L’engagement moral

Engagement moral

Qu’on le dise dès le départ: si la politique d’intégration des immigrants du Parti Libéral du Québec constituait la fine glace qui nous séparait des eaux, nous serions déjà tous mouillés jusqu’aux oreilles tellement celle-ci s’avère mince et fragile. On demande un « engagement moral » aux immigrants en les incitant à signer un contrat sans valeur afin qu’ils respectent nos valeurs de base, notamment l’utilisation du français: n’importe quoi, comme le note Patrick Lagacé.

Pourtant, la controverse n’est pas nouvelle. Ici-même, en février dernier, il y avait eu un fort débat suite à un de mes billets où je m’en prenais à un blogueur ayant choisi de faire la promotion de l’indépendance du Québec… en anglais. Je lui avais reproché de contribuer ainsi à la normalisation de l’anglais comme langue d’usage au Québec et à réduire l’attrait du français chez les immigrants, nuisant effectivement au combat qu’il prétendait mener. Car n’en déplaise aux grands linguistes de ce monde, une langue n’est rarement apprise par plaisir, mais plutôt par nécessité.

En effet, c’est bien beau de se fier au « sens moral » des gens, mais la vérité c’est que nous n’agissons souvent que selon notre propre intérêt. Tiens, par exemple, le gros bon sens nous dit que l’hiver on doit mettre des pneus d’hiver. Mais il a fallu passer une loi pour forcer les gens à les installer. Et c’est la même chose pour tout: qui s’arrêterait la nuit aux feux rouges si ce n’était pas obligatoire? Quel commis de dépanneur gagnerait le salaire minimum si on se contentait de dire aux entreprises qu’elles ont « l’engagement moral » de bien payer leurs employés? Et à quoi ressemblerait un match de hockey où il n’y aurait pas de règles mais seulement un « engagement moral » de ne pas déroger à un code d’éthique?

Qu’on soit d’accord ou non, un engagement doit être accompagné de conséquences si on ne le respecte pas. Tout comme on me donne une contravention si je dépasse la limite permise ou si je roule sur le trottoir avec ma voiture, il doit y avoir des conséquences pour les immigrants qui refusent d’apprendre le français.

Oh, et à certains de nos amis qui ne vivent pas à Montréal et qui voient l’immigration avec des lunettes rose-bonbon, une GRANDE partie des immigrants ne veulent rien, mais absolument rien savoir d’apprendre ne serait-ce qu’un seul mot de français. J’en vois tous les jours qui sont ici depuis des années et qui ne sont même pas capables de dire « bonjour » ou « merci ». C’est ça le Montréal d’aujourd’hui, et c’est à cause de l’applaventrisme de Québécois mous et à l’amour-propre déficient, relayés par un gouvernement libéral mollasse et sans fierté que cette situation perdure.

La seule façon de franciser les immigrants est de leur parler en français, toujours, sans compromis, sans exception. Ceux-ci doivent comprendre que s’ils n’apprennent pas le français ils ne pourront pas fonctionner. Soudainement, ces gens qu’on croyait trop âgés ou trop peu scolarisés feront des merveilles d’apprentissage sitôt que leur intérêt personnel se trouve en jeu.

Dans tous les cas, c’est à nous d’agir. À nous d’être fiers de ce que nous sommes et de refuser de parler anglais sur notre territoire, d’exiger le français en tant que client ET en tant que travailleur. Cesser de croire que nous sommes polis parce que nous parlons anglais à quelqu’un qui ne comprend pas le français; notre politesse n’est qu’une lâcheté en tenue de soirée.

La vraie politesse, c’est de respecter le rythme d’apprentissage de l’autre, d’être patient, de lui répéter en articulant bien, mais de le faire, toujours et sans compromis, en français.

Sinon, autant fermer la shop right now.

Au fait, où en serions-nous aujourd’hui sans loi 101 ou si on s’était contenté de « l’engagement moral » des parents d’envoyer leurs enfants à l’école francophone?

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15 Réponses

  1. Cher Louis,

    Je ne suis pas de Montréal comme tu sais et dans un de mes commentaires – j’avais apporté un regard sévère sur tes arguments que je jugeais quasi inexistant.

    Mais pour le point que tu apporte aujourd’hui – tu as raison. Pour te donner le son de cloche de la région de Québec – plusieurs animateurs radio (CHOI FM, FM 93 et j’en passe) ont apporté les mêmes observations que toi: Un contrat sans conséquence pour les signataires est un mensonge en devenir.

    Lorsque des gens de façon maldroite avec un vocabulaire discutable ont voulu faire un code de conduite. Mais le gouvernement reprend l’idée sans conséquence.

    Bref, je ne sais pas si notre gouvernement est à genou devant certains comtés électoraux ou a fait comme d’habitude faire un semblant de gouvernance.

  2. Il ne faut pas se surprendre du peu de contenu du contrat social proposé… ça vient des Libéraux et les Libéraux sont pas forts sur les « actions » à entreprendre. En plus, à la veille d’élections, ils ne veulent pas se mettre la majorité de ceux qui votent pour eux (alias les immigrants et particulièrement ceux anglophones) à dos…

  3. Il ne faut pas non plus exagéré la chose. Je viens d’un quartier de Montréal où justement l’immigration est très présente. C’est vrai que certain parent venu ici on de la difficulté avec le français, mais il ne faut pas s’en faire, car leurs enfants vont dans les mêmes écoles que les nôtres, vont apprendre les mêmes choses et vont devoir apprendre le même français que tout le monde. Peut-être que certain immigrant sont retissant à apprendre le français, mais leurs enfants n’auront pas le choix, il suffit que d’attendre et ça se voit, leurs enfants parlent généralement un très bon français. Dépensons pas notre énergie et notre argent à enseigner à des gens qui ne veulent pas apprendre, concentrons-nous sur nos écoles et sur la qualité du français enseigné dans nos établissements.

  4. Je viens de voir la nouvelle et je ne comprends rien à toute cette polémique.
    Le Québec en ce moment et gouverné par le parti des minorités, immigrants et anglophones. Le Liberal Party of Quebec.
    Le PM John Charest est un anglophone de Sherbrooke.
    La Ministre de l’immigration Yolanda James est une enfant de la Loi 101, qui a choisit l’intégration anglophone, diplômée de Concordia. Son ministère pratique ouvertement la politique d’intégration «anglo-américain», appelé «nord-américain». Appelée aussi politique intégration «employabilité».

    Quel importance faut-il donner à la langue française ? Quand les Québécois francophones ont choisit eux-mêmes leur autominorisation politique et linguistique.

    Et puis, ne me faites plus rigoler avec l’obligation de l’école française pour les enfants d’immigrants. Ce que vous ne dites pas c’est, qu’à cette école «française» l’apprentissage de «l’anglo-américain» est obligatoire pour tous. C’est là que les enfants d’immigrants se préparent pour l’intégration à Concordia. Comme la Ministre James.
    Tiens et coudonc !…
    ch

  5. J’ai le choix de faire un copier coller ou de vous renvoyer à ce lien…

    http://doomshow.wordpress.com/2008/10/30/limmigration/

  6. La Ministre Yolande James et son ministère pratiquent les mêmes politiques d’intégration canadienne que toutes les autres provinces de son pays, l’Ottawa. Politiques qui ne semblent pas différentes chez les souverainistes du PQ, d’ailleurs.
    Que peut-on dire d’un «contrat moral», dans une société montréalaise composée à 80% de Québécois francophones «bâââlingues» ?
    sp

  7. Je suis allé voir un spectacle au Métropolis jeudi soir dernier. Cette salle n’est pas située dans l’espace « anglophone » du centre-ville mais plutôt dans un coin où le français s’impose encore (Complexe Desjardins, Place des Arts, etc). Laisses-moi te dire que j’ai été insulté à plusieurs reprises. Les employés de la sécurité (bouncers) ne parlaient qu’en anglais. Les revendeurs de billets s’adressaient exclusivement en anglais. Les employés du Métropolis, propriété de Spectra (subventionnée plus d’une fois par nos impôts), ne démontraient aucun respect pour les francophones qui assistaient au spectacle. Et les québécois ne disent rien, ils n’exigent même pas qu’on leur parle en français! J’ai porté plainte. On m’a regardé avec un petit sourire insignifiant.

    Pourtant, David Byrne, qui ne parle pas français, a demandé à une de ses choristes de traduire quelques mots en dbut de spectacle. M. Byrne, écossais de naissance, qui a passé une grande partie de sa vie aux États-Unis lorsqu’il était le chanteur des Talking Heads, a fait preuve d’un grand respect envers la communauté francophone qui assistait à son spectacle.

    Tant que les québécois n’exigeront pas de se faire parler en français et qu’ils faciliteront l’existence des anglophones et allophones, nous demeurerons dans notre statut de colonisés. Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves?

  8. @lutopium: Bienvenue dans mon monde lutopium!

    Je me rappelle, quand j’avais écrit le texte sur angryfrenchguy et cie. en février, je m’étais fait faire la morale par des Éric Bondo et cie. et je m’étais fait dire que ce n’était pas « leur monde ».

    Et bien j’ai des nouvelles pour eux; quiconque pense que le français va bien à Montréal ne connaît rien de Montréal. Montréal ne se limite pas au Plateau, à Ahuntsic, à Rosemont et à Hochelaga.

    Nous sommes en train de nous angliciser à vitesse grand V et ce petit regard insignifiant qu’on t’a adressé est le même qu’on m’adresse quotidiennement au travail quand je réponds en français à des anglophones qui me parlent anglais mais qui, à 90%, sont capables de parler français quand ils constatent que je refuse de leur parler en anglais.

    C’est à nous d’agir, d’être fiers, et de refuser de parler anglais partout sur le territoire du Québec, et spécifiquement à Montréal. La situation est très grave, et si nous n’agissons pas très vite elle sera irréversible, surtout avec la nouvelle génération montante à qui on a enfoncé l’anglais de force dans la gorge à grand coup de bilinguisme.

    Car l’ennemi, je le répète, c’est aussi le bilinguisme. Il est correct qu’une élite veule être bilingue, mais bilinguiser l’ensemble d’un peuple, surtout s’il est minoritaire, c’est le conduire vers sa mort certaine.

  9. Cette campagne de désinformation est bien réfléchie et est supportée par tous les grands médias québécois, même le Devoir, afin d’imposer une idéologie au citoyen québécois en la présentant comme si elle fut au départ une demande faite par ce citoyen québécois.

    Le citoyen québécois a identifié des valeurs chez les nouveaux immigrants qu’il jugeait incompatibles et innacceptables. C’est cette liste que le citoyen a présenté et non une liste de ses propres valeurs qui sont plurielles et en constante évolution.

    C’est dans le refus d’aborder cette liste de valeurs incompatibles que les partis et l’establishment se sont réunis pour pondre la commission B-T qui avait comme mandat principal de détourner, avec la complicité des médias, cette liste de valeurs immigrantes, vers une liste des valeurs québécoises.

    Aujourd’hui, ces médias présentent tous comme une vérité les « valeurs québécoises tel que demandé par le peuple à la commission B-T ».

    Pure construction des médias québécois devenus complètement inféodés à l’establishment et qui ne sont plus que des outils de désinformation et manipulation.

  10. @ LP Lafontaine
    « Car l’ennemi, je le répète, c’est aussi le bilinguisme. »

    C’est ça la différence entre la majorité des Québécois et les quelques freaks comme toi. Je n’entretiens aucune haine envers l’anglais ou le bilinguisme. AU CONTRAIRE!!! C’est un apport à ma vie. Donc surtout pas des ennemis.

    Et encore une fois, on doit pas connaître le même Montréal. Je suis même toujours dans l’Ouest quand je débarque à Montréal et je n’ai jamais de difficulté à me faire servir en français même si souvent je me fais aborder en anglais.

    @ Zach
    « C’est cette liste que le citoyen a présenté et non une liste de ses propres valeurs qui sont plurielles et en constante évolution. »

    Il aurait fallu le dire à Gilles Duceppe qui a passé sa campagne à nous parler des « valeurs québécoises », me disant pendant un mois que je n’étais pas Québécois.

  11. « Il aurait fallu le dire à Gilles Duceppe qui a passé sa campagne à nous parler des “valeurs québécoises”, me disant pendant un mois que je n’étais pas Québécois. »(DooM)

    Une fois que le dogme est bien implanté dans les médias, les partis politiques l’adoptent au lieu de le dénoncer car ils sont dépendants des médias pour leurs campagnes et ne peuvent pas plus que les citoyens les utiliser comme outil d’information.

    C’est pourquoi le Bloc a fermer son blogue aussitôt la campagne terminée.

  12. Les zozos du Parti Libéral ne semblent pas savoir comment l’immigration focntionne.

    Quand les immigrants arrivent ici, pour la majorité, c’est la dernière étape d’un long et couteux processus. C’est n’est pas un « contrat sociale » sans valeur juridique qui va les faire changer d’idée à un cheveux de la ligne d’arrivé. Même s’ils sont à 100% en désaccord avec celui-ci.

  13. Je suis Montréalais et je ne suis pas d’accord pour dire qu’une grande partie des immigrants ne veulent pas apprendre le français. Il y en a certainement mais c’est une très petite minorité. Il ne faut pas oublier non plus que le gouvernement péquiste en fermant les COFI à la fin des années 90 lors de l’obsession du déficit zéro n’a pas aidé la tâche. C’est difficile pour certains immigrants d’apprendre le français, comme par exemple pour ceux qui viennent de pays comme le Pakistan, le Sri Lanka ou l’Indonésie.

    Il faut consacrer plus de ressources à la francisation des immigrants au lieu de les blâmer.

    Je pense Louis-Philippe que tu tiens un discours proche de celui du Parti Indépendantiste dont un des principaux objectifs est de réduire l’immigration au Québec.

  14. Je pense que j’ai été un peu fort avec le Parti Indépendantiste. Disons plutôt que son discours sur l’immigration entretient une certaine ambiguité qui laisse à penser que c’est un problème pour eux. Mais c’est simplement une impression et non une accusation.

  15. le mot gouvernance est deplacé dans le context de votre reponse.

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