Le monde selon Péladeau

Selon Pier-Karl Péladeau (ce « criss de bum » selon mon coloc, qui a grandit sur la même rue que lui), la crise qui secoue le secteur manufacturier au Québec n’a rien à voir avec la concurrence asiatique, la déréglementation,la hausse du dollar canadien, la réorientation vers l’économie du savoir prônée par les gouvernements ou la hausse du coût des matières premières. Non, non. Si le secteur est dans la dèche, c’est forcément la faute aux méchants syndicats!

La crise manufacturière que traversent votre ville et plusieurs autres au Québec n’est pas le fruit du hasard. Tant que d’honnêtes travailleurs demeureront les otages d’organisations cyniques qui les manipulent et leur cachent la vérité, la crise manufacturière ira en s’aggravant et le Québec continuera de s’appauvrir.

Alors, citoyens, qu’attendons-nous pour nous débarasser de nos organisation cyniques un peu trop démocratiques et confier notre destiné à M. Péladeau, qui saura sûrement nous offrir des emplois à la tonne… salaire de la Chine en prime!

Heil Péladeau, mon nouveau Führer!

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11 Réponses

  1. Un peu court et réducteur votre extrait de la lettre de PKP non?

    Voici ici la lettre dans sa totalité ce qui permettra aux visiteurs de ce forum de mieux apprécier la VRAIE situation de cette imprimerie et de mieux mesurer l’intransigeance des syndicaleux:

    Source: http://www.cyberpresse.ca/article/20080404/CPOPINIONS02/80403397/6732/CPOPINIONS

    Monsieur le maire,

    J’ai été étonné de lire et d’entendre vos propos suite à la décision de la direction de Quebecor World de fermer son usine de Magog. J’aimerais vous rappeler que Quebecor World opère présentement sous l’égide de la loi sur les arrangements avec les créanciers et que les décisions qui sont prises le sont avec l’assentiment d’un contrôleur nommé par la Cour Supérieure du Québec et directement imputable à elle.

    Ces faits sont bien connus et ont été abondamment rapportés par les médias. Pourtant, vous laissez l’impression de les ignorer ou alors de ne pas comprendre ce qu’ils signifient. En un mot, ce n’est pas moi qui ai pris la décision de fermer l’usine de Magog mais bien la direction actuelle de Quebecor World sur laquelle je n’ai aucune emprise. Vos références à l’endroit de mon père sont de mauvais goût et fort inconvenantes car il n’est plus là pour vous donner la réplique.

    Mais puisque la question de la fermeture de l’usine vous intéresse, laissez-moi vous faire part des véritables enjeux concernant la survie de l’usine de Magog. Lorsque j’étais président et chef de la direction de Quebecor World, il y a quelques années, j’ai donné mandat à mes représentants d’entreprendre des pourparlers avec le syndicat des employés de cette usine pour obtenir des aménagements dans le contrat de travail qui s’avéraient essentiels à un investissement qui aurait permis de sauver cette usine. C’était en 2004 – 2005.

    Un des éléments central était de diminuer le nombre d’employés par machine pour les amener de 6 à 4 comme pour toutes les rotatives identiques que nous opérions ailleurs dans le monde, en l’occurrence des G-14. Le syndicat n’a rien voulu entendre. Devant un tel refus, les gestionnaires de l’entreprise ont décidé de faire l’investissement là où ils pouvaient le rentabiliser.

    En août 2005, Quebecor Média a annoncé un investissement de 120 millions de dollars pour construire une imprimerie ultra-moderne à Mirabel. Cette imprimerie devait servir, entre autres, à imprimer le Journal de Montréal. Pour rentabiliser cet investissement, nous avions besoin d’importants aménagements à la convention collective des pressiers du Journal, des employés qui travaillaient en moyenne 16 à 20 heures par semaine, recevaient un revenu annuel de 92 000$ assortis de 6 semaines de vacances.

    La réponse du syndicat a été une grève qu’ils ont débutée par un vandalisme en règle des équipements, sans compter les actes de sabotage qui auraient pu mettre en péril la vie des collaborateurs appelés à opérer les rotatives. Depuis bientôt deux ans, nous sommes engagés dans un processus d’arbitrage avec eux, parce que le syndicat a utilisé toutes les manœuvres dilatoires possibles et impossibles pour étirer l’exercice.

    Résultat : l’imprimerie de Mirabel est sérieusement sous-utilisée et l’investissement fait par Quebecor Média ne peut être rentabilisé. L’ironie dans tout cela est qu’il s’agit du même syndicat et des mêmes dirigeants syndicaux qui représentaient les employés de Magog.

    Monsieur le maire, au lieu de personnaliser le débat comme vous avez choisi de le faire, je me permets de vous dire que vous auriez rendu un bien plus grand service à votre communauté si vous aviez utilisé le prestige et l’influence de votre fonction pour dénoncer les organisations qui rendent impossibles les investissements essentiels à la survie de nos entreprises.

    La crise manufacturière que traversent votre ville et plusieurs autres au Québec n’est pas le fruit du hasard. Tant que d’honnêtes travailleurs demeureront les otages d’organisations cyniques qui les manipulent et leur cachent la vérité, la crise manufacturière ira en s’aggravant et le Québec continuera de s’appauvrir. Ce n’était certainement pas le souhait de mon père qui fut un grand entrepreneur.

    Par ailleurs, laissez-moi aussi vous dire que je n’aurai pas honte de vous voir si nous venions à nous croiser en Estrie. L’entreprise que je dirige, Quebecor Media, a créé depuis plusieurs années des milliers d’emplois et procuré des produits et services de grande qualité à la collectivité québécoise.

    Pierre Karl Péladeau
    Président et chef de la direction

    P.S.: Il est faux d’affirmer comme vous l’avez fait que je n’ai pas répondu à vos communications. Vous n’avez jamais communiqué avec moi. J’ai reçu une communication de M. Ghislain Goulet, directeur-général du CLD de Memphrémagog, le 4 décembre 2007 et j’ai promptement retourné son appel. J’ai ensuite demandé au directeur de l’usine de Magog, M. Patrice Asselin, de faire le suivi auprès de M. Goulet. Ils se sont rencontrés le 24 janvier dernier au restaurant
    L’Étoile sur le Lac, route 112 dans la région de Magog, pour faire le point sur la situation. M. Robert Fortin du ministère québécois de l’industrie était également présent, à l’invitation de M. Goulet.

  2. Salut Louis,

    J’ajoute mon billet qui complètera le tien;

    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2008/04/04/pierre-karl-peladeau-l%e2%80%99avarice-du-parvenu-des-medias/

  3. Un peu court comme analyse, en effet. Tant de votre part que de celle de PKP.

    L’économie est un monde infiniment complexe, que personne n’a jamais réussi à bien comprendre jusqu’à présent (j’ai pour mon dire que Keynes n’était pas trop loin de la réalité à plusieurs égards, mais vous trouverez nombre de personnes pour me contredire). Le déclin du secteur manufacturier est très certainement, comme vous l’avez dit, dû à un nombre infini de facteurs, au sein desquels le rôle des syndicats est sans doute bien minime. Vouloir les abolir est relativement présomptueux.

    Pourtant, vous ne pouvez pas non plus prétendre que tout est beau dans le meilleur des mondes syndicaux. La démocratie dans ces institutions laisse à désirer, tout comme la transparence financière. Les syndicats consacrent par ailleurs beaucoup d’énergie à la politique et de moins en moins aux travailleurs en eux-mêmes, qui se sentent fréquemment laissés pour compte dans le gigantisme de leurs organisations. C’est pourquoi les militants libéraux ont adopté la proposition de la Commission Jeunesse du PLQ de rendre obligatoire le scrutin secret pour l’accréditation et les mandats de grève, de même que d’exiger la publication des états financiers syndicaux. Je ne vois pas en quoi les objectifs poursuivis par cette résolution sont répréhensibles; le monde syndical québécois a besoin d’un petit coup de neuf.

    Rien n’est jamais tout noir ou blanc…

  4. @Alexis

    « La démocratie dans ces institutions laisse à désirer, tout comme la transparence financière. »

    Au Québec, jamais un syndicat n’a été pris dans un scandale financier, contrairement à bien des entreprises. Au contraire, les syndicats doivent marcher droit afin de ne pas perdre toute crédibilité.

    « Les syndicats consacrent par ailleurs beaucoup d’énergie à la politique et de moins en moins aux travailleurs en eux-mêmes, qui se sentent fréquemment laissés pour compte dans le gigantisme de leurs organisations. »

    Étant moi-même syndiqué, je dois dire que mon syndicat me protège et fait bien son travail tout en collaborant avec l’employeur.

     »
    C’est pourquoi les militants libéraux ont adopté la proposition de la Commission Jeunesse du PLQ de rendre obligatoire le scrutin secret pour l’accréditation et les mandats de grève, de même que d’exiger la publication des états financiers syndicaux. Je ne vois pas en quoi les objectifs poursuivis par cette résolution sont répréhensibles; le monde syndical québécois a besoin d’un petit coup de neuf. »

    Dans mon syndicat, tous peuvent s’exprimer et le vote secret est fréquent. Il me semble que tu inclus tous les syndicats dans le même bateau…

  5. PKP n’a pas tort sur plusieurs points. Faut pas se voiler la face, l’obstination et l’aveuglement de certains syndicats nuit à des entreprises. J’ajouterais cependant que dans le cas de Quebecor, l’attitude de PKP n’aide sûrement pas non plus. Je pense qu’on peut s’entendre que connaissant la personalité du gars, il est peu probable qu’il soit très bien disposé vis-à-vis les syndicats. Il suffit donc qu’il ait devant lui un interlocuteur syndical ayant une tête de cochon comme lui, et on peut alors être certain que ca va tourner au vinaigre assez vite…

    Dans le monde d’aujourd’hui, il faut accepter des compromis des 2 côtés. Pour protéger une entreprise en difficulté, des employés devraient accepter des reculs sur certains aspects. En échange, la direction doit prendre des engagements et reconnaître les efforts des employés en accordant des assouplissements et arrangements possibles, en particulier lorsque ceux-ci n’ont pas de coûts monétaires réels. Ca ne coûte pas cher d’assainir le climat de travail avec de petits gestes simples de respect et de reconnaissance, avec des changements de pratiques internes. Mais ça prend de la bonne volonté et de la bonne foi des 2 parties, et c’est souvent cela qui manque. La direction est souvent trop méfiante du syndicat, et les syndicats sont souvent trop cyniques face au patronat.

    De toute évidence, il manque ÉNORMÉMENT de bonne foi et de bonne volonté chez les syndicats et chez la direction de Quebecor, autrement ils n’en seraient pas là.

  6. J’ai tendance à ne pas apprécier ce genre de billet simpliste dans lequel vous utilisez les mêmes astuces populistes que vous reprochez à vos «ennemis». c’est décevant, car j’adore votre blogue en général…
    Mía

  7. On verra les journaux de Quebecor et le traitement qui en sera fait! Encore une autre histoire épouvantable à raconter sur les syndicats et les « syndicaleux ». L’opinion publique réagira à l’aveuglette. Les conseillers de PKP lui ont monté un solide dossier pour discréditer le syndicat. Je ne peux pas croire qu’il n’y a pas eu de sérieuses discussions entre les parties.

    Je ne dis pas que les syndicats ont toujours raison, mais avec Péladeau, faut se méfier!

  8. Ce que Péladeau déclare c’est que les employé on creusé leur tombe. Quand le patron se serre la ceinture, les employés aussi doivent le faire. Surtout quand leur compétence ne les préserve pas. Comme ceux de l’abattoir de porc il y a 2 ans.

  9. @Guy: Apparemment, Pierre-Karl se serre tellement la ceinture que le sang ne se rend pas jusqu’au cerveau. Je n’en reviens pas que les travailleurs se rangent de plus en plus derrière le boss. Ils sont devenus des dieux.

  10. Dire que c’est de la faute d’une charogne comme Péladeau si le Journal de Québec est en grève depuis près de 10 mois! On a beau haïr les syndicats, mais les rendre comme seuls responsables de la crise manufacturière, c’est vraiment tiré par les cheveux, car il s’agit d’une crise structurelle et conjoncturelle. À moins de demander des conventions collectives qui feraient exploser à coup sûr la masse salariale du gouvernement (encore là, il faut que le gouvernement soit assez con pour accepter d’hypothéquer les finances publiques comme Jean-Paul L’Allier l’a fait à Québec pour acheter la paix), les syndicats ont peu de pouvoirs sur la destruction d’une économie!

  11. @ Alexis

    « La démocratie dans ces institutions laisse à désirer, tout comme la transparence financière. Les syndicats consacrent par ailleurs beaucoup d’énergie à la politique et de moins en moins aux travailleurs en eux-mêmes… »

    C’est assez drôle de dire que les syndicats s’occupent plus de politique que des travaileurs, parce que dans la réalité, c’est exactement le contraire qui se passe. Les syndicats sont de plus en plus génés de s’affilier a un Parti politique. Bref, affirmer ce que tu affirme, c’est ne pas avoir jeter un oeil sur l’évolution du syndicalisme québécois depuis le début des années 70.

     » C’est pourquoi les militants libéraux ont adopté la proposition de la Commission Jeunesse du PLQ de rendre obligatoire le scrutin secret pour l’accréditation et les mandats de grève, de même que d’exiger la publication des états financiers syndicaux. »

    Poue les mandats de grève, il me semble que le vote secret est déjà obligatoire, a tout le moins, c’est prévu dans la plupart des « Statuts » des syndicats séririeux. La publication des États financier, ça existe aussi dans la plupart des syndicats, ils ne sont pas publiés au grand public, il est généralement réservés aux membres du syndicats, pour des question stratégique. Normalement, les syndicats doivent présenter leurs états financiers à leurs membres une fois par année. Mais il faut se déplacer jusqu’à l’assemblée syndicale pour l’avoir, ce que trop souvent, la plupart des syndiqués qui chialent contre leur syndicats ne font pratiquement jamais. Sinon, les membres peuvent généralement sans trop de difficulté demander les états financiers à leur trésorier, et même les procès verbaux des activités des différents comités de leur syndicat. Généralement, les syndicats sont beaucoup plus transparent que tu sembles le croire, mais c’est très rare que les membres demandent ces documents, qui dans les faits, interessent plus les employeurs que les membres…

    Pour l’accréditation, le vote est prévu en cas de contestation, par exemple quand deux syndicats se font compétition, c’est à dire en période de maraudage. Ça pourrait peut-être être plus démocratique encore, mais dans les faits, c’est ouvrir la porte a l’intimidation de la part de l’employeur.

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