Gandhi contre Pétain

Dans la foulée du débat que j’ai lancé sur la nécessité de protéger le français face aux projets d’anglicisation comme celui de angryfrenchguy, une citation de Alain B., le copain de Cégep de Renart (ce qui explique son attachement à son égard), m’a fait réfléchir.

Mais je dis que le monde a changé bien davantage grâce à des idées comme celles de Jésus, Ghandi et Martin Luther King qu’avec celles de Napoléon.

Évidemment – vous aurez compris – ces nobles à-plat-ventristes se situent dans la catégorie des Gandhi et cie. Mais moi, je vois les choses différemment.

Car Gandhi, pour ne nommer que lui, a surtout fait de la désobéissance pacifique son action de choix dans sa lutte contre l’impérialisme britannique. Sa puissance n’a jamais été celle de la collaboration avec l’agresseur, mais plutôt celle de la puissance du nombre, d’une masse d’Indiens refusant la collaboration et se respectant assez pour lutter – pacifiquement – contre elle.

Pour ce qui est des Québécois-mous comme Renart et ses suiveux, je les comparerais plutôt au Maréchal Pétain, jusqu’aux-boutistes dans leur désir de collaborer avec l’ennemi. Pour défendre la France, épousons la culture allemande. Pour défendre le français, écrivons en anglais. Même combat! Et quand des gens résistent, on les accusent de chercher à troubler la « pacifique cohabitation » avec les envahisseurs, et on les jette en prison, comme Léon Blum ou Georges Mandel. Bref, tout ce qui pourrait troubler la paix du vaincu est vu comme une menace, comme un radicalisme. Mieux vaut accepter la soumission, voire la disparition de nos valeurs, plutôt que de troubler la paix sociale…

Ce comportement n’est pas élogieux, loin de là. C’est plutôt une forme de lâcheté, de négation de soi-même, de ses valeurs, de sa culture, au nom de l’accomodement de l’autre. Ce sont ces gens qui ont provoqué la crise des accomodements raisonnables de par leur incapacité à imposer nos valeurs. Ce sont aussi ces gens qui sont responsables de l’anglicisation (démontrée statistiquement, contrairement à ce que sous-entend Renart dans une citation sur son blogue) de Montréal.

Ce sont des collaborateurs qui, de par leur refus de protéger notre langue et de par leur désir de supporter des projets d’anglicisation comme le blogue d’angryfrenchguy sont responsables de la régression du français.

Et malheureusement, il y aura toujours des mous encore plus mous pour féliciter les collaborateurs et espérer eux aussi une part du butin.

C’est l’histoire d’un peuple et d’une langue qui sont en train de mourir, non pas sous l’assaut d’une culture étrangère violente, mais devant le manque de désir de ses citoyens de protéger ce qui les définit.

Comme disait l’employé qui travaillait avec moi ce soir: « De toute façon, dans cinquante ans on va tous parler anglais. Les Québécois sont des soumis, ils ont toujours été soumis, et ils seront toujours soumis. » Lui, c’est un gars qui est sage. Un futur policier. Oh, il le serait déjà s’il était une femme et qu’il était noir, mais en tant que Québécois blanc francophone il a été refusé une première fois à l’école de police. Faut dire, nous au Québec on fait passer les autres en premier.

J’imagine que c’est pour ça que les immigrants ne nous respectent pas et choisissent l’anglais. Nous sommes doux, nous sommes fins. Nous sommes la carpette où ils s’essuient les pieds en attendant de rencontrer des gens qui se respectent assez pour leur donner le goût de s’intégrer.

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7 Réponses

  1. Louis,

    Tu parles de moi. Tu me cites même.

    Mais tu ne mets pas de lien vers chez moi.

    Je ne t’ai jamais fais ce coup, moi.

    Je suis déçu.

  2. Ceci dit, un texte clair et porteur d’idées (que je ne partage pas, mais tout de même)… j’aime mieux ce style.

  3. Louis, vous devrez relire votre discours. Je n’entends pas un discours d’un militant de gauche. Non, j’entends plutôt un discours qui serait chez lui au Sud profond des Etats-Unis. Vous sonnez à mes oreilles comme un blanc évangélique raciste homophobe misogyne enragé. Ça, c’est triste.

  4. Je passerai sous silence l’assimilation fallacieuse, et de très mauvais goût, entre Pétain et les traîtres dont M. Louis veut que je fasse partie.

    Parlant de Gandhi, que je connais plutôt bien pour l’avoir lu, il est intéressant de noter qu’il a travaillé très fort toute sa vie pour véhiculer ses idées à travers la langue anglaise, pour obtenir autant la sympathie des foules que l’appui des hommes les plus éclairés de l’Empire britannique. Il y a réussi admirablement bien et le monde entier l’a appuyé dans son combat. Il a internationalisé sa cause, et ne s’est pas contenté de communiquer sa pensée politique uniquement à ceux qui parlaient sa langue maternelle, ce qui n’aurait pas manqué de rendre sa lutte invisible à la majorité des sujets britanniques.

    Gandhi était-il un colonisé, un traître à sa langue d’origine, à la culture de son peuple? Considérait-il l’envahissement de l’anglais comme un problème grave, en relation étroite avec l’impérialisme britannique contre lequel il luttait?

    Je le laisse parler sur cette question :

    « Et il est bon de noter que les systèmes d’éducation que les Européens ont rejetés sont les systèmes à la mode chez-nous. Leurs hommes instruits font continuellement des changements. Nous adhérons par ignorance aux systèmes qu’ils ont récusés. Ils essayent en ce moment de faire en sorte que chaque division territoriale améliore sa propre condition. Par exemple, le Pays de Gales est une petite partie de l’Angleterre. De grands efforts sont en cours afin de promouvoir la connaissance du gallois parmi les Gallois. Le chancelier anglais, M. Lloyd George, joue un rôle de premier plan dans le mouvement qui tente de faire en sorte que les enfants gallois parlent le gallois. Et pendant ce temps où en sommes nous ? Nous nous écrivons dans un anglais défectueux, et à cause de ça, même nos détenteurs de maîtrise ne sont pas libres ; nos meilleures pensées sont exprimées en anglais ; les activités de notre Congrès se déroulent en anglais ; nos meilleurs journaux sont imprimés en anglais. Si cet état de choses continue pendant longtemps, la postérité, c’est mon opinion sincère, nous condamnera et nous maudira.

    Il vaut aussi la peine de noter que, en recevant l’éducation anglaise, nous avons asservi la nation. L’hypocrisie, la tyrannie, etc., ont augmenté ; les Indiens connaissant l’anglais n’ont pas hésité à tromper et à semer la terreur parmi le peuple. Maintenant, si par nos actions nous accomplissons quoi que ce soit de positif pour le peuple, nous n’auront repayé seulement qu’une partie de notre dette envers lui.

    N’est-ce pas une chose douloureuse que, désirant me rendre dans une Cour de justice, je doive utiliser l’anglais comme moyen de communication, et que si je deviens avocat, je ne puisse pas utiliser ma langue maternelle et que quelqu’un d’autre doive traduire pour moi à partir de ma propre langue ? N’est-ce pas absolument absurde ? N’est-ce pas là un signe d’esclavage ? Dois-je blâmer les Anglais ou moi-même pour cette chose ? C’est nous, les Indiens qui connaissons l’anglais, qui avons asservi l’Inde. Le malheur de notre nation reposera non pas sur les Anglais mais sur nous-mêmes. »

    C’est extrait de son célèbre Hind Swaraj, paru en traduction anglaise en 1908 sous le titre de Indian Home Rule et deux ans plus tard en français sous le titre de Leur Civilisation et notre délivrance. La traduction française, très mal connue et peu lue, n’étant pas disponible en ligne, j’ai moi-même traduit l’extrait de l’anglais au français.

    Gandhi comprenait très très bien le problème du colonialisme et tous ses effets pervers. Il est allé jusqu’à affirmer que ce sont « les Indiens qui connaiss[ent] l’anglais, qui [ont] asservi l’Inde. » Les bilingues sont la courroie de transmission de la culture de l’envahisseur bien sûr. Le faux bilinguisme, celui qui permet à des unilingues britanniques de s’établir à demeure dans les colonies sans avoir à apprendre une seule des langues des populations « locales ». (C’était la même chose avec le français et les colonies françaises bien sûr.)

    Mais alors, pourquoi Gandhi ne se renfermait-t-il pas dans l’usage exclusif de sa langue maternelle (le Gujarati) pour ne plus contaminer ses compatriotes avec la langue de l’ennemi? Pourquoi donc s’efforçait-t-il d’entretenir le dialogue entre les anglophones et les locuteurs des nombreuses autres langues des Indes?

    C’est simplement parce Gandhi savait faire la part des choses. Il distinguait correctement le grave problème de la dépendance à la langue anglaise, sa source, le colonialisme britannique, et la nécessité de militer pour l’indépendance sur tous les fronts en récoltant le plus d’appuis possible dans le monde entier. C’est ce que fait, Tenzin Gyatso, le 14e Dalaï Lama, en ce moment même.

    Cette sympathie internationale est nécessaire à la libération, car comme dit le proverbe « nul n’est prophète en son propre pays ». Gandhi, a récolté la sympathie du monde entier par son ouverture aux autres, par son discours humaniste. Et la sympathie du monde a eu l’effet psychologique souhaité sur la population indienne, qui, voyant que même des Anglais appuyaient Gandhi, s’est libéré de son complexe d’infériorité, s’est mise à comprendre que vouloir la « séparation » ne voulait pas dire détester les Anglais, vouloir mettre des barrières entre les peuples, bien au contraire. C’était une cause de justice et de liberté.

    Personne n’a jamais imaginé et encore moins suggéré que TOUS les militants indépendantistes passent à l’anglais pour les besoins de la cause. Ce serait inutile et franchement ridicule. Il a été suggéré que ceux parmi nous qui connaissons bien la culture anglophone, maîtrisons la langue anglaise, occupent le plus d’espace possible dans la bulle anglophone. Cultiver les alliances avec les autres peuples en lutte comme le peuple écossais, le peuple catalan etc.

    Il est catégoriquement absurde de s’imaginer que ce petit geste, stratégique, calculé, effectué par moins de 1% des militants, puisse avoir un impact négatif sur la progression du français auprès des immigrants. C’est mal comprendre et la question linguistique (dans ses dimensions politiques et sociolinguistiques) et la pensée de AngryFrenchGuy et moi-même.

    Je n’ai pas l’intention de résumer ici la perception que les immigrants déjà anglicisés se font des Québécois francophones. Mais il suffira de dire que, de l’autre côté de la frontière linguistique, c’est l’incompréhension totale, malgré l’existence d’une sympathie toute naturelle pour un peuple qui désire conserver sa langue. Ils se sont fait dire, en anglais : « Welcome to Canada. Ici, il y a deux langues officielles. Choisissez celle que vous préférez. Ah, et en passant, si vous décidez de vous établir à Montréal, sachez que la Charte canadienne des droits protège votre droit de choisir l’anglais contre les extrémistes de la langue française qui n’hésitent pas à violer les libertés fondamentales et les droits de l’homme pour chasser les minorités du Québec. » Ce point de vue sidérant d’absurdité, de mensonge et de mauvaise foi, c’est contre ça que nous luttons aussi. Ce n’est certainement pas en attendant que tous les immigrants choisissent le français et le français seulement, comme par magie, que nous leur ferons comprendre quoi que ce soit à notre combat, pourtant si juste et si facile à communiquer à n’importe qu’elle personne qui n’a pas d’abord été exposée au discours malhonnête de nos ennemis.

  5. Je comprends que le but principal est de convaincre les anglophones du bien-fondé de la séparation.

    Mais ne serait-ce pas plus avantageux d’essayer de convaincre en priorité les « French Canadians living in la Belle Province of Quebec », et ce en français?

  6. Davidg a écrit: « Mais ne serait-ce pas plus avantageux d’essayer de convaincre en priorité les “French Canadians living in la Belle Province of Quebec”, et ce en français? »

    C’est en partie pour ça, justement, que l’on a besoin d’appuis parmi les anglophones, où qu’ils soient. Pour convaincre Elvis Gratton, ça prend un winner des States pas un looser du Québec. Pour convaincre nos Anglos, ça va prendre des vrais Anglais, des Irlandais et des Écossais.

    Nul n’est prophète en son propre pays.

    Pour convaincre le 40% de French Canadians de voter pour l’indépendance, ça va prendre des appuis bien visibles à l’étranger qui par ricochet influenceront nos Elvis Gratton.

    L’appui de quelques vedettes d’Hollywood à l’indépendance du Québec aura certainement beaucoup plus de force que même l’appui unanime de nos propres vedettes auprès de ce public.

    Il est évidemment con de croire que quelque chose est vrai, juste ou bon parce que Sylvester Stalone l’a dit, mais dans les faits beaucoup de gens accordent plus d’importance à un homme qu’à sa parole.

  7. @Mathieu Gauthier-Pilote

    « C’est en partie pour ça, justement, que l’on a besoin d’appuis parmi les anglophones, où qu’ils soient. Pour convaincre Elvis Gratton, ça prend un winner des States pas un looser du Québec. Pour convaincre nos Anglos, ça va prendre des vrais Anglais, des Irlandais et des Écossais. »

    Bravo!

    Le meilleur argument que j’ai constaté depuis le début de cette histoire. Loin d’être con!

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