Une coalition Bloc-NPD?

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.

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10 Réponses

  1. Merci pour ce billet. C’est du bon travail et je tenais à le souligner, simplement.

  2. Très bon résumé de la situation. La montée du NPD est intéressante. Cependant, l’appel de la société civile et de la communauté des artistes à voter contre les conservateurs sans préciser comment on doit voter risque de laisser le passage aux conservateurs dans certaines circonscriptions. Si le vote anti-Harper est partagé entre le Bloc, le NPD et les Verts, ça laisse le chemin libre…

    Et la montée du NPD… elle est reliée à son programme ou au charisme de son chef?

    Le dernier billet de lutopium:Pourquoi je vote contre les idées de droite

  3. Ce qui est aussi intéressant, c’est que même ailleurs au Canada, les artistes commencent à se mobiliser.

    http://laplaine.wordpress.com/2008/09/25/le-beauf-de-louest/

    Je me demande si la vague conservatrice ne sera pas en fait une simple vaguelette… les valeurs et les idées de la droite dure ont beaucoup de mal à traverser l’épiderme des électeurs canadiens…

  4. Ce qui est le plus ridicule dans cette campagne hautement vide en contenu, c’est les analyses spontanées de sondages uniques.

    Les sondages, on en resort une tendance, pas une analyse profonde à partir d’une seule étude sur 1000 personnes à la grandeur du pays. Surtout si c’est une analyse régionale comme pour le Québec! La marge d’erreur doit être autour de 6% et c’est peu fiable. Harris/Decima font des sondages chaque 2 jours et à chaque fois on essait à chaque fois de sortir une grande analyse.

    Une journée, les Conservateurs se dirigeaient vers une majorité, le lendemain, l’écart se rapproche entre Libéraux et Conservateurs…

    Ça se peut que le Bloc soit en montrée, mais j`ai des doutes et on ne peut pas le dire avec UN sondage.

  5. Oh et en passant, quelques artistes se sont mobilisés à l’extérieur du Québec (il semblerait que la mentalité de dépendance étatique y est moins répendue) et personne n’en parle. Les seuls endroits où j’ai pu le voir, entre autres dans le gauchiste Globe and Mail, la majorité des commentaires vont dans le sens que c’est normal à une période où l’économie connaît des problèmes, de baisser les subventions.

    Ce qui ne sera même pas le cas au final. On l’a vu l’autre jour avec la réunion bloquiste des artistes, ils ne se battent pas contre les coupures, mais pour le Bloc et contre les conservateurs.

  6. Et comme le démontre le détail des coupures, posté ici même sur ce blog, il s’agit surtout de projets de numérisation et de portails Web, bref des joujoux de fonctionnaires.

  7. Pourquoi ne pas laisser la démicratie s’exprimer librement? Si le peuple décide d’élire un gouvernement Conservateur majoritaire, ainsi-soit-il. C’est la démocratie. Vouloir empêcher cela en s’alliant stratégiquement est un non respect de la démocratie. Nous aurons le gouvernement que les électeurs choisiront, peu importe lequel nous aurons, ce qui est important c’est que la démocratie puisse s’exprimer librement.

  8. @Fredlev: Les alliances politiques, c’est aussi ça la démocratie.

  9. croire qu’avoir un gouvernement majoritaire conservateur, c’est de la démocratie… considérant qu’ils auront combien? autour de 33% des vote si rien ne change le 14 octobre? 33% de 70% de gens qui vont voter… ça fait 23% environ de la population qui vote pour eu… environ 1 personne sur 4 qui aura décidé de les avoir en tant que gouvernement. c’est de la démocratie?

    et c’est pas de la démocratie de s’unir pour essayer de former un gouvernement?

    t’es illogique toi…

    beau texte en passant

  10. Deux ans et demi plus tard, une coalition Bloc-NPD qui déboucherait sur un parti de masse de gauche centrée est toujours d’actualité. Dion est parti mais que dire de ignatieff !?! La succession à Harper va être encore plus à droite et un gouvernement conservateur majoritaire menace de s’installer durablement si un vote stratégique pour le Bloc et le NPD n’est pas réalisé.

    C’est ces petits clivages entre le monde rural et urbain entretenus et aggravés par les médias de droite de l’Ouest qui amènent les habitants des prairies vers le bleu plutôt que vers leur orange traditionnel. Un gouvernement minoritaire NPD avec balance du pouvoir au Bloc n’est pas possible sans un Ontario, un Manitoba et une Colombie-britannique du côté NPD. Pour construire un parti des travailleurs progressistes pan canadien, il faut que le NPD accepte l’autodétermination du peuple québécois, ce qui est maintenant chose faite.

    Il faudrait plus de conférences de presse NPD-BLOC pour stimuler ces possibilités dans l’esprit des gens.

    En avant vers l’indépendance du Québec qui renouvellera la fédération.
    Dans un vrai canada uni, le pays accorderait 25% du pouvoir au Québec.
    Mais avant de voir un Québecanada nouveau, il semble clair que le Québec doit poursuivre sa marche vers l’indépendance nationale, pour réveiller les opprimés du canada.

    Si le Bloc et le NPD veulent réformer le capitalisme jusqu’au moment où il devra être dépassé (voir la prochaine crise économique en 2014-2015, la crise dont on se relèvera jamais sur des bases capitalistes), il faudra néanmoins commencer à percevoir les signes de ces grands moments historiques où l’ancien monde est renversé pour faire place au socialisme que le peuple a conquis. Le monde arabe a grogné, le prolétariat retrouve son unité.

    Le parti socialiste du québec, cinquième internationale, appui une coalition Bloc-NPD. visitez le psq5i.e-monsite.com

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