De l’absurdité à une plus grande absurdité

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.

13 Réponses

  1. On peut espérer deux choses:

    1) Que le prix du carburant monte tellement, que le transport des marchandises produites de l’autre côté de la planète ne soit plus rentable. L’industrie manufacturière locale renaîtrait alors, mais dans un monde très transformé.

    2) Que la classe moyenne chinoise se développe tant et si bien, que les conditions de travail et les salaires sont propulsés vers le haut. Les dirigeants ne pourront peut-être pas empêcher la marche du capitalisme, il ne pourront que l’encadrer (tant bien que mal). La production manufacturière chinoise serait alors redirigée massivement vers le marché intérieur (les nouveaux consommateurs de masse) et les salaires décourageraient l’exportation de produits cheap.

    3) La reconversion d’une partie de l’économie secondaire (transformation, manufacture) en économie de plus haute technologie. Ce qui permettrait de se concentrer sur des produits que nous pouvons produire mieux (et à moindre frais si on tient compte des coûts de l’électricité domestique) que les pays du tiers-monde.

    Le protectionnisme économique n’est pas nécessairement une solution viable. Les frontières nationales deviennent avant tout culturelles et juridiques (morales?); leur porosité est évidente en termes économiques.

    Les gens du tiers-monde n’ont pas besoin de nous pour vivre et pour travailler. Leur exploitation dans des usines dangereuses et malpropres, par des organisations violentes, n’est pas un geste « humanitaire ».

  2. Nos braves dirigeants et économistes viennent tour à tour nous informer des cours de base d’économie, de commerce et de finance: quand ça coûte moins cher, on achète.

    Dans une autre vie, dans le temps du premier référendum, on avait imprimer un bout de papier qui représentait René Lévesque sur un dollar et la devise avait pour valeur $0.70.
    La piastre du Canada en vint à valoir moins de $0.70 et l’industrie devait marcher à plein régime.
    Question: est-ce qu’un nouveau référendum ne permettrait pas de comprendre qu’une devise dans un québec indépendant activerait la production manufacturière par exemple.

    D’autre part le système bancaire chinois ou indien ne fonctionne pas comme le système occidental. En occident les banques sont privées et contrôlées par le privé….chez les chinois, le système bancaire est contrôlé par le gouvernement et donc ils peuvent garder la devise chinoise à une valeur très basse le temps que le gouvernement le veut.

    Par ailleurs les corporations internationales qui contrôlent l’économie mondiale, et dont les influences ont abouti à ce que le gouvernement décident des programmes d’échanges et de libre-commerces sont celles qui ont fermé les usines et les manufactures en occident pour en ouvrir dans les pays asiatiques endroits ou les travailleurs ne sont pas protégé et sont sous-sous payés.

    Alors, on pourra sortir toutes les belles théories que l’on voudra venir expliquer avec des grands mots l’économie, les banques, les échanges commerciaux, la base demeure que très peu d’individus contrôle 90% de la richesse mondiale.
    Reste également qu’il y a 100 ans 1.5 milliards d’individus vivaient sur la planète, et aujourd’hui nous sommes 6.5 milliards d’individus.
    La population a augmenté mais pas les richesses.
    « Au plus fort la poche » …..expression québécoise qui résume bien.

  3. D’autre part le système bancaire chinois ou indien ne fonctionne pas comme le système occidental. En occident les banques sont privées et contrôlées par le privé….chez les chinois, le système bancaire est contrôlé par le gouvernement et donc ils peuvent garder la devise chinoise à une valeur très basse le temps que le gouvernement le veut.

    À ce que je sache, la seule institution qui peut décider de la valeur de la devise Canadienne est la Banque du Canada, controllée par le Ministère des Finances. Les directeurs de celle-ci sont choisi par le même Ministère.

  4. « la seule institution qui peut décider de la valeur de la devise Canadienne »

    Aucune institution ne décide de la valeur d’aucune devise. La valeur de la devise est influencé par la matière sur laquelle elle se base (or, argent , tabac…) et la quantité produite de billet par la suite. Les banques en entier participent activement au phénomène de l’inflation grace au fractional reserve banking qui permet de prêter 10X ce que l’on a en banque et environ 90% de ce qui rentre.

    « Les dirigeants ne pourront peut-être pas empêcher la marche du capitalisme, il ne pourront que l’encadrer (tant bien que mal). »

    Oui car en effet, les grands pays tel Cuba, La Corée du Nord et la Chine des années 30 démontrent bien à quel point le capitalisme détruit la prospérité du peuple quand il est là.

    Lecture à propos: La Pétition des marchands de chandelles: http://bastiat.org/fr/petition.html

  5. « Direz-vous que la lumière du soleil est un don gratuit, et que repousser des dons gratuits, ce serait repousser la richesse même sous prétexte d’encourager les moyens de l’acquérir? »

    « Mais prenez garde que vous portez la mort dans le cœur de votre politique; prenez garde que jusqu’ici vous avez toujours repoussé le produit étranger parce qu’il se rapproche du don gratuit, et d’autant plus qu’il se rapproche du don gratuit. Pour obtempérer aux exigences des autres monopoleurs, vous n’aviez qu’un demi-motif; pour accueillir notre demande, vous avez un motif complet, et nous repousser précisément en vous fondant sur ce que nous sommes plus fondés que les autres, ce serait poser l’équation: + x + = -; en d’autres termes, ce serait entasser absurdité sur absurdité. »

    « Le travail et la nature concourent en proportions diverses, selon les pays et les climats, à la création d’un produit. La part qu’y met la nature est toujours gratuite; c’est la part du travail qui en fait la valeur et se paie. »

    « Si une orange de Lisbonne se vend à moitié prix d’une orange de Paris, c’est qu’une chaleur naturelle et par conséquent gratuite fait pour l’une ce que l’autre doit à une chaleur artificielle et partant coûteuse. »

    « Donc, quand une orange nous arrive de Portugal, on peut dire qu’elle nous est donnée moitié gratuitement, moitié à titre onéreux, ou, en d’autres termes, à moitié prix relativement à celle de Paris. »

    « Or, c’est précisément de cette demi-gratuité (pardon du mot) que vous arguez pour l’exclure. Vous dites: Comment le travail national pourrait-il soutenir la concurrence du travail étranger quand celui-là a tout à faire, et que celui-ci n’a à accomplir que la moitié de la besogne, le soleil se chargeant du reste? – Mais si la demi-gratuité vous détermine à repousser la concurrence, comment la gratuité entière vous porterait-elle à admettre la concurrence? Ou vous n’êtes pas logiciens, ou vous devez, repoussant la demi-gratuité comme nuisible à notre travail national, repousser a fortiori et avec deux fois plus de zèle la gratuité entière. »

  6. « En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. »

    Et pourquoi ne pas simplement empocher à la fois les produits et le rabais pour avoir plus d’argent dans nos poches et faire autre chose avec?

  7. Aucune institution ne décide de la valeur d’aucune devise. La valeur de la devise est influencé par la matière sur laquelle elle se base (or, argent , tabac…) et la quantité produite de billet par la suite. Les banques en entier participent activement au phénomène de l’inflation grace au fractional reserve banking qui permet de prêter 10X ce que l’on a en banque et environ 90% de ce qui rentre.

    Je suis au courant du système fractionnaire, mais l’argument de ceux qui étaient contre la création de banques centrales (gouvernements) n’était-il pas que telles institutions auraient trop de contrôle sur le montant de base sur lequel les autres banques feront X10?

  8. Le fait que le gouvernement rende légal la création d’argent dans les airs est le véritable problème.

  9. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale.

    Ce qui est intéressant, c’est que vous pouvez utiliser la technique que vous proposez pour *vous* favoriser aussi! Ce qui est bon pour l’industrie nationale est aussi bon pour *votre* travail.

    À partir de demain, calculez 279% de « taxe » (20 fois la TPS+TVQ) sur tous vos achats. Donnez cette « taxe » à quelqu’un d’autre, du moins, le temps de l’expérience. Ensuite, profitez des résultats! Ne pouvant plus vous offrir qu’un peu de nourriture, vous pourrez enfin travailler pour vous-même en faisant pousser des légumes, fabriquer votre propre électricité avec une bicyclette, confectionner vos vêtements, etc. Vous aurez ainsi la satisfaction de connaître avant tout le monde ce que vous désirez étendre à la grandeur du Québec.

  10. Yan Grenier,
    ton idéal consisterait-il à éliminer le capitalisme et à le remplacer par un contôle absolu de l’économie par l’état?

  11. « ton idéal consisterait-il à éliminer le capitalisme et à le remplacer par un contôle absolu de l’économie par l’état? »

    Qu’est-ce qui te donne cette idée là?

  12. Par souci de rigueur, vous auriez dû citer la proposition de Mme Marois au complet, vous savez autant que moi qu’on peut faire dire bien des choses à bien des gens en ne citant qu’à moitié.

    Ainsi, cette fameuse abolition de la taxe sur le capital est seulement pour -certaines catégories d’entreprises-, excluant l’industrie financière et les pétrolières. Et toute la nuance est là.

    Cette mesure vise à donner un coup de pouce à 135 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi depuis 5 ans. Maudite mesure à droite ça! Bref, on propose de tenter de sauver la catastrophe engendrée par le gouvernement Charest.

    Et cette proposition s’inscrit aussi dans le contexte actuel où, chaque fois que le dollar augmente d’un cent, les entreprises manufacturières perdent 400 M$.

  13. C’est un des rares points sur lesquels la gauche et la droite s’entendent : subventionner l’industrie, c’est inutile. Si notre industrie a de la difficulté à s’adapter et à survivre dans le marché actuel, c’est que ses coûts de production sont trop élevés et sa productivité trop basse. Au lieu d’essayer de concurrencer les Chinois sur leur terrain et/ou de demander des mesures protectionnistes, les entreprises devraient plutôt produire ce dans quoi nous sommes (ou nous devrions) être bons : des produits de qualité, à valeur ajoutée. Les emplois non qualifiés au Canada il va y en avoir de moins en moins.

    Traditionnellement au Québec, pays de filiales d’entreprises étrangères ou trop souvent d’entrepreneurs à courte vue, les propriétaires investissent le moins possible et tentent de faire le maximum de profit possible puis s’en vont. Entre autres, cela explique le peu de formation de la main-d’oeuvre qu’elles font — le gouvernement a été obligé de l’imposer. En plus il faudrait que l’État subventionne ce qu’ils sont trop cheap pour faire — et qui leur rapporterait? On peut bien avoir une faible productivité avec des machines vétustes et du personnel mal formé. M. Bouchard est dans le champ (on n’est pas paresseux), mais ce n’est pas à l’État à payer pour les capitalistes privés.

    Subventionner une entreprise non viable par sentimentalisme ou nationalisme c’est gaspiller son argent car elle va crever quand même.

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