Rien ne va plus!

Il faisait chaud ce vendredi; on aurait dit que l’été se décidait enfin à nous faire suer après que le ciel eut tant suinté sa tristesse sur nous. D’une certaine façon, on a simplement remplacé une moiteur par une autre. Et nous vivions cette sorte d’ironie estivale, nous qui nous sommes tellement plaint de la pluie et qui, dès le soleil et la chaleur de retour, n’avons rien trouvé de mieux à faire que d’aller se mettre à l’eau, à la plage Jean-Drapeau.

Il y avait pourtant un obstacle à cette expédition de fraîcheur improvisée. On ne peut pas accéder à l’île Notre-Dame en moto (ne pourrait-on pas faire une différence entre les deux cylindres, beaucoup plus bruyants, et les quatre cylindres?) et il fallait donc marcher sur le circuit Gilles-Villeneuve avec en toile de fond le magnifique pavillon français de l’expo 67, qu’on a ironiquement retransformé en casino. Serait-ce un petit clin d’oeil à cette vieille France qui, un jour, a décidé de jouer la nouvelle et de la laisser aux bons soins des aléas du hasard? « Rien ne va plus, un continent ne sera plus jamais français! »

Casino. Le mot lui-même fait rêver. Comme s’il suffisait de l’épeler pour qu’un charme mystérieux fasse son oeuvre et nous pousse, insidueusement, à nous imager les meilleurs moments de notre vie défiler devant nos yeux pendant qu’on joue sa maigre pitance dans l’espoir un peu vain de ressortir un peu plus riche. Avec un peu plus d’argent pour rejouer, la prochaine fois. Et encore, la fois d’après. Le casino, cette drogue. Cette drogue aux bruits de machine à sous, de verres d’alcool, aux lumières brillantes et où l’argent qui se brasse n’a d’égal que la souffrance de ceux qui sont accrocs.

Et il y en avait, de ceux-là , quand nous sommes entrés. Dehors, il faisait trente degrés et le paysage bucolique entourant le bâtiment appelait à la baignade et aux activités extérieures. Mais à l’intérieur, ils étaient là . Les drogués. Assis, devant leurs machines à sous, abaissant un stupide levier dans une section de machines Leopard ou Golden. Et si jamais ils n’avaient plus de petite monnaie, aucun problème: la machine acceptait les billets. Et quand il n’y avait plus de billets, il se trouvait de petits guichets automatiques de la Banque Nationale à tous les dix mètres pour faciliter encore davantage la tâche à quiconque désirerait se départir de ses biens avec un maximum d’aisance.

Évidemment, personne ne va s’opposer au fait que Loto-Québec fasse de l’argent. Nous sommes les actionnaires de cette entreprise et nous profitons de ses profits. Mais qu’on ne vienne pas me faire croire qu’on en fait assez pour lutter contre le jeu compulsif. C’est bien beau les campagnes de publicité et le retrait de machines à sous des bars de quartier, mais où se trouve la prévention dès qu’on a mis les pieds dans le casino? Elle est inexistante. Un peu comme si dès qu’on avait cédé au jeu et qu’on avait décidé d’entrer dans le royaume de la machine à sous la prévention ne devait plus exister. « Tu as vendu ton âme au diable, maintenant subis! »

Nous n’y sommes pas restés longtemps. J’ai juste eu le temps de gagner un petit 70$. Cette tentation, ce petit bonbon à saveur aigre-douce semblant me chuchoter, à l’oreille, un appel au retour et aux dépenses, m’a fait peur. Et ce bruit, ces lumières, ces caméras partout, cette impression d’être sous observation, comme c’était déplaisant! Voilà pourquoi nous sommes ressortis aussi rapidement que nous étions entrés, et même si au retour de la plage j’avais encore le goût d’y retourner ce n’était que le sevrage d’un toxicomane qu’on a privé de sa drogue et qu’on appelle à venir prendre sa dose.

Le casino est parfaitement à sa place sur l’île Notre-Dame. Loin, très loin des quartiers populaires où on devient si facilement accroc à n’importe quelle promesse de se sortir de sa pauvreté. Pourtant, à mon avis, il ne sera jamais assez loin, et Loto-Québec n’en fera jamais assez pour lutter contre le jeu compulsif, car son but premier est de faire des profits pour nous – actionnaires – et pas d’aider les gens à la volonté déficiente à se prendre en main.

Publicités

4 Réponses

  1. @Belz

    « Le casino est parfaitement à sa place sur l’île Notre-Dame. Loin, très loin des quartiers populaires où on devient si facilement accroc à n’importe quelle promesse de se sortir de sa pauvreté. »

    Et oui, les pauvres sont tellement pauvres au Québec qu’ils peuvent même aller au casino.

    C’est dommage, le casino ne sera pas re-localisé à Pointe St-Charles.

    Du coup, on redonnait les iles au peuple, sauf peut-être 2 fin de semaines par été, le temps de faire un peu de vroum-vroum. Rien de bien grave, surtout quand on connait les retombés économiques qui y sont associées.

    De plus, ça aurait permis aux commerces se trouvant a Pointe St-Charles de prospérer un peu avec l’achalandage de nouveaux clients. Mieux encore, de nouveaux restaurants auraient aussi pu ouvrir, créer des emplois pour les gens de la place et relancer ce quartier qui en a tellement besoin.

    Finalement, Montréal aurait un spectacle permanent du Cirque du Soleil.

    Mais rien de cela ne s’est produit.

    Le Casino demeure sur les Iles, le Cirque du Soleil fait salle comble à l’étranger et les gens de la Pointe continuent de se promener sur la rue Wellington ou la rue Centre en buvant leur Wild Cat Strong dans un sac en papier, question de noyer le désespoir qui règne dans leur quartier.

  2. http://www.cyberpresse.ca/article/20080825/CPDROIT/80824128/5046/CPDROIT

    C’est ça le Québec.
    Le criss de discours de la victime.
    Déresponsabilisation complète des individus.

    « Mme Bérubé a expliqué au Droit que la poursuite de 10 millions $ prend en compte deux millions $ en dommages et intérêts, deux millions $ en pertes financières, deux millions en dommages exemplaires, deux millions $ pour la perte de ses propriétés, «et un autre deux millions $ parce que le marché immobilier a doublé au cours des dernières années». »

    Un chausson avec ça?

  3. Je suis hors sujet, mais félicitations Belz pour ce nouveau site !

    Et surtout pour votre présentation personnelle, votre prise de conscience de votre propre futilité.

    Les débats ne pourront en être que mieux.

    GMA

  4. […] Lagacé a dû être terrible pour les résidents. Moi-même, je m’y suis trouvé pris il y a quelques semaines quand j’ai voulu accéder au pont Jacques-Cartier et que ça a pris une éternité pour […]

Comments are closed.