Les spécialistes de la vie

J’avais envie d’écrire sur ce party de travail auquel je ne participe pas ce soir et sur la délicate tâche de séparer relation professionnelle et relation personnelle. Ça sera peut-être pour la prochaine fois. Du moins, si je n’y vais pas cette fois-là aussi. C’est agréable de se sentir accueilli et désiré quelque part; ça rend juste les choses plus difficiles quand on n’y va pas et qu’on n’est même pas certain des raisons. M’enfin…

En fait, ce qui me reste dans la tête depuis plusieurs jours, c’est ce texte, relatant la déchéance et la mort tragique de Marc-Antoine Bernier.

Je me demande: comment en arrive-t-on là ? Comment un jeune qu’on a surnommé le « scanneur » tellement sa mémoire des détails était phénoménale, comment un enfant surdoué peut-il finir au volant d’une voiture volée au fond de la rivière des Prairies? Quatorze ans, c’était son âge. Un peu jeune, non? Et je m’interroge également: comment peut-on survivre à pareil drame quand on est les parents de ce jeune; comment trouve-t-on la force de continuer? La douleur qu’ils ressentent doit être innommable, voire assourdissante, et je me sens presque de trop à vouloir commenter cet événement tragique, comme une fourmi dans l’assiette encore chaude d’un repas qu’ils ne mangeront jamais. Ce n’est pas une critique contre les parents que j’écris; on n’a jamais de manuel pour être parent et il est bien rare qu’un parent désire sciemment le malheur de son enfant.

Pourtant, pourrait-on envisager un scénario différent? Un battement d’aile de papillon ne se transformant pas en ouragan par quelque force hasardeuse génératrice de chaos. Et si…

Et si on n’avait pas appelé tous ces « spécialistes », les trois travailleurs sociaux, un intervenant de crise, un pédopsychiatre, un centre jeunesse et de nombreuses thérapies? Et si on n’avait pas fait grand cas de la consommation de drogue du jeune, et du fait qu’il en ait vendu un peu? Et si on n’avait pas consulté soi-même des professionnels nous conseillant de lui trouver des activités, des sports, de vieux amis avec qui renouer? Et si on n’avait pas confisqué le clavier d’ordinateur pour l’empêcher de jouer à des jeux violents? Et si on avait accepté qu’il puisse rentré « gelé » à la maison. Et si on ne l’avait pas placé en centre d’accueil quand son comportement nous paraissait ingérable?

Et si on l’avait laissé vivre sa vie un peu.

Attention, je ne dis pas qu’il faut laisser les enfants faire ce qu’ils veulent, mais il faut comprendre que l’adolescence est une période extrêmement critique et difficile pour de nombreux jeunes. On apprend à se connaître, on découvre des choses qu’on aime et d’autres qu’on aime moins chez soi. On aimerait parfois porter les vêtements d’un autre, quand ce n’est pas substituer sa propre personnalité à celle d’une idole. On se cherche.

Je ne connais pas l’histoire complète de cet enfant, et – je le répète – je ne veux pas juger ses parents. Mais serait-il possible qu’à force de vouloir gérer, encadrer, organiser logiquement un jeune qui ne fonctionne pas avec la logique on n’a fait que créer les conditions menant à l’explosion finale? Comme si on avait trop comprimé l’air dans une bouteille, jusqu’à l’éclatement, qu’on avait oublié qu’il ne s’agissait… que d’air!

Il me semble qu’il fut une époque où on laissait vivre les adolescents, où on se disait: « il faut que jeunesse passe ». On les laissait libre d’expérimenter, de se découvrir, de devenir ce qu’ils sont. Car ils n’étaient déjà plus nos enfants; leur vie était la leur. Pas la nà´tre. On leur donnait des règles de bases, et s’ils les violaient on pouvait leur donner le choix d’aller vivre ailleurs. « T’es pas heureux mon gars ici parce que je te demande le gros minimum, et bien prends tes choses et va vivre ailleurs! » Ça devait faire mal, mais à l’époque on n’avait pas tous ces spécialistes pour leur trouver une maladie ou une activité en espérant ainsi régler le problème… du parent.

Évidemment, les spécialistes ont leur utilité, personne ne peut nier ça. Mais parfois, je crois qu’il faut savoir laisser aller les choses. Se dire que si l’adolescent est révolté, c’est peut-être parce qu’il souffre. Et que s’il souffre, il n’a pas besoin en plus de parents et de thérapeutes sur son cas pour lui dire quoi faire ou penser. Du moins, s’il n’en a pas envie (s’il désire de lui-même voir un thérapeute, ça change tout puisque le jeune démontre déjà un intérêt pour le dialogue). Se dire que ce n’est pas la fin du monde s’il rentre le soir après quelques joints ou bières. Que ça peut arriver à tout le monde de sécher des cours. Que ça ne l’empêchera pas d’avoir un futur pour autant.

Sauf que ce futur sera le sien. Pas le nà´tre.

Ce n’est pas facile de se dire qu’on met des enfants au monde et qu’un jour ce ne sont plus « nos » enfants, mais tout simplement « des » êtres humains qui s’appartiennent, qui font leurs choix, qui vivent la vie qu’ils ont choisi de vivre. Et s’ils ont décidé de passer dans ce monde comme une Mustang décapotable dans une petite rue tranquille, il faut accepter ce choix. Mettre ses limites, mais accepter et comprendre que notre enfant vit sa vie, celle qu’il a choisie, celle qui l’a choisi, et que si notre amour lui a permis de se rendre là où il en est nous ne pouvons néanmoins pas l’empêcher de faire ses choix et ses erreurs.

Mes condoléances aux parents de Marc-Antoine et toute ma sympathie pour la suite des choses. Perdre un enfant, c’est perdre un peu de soi-même. Marc-Antoine a choisi sa vie; rien ne pouvait être changé.

Mais pour les autres, ceux qui survivent, ne faudrait-il pas leur redonner cette vie et ce libre-arbitre que nous nous sommes peut-être un peu égoà¯stement appropriés au jour de leur naissance?

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12 Réponses

  1. Ta réflexion est très intéressante. En fait, je ne sais pas si tu as lu mon billet sur mon blogue qui s’appelle « L’aveu » ? Dedans, je parle qu’un moment donné, j’ai pété ma coche à l’adolescence parce que je n’acceptais pas qui j’étais. Alors, même si j’ai consulté certaines personnes, ça me faisait tellement chier que je ne voulais rien savoir de l’aide… Il a fallu du temps et un bon contexte pour que ça sorte. Alors, tu peux envoyer 1500 spécialistes à quelqu’un, s’il ne veut pas être aidé… c’est peine perdue. Triste à dire, mais c’est ça ! Par contre, ça ne veut pas dire que les spécialistes ne servent à rien et qu’il ne faut pas intervenir quand on sent que son jeune décroche, mais c’est normal qu’il ne dise pas tout et n’arrive pas/ne veule pas en parler. Par contre, mettre des balises n’est pas insensé non plus. Tout est une question de sensibilité, d’instinct et du lien que tu as avec ton enfant. Mais, ce n’est pas évident…

    En tout cas, merci, je ne connaissais pas cette histoire tragique. Sympathies à la famille !

  2. Quel billet hyper-intéressant Alex, et qui complète à merveille le mien! Ça t’a sûrement demandé du courage pour écrire ça, mais ça valait la peine.

    Je crois que la grande majorité des gens passe par cette étape de se questionner sur son identité sexuelle. D’après ce que j’ai déjà lu, l’homosexualité pure et l’hétérosexualité pure sont des extrêmes; la plupart des gens sont entre les deux, avec une préférence pour un cà´té ou un autre. Mais dans une école seconde pas seulement homophobe, mais hostile à toute forme de différence, voilà qui n’est pas facile à admettre!

    L’adolescence, c’est l’âge où on se cherche, et ne serait-il pas plus facile si les parents et amis étaient des accompagnateurs dans cette quête plutà´t que des obstacles à celle-ci? C’est un peu la question que je me pose ici.

  3. Malgré la gravité de ton nouveau sujet, c’est rafraichissant de sortir des petites guéguère des derniers jours qui transpiraient de ce blogue.

    Je trouve ce sujet hyper-intéressant aussi, étant moi-même père de deux jeunes enfants, pas encore ado…

    Lorsque mon premier a récemment entré à la maternelle, je me suis dit que ça y était: « Le voilà qui commence déjà sa séparation du joug parental… » Sans jouer les pseudo-thérapeute, j’ai toujours pensé que lorsque tu donnes le meilleur à ton enfant dans ses 5 premières années, que ce soit au niveau des valeurs ou dans l’encadrement, la semence y est pour toujours. Le reste, on n’y peut presque plus rien aussità´t l’école commencée. Attention, je ne fais aucune remontrance à ces pauvres parent. Ils ont sûrement été d’excellents parents. La faute ne peut être mise entièrement sur eux. Malheureusement, il n’y a pas de manuel du bon parent. Tout se fait d’instinct. Je peux vous dire aussi que je suis une autre preuve qu’un encadrement moins rigide (pas par le laisser faire) m’a permis effectivement de me sortir de la noirceur dans laquelle je m’était mis entre 16 et 18 ans. Cela aurait pu mal tourner, mais ce ne fut pas le cas. Et je connaîs personnelement plein d’autres cas similaires au miens. Chance ou encadrement moins oppressif? Je penche aussi pour le deuxiemme choix. Or, Dieu seul sait si un encadrement moins dur aurait été mieux pour ce jeune. Peut-être pas. à€ chacun ses méthodes et il faut respecter ces parents pour ce qu’ils pensaient faire de mieux pour lui. J’espère que je ne me tromperai pas, mais que puis-je y faire sauf que d’essayer d’inculquer mes valeurs à mes enfants… jusqu’au jour où ils me diront avec une voix qui mue: » donne-moé les clés du char bohnomme… vais-je dire non? On verra dans 11 ans…

  4. Je viens soudainement de penser à ce Kimveer Gill; celui qui a créé les évenements du collège Dawson. N’était-ils pas justement sous un régime de laisser faire de la part de ses parents? Je dis ça juste pour brouiller un peu les cartes. Aussi pour mettre l’emphase sur le fait qu’il n’y a pas de recette miracle pour aucun parent. Les jeunes ont le derniers mots sur leur propre vie…

  5. @Sir Seb: C’est exactement ce que je crois. La plupart des adolescents (sinon tous) ont leurs périodes de noirceurs, et à mon sens c’est surtout un besoin de prendre le large, de prendre l’air, de développer leur personnalité, leur identité, de devenir ce qu’ils sont. Et ça ne peut pas se faire avec des parents qui tentent de les contrà´ler et de trop les encadrer. Attention, je ne dis pas que c’était le cas dans cette situation (et je ne veux pas blâmer les parents), mais c’est un risque dont il faut tenir compte.

    Je ne crois pas qu’il faille faire un lien entre cette histoire et Kimveer Gill. Gill était adulte si ma mémoire est bonne et même si on avait fait n’importe quoi pour lui, à dix-huit ans il aurait été libre de faire ce qu’il voulait faire tout de même.

    Peut-être que dans son cas plus de structure aurait été bénéfique, mais combien de jeunes gaspillerait-on (ou passerait-on proche de gaspiller) pour empêcher un seul Kimveer Gill? à€ mon avis ce gars avait deux-trois cases en moins et c’était beaucoup plus qu’une crise identitaire.

    Reste que c’est difficile de parler d’une situation ou de l’autre; on ne connaît pas tous les détails. Et aurait-on fait mieux?

  6. Réflexion très intéressante Belz et qui nous change un peu de la guerre civile Québec-Montréal que tu as créé dans ton billet précédant! Vivre et laisser vivre, tel est le credo que l’on devrait emprunter quelques fois!

    @ Sir Seb.

    Ne mélange pas délinquance avec psychose! Gill était un psychotique qui refusait de prendre ses médicaments. Or, quelqu’un qui est en crise d’adolescence n’ira pas faire un massacre, à moins d’être vraiment révolté contre la société. Gill avait un taux d’agressivité très élevé, mais je doute que le cas de Marc-Antoine s’y rattache. Rentrer saoul à la maison ne rend pas agressif à ce point-là !

  7. Très belle réflexion Belz. Si tu permets, je vais apporter mon point de vue de père.

    Je suis d’accord avec toi pour dire vivre et laisser vivre, mais il faut aussi établir des barrières à ne pas dépasser. Comme lorsque tu dis qu’à une certain époque, les parents disaient à leurs enfants: « si t’es pas heureux, pars d’ici ». Mes parents ne m’ont jamais dit ça, et je suis certain que leurs parents ne leurs ont jamais dit ça, et jamais je ne le dirai à mon fils. J’accepterai qu’il rentre gelé ou saoul DE TEMPS EN TEMPS, mais si c’est comme ça à tout les soirs, c’est certain que je vais consulter, et qu’il va venir avec moi.

    Comme tu dis, il faut que jeunesse se fasse, mais faut pas non plus tomber dans la délinquance, ce que le jeune Marc-Antoine semble avoir fait.

    Je ne dis pas non plus que c’est la faute de ses parents, car je ne crois pas que ses parents l’aie poussé à voler une voiture et provoquer une poursuite policière. C’est plate à dire, mais il a créer ses propres malheurs. Si au lieu de se geler ou de se saouler, ou de voler, il avait simplement communiquer avec ses parents, communications que ses parents cherchaient sans aucun doute à établir, on n’aurait jamais entendu parler de lui, sauf dans une bonne nouvelle TVA qui nous aurait appris qu’il a fini avec 100% dans presque toutes ses matières.

    Je suis d’accord avec Alex pour dire que quand quelqu’un ne veut pas être sauver, ça ne sert à rien de lui envoyer 50 psychologues avec chacun un bac en psychologie. Mais je persiste à croire que cette aide est très importante, autant que celles des parents.

    Pour ce qui a trait à l’encadrement, parfois, les parents, non méchamment, continuent de voir leurs ados comme des jeunes enfants, et nous voulons les aider du mieux de nos connaissances.

  8. @Belz
    Gill restait chez ses parents nom-de-Dieu! Ainsi, ce n’est pas parce que son enfant devient adulte que l’on peut se lave les mains de ce que peut faire notre enfant dans le sous-sol! Avant que je dérape, je cherche surtout à exprimer l’équilibre nécéssaire entre encadrement d’une personne en détresse et le besoin de se sortir du trou par lui même. Le mot le plus fort de ton dernier commentaire est le mot « risque ». C’est exactement ce que chaque parent aura à affronter, à divers degré, face à ses enfants un jour ou l’autre.

    @ J-L Proulx,
    En effet, Gill était un psychotique. Ce que j’essayais de soulever, c’est que ce Gill n’a sûrement pas commencé sa psychose à 24 ans (quelle âge avait-il d’ailleur?). Tout ses problèmes ont sûrement commencés à un plus jeune âge. Je trouvais le commentaire de Belz intéressant losqu’il soulevait le fait que les parents de Marc-Antoine enlevaient le clavier de son ordi pour le punir, pendant que Gill, si aldulte était-il, propageait sa haine sur le web et était probablement libre de tout faire sans que ses parent en soient au courrant(mais là , je me place sur un terrain glissant…).

    Devrais-je m’inquéter du fait que, dans un cas comme dans l’autre, le deux ont connu une fin dramatique, sachant que dans un des deux cas, il y avait sur-encadrement, pendant que l’autre fou n’en avait aucun?. Est-ce donc que le sort de notre enfant repose seulement entre ses mains? Cette pensée me fait freaker un peu mais est probablement normale. Je ne croit pas que l’âge du délinquant a quelque chose à voir là -dedans. J’imagine que de toute façon, en tant que parent, nous ne donnons que ce que nous sommes capable de donner. J’imagine que c’est au délinquant de le prendre ou non.

  9. Dans le cas d’un enfant precoce qui vient d’une famille ou deux cas de maladies mentales ont ete repertoriees, peut-on reellement envisager de ne pas serieusement encadrer ce gamin qui commence a deraper a l’age de 11 ans? Je ne crois pas. L’intelligence est une arme a double-tranchant.

    Je ne pense pas qu’il s’agisse ici d’un adolescent typique qui ait fait une ou deux conneries. L’article m’a donne l’idee qu’il etait question de bien plus que quelques joints et quelques cours seches.

    Peut-etre que si les parents n’avaient rien tempte, le gamin se serait senti mal-aime et abandonne. Le « sur-encadrement » mentionne s’etale sur une periode de trois ans et il me semble que les parents desesperes sautaient d’une solution a l’autre pour essayer d’aider ce gosse « allergique au bonheur. » Il me parait aussi que quand on eleve un enfant, on est responsable non seulement vis a vis de lui, mais aussi vis a vis de la societe. L’enfant doit pouvoir faire ses propres experiences, mais il faut quand meme lui apprendre que la liberte individuelle s’arrete la ou commence celle d’autrui.

    Je suis tout a fait pour que l’enfant connaisse la liberte de decouvrir sa propre identite, mais lorsque le gosse devient un danger pour lui-meme et les autres, comment peut on envisager abdiquer ses responsabilites parentales?

    Quel sujet lourd mais bravo pour l’image. Je n’avais pas remarque tes talents de photographe auparavant.

  10. @nathaliewithanh: Je suis d’accord avec ton point de vue sur le fait de ne pas abdiquer ses responsabilités parentales, mais quand on en vient à enlever le clavier de l’ordinateur pour éviter les jeux violents… Personnellement j’ai toujours vu ces jeux comme un exutoire; l’adolescent peut y faire ce qu’il ne pourrait dans la vraie vie. J’aurais tendance à croire que moins d’encadrement pourrait permettre à l’adolescent de mieux vivre ce qu’il veut vivre… C’est sa vie après tout?

    Merci pour le compliment du choix de l’image, mais elle n’est pas de moi. Il suffit de cliquer dessus pour voir d’où elle vient!

    @Sir Seb: Kimveer Gill était une exception. Une foutue exception. On ne peut pas baser toutes nos actions sur la crainte d’un Kimveer Gill tout comme on ne s’empêchera pas de sortir dans la cour de peur qu’une météorite nous tombe sur la tête. Des gens comme Gill sont extrêmement rares, et j’ai l’impression que dans ces cas-là y a très peu de choses à faire…

    @Ivelios: Je suis d’accord qu’on fait de son mieux, mais j’ai l’impression que depuis une dizaine d’années il y a beaucoup d’encadrement et moins de laisser-vivre…

    @Jean-Luc: Vivre et laisser vivre, voilà ! 😉

    Merci pour vos commentaires!

  11. Bonjour

    Comme je viens de lire ce blogue pour la première fois, je constate avec un brin de découragement que l’on peut tout écrire sur la toile. Mon épouse et moi-même avons consulté, il est vrai, des personnes au cours des 3 dernières années car nous avions le sentiment qu’il fallait faire quelque chose afin d’aider notre fils qui «commençait à déraper» joyeusement dans sa vie. Nous avons toujours pris du recul face aux décisions des thérapeutes, et aussi face à nos propres décisions. Nos décisions étaient mûries. Nous avons appris, à sa mort, qu’il avait traversé la Rivière des Prairies cet hiver et que la glace avait craqué sous lui. Il s’en est fallu de peu que Marc-Antoine meure noyé. Il était sous l’effet de l’acide, paraît-il. Et ce n’est peut-être que la pointe de l’iceberg…

    Nous sommes de plus en plus convaincus que Marc-Antoine était troublé, il se mettait beaucoup trop de pression car c’était un «performant».

    Sa chambre est vide de vie. Plus rien ne bouge. Plus rien n’est pareil dans cette maison depuis le décès de Marc-Antoine…

  12. @Gilles Bernier, père de Marc-Antoine: Merci beaucoup de votre commentaire. J’aimerais vous dire que je ne me suis pas senti à l’aise de vous juger, ni au moment où j’ai écrit ce texte, ni maintenant.

    Je me suis plutôt servi de ce douloureux événement pour essayer de voir si on ne pouvait pas éviter pareille situation pour le futur, pour d’autres adolescents.

    J’ai moi-aussi perdu un être cher. Mon meilleur ami s’est suicidé en janvier 2006. Ça faisait 20 ans qu’on se connaissait; on était des amis depuis la première année du primaire. Alors je sais ce que vous voulez dire par « il se mettait beaucoup trop de pressions » et ce que je voulais simplement exprimer par mon texte était que la ribambelle de « spécialistes » qu’on peut consulter peut parfois peut-être servir à augmenter la pression plutôt qu’à la diminuer.

    Évidemment, il va sans dire qu’il faut essayer des choses, qu’on ne doit pas laisser sombrer quelqu’un qu’on aime. Cependant, j’émettais l’idée qu’on pouvait peut-être prévenir en laissant davantage libre de ses expériences nos adolescents et en leur enlevant ainsi de la pression.

    J’espère ne pas vous avoir blessé par ce texte et si c’est le cas je m’en excuse.

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