Cher Jimmy…

Jimmy St-Gelais

Cher Jimmy,

C’est avec stupéfaction que j’ai appris ton départ de la blogosphère aujourd’hui. Tu fais partie de ces grands qui ont animé les débats et posé les essentielles questions sur toutes les tribunes, dont UHEC.net, qui n’existe plus lui aussi. Tu as été un fidèle collaborateur et j’aimerais te réitérer que ma décision de mettre fin à l’aventure de UHEC n’était pas en relation avec toi, mais plutôt avec mon désir de « donner du lousse » avant, justement, d’avoir à couper la corde et quitter définitivement la blogosphère.

Tu donnes tes raisons dans un précédent billet, ce qui me donne envie de dire que ton départ était annoncé. Laisse-moi publier ici le billet en entier:

Vous entendiez quelqu’un pour vous dire vos quatre vérités? Je suis celui-ci.

Chers amis blogueurs politiques du Québec, vous avez raté le train.

Vous vouliez que les médias généraux citent vos billets en tant que référence dans leurs chroniques politiques? Cela a bien été le cas en 2007 et au début 2008, mais aujourd’hui, plus personne dans le monde journalistique ne prend au sérieux les affirmations des blogueurs politiques québécois.

Pour preuve, il est maintenant rarissime que l’on cite des billets provenant de blogueurs du Québec dans la chronique internet des Coulisses du Pouvoir de Radio-Canada. Pourtant, il y a un an, cette chronique n’hésitait à ploguer des textes de certains auteurs de blogues du Québec. On préfère désormais les blogues anglophones qui démontrent plus de sérieux.

Et pour cause.

Vous vous êtes divisés. Vous vous êtes comportés comme des enfants d’école.

Les insultes, les attaques personnelles, les luttes fratricides ont miné le peu de crédibilité que vous aviez. Ceux qui ont fréquenté le milieu des blogues politiques depuis le début de 2007 savent de quoi je parle.

Les médias traditionnels ont entendu de vous un plus haut niveau de professionnalisme mais vous avez dérivé vers un comportement enfantin, conflictuel et peu productif.

Et maintenant, vous en payez le prix. Et moi aussi.

Tu sais, Jimmy, je crois que tu prends le problème à l’envers. D’abord, il faut noter que la seule émission à parler des blogues est « Les Coulisses du pouvoir », que celle-ci est à Radio-Canada et que la direction de la SRC a décidé qu’il fallait pouvoir identifier les blogueurs par leurs noms avant d’en parler pour ne pas se faire prendre comme lorsque l’histoire de Pierre Morin, le troisième vice-président de l’Assemblée nationale, a causé tout un émoi. Mais ceci est un détail.

La vérité, à mon avis, est une question d’équilibre. Tu finis en disant « vous payez le prix » en disant que nous avons perdu de la crédibilité auprès des médias. Je vois les choses autrement: je crois que pour bloguer à long terme il faut atteindre l’équilibre entre popularité et respect de soi-même. Je m’explique.

Dans le temps de UHEC, je pouvais écrire 2-3 textes par jour. Je savais également quoi écrire pour déclencher les passions, et les passions, c’est vendeur. En fait, moins on fait de nuance, mieux c’est. À l’époque, je vérifiais le nombre de visiteurs scrupuleusement, j’organisais nos textes pour les publier aux moments opportuns; j’étais devenu le général d’un petit char d’assaut d’idées. Super, non? Oui, super, sauf que…

Sauf que je n’étais pas payé pour ça et ça me prenait beaucoup de temps. J’ai une vie en-dehors du blogue et je dois avancer dans celle-ci, c’est-à-dire travailler pour améliorer ma situation et celle de ma famille et devenir plus heureux et meilleur en tant que personne. Bref, d’un côté je travaillais fort pour que UHEC soit très connu (à un moment on avait régulièrement le triple des visiteurs de ce qu’a ce blogue-ci) mais plus j’y travaillais, plus je me dispersais et moins j’avais de temps pour améliorer ma vie. Si bien que j’ai fini par me désintéresser du blogue et vais te l’annoncer en grande primeur: si je ne fermais pas UHEC pour repartir à zéro sur un petit site no-name, j’aurais simplement arrêté de bloguer, j’en suis convaincu.

Le problème, c’est qu’on aime ça se dire qu’on change les choses. On aime ça se dire qu’on est bon, qu’on est puissant, que le monde entier nous lit. La vérité, c’est qu’on doit écrire pour soi-même et nulle autre personne, en n’ayant d’autre objectif que de se réaliser à travers ce qu’on fait. De s’arrêter et d’être fier du chemin parcouru. De lire ce qui a été écrit et de se dire « wow, je suis fier! ».

Et pour ceci, encore une fois, l’équilibre est primordial: on doit être au pivot entre expression personnelle et reconnaissance des autres. En ce sens, pour moi autant un antagoniste qu’un À mon humble avis sont dans l’erreur. Le premier carbure à la popularité et son blogue est devenu un dépotoir pour personnes souffrant de troubles mentaux. Le second a un plan de carrière politique et se censure de tout ce qui pourrait aller à l’encontre de ce plan et du parti pour lequel il milite. Le premier trône en haut des palmarès. Le second croupit quelque part en bas. Non, il y a un équilibre à atteindre, Jimmy, entre reconnaissance et expression personnelle.

Ce que j’essaie, pour ma part, c’est de me limiter à 2-3 textes par semaine (celui-ci est une exception). J’écris quand j’ai quelque chose à dire, et en me disant que ça ne changera rien, mais que j’aurai fait ma mince contribution. C’est mon truc, mais toi je suis sûr que tu pourrais trouver le tien.

C’est sûr que j’aimerais qu’on puisse refaire un collectif un jour, mais peu importe la forme que ça prendrait, il faudrait que ce soit en concordance avec le besoin de réalisation de chacun et être assez ouvert pour permettre la discordance, mais pas trop ouvert non plus (à l’image des 7 du Québec, un fourre-tout cacophonique).  Bref, avoir une ligne directrice de laquelle il serait possible de se distancer occasionnellement.

Sauf que le problème, on en revient toujours là, est que la ligne est bien mince et qu’elle n’est jamais la même pour qui que ce soit…

Je t’encourage à réfléchir à la question et à considérer, après quelques jours de repos, te repartir un nouveau blogue sous un autre nom un peu moins « je vais changer le monde » (pourquoi pas « le blogue de Jimmy »?)  et à y écrire tes pensées et tes réflexions, sans avoir le moindre désir d’être lu par beaucoup de gens ni de changer quoi que ce soit.  Tu es un blogueur Jimmy, alors blogue pour toi, pas pour les autres.

Mais peu importe ce que tu choisiras, moi je garde un souvenir extrêmement positif de notre collaboration.

En espérant qu’on aura la chance de rejaser de tous les opportunistes de l’ADQ, des suppôts du patronat du PLQ et des élitistes anti-démocratiques et snobillards du PQ!  🙂

Louis

p.s. J’aimerais beaucoup lire les expériences des autres blogueurs sur le sujet; qu’est-ce qui vous permet de continuer à bloguer et qui vous empêche de tout laisser tomber?

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13 Réponses

  1. A ce sujet, je vous invite à lire la belle réflexion de Louis-Philippe Lafontaine Tranquillement, mais sûrement, notre société avance en apprenant à maitriser les nouveaux outils de communications. De la sorte, si chaque blogue est une partie de

  2. Salut Louis et merci.

    Je veux simplement clarifier que mes raisons de quitter (peut-être temporairement) sont surtout personnelles. Pour l’instant, je dois m’occuper de ma fille de 2 semaines et mon gars de 3 ans. C’est de l’ouvrage!

    Mais il y a aussi un peu de lassitude concernant la blogosphère en rapport au temps que j’y investis et pour le moment, je n’ai simplement plus de temps a y consacré. De plus, l’attitude de certains blogueurs m’a déconcerté au plus haut point et m’a un peu découragé de continuer. Nous passons parfois pour une méchante bande de zoufs.

    Au sujet de mon avant dernier billet, il ne s’agissait que d’un constat. Rien de plus.

    Aussi, je ne comprends pas pourquoi tu penses que je suis un accroc de la popularité sur les blogues. Pourtant, mon billet l’Anti-blogueur démontrait le contraire et l’ensemble de mon œuvre ne visait pas nécessairement à être lu le plus possible. Bon, Le Devoir a accepté de publier certains de mes textes, ce qui constituait un petit velours, mais le but était de dénoncer des inepties, pas de devenir populaire.

    En tous cas, j’ai aussi apprécié notre collaboration sur UHEC. C’était la belle époque et j’ai franchement trippé durant ma participation.

    Je reviendrai peut-être lorsque ma vie familiale me le permettra.

    Au plaisir Louis,

    Jimmy

  3. […] S. sur Les quatre vérités de la blo…Jimmy St-Gelais sur La fin d’un blogueL’Électron Li… sur Les quatre vérités de la blo…Vide « À mon … sur Les quatre vérités de […]

  4. […] il semble que le blogueur Louis (celui-là même qui dénigre à répétition Les 7 du Québec) avait […]

  5. […] il semble que le blogueur Louis (celui-là même qui dénigre à répétition Les 7 du Québec) avait […]

  6. […] il semble que le blogueur Louis (celui-là même qui dénigre à répétition Les 7 du Québec) avait […]

  7. Belle réflexion Louis. Tu as manifestement beaucoup cheminé.
    Ce sujet me touche… après plus de deux ans à blogger, tôt ou tard, je me devrai moi aussi de l’aborder.

    En passant, bravo pour le scoop sur « MisterP Morin »

  8. Je t’avoue que peut-être, au fond, il s’agit d’un geste purement égoïste de ma part. J’écris parce que ça me tente de le faire. À vrai dire, je ne regarde même plus les statistiques du site. Je sais que l’affluence a augmenté mais que ça ne paraît pas à cause des commentaires peu nombreux, entre autres. Mais je m’en fiche. Ah bien sûr, j’aimerais avoir plus d’influence, avoir des centaines de commentaires (quoique si c’est juste des conneries), être cité dans les médias… Mais ça n’arrivera pas. Parce que le monde de l’information est devenu opinion, ce qui veut dire que les corporations médiatiques préfèrent que leurs poulains parlent que de citer des blogueurs. De plus, citer des blogueurs anonymes implique un danger de poursuites que les corpos ne veulent pas avoir.

    Alors, j’écris égoïstement : j’écris parfois sur des trucs dont on s’en fout (ma vie, ma perception d’événements banaux), parfois sur des enjeux de société primordiaux. Tout dépend de ce que je ressens. Suis-je utile ? Pas certain. Suis-je un incontournable ? Vraiment pas. Suis-je intéressant ? Je n’en sais rien. Mais je me dis que si une personne peut me trouver intéressant, ça sera déjà ça de gagné. Puis, bon, personnellement, je n’aime pas les guéguerres de blogueurs. Donc, à date, j’ai peu critiqué de blogueurs et je n’ai pas partie de guerres ouvertes avec des blogueurs (et pas l’intention de le faire).

    C’est peut-être aussi plus facile de bloguer quand tu n’as pas justement une petite famille à t’occuper… Alors, dans mon cas, je vais peut-être bloguer jusqu’à ma mort, qui sait ? 😉

  9. Merci, merci, et merci…

    Et bravo à toi Jimmy pour ta nouvelle paternité et je sais que c’est très exigeant (ma belle-soeur en a trois en bas de six ans).. J’espère te retrouver bientôt… en fait, je sais que tu vas revenir un jour! 🙂

    @Carl Boileau: C’est difficile de bloguer, et j’admire chez toi ta capacité à ne pas lâcher et à te limiter à moins de texte mais dans la qualité. Tu n’as pas vendu ton âme pour le ranking.

    @Alex: Toi tu es 100% honnête: on blogue avant tout pour soi-même. Tu es un des bons blogueurs de la cuvée 2008, et j’espère que tu continueras pour longtemps! 🙂

  10. Pourquoi je continue a bloguer ? Voici ce que j’en disais avant qu’il y ait des blogues et c’est toujours ça

    http://nouvellesociete.org/5067.html

    Pierre JC Allard

    (basso continuo dans la cacaphonie concertante des 7 du Québec)

  11. Merci Louis,
    Le projet de mon blogue s’inscrit dans une mission existentielle qui ne devrait se terminer qu’avec ma finalité.

    http://radicarl.net/mission

    De la sorte, le ranking m’apparait effectivement une dimension secondaire. Toutefois, d’un objectif politique, je te mentirais si je t’affirmais ne pas en tenir compte 😉

    Et oui, tu as bien raison quant au Satellite voyageur; il est Tu es l’un des bons blogueurs de la cuvée 2008.

  12. À Carl et Louis-Philippe: merci pour les bons mots les gars, c’est très encourageant. Surtout venant de blogueurs expérimentés comme vous… 😉

  13. […] blogueur Louis croit que la solution se trouve dans le plaisir, « qu’on doit écrire pour soi-même et nulle autre personne, en n’ayant d’autre objectif que de […]

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