Randonnée au Mont Mansfield

Hier après-midi, Gaby et moi sommes allés marcher au Mont Mansfield, la plus haute montagne du Vermont. Le Mount Mansfield comme on l’appelle au sud de la frontière est un monstre très large avec trois sommets bien distincts et séparés parfois d’un ou deux kilomètres! Fait à noter: si on regarde la montagne de cà´té on a l’impression d’y voir un visage! Il y a vers le sud le « Forehead » (le front), au milieu il y a le « Nose » (le nez) avec les antennes et la station de ski, et beaucoup plus au nord le « Chin » (le menton) que nous avons monté hier.

Nous avons abordé la montagne via son flanc ouest, dans le Underhill State Park, et à cet endroit il y a quatre choix de pistes: la Sunset Ridge Trail, la Laura Crowles, la Maple Ridge Trail et une autre dont j’ai oublié le nom. L’an dernier j’avais monté la Maple Ridge Trail, une piste assez difficile dont la première partie monte en sous-bois à 35-40 degrés d’inclinaison mais qui par la suite est magnifique, avec une montée sur les crêtes donnant l’impression de marcher sur le toit du monde! Celle-ci débouche sur le Forehead, qui offre un panorama plus qu’intéressant sur les cà´tés sud et ouest de la montagne.

Cette fois-ci, par contre, nous avons choisi un trajet légèrement plus facile en prenant la Sunset Ridge Trail, qui suivait le nord-ouest de la montagne et dont la plus grande partie était en sous-bois et le reste sur une crête. Contrairement à la Maple Ridge, il n’y avait pas de falaise à escalader (ou presque!) ni même d’endroit où il fallait sauter par-dessus une crevasse de trois ou quatre mètres de profond! Mais… Quel spectacle époustouflant en haut! Une vue à 360 degrés, de la tundra partout, le calme absolu! Si le ciel avait été moins brumeux, on aurait probablement vu le Mont Saint-Hilaire, comme l’an dernier! C’était vraiment un endroit exceptionnel, même si ça a pris 3h30 pour s’y rendre (on s’est arrêté quelques fois en montant… faisait quand même à peu près 38 degrés avec l’humidex en bas de la montagne).

Vers 18h30, on a décidé de redescendre, après un lunch sur le toit du Vermont et un petit somme la tête dans le ciel bleu immaculé. On a décidé de prendre la piste Laura Crowles, un peu plus courte que la Sunset Ridge. On ne savait vraiment pas dans quoi on s’embarquait! La Laura Crowles est une piste qui part du point A au point B; en d’autres mots elle suit un ruisseau (et une nappe phréatique sous celui-ci) qui part du sommet vers la base. Bref, on a eu droit à une descente extrêmement prononcée (à peu près du 40 degrés d’inclinaison, et je n’exagère pas) et des roches glissantes sur une distance de trois kilomètres! Et il semble qu’il y aurait une piste encore plus difficile: ayoye! On a descendu comme ça pendant pas loin de deux heures, mais nous sommes tout de même arrivés à temps pour l’arrivée de la noirceur, vers 21h00.

C’était vraiment une expédition inoubliable. Si vous avez envie de vous dépasser et de monter une montagne vraiment exceptionnelle et pas trop loin de Montréal (2h30 en comptant une légère attente aux douanes et un arrêt en chemin), le Mont Mansfield est un incontournable!

Quelques anecdotes en vrac…

Nous étions stressés avant de passer les douanes vers les États-Unis, car Gaby n’avait pas son certificat de naissance officiel (seulement son acte de naissance), mais quand on l’a soumis au douanier, celui a répondu « What’s this? » (C’est quoi ça?) Et il a ajouté: « pas besoin de ça! » Il ne nous a pas demandé où nous allions, ni si nous avions des choses illégales avec nous, ni combien de temps nous passerions aux États-Unis. Il a simplement dit « Have a nice day » (Bonne journée) et nous sommes partis, comme ça.

Par contre, en revenant aux douanes canadiennes, on a eu besoin de montrer pièces d’identité, certificat de naissance, et on a dû répondre à une litanie de questions pendant un gros cinq minutes (le temps est long avec les douaniers). Vraiment, je ne comprends pas. Si on n’avait pas eu les certificats de naissance, il nous aurait renvoyé… aux États-Unis? Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi c’est si facile d’entrer aux États-Unis et si difficile de revenir au Canada par la suite? à€ moins que ce ne soit une conséquence de cela?

à€ part de ça, ce fut un merveilleux voyage. Seule anicroche: j’ai eu beaucoup de difficultés à me faire servir en français. J’ai trouvé que les Américains manquaient cruellement d’ouverture sur le monde et étaient refermés sur eux-mêmes, incapables de me parler dans ma langue. Vous savez, moi j’ai grandi dans un pays où on ne cesse de me répéter que les étrangers sont des rois et maîtres et que je suis le plus grand des salauds si je ne leur parle pas dans leur langue, si je ne renie pas ma langue et ma culture pour me plier aux exigences des touristes et de ceux qui refusent d’apprendre notre langue. Si je refuse de parler la langue de l’étranger, on me qualifie de borné, ou de replié sur moi-même, ou d’injuste. Ça, c’est le discours qu’on me lance à la figure depuis toujours.

Alors, pourquoi les Américains ne sont-ils pas plus accomodants? Je suis l’étranger, et je suis dans leur pays, donc c’est à EUX de s’adapter à moi. C’est quoi ce patriotisme exclusif débile consistant à accorder davantage d’importance à ceux qui habitent à un endroit depuis des siècles au détriment du visiteur d’une seule journée? J’exige qu’on me serve dans ma langue! Les étrangers sont des dieux, nous devons nous mettre à genoux devant eux, alors j’exige qu’on me parle en français partout aux États-Unis!

On me dit que c’est ça, être ouvert sur le monde. Renier ses origines et se mettre à plat ventre devant l’autre. Bizarre, mais y a pas grand monde qui fait ça aux États-Unis. Faut croire que nous, Québécois, sommes vraiment une société distincte.

Faire un petit voyage, ça replace les idées. Et je dois dire que j’admire nos voisins du sud, qui parlent dans leur langue sans complexe, qui s’affirment sans haine ni méchanceté, qui ont été très aimables et cordiaux avec moi sans pour autant renier ce qu’ils sont. Ainsi, non seulement le Mont Mansfield m’a permis de me dépasser moi-même et de voir de magnifiques paysages, mais cette excursion a aussi renforcé mes idées politiques sur la nécessité d’être fermes mais polis dans notre désir de parler français dans notre pays.

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5 Réponses

  1. Wow! un délice ce billet!

    Tu sais, je vais bientot me faire opérer pour une masse au tympan droit et ce que ce billet m’a fais voir c’est que, je viens de le trouver mon défis à moi, la montagne ou je vais me dépasser…Cette opération je l’a remet depuis plus d’un an, maintenant je dois le faire! Ce billet viens de nourrir le courage en moi, une semence pour la battante en moi, un baton pour l’aventuriere qui marchera dans un chemin inconnu et tout ça parsemé de notre belle langue qu’est le Français….(silence)
    Merci mon cher…

  2. Salut Diane,

    J’espère que ton opération se passera bien. Tu sais, la montagne est un endroit fantastique pour se ressourcer. C’est sûr que je ne suis pas dans ta situation alors je ne peux pas savoir comme tu te sens, mais dans tous les cas si tu as la chance d’aller monter le mont Mansfield ou d’autres dans le genre ça ne peut pas nuire selon moi!

    @+

  3. Un gogochiste… non! gaugauchiste… non! gogauchiste (comment ça s’écrit? ) anti-américain primaire aux States, ouache!

    😉

  4. Salut Belz… Ton billet est effectivement fort inspirant! T’as bien raison: « la montagne est un endroit fantastique pour se ressourcer ». Ça m’est arrivé en vacances et j’ai ressenti ce cycle positif-négatif… J’ai fait le vide et le plein en même temps… J’ai pris quelques photos, y’a un lien sur mon site, si le coeur t’en dit…

  5. @renartleveille: Ça ne s’écrit pas, ça se jappe et se vomit quand on ne sait pas écrire d’autre chose!

    @lutopium: Merci! Je vais aller voir tes photos.

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