Les subventions à la culture sont rentables

Je dois vous faire un aveu: je lis parfois le Journal de Montréal. Oui, ça m’arrive, au travail, quand quelqu’un laisse traîner une vieille copie datée de quelques jours. Le Journal de Montréal, ça se lit bien en mangeant; le plus souvent c’est tellement vide qu’on n’est jamais rassasié. Sauf que cette fois-ci il y avait un texte plus que consistant et intéressant. Est-ce un hasard quand on affirme que la qualité des pages éditoriales semble s’être améliorée depuis le départ de Nathalie Elgrably?

La chronique de Geneviève Lefebvre portait sur les récentes coupures du gouvernement Harper dans la culture et sur les réactions d’une certaine catégorie de citoyens aux idées plus ou moins organisées qui se réjouissent des souffrances de nos artistes.

Même si je ne suis pas tellement chaud à l’idée de quantifier et de chiffrer la culture, et que ma position se rapproche davantage de celle d’un Bourgault pour qui « la culture est un fourre-tout indescriptible où chacun s’amuse à tenter d’y trouver son compte, à défaut de quoi on peut au moins tenter d’y découvrir son plaisir », je reste sensible aux arguments économiques de Mme. Lefebvre:

Selon le Conference Board du Canada, l’industrie culturelle vaut 7,5 % du PIB. Le rapport stipule qu’en 2007, le secteur culturel canadien a reçu 7,9 milliards de dollars en subventions, mais qu’il a engendré des bénéfices directs et indirects de 84,6 milliards. C’est ce qu’on appelle un excellent retour sur l’investissement.

À l’évidence, un tel argument économique est facile, peut-être un peu trop facile. Mais il reste qu’à long terme il peut être extrêmement rentable de subventionner les artistes. Il faut simplement être en mesure de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Grâce au retour sur l’investissement des subventions culturelles, ce sont nos écoles, nos hôpitaux, nos routes qu’on peut se payer. Mme. Lefebvre cite l’exemple du Cirque du Soleil pour démontrer pourquoi il faut penser à long terme:

À ses débuts en 1984, le Cirque du Soleil a reçu un coup de pouce d’un certain René Lévesque avant de s’affranchir totalement de l’aide de l’État en 1992. Son siège social est toujours à Montréal et l’entreprise fait travailler des milliers de gens de chez nous à travers le monde. Créateurs et concepteurs qui payent leurs impôts ici, évidemment. Guy Laliberté n’est pas le seul à vouloir exporter les immenses talents qui sont les nôtres, tout en visant une rentabilité économique. L’ironie, c’est que si la culture engendre des profits pour beaucoup de monde, les artistes, eux, ne sont que 2,4 % à voir leur revenu annuel dépasser la barre des 50 000 $.

Ainsi, si on n’avait pas subventionné le Cirque du Soleil à ses débuts, ferait-il notre fierté aujourd’hui partout dans le monde? Ce petit coup de pouce a été extrêmement rentable pour l’État québécois. Qu’est-ce qui nous assure que ce n’est pas le prochain Cirque du Soleil qu’on est en train d’affamer en s’attaquant aux artistes? Martin Petit l’explique d’ailleurs très bien sur son blogue:

Quand on parle de financer la culture on ne parle pas de donner plus à Céline ou Louis-José Houde. On parle des danseuses des ballets canadien, on vise des entreprises à risque comme le théâtre, la danse moderne, et aussi la formation de la relève culturelle via les coupures à l’INIS et par la bande à la SAT.

En somme, aider les artistes, c’est s’aider soi-même. C’est assurer la capacité de notre culture à rayonner dans le monde et à se projeter dans le temps. Nous sommes minoritaires dans un océan de culture hollywoodienne; sans subventions, nous nous ferions purement et simplement avaler. En ce moment, le monde entier est fasciné devant cette incroyable capacité culturelle de ce petit peuple québécois d’à peine sept millions d’âmes. Nous projetons nos films en masse en France, nos artistes y remplissent des salles ou des stades, nous occupons Las Vegas pendant des mois, voire des années. Nous impressionnons le monde.

Et c’est cela que le gouvernement Harper espère détruire. RadiCarl exprime très bien mes craintes à ce sujet:

Un régime politique qui dénigre l’importance de la culture dans une société, un régime qui vise les intellectuels et les créateurs, chez moi ça sonne les petites clochettes de l’histoire… ai-je vraiment à vous dire que c’est inquiétant?

Au fond, Harper espère peut-être simplement nous imposer « sa » vision de la culture. J’aime bien la conclusion du Québécois déchaîné à ce sujet:

Voulons-nous aller vers une société où l’on prône la culture des moutons lobotomisés avalant sans recul tout ce qu’on nous propose ? Harper veut-il un peuple de Télétubies qui consomment de la culture prémachée et uniforme ? Le monsieur au beau sourire de requin aime la culture mais pas la vôtre, la sienne : la culture de l’argent.

De l’argent qu’on ne va peut-être plus avoir dans une décennie, faute des retombées culturelles et des impôts payés par des artistes très prometteurs qui auront dû renoncer à leurs rêves à cause de ces coupures. Heureusement, il nous restera toujours le Journal de Montréal, quand notre culture se résumera à une peau de chagrin miteuse.

À l’aube d’une campagne électorale, voilà quelque chose à quoi il me semble important de penser, avant de voter pour un parti ne veut pas notre bien..

AJOUT: Je constate avec déplaisir que je me suis trompé: Nathalie Elgrably continue de propager ses idioties dans le Journal de Montréal. À ce sujet, je vous conseille fortement le dernier texte de Jimmy où celui-ci démolit littéralement les arguments de l’ex-présidente de l’IEDM qui affirme qu’en réduisant le rôle de l’État dans l’inspection des aliments on obtiendrait une meilleure inspection des arguments. Au contraire, c’est précisément parce que l’Agence d’inspection des aliments laisse trop de latitude aux entreprises qu’une telle crise de listériose a été possible! Dans tous les cas, allez lire le texte de mon ex-collaborateur. Tiens, je l’aime tellement que je mets un autre lien vers son blogue!

14 Réponses

  1. Pourquoi chaque personne (moi y compris) à qui ça arrive de lire le Hournal de mourial se sent obligé de se justifier? Comme Noisette qui « fait un article » ou un gars qui va louer un film de cul « pour faire un coup »…

    C’est pas parce que c’est Québécor que c’est nécessairement de la marde d’un cover à l’autre… il y a des choses qui ont de l’allure, moi je trouve. Faut savoir sélectionner.

    Nathalie Elgrably c’est drôle, tous les gens de gauche trouvent qu’elle dit toujours de la marde, les gens de droite trouvent qu’elle dit toujours des choses sensées.

    Moi je suis parfois d’accord avec elle et parfois non… et je trouve ça rafraîchissant d’avoir parfois le même avis, parce que c’est souvent une autre optique que les opinions « à la mode » toutes mâchées d’avance généralement acceptées comme des vérités (et on s’entend qu’une opinion peut difficilement être une vérité…)

    Anyway… je ne traite même pas du vrai sujet du post… désolé 😉

    Au plaisir!

  2. Quand les gens vont-ils comprendre que les coupures ne touchent que les tournées internationales. Mon avis est que si nos artistes sont assez bons, les autres pays viendront les chercher et paieront la facture. L’important est de conserver l’aide à la création, ce qui à ma connaissance n’est pas touché pas les actuelles coupures.

    Plutôt que d’envoyer Ti-Clin à Belgrade pour le festival des marionnettes sous-titrées, j’aime mieux qu’on l’aide à développer son produit ici.

  3. Ce qui me fait le plus rire dans les commentaires « anti-culture », c’est leur argumentation de « que les pas bons artistes arrêtent de vivre au crochet de la société, qu’ils comprennent qu’ils sont pas bons et aillent travailler à la place. » Déjà qu’on dise que les arts, ce n’est pas un vrai travail, ça me tue. S’ils savaient tout le travail derrière tout ça pour un salaire misérable, ils resteraient l’air bête. Deuxièmement, d’accord, supposons qu’ils aient raison: comment on va départager ça ? Parce que ce que j’aime, tu ne l’aimeras pas nécessairement et ça peut être réciproque. Pareillement, on peut tous les deux adorer une pièce de théâtre et deux autres la détesteront au plus haut point. Comment choisir ? Et j’aime que Martin Petit rappelle que ces subventions coupées ne sont pas pour des gens comme lui, qui ont le vent dans les voiles et gagnent bien leur vie, mais pour les plus petits qui n’ont pas le choix d’avoir ses subventions pour subsister. Disons que de toute façon, ce genre de personnes qui sortent ces commentaires sont du genre à faire de l’urticaire dès qu’on parle de culture québécoise alors… Voyons, à m’écouter parler, on dirait que j’aurais un parti pris… 😉

    Le dernier billet de Alex:Recherche homosexuel pour égayer le bureau

  4. La culture en 10 points…

    1) HAHAHAHAHAHAHA Elle est drôle cette gaugauche qui voue une haine à Nathalie El Grably et n’ont jamais d’argument contre ses idées sauf de dire qu’elles sont connes.

    C’est drôle comment dans un même texte on défend une pseudo diversité culturelle (qui ne peut semblerait-il que passer par des subventions), mais que du même coup on prône la pensée unique. (En passant, le texte du petit Jimmy est d’un vide risible)

    2) J’aime aussi quand la gaugauche nous sort sans réfléchir les chiffres du conference board sur la culture. Vous dites que la culture est rentable et rapporte des dizaines de milliards? Où est le besoin de la subventionner alors? Ça se finance tout seul! (À noter qu’Ubisoft, La Presse et CTV sont considérés comme des entreprises culturelles dans les chiffres du conference board)

    3) Coudonc, avez-vous un autre exemple que le Cirque du Soleil? D’ailleurs, est-ce que son existence aurait été le moindrement menacée si les programmes coupés n’avaient pas existés? La réponse est non. On parle de 45 millions environ sur des milliards. Faut se souvenir que les artistes qui manifestent ne sont pas différent de nimporte quel lobby qui veut du cash.

    4) Le salaire moyen est dans les 30 000 au Québec. (que voulez-vous, on est une province de pauvres) Alors n’essayez pas de faire pitié avec des artistes qui gagnent moins de 50 000$ à même l’argent de contribuables plus pauvres.

    5) Quand on parle de financer la culture, on parle aussi de cachets ridicules lors des festivals l’été. Des cachets de dizaines de milliers de dollars pour un soir de travail. 30 000$ à gauche, 100 000$ à droite, 15 000 à un autre parce qu’il est moins connu. Combien d’artiste ne travaille que l’été? Plume fait ça depuis presque 10 ans. Y’est mort de rire.

    6) C’est drôle comment on vante notre culture comme étant extraordinaire, mais qu’on dit du même souffle que sans subvention, elle mourrait, elle ne pourrait compétitionner avec la culture américaine. Coudonc, elle intéressante notre culture ou non?

    7) C’est pathétique aussi comment certains se mettent sur un piedestal imaginaire pour dire au petit peuple qu’elle prend son argent pour financer de l’art supposément meilleur (marginal) qui ne peut se financer par lui même parce que ce même petit peuple est supposément trop con (ou lobotomisé) pour apprécier le « vrai art ».

    On croirait un obèse qui fait payer sa nourriture par les autres en les traitant de caves pour ne pas apprécier autant que lui la « bonne bouffe ».

    8) Quelle est cette idée bizarre que sans subvention, il n’y a pas d’art?

    9) Quelle est cette idée que de faire de nos artistes des fonctionnaires encourage la créativité?

    Dans une province où la musique francophone est majoritairement considérée à chier, qu’on la dompe sur les radios par obligation, pas parce qu’elle intéresse le public (ça donne d’ailleurs comme résultat que les jeunes délaissent la radio traditionnelle pour les nouvelles technologies où ils n’ont pas de quotas imposés de musique francophone… L’ADISQ va p-ê demander qu’on réglemente les I-pod).

    Où les films québécois ont longtemps été considérés comme merdiques (sauf exception dans l’histoire. Y’a quelques fois des périodes de 4-5 ans ou ce n’est pas le cas, on retourne probablement vers là présentement).

    Et où les chiffres télévisuels sont manipulés pour faire croire à des succès plus gros qu’ils ne le sont en réalité… (d’ailleurs les succès sont tous des remakes de concepts étrangers, mais bon) Parce qu’il y a plus de 20 ans, des chiffres gouvernementaux disaient que les francophones au Québec écoutaient 30% de leur télé en anglais. Depuis, le cable s’est développé, l’offre s’est multipliée, les produits se sont améliorés, mais on écouterait moins la télé en anglais? Lost, 24, Heroes, House, American Idol, sont des succès de masse, les gens en parlent, mais dans les chiffres, personne n’écoute cela… Hmmm. Bizarre.

    10) Combien « d’artistes » gagnent leur vie grâce à l’État sans que l’appréciation de leur travail ne le justifie le moindrement? Ces « artistes » pourraient être plus utiles ailleurs dans la société.

  5. @DooM: très bon résumé de l’enjeu culturel.

  6. Voici les coupures de Harper: le Fonds Mémoire canadienne, 11,57 millions $; le volet recherche et développement du Programme de la culture canadienne en ligne, 5,6 millions $; le Programme de distribution dans le Nord, 2,1 millions $; le portail Culture.ca, 3,8 millions $; l’Observatoire culturel du Canada et son portail Culturescope, 0,56 million $; le Programme de préservation des longs métrages, 0,15 million $; le Programme de préservation de la musique canadienne, 0,15 million $; le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants, 1,5 million $; le Programme national de formation dans le secteur du film et de la vidéo, 2,5 millions $; le Programme de routes commerciales, 7,1 millions $; le Programme de consolidation des arts et du patrimoine canadiens (2 volets) 3,9 millions $; 1 volet du Programme d’aide au développement de l’édition, 1 million $; 1 volet du Fonds du Canada pour les magazines, 0,5 million $.

    Total de toutes ces coupures: 40,4 millions $. Espérons que Harper nous le redonnera pour qu’on puisse subventionner nous-mêmes les artistes de nos choix. Ça aurait dû être ça depuis longtemps. Harper respecte ses promesses, contrairement à Charogne qui a complètement oublié sa réingénierie par peur de la CSN.

    Très franchement, Harper est très soft. En passant, il écrit un livre sur le hockey, alors ce n’est pas un inculte. Désolé, mais je ne pouvais pas retenir ma langue, alors que personne ne prend le temps de chiffrer les coupures de Harper, au lieu de lui lancer des épithètes insultantes et presque diffamatoires en liant ses coupures au fait qu’il soit Albertain. Comme si être Albertain était un crime que l’on devrait punir de mort.

  7. Merci Louis pour les liens!

    Elgrably devait quitter le JdM? Ce serait une bonne chose pour la vérité et la démocratie.

    Malgré le fait que quelques imbéciles de droite dénigrent mes textes sans apporter de contre arguments valables, la plupart de mes lecteurs trouvent mon dernier billet très pertinent.

  8. Merci Jean-Luc pour les précisions. je ne vois rien dans ces coupures qui mette le Canada en péril. Comme tu le mentionnes cepndant, il serait important que les sommes soient réinvesties dans le développement de la cération au pays.

  9. « Elgrably devait quitter le JdM? Ce serait une bonne chose pour la vérité et la démocratie. »

    Après des commentaires comme ça, tu te surprends que je considère tes opinions comme risibles?

    C’est bien connu, la démocratie, c’est offrir et maintenir la pensée unique, censurer (ou de manière plus hypocrite, tenir hors des médias) les idées autres que celles de la gaugauche.

    Pendant que tes textes sont vides, El Grably arrive documentée. Tu dois t’imaginer que des insultes compensent pour les arguments inexistants.

  10. Bof. Ton opinion compte peu pour moi.

    Si tu lis bien les chroniques d’Elgraby, elles sont remplis d’inexactitudes et de raccourcis intellectuels.

    Libre à toi d’y croire.

  11. Doom et Jean-Luc,

    Enfin deux Québécois lucides et remplit de logique, nous sommes rares en ce bas monde. Les 10 arguments, je n’aurais pas pu mieux les formuler, et quand on y regarde attentivement le détail des coupures, y’a pas de quoi sortir dans la rue et se mettre à pleurer, quand on pense que TQS fait faillitte mais octroiyait un salaire de 1,5 millions par année à Jean-Luc Mongrain (payé à mêmes nos subventions). Cela ne fait pas parti des sommes coupées, mais au moins, Harper commence par le commencement. La gogauche caviar en prend pour son rhume 🙂

  12. Faire la somme des subventions coupées pour prouver que ces coupures ne valent pas la peine d’être dénoncées est un argument qui pourrait être viré à l’envers pour dire qu’étant donné que la somme n’était pas importante, il n’y avait aucune raison de couper!

    Ces 40 millions de coupure ne vont pas détruire la culture québécoise, qui en a vu d’autres, mais mettre dans le trouble une foule d’artistes et quelques organismes, seulement pour des raisons idéologiques et électoralistes. Parce ce que pour la plupart des individus, c’était de petites sommes que chacun recevait. Chaque enveloppe était divisée entre de multiples intervenants et chaque somme reçue ne consistait pas en un salaire « pour se faire vivre », mais à un revenu d’appoint.

    Mettre Jean-Luc Mongrain là-dedans n’a aucun maudit rapport. Ce n’est pas parce que certains vedettes bien connues ne devraient pas recevoir de subventions que tous les artistes vivent au crochet de l’État. Et même les plus connus ne sont pas automatiquement riches, parce que le marché québécois est très petit.

    Harper savait ce qu’il faisait: renforcer sa base électorale qui avait déjà des préjugés envers les artistes. Juste à lire les « arguments » de ceux qui défendent ces coupures sans savoir de quoi ils parlent, on voit qu’il a bien fait, stratégiquement parlant, bien sûr.

    Le dernier billet de Martin Beaudin-Lecours:Contre-propagande

  13. […] Ce que les médias ont retenu, c’est les 600 représentations menacées. Mais reculons un peu. Rappelons nous les coupures. 45 millions. Et rappelons nous le discours aussi. Se fiant sur l’étude du Conference Board où on mélangeait plein de chose dans le milieu de la culture qui n’avaient pas vraiment d’affaire là-dedans (Ubisoft, The Globe and Mail et autres étaient dans le calcul), les artistes et leur entourage de la gaugauche médiatique a dit que les subventions de la culture étaient rentables. […]

  14. […] touche de comptable. C’est rentable la culture. Je n’en ferai la preuve. Je vous pointe ici un billet du blogueur Louis. Il démontre bien que le Cirque du Soleil n’aurait pas existé sans l’aide de l’État et que […]

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