Quand Marois saborde le Bloc

Josée Legault, sur son blogue Voix publique, effectue une excellente analyse des dangers pour le Bloc Québécois en vue de la prochaine campagne électorale. Et si Harper fait partie des périls, Mme. Legault identifie également Pauline Marois en tant que responsable du déclin observé et appréhendé du Bloc:

Quant à Pauline Marois, c’est celle par qui est arrivée la mise en veilleuse officielle du référendum. Du moins, la plus récente. Si le passé est garant de l’avenir, une telle décision met aussi nécessairement de côté l’option péquiste elle-même. Bref, sans référendum en vue et avec un appui à la souveraineté sous la barre des 40 %, plusieurs se demandent comment le Bloc réussira à s’en sortir. Encore une fois.

Marois a-t-elle seulement analysé les conséquences de son rejet de l’indépendance? Contrairement aux croyances incongrues de certains péquistes, le Parti Québécois n’a plus le monopole de l’indépendance: Parti Indépendantiste, Québec Solidaire, Parti de la république du Québec et le tout nouveau parti Jeanne de Lys se séparent aujourd’hui le vote des souverainistes. La division du mouvement est totale.

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Sans référendum en vue, le Bloc Québécois est condamné à perdre de son influence.

L’ex-député péquiste et militant de droite Joseph Facal pense pour sa part que la disparition du Bloc signifierait une non-représentation des aspirations des Québécois:

D’un autre côté, imaginez un instant que le Bloc n’existe pas : si la députation québécoise au Parlement fédéral était à 100% fédéraliste, quatre Québécois sur dix n’auraient aucune représentation politique fidèle à leurs convictions. Ce serait une évidente distorsion démocratique.

Je suis en désaccord avec cette affirmation. Les désirs et les valeurs des Québécois ne se divisent pas simplement entre indépendantistes et fédéralistes. Il y a tout un arc-en-ciel de positions trouvant leur place sur le continuum gauche-droite. Nous ne sommes pas « que » rouge ou bleu. Nous sommes aussi en faveur de la paix, pour Kyoto, contre les coupures touchant les artistes, etc. Bref, nous sommes multiples.

Et voilà bien tout le drame. À force d’essayer de convaincre tout le monde que le projet indépendantiste peut attendre, Pauline Marois est en train de délégitimer son option elle-même. Car si l’indépendance peut attendre, c’est qu’elle n’est pas nécessaire. C’est qu’elle ne répond pas aux problèmes sociaux du Québec et qu’elle ne constitue pas une solution permettant de mieux vivre. Si elle est facultative, c’est donc que l’accession du Québec au rang de pays ne constitue que l’ajout d’un nom sans signification sur une carte. Indépendant ou non, au Québec ce sera business as usual….

Ainsi, devant cet aveu de la cheffe du PQ, pourquoi les Québécois perdraient-ils leur vote en appuyant un parti dont le seul but est la défense d’une conception monolithique du Québec? Si le Bloc Québécois prétend défendre « les intérêts du Québec », ceux-ci sont aujourd’hui multiples puisque l’indépendance ne fait plus partie de ses intérêts, ordre du grand frère péquiste.

Alors, on se le demande, pourquoi voter pour le Bloc alors? J’y réfléchis, et Dieu sait que j’aimerais voter Bloc, mais je ne trouve pas de réponse à cette question. Mon coeur d’indépendantiste me demande ce vote, mais ma raison me dit que ce serait peine perdue…

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5 Réponses

  1. Wow ! Je n’aurais pu dire mieux sur le sujet. Disons qu’effectivement, je ne comprends pas la pensée péquiste: on va l’avoir notre pays, mais on ne le dira pas trop fort en attendant que l’option redevienne forte. C’est un peu absurde quand on y pense aussi cette division du vote souverainiste. Je comprends le pourquoi de la création de ces partis, mais plus on divise le vote, moins on a de chances, non ? C’est peut-être moi qui n’a pas compris le principe…

    Quant au Bloc, forcément, ça le met à mal. Mais bon, si je votais Bloc c’est parce que je ne faisais confiance à aucun autre parti fédéral. Et non pas pour son chef, Duceppe, que je trouve aussi charismatique qu’une râpe à fromage… Désolé pour ceux qui apprécient l’homme, mais moi, il me laisse d’une froideur qui règlerait le réchauffement de la planète. 😉

  2. @Alex: Haha, moi aussi Duceppe me laisse de glace. On le dit charismatique, mais il n’a qu’un registre: celui de l’indignation, Au début, ça plaît, mais à la longue…

    Merci de ton commentaire. C’est drôle; y avait des gens qui me demandaient d’écrire des textes moins engagés et plus modérés, et quand je le fais ils ne commentent pas.

    Je pense que je vais recommencer à être plus radical. Et tant pis si on parle de nègres, de racaille ou de gens de Quebec City qui vivent dans le passé.

  3. Tant mieux si le Bloc s’en va.
    Ca va peut etre redonner du mordant a l’option souvrainiste et le coup de pied au cul dont il a besoin.

  4. Est-ce que c’est sérieux ce billet ou c’est humoristique?

    1) Le Bloc aurait p-ê encore une raison de vivre s’il avait laissé tomber son côté séparatiste pour RÉELLEMENT défendre les intérêts du Québec. Cela aurait passé par la collaboration avec d’autres partis fédéraux, ce qu’un parti séparatiste ne peut trop se permettre en plus du fait que les autres ne peuvent aussi se permettre de travailler trop avec un tel ennemi.

    Le contraire a donc rendu le Bloc déconnecté et inutile.

    2) 40% des Québécois ne seraient pas représentés fidèlement s’il n’y avait pas de parti séparatiste à Ottawa? Coudonc, il n’y a que la séparation dans la vie de 40% des Québécois? J’en doute.

    Ça veut aussi dire que depuis que le bloc existe, 32%, 18%, 11%, 32% et finalement 28% des Québécois ont été très mal représentés à Ottawa par un parti qui n’était pas fidèle à leurs convictions!!!

    3) Là je dois citer: « Nous ne sommes pas « que » rouge ou bleu. Nous sommes aussi en faveur de la paix, pour Kyoto, contre les coupures touchant les artistes, etc. Bref, nous sommes multiples. »

    Si c’était vrai, les Québécois ne seraient pas multiples, ils seraient concensuels. Ils auraient tous la même pensée. Heureusement, ce n’est pas le cas. La popularité des Conservateurs le prouve d’ailleurs.

    4) Si on enlève QS qui attire plus les extrêmes gauchistes que les séparatistes (d’ailleurs, il est encore plus « mou » que le PQ sur cette question), les autres partis recueuilleront même pas 1% du vote tous ensemble. Méchante fragmentation!

    5) Au final, le Bloc a perdu sa raison d’être à Ottawa et il est le seul à blâmer. Marois n’a rien eu avoir là-dedans. Le parti était déjà en perdition avant. Pas pour rien que son chef voulait le quitter (ce qui arrivera après la prochaine élection).

  5. […] y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un […]

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