Le (vrai) cartel

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

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8 Réponses

  1. Ah!…Excellent billet!..Si tu le permet je vais mettre un lien sur mon blog vers toi, je pense que chaque petit grain de sable répendu nous menera vers une belle grande plage!.. 😉

  2. Merci! Oui, tu as raison, chaque petit grain de sable… Selon moi il est important de réhabiliter le concept de nationalisation. Dans plusieurs cas, que ce soit au niveau de l’électricité, de l’alcool ou du pétrole, c’est hyper-important et positif!

  3. Je vais dire comme dianerythme, excellent billet ! Très juste, rien à redire ! Tu as entièrement raison et il faut que plus haut (alias le gouvernement) ça agisse… Sauf que j’ai comme l’impression que ça dort au gaz… naturel. 😉 Et puis, merci pour le rétrolien. Je ne pensais pas que mon « pétage de coche » de ce matin me vaudrait d’être cité ailleurs, merci beaucoup ! 🙂

  4. C’est ça qui est fâchant. On nous dit en démocratie, nous payons des institutions, nous payons des députés pour qu’ils nous représentent, et après ils nous disent « on ne peut rien faire ». Ça, c’est un manque de courage politique, rien de plus!

  5. Dommage que le pétrole soit au Canada!

  6. Bon point, Le Justicier. Sauf qu’en attendant d’être dans notre propre pays, autant s’arranger pour ne pas trop se faire fourrer, qu’en penses-tu?

  7. Tu vois, c’est un couteau à deux tranchants. Ce serait l’argument ultime du fédéral d’anéantir le rêve d’un Québec à nous.

  8. Diagnostic juste, surtout en ce qui concerne le cartel pétrolier et la crisse de loi sur le Prix Minimum Estimé, mais mauvaise solution, quoique la natonalisation est un péché véniel dans les circonstances. Mais c’est une solution délirante pour un séparatiste.

    Je vous suggère de lire ce billet de ma part

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2008/05/20/essence-le-debat-ne-porte-pas-sur-les-bonnes-choses/

    Léo-Paul Lauzon est un excellent spécialiste en sciences comptables mais pas un économiste.

    « Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité. »

    Voilà pourquoi je dis que la nationalisation est un péché « véniel ». Les monopoles publics sont tout de même moins pires que les monopoles ou cartels soi-disant privés, qui sont des créatures de l’État.

    Individuellement, il faut tout de même songer à une diminution graduelle de la consommation de pétrole.

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