de considérer cette situation est la meilleure façon de ne PAS régler le problème. On ne peut pas régler ce qu’on ne reconnaît pas.

Au contraire, c’est en prenant conscience d’un problème qu’on peut trouver des solutions. Au lieu de se mettre la tête dans le sable, il faudrait plutôt accepter la réalité et ne pas avoir peur de parler du fait que la majorité des gangs de rue sont composés de gens d’une origine ethnique différente. Reconnaître cette réalité ne fait pas de nous des racistes ou des xénophobes. Cela veut plutôt dire que nous avons franchi une étape supplémentaire vis à vis de ceux qui en sont encore à renier la réalité: nous comprenons le problème et nous sommes donc en mesure de proposer des solutions, que ce soit une baisse de l’immigration, des programmes économiques de gauche pour améliorer la redistribution de la richesse, une revalorisation de la culture et de l’identité québécoises afin de favoriser l’intégration des immigrants, etc.

L’enjeu, c’est d’en parler. Dire qu’un Noir peut possiblement être relié à une gang de rue ne constitue pas du racisme. C’est plutôt une appréciation de la réalité invitant au dialogue et à la recherche de solutions pour que d’ici quelques année cette réalité soit différente.

N’ayons pas peur des échanges virils et des discussions! C’est de cette confrontation des arguments que peut jaillir les meilleures solutions pour le futur!

À moins que ce soit plus facile d’ignorer ceux qui ne pensent pas comme nous et de s’enfermer ainsi dans notre petite réalité bien personnelle?

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6 Réponses

  1. c’est comme de voir des gens qui disent: ne parlons pas de politique ou de religion, ça fait juste créer des conflits…
    dans le cul oui!

  2. @William: Entièrement d’accord avec toi. Généralement, les discussions avec ce type de personnes sont stériles et s’en tiennent aux généralités: météo, sport, etc.

    Pourtant, rien n’est plus stimulant, à mon avis, que de discuter avec quelqu’un qui ne pense pas comme soi mais qui a des arguments et où chaque personne se respecte.

    Hier soir, au travail, on a fêté le départ d’un collègue, et on a passé deux heures à boire du vin et à jaser. J’ai discuté avec une fille très intéressante qui étudie aux HEC et pour qui la gratuité scolaire n’est pas une option viable. Nous en avons discuté longuement, dans le respect, et ce fût très stimulant.

    Se fermer aux différences, à mon avis, c’est encore pire que le soi-disant racisme dont on aimerait se couper.

  3. En fait, c’est ton copain policier qui est le plus à blâmer: il a dit un homme. Il aurait fallu qu’il dise « une personne », de façon à ne pas révéler le sexe du suspect. ;o)

  4. Y a-t-il des informations sur ce sujet dans d’autres langues ? Happy new year for everyone.

  5. J’aime votre blog et j’aime ce que vous écrivez même si parfois je ne partage pas vos opinions.

    Moi-même étant une immirgrante asiatique ça «m’énerve» un peu de voir les Québecois pure laine faire attention à ce qu’ils disent devant moi de peur de paraître racistes ou xénophobes. Par exemple, mon collègue et moi parlions d’un asiatique chinois, jamais il ne l’a désigné «ce chinois», mais toujours «l’asiatique». Franchement là si c’est un chinois dite chinois that’s it. Je le prendrais pas personnel, quoique je n’ai même pas à le prendre personnel non plus!

    Ce cas est encore plus fréquent avec les noirs. Parfois lorsque je parle avec certains québecois de souche, ils ne disent pas les noirs tout cru! Mais ils utilisent d’autres termes (que j’ai entendus) comme «les personnes de couleur foncés» (c’est tellement pas claire), «les personnes d’origines africaines ou haïtiennes» (je crois que «les noirs» aurait été correct).

    Bref.
    Bonne continuation 🙂

  6. Merci beaucoup pour ce commentaire! 🙂

    Effectivement, il y a beaucoup de personnes qui ont immigré ici qui sont dans votre situation. Ils s’intègrent, ils font partie de nous, et ils s’étonnent de notre facilité à s’auto-apitoyer sur nous-mêmes, de notre difficulté à faire face à l’autre en se respectant nous-mêmes.

    Peut-être que vous pourrez m’en dire davantage, mais personnellement ça ne me donnerait pas trop le goût de m’intégrer à un peuple si peu fier de ce qu’il est et si complexé vis-à-vis des autres qu’il en oublie sa propre identité!

    Merci pour le commentaire et merci… d’exister. Voilà! 🙂

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