Qui veut le pouvoir?

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.

Publicités

4 Réponses

  1. Il est vrai qu’une élection serait utile et bienvenue. Or, je doute que ce soit la pensée d’une majorité de canadiens et canadiennes en âge de voter. Pour trop de gens, exercer son droit de vote apparaît davantage comme un fardeau qu’un devoir.

    Vraiment dommage quand on pense à tous les efforts fournis par les citoyens au cours des siècles pour obtenir une juste représentation et aux efforts que déploie encore une trop grande majorité de gens dans les pays non démocratiques ou à la démocratie douteuse.

  2. Je trouve ça toujours très drôle quand j’entends les gens critiquer le fait qu’il va y avoir des élections et, après ça, se féliciter d’être dans une démocratie. Or, démocratie = effort de voter. Mais bon, j’imagine que ça sonne creux dans une société où on ne veut plus faire d’efforts.

    Moi non plus, ça ne m’excite pas une campagne électorale vu le nombre de mensonges, de fausses promesses et de bataille d’images (et non de fond) qui s’y fait, mais déjà qu’on a juste cette occasion pour dire ce qu’on pense (ou presque, si j’inclus des manifestations et encore là, est-ce qu’on les écoute ?)… Faudrait peut-être en profiter ! Et puis, ça fera de superbes articles de blogues, non ? 😉

    Le dernier billet de Alex:De nouveaux guerriers

  3. @Satellite :

    « qu’on a juste cette occasion pour dire ce qu’on pense »

    Est-ce que voter est dire ce que l’on pense ?

    Non. On nous impose des candidats, on n’a aucun choix digne de ce nom. On coche toujours le moins pire de la liste à nos yeux, pas le meilleur selon notre pensée… On ne vote jamais pour ce que l’on pense, mais pour ce que d’autres pensent et nous imposent… C’est le propre de la démocratie. Voter, c’est faire son erreur de citoyen.

    C’est ici, dans la blogosphère ou ailleurs, qu’on dit ce que l’on pense. C’est l’anarchie de la pensée ici qui fait la force (et parfois la faiblesse) de la blogosphère.

    Le dernier billet de Grand Maître des Anonymes:Les cancéreux

  4. @Gradlon: Je crois que la solution dans ce cas c’est l’éducation. Éducation politique, on s’entend!

    @Alex: Les campagnes électorales, c’est l’occasion du mensonge, ça je suis d’accord, mais c’est ce mensonge qui est à la base de toute forme de vérité par la suite…

    @Grand Maître des Anonymes: Tout à fait d’accord que voter c’est faire son erreur de citoyen. Mais ne pas voter serait commettre une erreur encore pire, alors voilà pourquoi c’est important selon moi!

    Merci pour vos commentaires. J’aurais aimé écrire un billet d’introduction à ce nouveau carnet, mais j’ai préféré sauter directement dans le train et laisser les choses aller de soit.

Comments are closed.