Les parents totalitaires

Quand la poussière sera retombée sur toute cette histoire de relation illégale entre Vincent Duval, ce Belge de 31 ans (ou 32, ou 33, selon les sources, qui comptent peut-être augmenter leur lectorat en haussant l’âge de l’accusé) et une adolescente de 13 ans (mais jamais 14!), que restera-t-il? Il restera des parents paranoà¯aques, surveillant leurs enfants comme des gardiens de prison.

En effet, on ne compte plus les « conseils » pour mieux surveiller les adolescents. On recommande parfois de mettre l’ordinateur dans une salle commune, d’installer des programmes de cybersurveillance, de vérifier l’historique des pages web visitées ou les échanges de courriels, ou même d’être présent quand l’adolescent utilise internet.

Pourtant, cette méthode totalitaire ne constitue absolument pas un gage de succès. Le Carnet d’Ysengrimus le note avec justesse:

« Prétendre contrà´ler l’accès à l’internet de nos enfants, c’est prétendre écoper la mer…et c’est emprisonner notre enfant dans un cachot incompréhensible sans s’expliquer. Et, il faut s’en aviser froidement, avec ce genre de conditions carcérales de vie, tout ce que vous faites, vous augmenter les motivations poussant votre jeune fille en fleur vers le motel avec un cybercopain, plutà´t que vous ne les réduisez. »

Les adolescents resteront des adolescents. Ils se révoltent contre l’autorité, refusent les règles, cherchent à passer outre les interdits. Par exemple, dire à un adolescent « la drogue c’est mal » sans avoir le courage de discuter à fond de la situation tout en écoutant ses arguments est la meilleure façon de le pousser à se droguer dans la clandestinité. Et c’est la même chose pour le sexe.

D’une époque du « il faut que jeunesse se passe » nous sommes passés à une où les parents deviennent des présences hostiles essayant de décider à la place de l’enfant, de gérer ses activités, de l’empêcher de faire ce qu’il aimerait faire. Au lieu d’une saine interaction entre un adolescent qui commence à découvrir le monde et ses limites, le parent totalitaire cherche à réprimer ce désir, à le punir, bref il essaie d’empêcher son enfant de vieillir et de faire lui-même ses propres expériences.

J’ai beaucoup plus confiance dans le jugement et la sécurité d’un adolescent soutenu par ses parents, et qui discute de ses désirs, de ses craintes, de ses aventures et de ses relations, dans le respect et tenant compte des recommandations (et non pas des ordres) de ses parents, plutà´t qu’un adolescent qui vit dans la clandestinité, qui fait face à des parents qui lui imposent leur conception de la vérité, et qui doivent imiter la signature de ceux-ci pour pouvoir quitter l’école plus tà´t et rejoindre un amoureux de dix-huit ans l’aîné.

« Papa, maman, j’ai rencontré un homme, il a trente ans, nous nous parlons depuis six mois, et je l’aime bien ».
– …

Que répondre à ça? C’est un choc pour tout parent. Mais est-ce si dangereux qu’on le dit? Plutà´t que d’interdire la relation (ce qui conduira de toute façon à la clandestinité et aux remords, voire à l’amertume), pourquoi ne pas simplement émettre des réserves tout en signifiant à l’adolescent qu’il est à un âge où il doit faire face à ses responsabilités. Tiens, par exemple, pourquoi ne pas inviter l’homme en question à la maison? Et pourquoi ne pas en profiter pour avoir une petite discussion franche (mais dans le respect) avec lui, et essayer de comprendre ses intentions à lui sans pour autant brimer ceux de la jeune fille?

Voilà un façon de procéder qui me semble plus respectueuse de la vie de l’adolescent, de son désir de prendre son destin en main, et qui est garante d’un échange sain entre le parent et l’enfant sur les risques d’une relation intergénérationnelle.

Car le tabou est plaisant, l’interdit est désir.

Ça me fait penser à quelque chose. Quand j’avais vingt-un ou vingt-deux ans, j’avais rencontré une fille sur un site de parties d’échecs (c’était à l’époque où je commençais à jouer, juste pour le plaisir). On jouait des tas de parties à tous les soirs, et on était presque de la même force. Un jour, elle a proposé qu’on joue en face, dans la vraie vie. Et elle m’a dit qu’elle venait d’avoir dix-sept ans. J’ai dit oui (je n’avais pas vraiment d’arrière-pensée) et quand elle en a parlé à ses parents ceux-ci ont eu une réaction que j’ai trouvé extrêmement saine: au lieu de dire oui ou non, ceux-ci ont simplement demander à ce que notre première rencontre ait lieu chez eux, au domicile familial. J’y suis donc allé, j’ai rencontré ses parents, et nous nous sommes revus à quelques reprises pour jouer aux échecs, et rien d’autre ne s’est développé entre nous.

Évidemment, on pourrait dire que la situation est différente puisque la différence d’âge était moins élevée et qu’il n’y avait pas de sentiments impliqués. Je ne crois pas. C’est la même chose: ou bien on laisse libre l’adolescent de vivre ce qu’il veut vivre, ou bien on ne le laisse pas libre et on le retrouve dans un hà´tel avec un étranger. Si à dix-sept ans on peut être libre, pourquoi pas à seize, à quinze ou à quatorze? O๠placer la limite?

C’est au parent de déterminer la maturité psychologique de son enfant et à lui donner les outils pour faire face à ses désirs.

Rien de bon ne s’est jamais produit grâce à un interdit; ce sont plutà´t les compromis et l’empathie qui font avancer le monde. Et qui font grandir nos enfants.

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4 Réponses

  1. Et bien tu sais combien le sujet me tient à coeur!.. 😉

    Il est certain que notre facon d’éduquer viens de ce que nous avons en nous comme raçines de peurs, de blocages, d’ouverture, de jugements, etc… Moi je me rend bien compte que ça aurait été tres difficile d’avoir une fille, j’aurais été beaucoup trop protectrice avec elle, le fait d’avoir eu des garçons éloigne de moi le lien avec la petite enfant blessé qui est en moi..Déjà je suis protectrice avec mes gars imagine avec des filles! ouf! Mais j’en suis consciente et je grandi moi aussi à travers l’éducation de mes enfants… Souvent mes peurs viennent de tous ces traumatismes reliés à l’enfance et j’essai de ne pas transmettre ces peurs à mes enfants, je m’arrête souvent pour prendre un peu de recul et voir si je suis dicté par une vieille peur ou si c’est une valeur importante pour moi qui fait que je met une limite à mon enfant.

    Pour ce qui est de l’internet, je n’ai aucun contrà´le parental sur l’ordi, il est au courant des choses et si il a des questions il sais qu’il peu venir me voir…l’autre jour il me parlait de ces cours de sexualité qu’il a à l’école et tu sais quoi? il en sais plus que moi sur certaine chose!.hihihiiiii..! Il me parlait aussi du cycle menstruelle etc… et je trouvais ca l’fun d’avoir ce genre de discussion avec mon fils!

    Et bien voilà , je respire dans mon rà´le de maman et je me dit que l’important c’est de rester ouvert, de laisser cette porte bien ouverte pour que l’enfant puisse avoir acces à nous…Et surtout ne pas avoir peur d’aller nous dans leur univers, meme si leur porte semble fermé ce n’est qu’un « front » elle s’ouvre facilement la porte, quand ils sentent que la nà´tre est ouverte!! .. 😉

    Merci pour ton billet vraiment intéressant qui me force à ouvrir un peu plus et ne pas tomber dans mes peurs.. 🙂

  2. @Diane: Tu as l’air d’une maman en or… Je crois que ce que tu fais est très très sain. Souvent, on obtient l’inverse de ce qu’on aimerait obtenir en s’acharnant. En laissant tes enfants libres, ils se sentiront probablement plus appuyés, épaulés, du moins c’est mon impression!

  3. J’imagine qu’il faut quand même se préparer (mentalement) un peu à l’avance à ce genre de situation. Les miens sont encore à l’âge de faire des blagues pipi-caca (4 et 7 ans). Par contre, ils ont déjà une bonne conscience du respect que doit porter les uns envers les autres au sujet de la sexualité, qui est encore au stade de l’éveil pour eux. C’est justement en bas âge qu’il faut commencer à ameunuiser les tabous au sujet de la sexualité. Ceci les aidera (et moi aussi) plus tard à mieux aborder les discussion parents-enfants sur le sujet. Les parents y sont pour quelque chose mais le réseau de l’éducation qui inclus l’école et les garderie sont d’excellents conscientisants pour nos enfants; choses que je n’avais pas dans mon temps, ou du moins pas avant que mes profs soient obligés d’en parler lors des cours de FPS au secondaire… Les temps changent… parfois pour le mieux.

    @Diane: C’est un plaisir de te lire hors du contexte des rhytmes de Dianerhytmes. à€ +!

  4. […] contre lui. Je ne parlerai pas de l’aspect parental/enfant/discipline. Je trouve que le Dernier Québécois a une vision intéressante de la chose et de toute la paranoà¯a qui se lève ave…. Parce qu’en effet, c’est bien beau commencer à mettre 10 000 logiciels de […]

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