Le blues de l’employé

La journée était longue, trop longue. Pourquoi diable permet-on aux entreprises d’ouvrir leurs portes le dimanche de Pâques jusqu’à l’heure de leur choix? A-t-on perdu une guerre? Vivons-nous au tiers-monde?

J’en étais à ces réflexions tout en accueillant des clients plutôt dérangeants, hier soir, soirée de Pâques. J’aurais voulu être avec ma famille, ou avec celle de ma copine, ou ailleurs, mais pas au travail à faire comme si c’était une journée normale, comme si tout allait bien. Non, ça n’allait pas.

À un moment donné, dans une société, il faut faire des choix. Ou bien on a des congés fériés, ou bien on n’en a pas. Les demi-mesures, ça ne donne rien. Ou bien on considère que Pâques est une fête qui n’a pas à être fêtée et on permet aux gens de vaquer à leurs occupations habituelles, ou bien on reconnaît le caractère particulier de la fête et on permet à un maximum de personnes de pouvoir en profiter.

Parce qu’en ce moment, il n’y a rien de pire que de voir tout le monde sur le party quand toi tu travailles de midi à 22h00 et que tu te fais chier pour un salaire très moyen.

Ça ne serait pas si compliqué que ça d’établir des règles permettant d’améliorer la vie des familles. On pourrait, par exemple, interdire l’ouverture de tout commerce non-essentiel, c’est-à-dire à peu près tous les commerces sauf les stations-services et les dépanneurs. Et dans les commerces ouverts, on devrait établir une durée maximum de temps pouvant être travaillé par chaque employé, par exemple cinq heures. Cela permettrait à chacun de pouvoir profiter de Pâques, que ce soit par un brunch ou un souper de famille.

Sauf que ça demande de la conviction; ça demande de la volonté politique. Ça demande de brasser la cage un peu aux mauvais employeurs qui forcent leurs employés à sacrifier leur vie de famille pour vendre un tas de cossins inutiles.

En attendant, j’ai pris une décision: je boycotte toute forme de commerce le jour de Pâques à l’avenir. Je fais mes provisions à l’avance, et je me dis que si tout le monde faisait comme moi, on pourrait peut-être offrir un semblant de vie de famille normale à des employés exploités.

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15 Réponses

  1. Le commerce brise toutes les barrières à son développement. Ce n’est pas nouveau.

    Autrefois, tous les commerces non-essentiels étaient fermés le dimanche et les jours fériés.

    Par contre, certains se réjouissent de travailler aux congés fériés car cela leur rapporte un peu plus d’argent (taux double selon les normes du travail, je crois). Ce n’est qu’une question de point de vue finalement. On préfère avoir un peu plus de sous ou passer du temps avec la famille.

  2. Je suis bien d’accord avec toi!

    Qu’il s’agisse de Pâques ou de la fête du Canada, un jour férié devrait être un jour férié pour tout le monde, qu’on soit d’accord ou pas avec le fait que ce soit décrété férié ou non.

    Personnellement, je crois qu’une société laïque devrait éliminer les congés religieux et les remplacer par d’autres congés, ailleurs dans l’année, qui profiteraient plus aux gens.

    Mais peu importe la nature du congé, un férié devrait être un férié. Sinon, c’est hypocrite.

    Dans les deux cas, ça prend effectivement une volonté et un courage politique que nous ne sommes pas près de voir ici. Mais on peut toujours espérer…

  3. Pâques n’existe plus. C’est une fête commerciale qui doit être appelé la « Fête du Chocolat ».

    Louis, tu proposes des mauvaises mesures pour les bons motifs. On peut demander un accommodement religieux raisonnable (les catholiques sont ceux qui exigent le plus d’accomodements) sans l’imposer à tout le monde par la mamelle du gouvernemaman.

    Il faut abolir la réglementation étatique des congés fériés et laisser la décision à chacun des citoyens. Ai-je le droit de prendre congé le lundi si je veux?

    Noisette, tu as raté une occasion de dénoncer les gouvernemamans infantilisants. J’ai de la difficulté à te suivre. Misère…

    En attendant, j’ai pris une décision: je boycotte toute forme de commerce le jour de Pâques à l’avenir. Je fais mes provisions à l’avance, et je me dis que si tout le monde faisait comme moi, on pourrait peut-être offrir un semblant de vie de famille normale à des employés exploités.

    Mon cher Louis, voilà la plus belle chose qui tu as dite dans ton billet. Voilà une excellente décision individuelle beaucoup plus efficace que toutes les autres niaiseries infantilisantes étatistes que tu proposes mais ne l’impose à tout le monde. Personnellement, je boycotte les commerces le jour de la St-Valentin, je n’achète pas de chocolat à Pâques et je n’achète plus ni ne reçoit de cadeau à Noël. La meilleure façon de se délivrer de la dictature du travail, c’est d’adopter la simplicité volontaire sans quémander au gouvernemaman.

    il n’y a rien de pire que de voir tout le monde sur le party quand toi tu travailles de midi à 22h00

    Il n’y a rien de mieux que d’être sur le party quand tout le monde travaille!

    Mêle-toi de tes affaires!

  4. @ Davidg : Je boycotte également ces commerces et tout ce qui dérive des fêtes commerciales.

    Entendons-nous bien.

    Je n’ai jamais dit que je tenais à ce que Pâques soit un jour férié. Là est la grosse nuance. Je suis également d’accord avec toi sur le point que c’est une fête commerciale.

    Ce que je dis, c’est qu’un jour qui est décrété férié devrait l’être pour tout le monde, ou en tout cas, pour le plus de monde possible. Car on s’entend que les hôpitaux… s’il fallait donner congé à tous les médecins, ça serait catastrophique 😉

  5. Noisette, ta position est encore plus claire dans mon esprit: tant qu’à avoir des congés fériés réglementés par l’État, aussi bien que ça le soit pour (presque) tout le monde. Là je suis d’accord sur ce point.

    Mais la meilleure façon de prévenir une telle injustice est justement d’abolir cette réglementation liberticide et infantilisante et de laisser le choix à chacun.

  6. @ Davidg : Que les congés fériés soient décrétés par l’État ou que l’État laisse à notre disposition X journées par année qu’on peut prendre comme congé payé, ça ne me dérange pas. Je préfère évidemment la deuxième option mais faut pas se leurrer, avant d’en arriver là, passer par la première étape serait plus réaliste et encore là…. Pas sûre 😉

    Mais dans mon utopie, ce serait dont merveilleux!

  7. Noisette, ce que tu proposes est déjà moins pire, mais le mieux est d’abolir toute réglementation étatique sur les congés fériés pour laisser à chacun le choix du nombre de journées de congé et du moment de ses congés, au même titre qu’un congé payé consenti par l’employeur ou un congé sans solde.

  8. Pourrait-on à la place dénoncer les hôpitaux quand ils forcent leurs infirmières à travailler 16 heures d’affilée?

    Voilà un problème beaucoup plus sérieux!

  9. Pâques est une fête religieuse, alors que maintenant on est plus tous catholiques ou protestants. Les fêtes religieuse ne devraient pas être gérées par l’État.

  10. Rien contre le fait que l’État promulgue quelques congés fériés pendant l’année mais de là à légiférer sur le nombre d’employés de commerce qui doivent travailler dans chaque magasin pendant ces congés, il y a une marge.

    Si l’État veut gérer les commerces, qu’il les achète comme dans le temps béni du marxisme-léninisme de l’ex-U.R.S.S. où on y faisait la queue pour un maigre quignon de pain; sinon, qu’il laisse les commerces s’ajuster eux-mêmes. Pourquoi une usine, une ferme, un hôpital, une compagnie de transport pourrait-il être soustrait de la loi règlementant le nombre d’employés? La vie de famille de leurs employés y est-elle moins ou plus importante?

    De plus, rien…absolument rien n’oblige les gens à travailler pour ces employeurs et les clients à les fréquenter. Ils peuvent toujours en changer s’ils le veulent; après tout, jamais le taux de chômage n’a été aussi bas au Québec et le taux d’employabilité aussi élevé. C’est pas les choix qui manquent!

  11. @tenace

    À quoi servirait ces congés fériés, à part payer les employés à temps double?

    Pourquoi ne pas simplement laisser le choix à chacun de choisir ses congés?

  12. C’est vrai que c’est particulièrement agacant de travailler dans un commerce les jours fériés au lieu d’être en congé « comme tout le monde » (sauf dans les cas ou la personne est en fait très contente d’être payée en double). J’ai travaillé pendant mes études dans une quincaillerie et à chaque samedi et dimanche que je devais travailler, ça me faisait une source de motivation supplémentaire pour poursuivre mes études et me sortir de ce genre de job aux horaires contraignants et souvent mal rémunérés. Pas question que je fasse cela toute ma vie ! Aujourd’hui, je travaille dans une grande entreprise du lundi au vendredi et je savoure mes congés et mes fins de semaine. Remarquez par contre que ce job me donne un niveau de stress qui était carrément inexistant lorsque j’étais commis…quelquefois je me rappelle avec nostalgie ce job somme toute facile de commis de quincaillerie que j’étais…peu ou pas de responsabilités…je sortais du magasin à la fermeture les mains libres et l’esprit libre…Enfin, tout cela démontre que tout est une question de compromis, de « trade-offs », comme disent les Anglais.

    Car, à ce que je sache, personne ne tord le bras de personne pour travailler dans le commerce de détail. En général, les employés de ces commerces se retrouvent là tout simplement parce que bon nombre de professions avec des horaires de travail plus standard (le « lundi au vendredi ») ne leur sont pas accessibles en raison de leur manque d’éducation, de formation, de connaissances, de compétences.

    Heureusement pour tous ces gens, et à moins d’avoir passé la cinquantaine avancée, un individu peut décider de changer sa situation relativement aisément: le taux de chômage de notre économie atteint des creux historiques, la main-d »oeuvre se fait de plus en plus rare dans de nombreux secteurs. Et ça n’ira pas en s’améliorant avec le vieillissement de la population et le début des vagues de retraites du baby-boom. Il est aujourd’hui plus facile de décrocher un nouveau job suite à l’apprentissage d’un nouveau métier, suite à un retour aux études. Et je ne parle pas ici d’aller à l’université pendant de longues années: certaines techniques s’apprennent en quelques mois.

    Alors, à tout ces travailleurs du commerce de détail écoeurés de travailler les jours fériés et les fins de semaine: l’avenir vous appartient ! À partir du moment que cet écoeurement est suffisant pour vous donner le goût d’apprendre un autre métier, allez-y fort ! Aucune loi ne vous oblige à rester dans votre job actuel « ad vitam eternam ».

    Il n’en reste pas moins que beaucoup de gens dans le commerce de détail n’ont juste pas le goût, la volonté ou l’énergie de changer leur situation. Entre les deux maux que sont les horaires contraignants d’un job de commerce de détail, et le « trouble » qu’il faut se donner pour apprendre à faire d’autre chose, il préfèrent finalement se taper les horaires contraignants malgré tout.

    À chacun ses choix et ses compromis.

  13. @ Davidg: Les congés fériés servent principalement à souligner un évènement ou une occasion passé (fête religieuse comme Noël et Pâques, journée politique comme la Fête de la Reine – Journée de Dollard des Ormeaux – Fête des Patriotes, etc.), pas à payer les gens à temps double pour le plaisir. Il serait presqu’impossible pour une société en affaires où le travail d’équipe est primordial de gérer le genre de système que vous préconisez. Imaginez le casse-tête qu’aurait à recomposer un chef d’équipe où plusieurs employés qui travaillent en équipe prendraient tous leurs congés fériés comme ça…au p’tit bonheur… Le Québec dont l’efficacité au travail déjà en retard sur le reste du monde industrialisé creuserait encore plus le fossé actuel.

    Pour une meilleure performance, le monde du travail et le monde politique ont décidé, partout dans le monde, de concentrer les jours fériés sur certains jours en particulier et de payer un supplément aux équipes de travail dont la contribution est absolument nécessaire lors de ces évènements.

  14. @tenace

    Je me suis mal exprimé. Je veux que les employés s’entendent eux-mêmes avec leurs patrons concernant leurs congés, sans l’intervention de l’État. Voilà mon point.

  15. @Davidg:

    Avec tout le respect que je vous doit, j’imagine le bordel d’ici où les propriétaires d’une grande firme, disons de 500 employés, auraient à gérer un référendum pour attribuer les jours de congés fériés à chaque année. Et c’est sans compter le mécontentement que le tout générerait pour les perdants du dit référendum sur les congés (qui changeraient à chaque année compliquant ainsi les voyages et les réunions familiales des employés). Et que dire par exemple des couples où l’une des parties célébrerait Noël à une date différente de l’autre partie qui travaillerait ailleurs où l’on aurait attribué une autre date pour ce même congé. Et les fournisseurs qui auraient eux également des jours fériés différents retardant ainsi la ligne de production, etc.

    Vous me voyez venir?

    Je devine par vos commentaires que vous êtes en faveur de la réduction du rôle de l’État dans nos vies et j’appuie cette prise de position à 110%, cependant, il y a des domaines où je concède que l’État est encore le meilleur passage obligé pour certaines choses.

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