Villes et régions, même combat!

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

6 Réponses

  1. Perspective intéressante qui n’est pas complètement exempte de vérité.

    Or, pour que la solution proposée soit véritablement efficace, il faudrait non seulement réussir à « convaincre les gens des régions » de son bien fondé, mais il faudrait également – et surtout -, retourner la question de bord et changer les mentalités clichées que les gens de la « grande » ville adoptent lorsqu’ils parlent du « reste du Québec ».

    À cet effet, il est malheureusement plutôt commun d’observer l’arrogante attitude élitiste des gens de la métropole lorsque vient le temps « d’informer » le reste du Québec qu’eux, dans la « vraie » ville, ils savent comment ça marche… Ce n’est définitivement pas sur ce ton que le message passera.

    N’oublions pas non plus que les villes ne sont pas toutes identiques et que la généralisation entre ville et campagne demeure relativement boiteuse. En effet, au-delà de la ville ou de la campagne, il existe un monde de différence entre les milieux urbains de Montréal, de Québec, de Chicoutimi ou de Rimouski. Ainsi, ce n’est pas parce que l’on vit dans l’un de ces milieux urbains qu’on est par conséquent en accord avec les idées proposées ici.

    De plus, qu’on l’accepte ou non, les gens de ces villes sont, eux aussi, des citadins…

  2. Nicdou apporte une meilleure piste d’interrogation.

    Pour les gens de l’île qui l’ignore, il y a des universités et beaucoup plus de CÉGEP encore partout en région. Il y a aussi la Sûreté du Québec partout sur le territoire, même dans les MRC les plus petites. Il y a des CLSC un peu partout, un à plusieurs grands hôpitaux dans chaque région.

    L’État est présent aussi. On ne vit pas dans un monde archaïque et déconnecté.

    Cependant, (j’amène des pistes possibles) peut-être que les services offerts par l’État, qui exerce un monopole sur certaines sphères, se dégradent plus rapidement en région (pénurie de médecins, manque de ressources).

    Les gens n’ont pas toujours l’impression que l’argent donné à l’État leur revient. Peut-être favorise-t-elle quelques poches ou les gens de Montréal, qui donnent l’impression d’être constamment en train de marcher dans les rues pour demander toujours plus au gouvernement. (1)

    Il y a peut-être aussi un entreprenariat proportionnellement plus fort et autonome qui n’est pas très « téteux » de subventions mais qui aimeraient qu’on baisse pour toutes les entreprises et pour tous les travailleurs autonomes (pas que quelques papetières ou vieilles manufactures) les impôts et les taxes.

    Les petits entrepreneurs n’ont pas le temps et les moyens d’aller têter d’ailleurs des subventions. Ça profite qu’aux gros lobbys qui se paient du monde à temps plein pour courtiser politiciens et fonctionnaires.


    (1) JFK: “And so, my fellow Americans: ask not what your country can do for you – ask what you can do for your country.”

    Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, demandez vous ce que vous pouvez faire pour le pays.

    En gros, cessez de toujours dire “le gouvernement doit m’aider, le gouvernement doit s’occuper de tel dossier”, prenez vous en main personnellement ou collectivement [il s’adresse à la fois aux individus, à des groupes ou à des collectivités] et créez vos propres solutions qui peuvent aider le pays.

  3. […] et régions, même combat ? Ce texte de Lafontaine soulève une perspective intéressante qui n’est pas complètement exempte de […]

  4. @ Louis.

    Comment oses-tu écrire ça? Je te signale que Québec a sur son territoire la première université du Canada (l’Université Laval, ça te dit quelque chose?). Sur la Rive-Sud, il y a l’UQAR. On a également des Cégeps: Garneau, Sainte-Foy, Lévis-Lauzon, Limoilou. On a même des écoles secondaires et primaires sur les deux Rives. Il faudrait vraiment que tu expliques un jour ce que Québec et les régions t’ont fait pour que tu nous détestes tant. En passant, les choix politiques des dernières années que nous avons fait à Québec ne sont pas un argument valable pour expliquer une telle haine. Tes propos sont dignes d’un Mouyialiais méprisant et arrogant refermé sur lui-même et sur son trou à rats (désolé, mais c’est à ça que Montréal ressemble) qui lui sert de ville.

    Qu’est-ce que tu imagines, hein? Que nous ne sommes que des consanguins bouffeurs de bébés vivant d’agriculture sans eau courante, sans électricité et sans instruction (l’instruction et l’éducation sont deux concepts fort différents, en passant), hein? Là, on bat tous les records de l’arrogance et du mépris anti-régions et anti-Québec de Mouyial et de la Clique du Plateau. Le problème avec vous, c’est que vous n’avez pas de médias dignes de ce nom à Montréal pour vous montrer le vrai visage de ce monde étrange qui vit de l’autre côté du Pont Jacques-Cartier. On dirait un peckneau qui s’est fait brainwasher par les sales humoristes à 5¢ de Mouyial qui sont animateurs de radio par défaut.

    Continuez à chier sur nous-autres, bande d’écoeurants! Mais, un jour, vous allez tous vous étouffer avec vos insultes et votre racisme anti-régions et anti-Québec. Tout se paye dans la vie!

  5. Je ne voterai pas Conservateur, et pourtant j’habite Québec… paradoxe ? Je crois avoir déjà donné mon opinion au sujet de l’intérêt des électeurs de la région 03 pour les avatars du conservatisme, mais je me résume.
    La population entourant Québec n’est plus aussi attachée à l’État qu’elle a déjà pu l’être dans le passé. Ce n’est plus un employeur automatique pour les jeunes, qui ont tendance à considérer la fonction publique comme un repère de tablettés en attente de la retraite.
    La population active est désormais majoritairement employée dans le secteur privé et si nous bénéficions des retombées directes de la présence de l’État, nous aussi les témoins privilégiés de ses dysfonctionnements.
    Pourtant, dans les régions périphériques à Québec, comme Charlevoix et la Côte-Nord, le conservatisme est presque absent. Il reste la Beauce, qui a toujours été plus à droite en raison de la forte culture entrepreneuriale.
    On ne peut pas juger que les régions québécoises sont monolithiques, pas plus qu’on ne doit voir Montréal comme un univers hostile. C’est trop réducteur. La réalité est autrement plus complexe.

    Le dernier billet de Nicolas Racine:Parti pris (1) La santé

  6. Encore une vision simpliste et réductrice de ceux qui ne pensent pas comme toi.

    La ville de Québec est le château fort du vote conservateur, une grande ville au Québec et la plus proche du gouvernement. Comment t’explique ça?

    Ah le « mystère Québec ». Une belle analyse venant du mystère des insulaires montréalais. Là où le vote ne change presque jamais et toujours en retard quand ça arrive.

    Les gens des grandes villes du Québec devraient être mieux placés pour constater les abus de l’État vu la quantité de projets qui y sont développés. Mais sur l’île, versus le reste de la province, on semble vraiment accroché aux mamelles de l’État. On en dépend plus j’imagine. 😉

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