Criminalité: et pourquoi pas la peine de mort?

Les Conservateurs manquent de cohérence. Ils prétendent vouloir diminuer le crime en utilisant la vieille recette de la répression, c’est-à-dire, tout simplement, en emprisonnant les criminels plus longtemps. Et peu importe si ce criminel a quatorze ans, vient d’une famille dysfonctionnelle et aurait davantage besoin de réhabilitation que de punition. Le problème, c’est qu’un jour le jeune adolescent ressortira de prison, plus fucké que jamais, plus dangereux, plus mêlé, plus violent, et fort de tous ses grades gagnés à l’université du crime.

Or, il me semble, les Conservateurs devraient tenir compte de cette sortie éventuelle de prison s’ils ne veulent pas simplement repousser de quelques dizaines d’années la violence étouffée d’une jeunesse qui a peut-être un peu trop reçu de coups de pied au cul et pas assez de câlins.

Ainsi, pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout? Si vraiment on veut empêcher qu’un tel individu se retrouve un jour en société et puisse être encore pire qu’à son entrée au pénitencier, il faut absolument imposer la peine de mort. Si vraiment on espère réduire la criminalité en emprisonnant les criminels (prochaine étape: réduire la pauvreté en emprisonnant les pauvres?) il faut s’assurer que ceux-ci ne causeront plus jamais de problème à quiconque et les exécuter. Et pas de n’importe quelle manière.

Non, non non. Car au Parti Conservateur on veut réduire la taille de l’État. Pas de niaisage, pas de fonctionnaires; on prend le jeune coupable de meurtre, et on l’attache à un mur et on laisse la population le lyncher à mort le soir-même. Ça ne coûte presque rien, c’est rapide, et le jeune ne reviendra jamais pour se venger. Efficace, propre.

Mais est-ce assez? On le sait, la justice est un peu trop molle, avec ses « sentences bonbons » que des juges un peu trop attendris donnent parfois. On devrait pouvoir court-circuiter la justice et se débarrasser du jeune criminel sans procès, dès qu’on a des doutes suffisants sur sa culpabilité. La police va le chercher, on le garde une nuit en prison, et on annonce son lynchage ou sa pendaison pour le lendemain. Et avant de le tuer, on lui offre la possibilité de s’excuser et de demander pardon à Dieu pour ses crimes.

(Ensuite, on ouvre les portes du château-fort et on laisse son corps aux chacals qui rôdent et qui font peur aux gueux et aux gueuses soumises au servage du Seigneur… Allo le Moyen-Âge!)

Sérieusement, qu’espère-t-on régler en envoyant des jeunes de quatorze ans en prison?

J’en connais une qui a commis un meurtre à cet âge. En fait, elle venait d’avoir quinze ans si ma mémoire est bonne. Elle était étrange, froide, distante. Sa mère venait d’avoir cinquante ans et celle-ci affirmait qu’elle était heureuse et qu’elle voulait mourir heureuse. Alors, la jeune adolescente est allée chercher la carabine familiale (allo le registre des armes à feu, en passant!) et a tiré sa mère à bout portant en pleine nuit.

Et bien, j’ai su ce qui était advenu d’elle par la suite. Je l’ai su parce que quelqu’un dans ma famille lui a donné un cours d’art quelques années plus tard. Elle a subi des thérapies, on l’a aidé, et par la suite elle a appris à mieux gérer ses émotions et à se servir notamment de l’art pour s’exprimer (cette maudite culture qui n’intéresse pas le monde ordinaire, selon M. Harper).

C’est ça, la réhabilitation. C’est le constat que le crime ne peut être réparé, le passé ne peut être changé, mais le futur peut l’être. Et qu’il vaut mieux donner tous les outils au criminel pour qu’il puisse obtenir une rédemption non pas par l’apprentissage à l’université du crime que sont les prisons, mais plutôt en devenant une meilleure personne, qui ne sera plus un danger pour la société.

Stephen Harper va frapper un mur avec ses mesures extrémistes. Plusieurs personnes qui, jusqu’ici, lui étaient fort sympathiques, semblent réaliser quelles seraient les conséquences d’un chèque en blanc aux Conservateurs.

Heureusement pour lui, celui-ci pourra toujours compter sur quelques châteaux-forts, surtout en Alberta, là où on espère toujours punir, réprimer, venger, et où on s’imagine le monde comme un lieu dangereux, hostile, mais où on n’a pas le courage politique de mener ses idées à leur terme et de demander l’application de la vieille loi du Talion. Oeil pour oeil, et tuons la jeunesse.

Faut que le sang coule. Faut se venger. Faut punir. Comme si ça allait changer quelque chose.

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10 Réponses

  1. […] J’ai ?crit un billet sur le sujet, si ?a int?resse quelqu’un: hyperlien […]

  2. Y a quelque chose que je trouve bizarre chez la droite « morale »: ils sont contre l’avortement, des grands pro-vie, mais ça n’a aucun remord de conscience avec la peine de mort… Peut-être que les femmes qui avortent devraient sortir quelque chose comme: « Je pense que mon enfant à devenir est possédé du démon… » La droite morale serait peut-être plus souple à leur égard. 😉

  3. […] Une critique de Louis-Philippe sur le projet Harper contre les jeunes contrevenants […]

  4. Bel exemple de démagogie pure encore une fois.
    Faut-il rappeler que les jeunes de 14 ans ont déjà le DROIT de choisir avec qui ils veulent vivre et qu’ils ont aussi le DROIT d’avoir des relations sexuelles (cosennties bien sûr).

    Il est donc normal que ces juenes aient des RESPONSABILITÉS, dont celle de ne pas tuer. On parlede prison à vie pour des causes de meutre. On s’entend? Pas d’autres crimes. On s’entend encore? Alors c’est quoi le problème de vos cerveau politiquement correct? Si t’es assez vieux pour tuer délibéremment, pour choisir où tu va vivre et avec qui tu vas baiser, t’es assez vieux pour en subir les conséquences comme un adulte.

  5. Le conservatisme est en montée un peu partout dans le monde et pas seulement ici.

    Faut croire que les gens sont trop bêtes pour réaliser que ces idéologies de droite favorisent les riches et les valeurs religieuses extrémistes, deux catégories où la majorité d’entre les électeurs ne ne se trouveront jamais!

    Et Jean-Philippe a bien raison quand il dit: « Si vraiment on espère réduire la criminalité en emprisonnant les criminels (prochaine étape: réduire la pauvreté en emprisonnant les pauvres?)(…) ».

    Vous n’avez pas remarqué que justement on distribue des contraventions aux SDF, comme s’ils n’étaient pas déjà dénués de tout! Mais voilà, on préfère ne pas les voir plutôt que de les aider à s’en sortir!

    Et tout ça, c’est sans parler du régime de peur qu’instaurent les conservatismes: peur du crime, peur des terroristes, peur des récessions, peur d’avoir peur!!!

    Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, la peur est une manière d’assujettir les gens et de les manipuler à volonté.

    Toujours pas convaincu? Regardez ce qui se passe aux USA avec le président Bush et son administration de droite. Peur, peur, peur, manipulation, manipulation, manipulation, faveurs aux riches, etc.

    Continues à parler haut et fort Jean-Philippe!

    Ce Québec sera bientôt notre pays!

  6. 1) Si les prisons sont l’université du crime pour les jeunes, c’est l’est donc aussi pour les adultes. Alors j’ai une belle proposition progressive qui va bien sûr régler le problème du crime. Plus de prisons! C’est pas prouvé que plus on est mou avec les criminels, moins y’a de crimes?

    Quoi? J’exagère? Ben non. Je ne fais qu’appliquer votre argumentation à l’envers.

    2) Comme l’a dit Harper, il n’y aura pas plus de jeunes dans les pénitenciers fédéraux. Ceux qui seront visés par les nouvelles lois le sont déjà. Ça va revenir aux juges de décider si on les envoit dans des prisons pour adultes et ça va revenir aux juges de décider si on leur donne le maximum de 14 ou 25 ans pour les meurtres. En plus, on sait que ces peines ne sont jamais purgées au complet. en fait, 95% des cas.

    3) Avec des peines bonbons, si on s’attaque à mes proches, j’agirai en conséquence. Je ne risquerai pas grand chose anyway. C’est pourquoi le système de « justice » existe, pour que la population ait une impression de justice et ne se charge pas de faire cette justice.

    4) N’oublions pas qu’au Québec, c’est 16 ans. D’ailleurs, combien de cas présentement de 14 ans sont jugés aux adultes ailleurs au Canada? Combien? Si on ne donne pas de dures peines à 16 ans, pourquoi on en donne à 18?

    5) Pour ton petit commentaire sur le registre des armes à feu, il n’aurait rien changé à la situation que tu as décris. Une arme a beau être enregistrée, elle conserve sa faculté de tuer.

  7. Doom a encore très bien résumé la situation. Quant à ceux qui disent que la religion favorise les riches, j’aimerais les amener dans une église pour leur démontrer que ce sont autant les démunis que les personnes plus fortunées qui viennent y nourrir leur spiritualité.

  8. J’adoOOore ce billet! 😉
    Tu sais je suis entierement dac avec toi, envoyer un jeune de cete âge en prison n’aura pour but que de nourrir d’avantage sa colère, celle dont il a déjà de la misère a exprimer de façon….constructive!
    Pourquoi les délinquants(e), les ptits gars plus tannant, les originaux, etc.. viennent-ils plus facilement vers moi? Parce qu’ils sentent que je les voient, je vois leurs potentiels, leurs richesses, je vois qui ils sont et non ce qu’ils font! À partir de là il est possible de construire, de bâtir, de créer…

    Plus l’être humain s’éloigne de son essence et plus il ira vers le négatif, la répression de ses émotions ce qui entreinera la haine, la destruction, la fermeture…mais plus il ira vers son essence et plus il sera créatif et constructif pour lui et la société!..

    Enfin je t’ai retrouvé….snif, snif.. 🙂

  9. @dianerythme: Merci d’être de retour Diane! 🙂

    Merci à tous pour vos commentaires. Je ne réponds pas toujours personnellement à tous mes lecteurs (je manque de temps ces temps-ci), mais je vous lis tous, sans exception. Merci!

  10. Citation d’André Pratte dans le texte « L’Université de la démagogie »

    « M. Duceppe trompe les gens quand il parle de la «jeune chair» qui se retrouverait dans des prisons pour adultes. M. Harper n’a jamais dit que les jeunes condamnés seraient envoyés dans des pénitenciers. Contrairement à ce qu’a laissé entendre jeudi M. Duceppe, la loi actuelle prévoit qu’un jeune à qui on impose une sentence d’adulte sera gardé dans un établissement spécialisé, pas dans une prison. »

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